Présentation Particulièrement fier de mettre en ligne L´enfer est
vert. C´est un texte neuf et audacieux. Comme chaque auteur, passée la grande vague d´un livre, se remet au laboratoire, et qu´une piste de recherche peut l´emmener soudain dans une zone neuve, et du territoire découvert s´amorcera une autre conquête. La zone neuve et le territoire découvert, c´est l´arrivée décrite, dès le départ du texte, dans le "nordeste" brésilien, où Leslie Kaplan et Heitor de Macedo se sont souvent impliqués. L´autre conquête, c´est peut-être (elle ne sera probablement pas d´accord) dans le livre récemment paru chez POL : Mon Amérique commence en Pologne. Ce qui est fascinant, dans L´enfer est vert, c´est comment la récurrence de cette phrase très simple, pure perception à l´arrivée au Brésil, parce qu´elle met tout de suite en vis-à-vis de l´exploitation, de la misère, des grandes lois naturelles tellement plus fortes que le destin humain, aussi, va inclure par boucles successives tout ce que ces problématiques convoquent dans le présent immédiat de l´auteur. Ainsi, du même geste, parce qu´il y a violence, parce qu´on traque la parole, la proche banlieue parisienne (Les Lilas), ou l´actualité de notre côté du monde. Mais aussi les lectures, et les figures qui les incarnent (même Bob Dylan et Rimbaud, eux-mêmes opposés comme les étranges saltimbanques de Balad of a thin man) : Leslie Kaplan a écrit (voir Les outils sur Marguerite Duras, sur Maurice Blanchot avec lequel elle a longtemps et densément correspondu, mais, derrière, sont des figures plus tutélaires, emblématiques, Franz Kafka et Hannah Arendt, qui revient toujours, comme si l´hommage ne valait qu´à être mis à l´épreuve, recreusé, dans les textes de Leslie. Et s´amorce un autre glissement : la littérature l´autorise par une autre figure, cette fois-ci originelle : Alice au pays des merveilles, dans la langue anglaise, c´est l´apprentissage d´enfance entre réalité et fiction, et que cette frontière est mouvante, active, joue à la fois sur le réel où on coupe les têtes, et sur le rêve qui y mène. Alors - la première fois ? - la langue anglaise vient travailler le corps du récit, le dédoublant en voix off, mais ce dédoublement est aussi dédoublement d´instance : la façon dont on convoque êtres et lieux n´est pas la même. C´est à ce voyage qu´on vous convie. Leslie Kaplan avait d´abord confié ce texte à la collection Inventaire/Invention de Patrick Cahuzac, et c´est lui rendre hommage que de vouloir, dès maintenant, assurer la continuité d´existence d´un texte nécessaire. Ne vous privez pas de ce voyage. Pour une fois, on insiste. FB | ||||||