Les grands-parents paternels de Mauricette étaient des petits fermiers. À force de travail, Joseph Beaussart était passé du statut de fermier à brouette à celui de fermier avec un cheval.
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«J'ai écrit beaucoup de pages, mais je n'arrive pas à suivre. Je sais trop de choses. Je ferme comme un robinet devant mes yeux. Trop de choses effroyables. J'ai fait du mal. Je dois raccorder mes nerfs. La Lys me suit après Haverskerque Armentières à travers Comines pour aller dans la mer. L'eau revient dans les nuages. Mon petit Émile tombe dans la pluie. Ici c'est ma peine. Je l'accomplis.»
Mauricette Beaussart, soixante-quinze ans, a disparu de l'hôpital où l'on soigne sa santé mentale. Son ami Christophe Moreel entreprend de la retrouver. Au fil de sa quête, le passé [...]Voir la suiteet le présent de Mauricette s'entrecroisent, tissant peu à peu le portrait d'une femme riche de ses grandes souffrances et de ses petits bonheurs.
Si ce roman de Lucien Suel n’avait pas été numérisé, s’il n’avait pas été téléchargé dans la tablette qu'on m'avait prêtée, sans doute ne l’aurais-je pas lu. Et je serais passé à côté d’un texte qui vaut le détour, qui vaut plus que ça d’ailleurs. Voilà donc à quoi j’ai échappé, à l’emploi du conditionnel. Désormais je parle au présent et je te vois, chère Mauricette, « assise dans la salle commune devant toi c’est la télévision permanente derrière toi c’est le monde des arbres de l’herbe avec un oiseau sans queue grosses ailes pleines de plumes (…) [tu es] [...]Voir la suite déjà un peu vieille mais [tu] ne veux pas vieillir comme dans [ta] jeunesse. [Tu] peux vivre à l’envers. » Dans cet envers, après avoir pris le premier train, je te rejoins sur la plage entre Berck et Le Touquet. Je t’écoute me parler de Comines, d’Armentières, de « Christophe Cheval Noir », d’Alfonsina la rimbaldienne et des lapins, des veaux, des cochons que ton esprit égorge, vide ou dépiaute tandis que tu me tends des osselets et une mâchoire de lapin que tu caches au fond de ton cabas. Plus que tout autre, tu voudrais retourner vers le temps de l’enfance et retrouver cette innocence que tu as perdue quand ta mère puis ton frère et enfin ton père sont morts les uns derrière les autres. Ce sont elles, ces tragédies qui t’empêchent de retourner là-bas, dans l’avant des événements – sauf en rêve ou dans le journal jaune de ta santé mentale.
Celui qui t’a donné vie dans le roman dit de toi que tu es un « mélange de classicisme et de sauvagerie, de manières aristocratiques et de rusticité. » C’est un beau portrait de toi. Toi, l’institutrice, la paysanne, la créatrice marginale, la prostrée, la patiente, la picarde, l’endeuillée. Toi qui connais le nom des arbres et celui des oiseaux. Toi, tes inventaires et tes listes.
| Format | Information |
| epub |
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