Le dossier FLB ; plongée chez les clandestins bretons

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À propos

Extrait Introduction 1964. On s’agite dans le Mouvement pour l’organisation de la Bretagne (MOB), une formation qui milite pour la reconnaissance des droits historiques, institutionnels et culturels de la Bretagne. Des jeunes viennent de faire scission pour fonder l’Union démocratique bretonne (UDB) et rêvent d’être « socialistes et bretons », d’ancrer leur mouvement dans les réalités de leur époque et dans une gauche qui conteste fermement le caractère autoritaire et centralisateur de la Ve République française. Les anciens du mouvement – au MOB – restent fidèles à une stratégie de « ni droite, ni gauche, Breton d’abord », et imaginent convertir les élites de la péninsule à leurs idées. Ils ont cru y arriver grâce au CELIB, mais ce dernier – après de réels succès en matière de régionalisation, économiques essentiellement – est en voie de disparition. Le mouvement breton, dans son ensemble, demeure ostracisé, tant dans le monde politique que dans les médias. On lui reproche toujours l’attitude des nationalistes bretons durant la Seconde Guerre mondiale, dont une partie n’a pas hésité à collaborer avec les Allemands. Un troisième groupe de personnes, assez jeunes, commence à imaginer qu’il faut employer d’autres moyens pour pousser l’idée bretonne. L’époque est aux indépendances nationales obtenues de haute lutte, comme l’Indochine et l’Algérie. Elle est également aux guérillas : Fidel Castro a fait tomber la dictature pro-américaine à Cuba, d’autres insurrections couvent en Amérique du Sud et en Afrique ; le petit Vietnam tient la dragée haute aux puissants USA. Durant la Seconde Guerre mondiale, les résistances des peuples d’Europe avaient usé les armées d’occupation allemandes et italiennes. En Europe, dans les milieux d’extrême gauche, mais aussi d’extrême droite, on s’interroge sur l’opportunité de la lutte armée. Les « années de plomb » se préparent en Allemagne et en Italie. L’époque, donc, est à la violence politique qui apparaît comme particulièrement efficace lorsqu’on part d’une situation minoritaire. Ces quelques jeunes Bretons rêvent donc de mettre sur pied une organisation clandestine pour « libérer la Bretagne ». Ils ont pour exemple les Irlandais de l’IRA qui ont chassé les Britanniques du sud du pays après la Première Guerre mondiale, les Québécois du FLQ, les Algériens du FLN… Plusieurs groupes complotent, chacun dans son coin au début, puis finiront par se coordonner quelques années plus tard. Ils lancent alors le Front de libération de la Bretagne (FLB) et l’Armée républicaine bretonne (ARB), dont les actions débutent en 1966. Sans le savoir, ils ont lancé une machine qui s’est arrêtée – définitivement ? – en avril 2000 avec la mort d’une jeune employée du McDonald’s Quévert, près de Dinan. Entre-temps, plusieurs centaines d’attentats ont été commis, des centaines d’années d’emprisonnement prononcées à l’encontre d’activistes bretons. Deux clandestins sont également décédés en posant leurs bombes en 1976 et en 1985. Le projet de retracer cette histoire n’avait rien d’une sinécure. La violence politique est en effet un sujet délicat, dans le sens où elle entraîne des considérations morales, souvent négatives qui, si elles sont justifiées, n’en parasitent pas moins l’analyse. Certes la violence politique, toute violence, est condamnable. Mais il serait hypocrite de ne pas constater qu’elle est omniprésente, depuis les cours d’école jusqu’au fonctionnement des États. Même dans des sociétés policées comme les nôtres. La violence est, qu’on le regrette ou pas, une constante de l’être humain et des sociétés qu’il a développées. Ainsi, ne dit-on pas que l’État possède « le monopole de la violence légitime » ? C’est ce que contestent des mouvements comme le FLB-ARB, qui développent un argumentaire pour justifier leur propre violence. On peut contester cet argumentaire, mais refuser de l’entendre, c’est s’empêcher de le comprendre. Dans ce genre de travail, les mots ont aussi leur importance, tant ils peuvent être galvaudés et déviés de leur sens. C’est principalement le cas du concept de terrorisme, délicat à manier s’il en est, tant il est chargé symboliquement. Étymologiquement, il renvoie à une violence d’État, celle de la Première République française. Précisément à la période de la dictature de Robespierre et de son Comité de salut public. Ces « terroristes » français ont d’ailleurs sévi en Bretagne, en 1793 et 1794. On leur doit des dizaines de milliers de morts dans leur combat contre l’insurrection royaliste, mais aussi contre les républicains modérés, les « fédéralistes », majoritaires dans la région. Le plus célèbre « terroriste » à avoir jamais officié en Bretagne est, sans concurrence possible, Carrier, responsable de plusieurs milliers de morts par noyade à Nantes. Au xixe siècle, le mot évolue grâce à l’invention du docteur Nobel, la dynamite. Désormais, il devient possible de se procurer des explosifs puissants. De petits groupes déterminés peuvent faire de gros dégâts avec des moyens relativement limités. Nombre de dirigeants européens de la fin du xixe et du début du xxe en feront les frais. Le terrorisme est alors anarchiste, mais, très vite, d’autres variantes apparaîtront, à gauche comme à droite. Pour lutter contre ce phénomène, les États se dotent d’une législation et tentent de le définir. Car, en effet, qu’est-ce que le terrorisme ? Les définitions sont nombreuses. En 1937, une législation adoptée par la Société des nations le qualifie ainsi : « Des faits criminels dirigés contre un État et dont le but ou la nature est de provoquer la terreur chez des personnalités déterminées, des groupes de personnes ou la population. » En mars 2005, le secrétaire général de l’ONU proposait de le définir ainsi : « Tout acte destiné à tuer ou blesser des civils et des non-combattants afin d’intimider une population, un gouvernement, une organisation et l’inciter à commettre un acte ou au contraire à s’abstenir de le faire. »

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Categories : Sciences humaines & sociales > Histoire > Histoire généralités > Faits de société / Actualité

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    9782843467622

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