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Incipit

Retour au travail, course pour être à l'heure : il arrive un matin dans le service.


Retour aux mots sauvages

Thierry Beinstingel

  • Fayard - Août 2010
  • Rayon : Romans, Nouvelles, Correspondance
Ma note :
Note des internautes :

Présentation

Vous ne verrez jamais son visage. Vous ne connaîtrez même pas son prénom, puisque l´entreprise qui l´emploie lui en a donné un autre. Il est le téléopérateur qui finit par vous répondre après que vous avez dû appuyer successivement sur la touche étoile, trois, six, dièse puis de nouveau étoile. "Eric à votre service." Eric ? Inutile de vous en souvenir. Lors de votre prochain appel, vous tomberez sur quelqu´un d´autre. John, George, Paul ou Ringo. Peu importe. En revanche vous aurez droit aux mêmes réponses. Elles apparaissent au téléopérateur sur un écran d´ordinateur, classées par thèmes. Une série de [...]Voir la suitesuicides dans l´entreprise rappelle douloureusement que les employés ne sont pas des machines. Pour ne pas en arriver à une telle extrémité, Eric, lui, décide simplement de transgresser les consignes : un jour il rappelle un client de sa propre initiative... Après Central, Composants et CV roman, Retour aux mots sauvages continue d´aborder le sujet du travail et de sa représentation en littérature. Retour aux mots sauvages replace ainsi la problématique du langage que l´univers économique tente de contrôler. Les mots sont les vecteurs d'une organisation libérale devenue débridée, donc sauvage. Mais ce "retour" - à la manière d´un boomerang - est un message d´espoir aussi : on ne peut pas régenter la communication jusque dans ses moindres détails sans dommages. La vague de drames de cette multinationale démontre que l´humain, à travers sa langue maternelle, a une capacité de résistance. Et c´est sans doute le rôle principal de la littérature de révéler cet aspect "sauvage".

Chronique du blog ePagine

« Retour brutal aux mots sauvages » : pourquoi le mot « brutal » (pourtant indissociable de la phrase) a-t-il disparu du titre du roman ? « Brutal » ferait-il trop brutal, moins vendeur ? Exit le « brutal » de la couverture alors qu’il parcourt tout le roman : secousses des corps, violence des échanges en milieu tempéré, non-dits accablants, frustrations managériales, humiliations, plans marketing, changements de service, de tâches, d’horaires, de plateaux… Brutal, le verbe. Brutal parce qu’on s’y défenestre (corps toujours). Brutal parce que corps et noms sont niés. Brutal quand l’homme (son corps, sa place) est [...]Voir la suite renvoyé aux machines, quand le corps est pris dans la machine, quand on parle « d’huiler la machine », de replacer l’humain « au coeur de la machine », quand le corps humain n’a même plus la beauté de la mécanique, quand la voiture a son garagiste tandis que le corps a un DRH. Brutal dans le dire et le cacher, dans le « tout va bien madame la Marquise ». Brutal aussi : les syndicats déboussolés ou l’équipe soudée tant qu’on est présent (solidarité interne et externe compliquée). Brutal toujours de penser qu’il suffit juste d’être éjecté pour être oublié. Brutale, l’indifférence. Brutal, ce roman d’un faux calme, violence sourde par les mots, par la langue, par la voix, que j’aime.

Retrouvez la chronique complète sur le blog ePagine.


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