Les toilettes sont excessivement propres. DRH, de La Boîte, se tient devant l'urinoir, les jambes légèrement fléchies, la verge pointée dans la direction adéquate. Au moment où l'autre fait irruption, DRH l'observe par l'intermédiaire de l'immense miroir mural qui s'arrête, comme de juste, au niveau de la ceinture.
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«Cette nuit, ils ne font pas l'amour. Cette nuit, ils ne se défoncent pas. Plancher, sur le lit, les draps trempés. Il grelotte, il suffoque. Le thermomètre indique quarante de fièvre. Javier veille son ami. Passe la main sur son visage, le calme lorsqu'il s'agite trop, porte les verres d'eau, maintient le gant de toilette imbibé d'eau froide sur son front, caresse sa chevelure, sa nuque, lui raconte un tas d'histoires sans intérêt pour l'apaiser, le serre dans ses bras, embrasse sa joue en feu, l'aide à ingurgiter aspirine sur aspirine.
Le jeune homme ne semble pas vraiment réagir. [...]Voir la suiteLes seules fois où il se lève, c'est pour se précipiter aux toilettes et vomir. Il refuse que le capitaine l'y accompagne, tire la chasse avant de sortir et revient se coucher illico.
Javier est tenté un moment de l'emmener aux urgences, mais son amant l'en dissuade. Demain, il ira voir quelqu'un, promis. En attendant, il veut juste se reposer. S'il te plaît, mon amour.»
Antoine Chainas est d’abord un écrivain et un sacré styliste, voilà c’est dit. Il a également un talent fou pour planter un décor, entrer dans la peau de ses personnages pourtant psychologiquement opposés et nous mener en bateau si bien que les 93 chapitres de cette histoire d’amour radioactive défilent aussi rapidement que les kilomètres sur l’autoroute : impossible de lâcher le livre tant ce roman d’amour noir, très bien construit et rythmé, subtil et complexe, (à l’instar de Veronika) nous tient à sa merci. Et tout ça est écrit avec efficacité, sens du récit, de la narration et du [...]Voir la suite suspense : sec, sans fioritures, quasi minimaliste quand il le faut ; habité, incarné, lyrique, emphatique (maîtrisé) à d’autres moments. Soft et trash mélangés. Moi je dis Chapeau !
Ce roman noir débute par la découverte de deux suicides à quelques semaines d’intervalle, deux hommes qui se sont échappé du service de réanimation ; deux hommes au même profil : poste à responsabilité, vie réglée, sang empoisonné, cancer, phase terminale, changement brusque d’attitude après avoir rencontré Veronika. Des vies basculent, des hommes et des femmes deviennent fous (ou lucides), des sels de Radium 226 provoquent des cancers foudroyants, des flics surveillent d’autres flics tandis que les drogues brouillent tout, réalité et fiction, désir et délire, si bien qu’on ne sait plus qui est fou, malade ou raisonnable. Et, outre cette intrigue (on n’en dira pas plus), l’auteur livre également ici de magnifiques et charnelles pages d’amour (physique, sentimental et sensuel) : qu’il soit question des deux flics qui doivent se cacher de leurs collègues, de ce couple qui copule sur une table d’imagerie médicale sous l’emprise de drogues, l’auteur ne tombe jamais dans le vulgaire ni le cliché. Pas facile pourtant.
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