Yoyoman, le commencement

À propos

Extrait CHAPITRE 1 Un nouveau quartier Depuis qu'il avait ouvert les yeux ce matin-là, Léonard maugréait. - Allez, fiston ! C'est aujourd'hui le grand départ, lui avaient dit ses parents à son réveil. Le quartier dans lequel Léonard et ses parents emménageaient était peut-être bien joli, mais jamais il ne serait aussi amusant que celui qu'il quittait. Ses parents savaient qu'il était triste, mais le déménagement s'imposait. Leur compagnie d'articles de sports extrêmes prenait de plus en plus d'expansion et, par conséquent, ils devaient se rapprocher de la métropole. Pour eux, la ville de Beauchêne était parfaite. Située dans les Basses-Laurentides, cette municipalité était reconnue pour être très dynamique. Une ville à l'image des Lacourse ! Léonard aidait au déménagement, sans grand enthousiasme. Ses parents ne le bousculaient pas trop, puisqu'ils savaient qu'il avait le coeur gros. En ce moment, il transportait une boîte sur laquelle il avait écrit en grosses lettres : « FRAGILE ! » Il avait été clair et ferme avec ses parents : - Défense de toucher à celle-ci ! leur avait-il dit avant de commencer le travail. Vous m'avez bien compris ? Cette boîte qu'il tenait fermement était pour lui aussi précieuse qu'un trésor : elle contenait tous ses yoyos. Léonard était un passionné de ce jeu. Sans exagération, c'était un champion. En fait, il excellait dans bien des choses, mais surtout dans les sports extrêmes et le maniement du yoyo. Quand il fut enfin sur le balcon arrière de sa nouvelle maison, Léonard fit une pause. Les voisins, qu'il ne connaissait pas encore, bien entendu, possédaient, comme lui, une merveilleuse piscine. Des enfants de son âge étaient en train de s'y baigner et semblaient s'amuser follement. Il les regarda un instant avec envie. Une rouquine, debout sur le tremplin, s'apprêtait à plonger. Mais quand elle le vit, elle freina son élan et le salua. En retour, Léonard lui adressa un sourire. Curieusement, il sentit son coeur s'emballer. Il ne restait plus rien dans le gros camion. Les parents de Léonard étaient fourbus. Pour souligner la fin du déménagement, ils commandèrent de la pizza, le mets préféré de leur fils. Pas si mal, la pizzeria du coin ! Comme il s'y attendait, Léonard se régala. Il en mangea trois pointes. Le ventre bien plein, maintenant, il tournait en rond dans la cour arrière. - Va donc faire un tour de vélo ! lui dit son père, affalé sur une chaise longue près de la piscine. Ça te fera digérer... Un peu à contrecoeur, Léonard enfourcha un de ses BMX (il en avait plusieurs, car ses parents en fabriquaient) et s'engagea dans la rue. À ce moment, une voiture sortit de l'entrée voisine. De nouveau, son coeur fit deux tours quand ses yeux se posèrent sur la fillette qu'il avait vue plus tôt dans l'après-midi. Assise sur la banquette arrière de l'automobile, elle le regardait. Qu'elle était jolie ! Elle lui fit encore un magnifique sourire et lui envoya la main. Léonard était si troublé qu'il faillit tomber de son vélo quand il la salua à son tour. Génial ! Elle était sa voisine. « Voilà une petite consolation !... » songea-t-il en souriant intérieurement. Pas très loin de la maison, il y avait un parc. Léonard le trouva plutôt intéressant. Les installations lui permettraient sans aucun doute de s'amuser : de nombreuses rampes, des murs d'escalade, des trampolines, des jeux modulaires... Léonard était convaincu que, dans un quartier, le parc était l'endroit idéal pour se faire des amis. Il avait bon espoir d'y faire de nouvelles rencontres. En effet, il y avait de nombreux enfants, et plusieurs semblaient être de son âge. Mais comme il se sentait gêné d'aller vers eux, il sortit son yoyo. Peut-être qu'il les attirerait en exécutant quelques trucs simples... Quelques minutes seulement après qu'il eut commencé à jouer, un groupe d'enfants un peu plus vieux que lui, composé de cinq garçons et d'une fille, s'approcha pour mieux voir ce qu'il faisait. Léonard était fier de lui. Il était parvenu à piquer leur curiosité ! Ils voudraient sûrement en voir davantage. Léonard leur montrerait ses tours les plus inusités, et ils seraient sûrement impressionnés par ses prouesses ! - Hé ! fit le costaud du groupe, d'une voix peu amène. On ne t'a jamais vu ici ! - C'est sûr, je viens d'emménager. J'habite tout près, rue des Perles, répondit Léonard. - Un autre snob ! fit le costaud avec un air méprisant. C'est la rue où il y a des grosses maisons... Ici, on n'accepte pas les bébés. - Les bébés ? répéta Léonard sans comprendre. - Range donc tes bidules ! Les yoyos, c'est pour les idiots. Fais de l'air ! On ne te veut pas dans notre parc, gronda son interlocuteur d'un ton menaçant. Léonard était secoué. Il ne savait que répondre à cette provocation. Ne voulant pas s'attirer d'ennuis, il rangea son yoyo, puis il partit en vitesse. Pauvre Léonard ! Comme accueil, on avait vu mieux... Le garçon, triste et en colère, se mit à détester cet endroit et à pester contre lui. Il regrettait le quartier que ses parents l'avaient contraint à quitter. Il leur en voulait de l'avoir déraciné. Des larmes ruisselaient sur son visage... Et ces jeunes, mais pour qui se prenaient-ils ? Les yoyos pour les bébés ! Là où il vivait auparavant, tous ses amis jouaient au yoyo. Léonard était le meilleur, et de loin. Ce jeu n'avait rien d'enfantin. Pour manier les yoyos aussi bien qu'il le faisait, il fallait s'entraîner de longues heures ! Enfin, Léonard arriva à la maison, le coeur en charpie. Déboussolé, il descendit au sous-sol, puis il se réfugia dans sa nouvelle chambre. Il continuerait de jouer à son jeu préféré, mais en cachette. Dans sa maison, il ferait ce qui lui plairait. Seul, il jouerait sans être importuné par quiconque...

Categories : Jeunesse > Littérature Enfants

  • EAN

    9782895292029

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    3 999 Ko

  • Distributeur

    Numilog

  • Support principal

    ebook (ePub)

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