La maison rouge t.2

À propos

Extrait Il est environ 10 h 30, les dernières notes de la Marseillaise viennent de mourir. Et, dans une légère secousse, le train s’ébranle. Une clameur s’élève des abords de la gare : les parents, les amis, les curieux, maintenus au dehors de l’enceinte par des sentinelles, agitent des mouchoirs, des petits drapeaux. Des cris fusent : « Vive l’armée ! Vive la France ! A Berlin ! A mort Guillaume ! » Le convoi tressaute sur les aiguillages, et, lentement, traverse la banlieue de Rennes. La foule est encore là, le long des rues, aux fenêtres, aux passages à niveau, toujours frénétique. « Le train était pavoisé d’un bout à l’autre avec des fleurs et des branchages, et, aux portières, chaque soldat qui y était agitait un petit drapeau en jetant un dernier coup d’œil sur la belle ville de Rennes que beaucoup malheureusement ne devaient plus revoir. » Yves-Marie Conan est caporal à la 11e escouade de la 2e compagnie, du 41e Régiment d’infanterie. Son bataillon, le premier, a été embarqué dans le convoi de tête, avec la compagnie hors rang (C.H.R.), au quai Saint-Hélier. A 11 h 28, un scénario identique se renouvelle au même quai pour le second bataillon. Airs militaires, vivats de la foule. Le Dr Georges Veaux, jeune sous-officier, vit avec émotion ces instants historiques. Il monte dans l’un des vingt-huit wagons, sous l’œil du général Rogerie commandant la 38e brigade. Les plus chanceux, et les officiers, occupent les wagons de voyageurs, mais la majorité des 1 100 hommes s’entassent à quarante dans des wagons à bestiaux que l’on a hâtivement équipés de bancs mobiles. Et le second « train de plaisir pour Berlin » (des inscriptions à la craie sur le bois des wagons l’ont ainsi baptisé) couvert de fleurs, de branchages, s’ébranle et disparaît à petite allure vers l’est. Le troisième bataillon du régiment rennais quitte le même quai à 14 heures. Ici, un simple soldat, Jules Gros, Breton du Trégor, sera notre témoin. Un observateur qui aurait pu embrasser de son regard l’ensemble de l’Hexagone, aurait découvert, en ce mercredi 5 août 1914, un spectacle fascinant. Il aurait aperçu de longues et lentes chenilles glissant sur les voies ferrées et convergeant, comme attirées par un mystérieux appât, vers le nord-est de la France. Nulle hâte dans ce vaste mouvement, mais une succession de convois, réglés sur la même vitesse de 25 km/h, et se suivant à distance égale. Il aurait eu le sentiment d’une immense mécanique d’horlogerie parfaitement au point et fonctionnant à la minute près. Cette personne aurait peut-être applaudi à la vue de ce ballet de trains bourrés de soldats et de chevaux. Elle aurait eu raison, car la première bataille gagnée par la France, à la guerre 14-18, a été celle du chemin de fer.

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Categories : Sciences humaines & sociales > Histoire > Epoque contemporaine (depuis 1799)

  • EAN

    9782843467745

  • Disponibilité

    Disponible

  • Nombre de pages

    432 Pages

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    Numilog

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