Le poilu des tranchées

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Extrait La tranchée : un pur produit de la guerre « Faute de mieux, les Allemands s’enterraient devant nous dans un système défensif qui allait chaque jour se perfectionnant. Il s’agissait pour nous d’attaquer cette immense forteresse, de rejeter l’ennemi dans la guerre de rase campagne, et de lui imposer notre volonté. Une terrible guerre naissait à laquelle il fallait s’adapter au plus vite… » Tout est déjà dit dans ce constat du général Joffre, chef des armées du Nord et du Nord-Est (tel est alors son grade exact), en cette fin 1914, consigné dans ses Mémoires. L’initiative des premières tranchées est en effet allemande. Pour les armées du Kaiser c’est un pis aller, pour Joffre, une désagréable surprise. La guerre de position est antinomique avec la mystique de l’offensive dont est pétri le grand état-major français. L’élan offensif devait tout balayer sur son passage, culbuter l’adversaire dans des batailles « à l’ancienne », fusil contre fusil, canon contre canon. Chez les Français, il ne serait venu à l’idée de personne que l’on pût se terrer devant l’ennemi. Les termes de « défensive », de « résistance » étaient bannis du vocabulaire du Haut Commandement. Le soldat français était formé, instruit, conditionné pour une seule logique : la marche en avant. Coûte que coûte. Elle seule permettrait de défaire les forces impériales avant l’hiver. Poursuivre la lutte pendant la mauvaise saison paraissait une hypothèse pleine d’aléas. De plus, Joffre entendait ne pas laisser le temps à Falkenhayn, le patron du grand état-major allemand, de se retourner contre les armées russes de Nicolas II. Guillaume II et son État-major. Le Kaiser sera plus un symbole qu’un vrai chef militaire. Chez les Allemands, l’intention première n’est pas également de figer la guerre. Leur objectif reste bien de battre les forces de l’Entente à l’Ouest, le plus vite possible, pour se jeter ensuite contre les armées du tsar. Constatant l’échec du plan Schlieffen, von Falkenhayn se résout à une guerre défensive en France et se retourne contre la Russie, prenant le risque d’avoir à combattre sur deux fronts en même temps. Il prélève progressivement une quinzaine de divisions sur son front Ouest et les transfère vers l’Est. Joffre n’ignore pas ce grand mouvement de troupes et pense qu’il se trouve ainsi devant une ligne opportunément dégarnie. Raison de plus pour tenter de la briser. Mais, grand stratège, Falkenhayn maintient sur le front franco-belge une centaine de divisions, alors qu’en Russie, le chiffre culminera à 67 en août 1915. De plus, il fait fortifier puissamment ses tranchées qu’il transforme en redoutable forteresse. Il saura en outre exploiter au mieux le réseau ferroviaire tombé en sa possession, de sorte qu’en une semaine, si le besoin s’en fait ressentir, une unité peut être ramenée de Russie en France. En Allemagne, le fantassin a été bien préparé à la création de tranchées, alors que le soldat français, peu incité par un commandement aveuglé par la mystique de l’offensive à outrance, y répugne. Son adversaire, au contraire, s’avérera grand expert en la matière, n’hésitant pas à creuser toujours plus profondément, à aménager de solides abris à plusieurs niveaux, des galeries souterraines, le tout pourvu d’un confort qui fera l’admiration des Français quand ceux-ci auront l’occasion de leur enlever un bout de tranchées. La tranchée n’est pas une invention de la Grande Guerre. Sans remonter trop loin dans le passé, les conflits de la seconde partie du xixe siècle en apportent l’illustration – la guerre de Crimée avec le siège de Sébastopol en 1855, celle des Balkans, ou encore la guerre des Boers en Afrique du Sud. Et le général Galliéni ne fait-il pas établir, dès la fin août 1914, un réseau de tranchées autour de la capitale ? Mais les protagonistes du nouveau conflit partagent la même conviction, à savoir qu’aucune économie nationale ne pourrait supporter longtemps un effort de guerre aussi lourd, avec des millions d’hommes engagés, un matériel moderne grand consommateur de munitions. Inévitablement la guerre devait être courte. Et donc en totale opposition avec une guerre de position. S’ils ont été surpris et déconcertés par la subite volte-face de l’ennemi en Champagne, dans l’Aisne et dans l’Oise, les soldats français, dont notamment les 10e et 11e corps bretons, encore portés par l’enthousiasme de leur fraîche victoire de la Marne, avaient déjà oublié l’éventualité d’un hypothétique recours à la pelle et à la pioche, pourtant bien notifiée dans L’Instruction pratique sur les travaux de campagne à l’usage de l’infanterie, vieille de deux ans seulement. N’ont-ils pas été contraints de marcher à l’ennemi avec ces outils répartis par escouade ? Les longues étapes d’une retraite de dix jours sous une chaleur accablante ont imprudemment incité la plupart à s’en débarrasser.

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Categories : Sciences humaines & sociales > Histoire > Epoque contemporaine (depuis 1799)

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    9782843467608

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    Disponible

  • Nombre de pages

    288 Pages

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