La familia grande & La fabrique des pervers

La Grande Librairie, Mercredi 11 janvier .
François Busnel invitait Camille Kouchner pour son livre La familia grande.
Voici un extrait en début de leur échange sur la question qu'il pose à l'autrice sur le besoin d'écrire.
CK : J'ai lu un livre formidable qui s'appelle La fabrique des pervers, qu'a écrit Sophie Chauveau et cela a changé ma vie.
FB : Un livre qui permet à un moment que vous écriviez;
CK : C'est le chemin. Je ne suis pas du tout la même après avoir écrit ça.

  • « Souviens-toi, maman : nous étions tes enfants. »

    C.K.

    C'est l'histoire d'une grande famille qui aime débattre, rire et danser, qui aime le soleil et l'été.

    C'est le récit incandescent d'une femme qui ose enfin raconter ce qui a longtemps fait taire la familia grande.

    Camille Kouchner, 45 ans, est maître de conférences en droit. La Familia grande est son premier livre.

  • Une question d'âge

    Evelyne Pisier

    • Stock
    • 5 January 2005

    Les livres racontent souvent une adoption qui se passe bien. Les parents ont éprouvé de grandes difficultés avant de découvrir leur enfant, il y a inévitablement une période d´apprivoisement, d´apprentissage des deux côtés, mais tout le monde finit par y arriver, se trouver et construire. Le roman d´Évelyne Pisier raconte bien l´attente et les difficultés que tout couple « adoptant » éprouve mais, dans cette histoire, ces premiers instants sont sans doute les plus simples et les plus logiques. Une question d´âge nous montre, sur dix-huit ans, une adoption qui se passe très mal, où l´enfant - ici une petite puis une jeune fille - ne supporte pas sa situation d´enfant « illégitime », l´absence de liens sanguins. C´est l´histoire d´une rébellion permanente, d´un enfer vécu par une mère et un père très aimants mais impuissants, et forcément maladroits dans leur amour et leur impuissance. Parce qu´il est écrit sans complaisance ni fioritures, ce roman, qui prend parfois les allures d´un témoignage, surprendra par sa force et son incorrection, et surtout par toutes les vérités qu´il révèle.

    Tout ce qui n´est pas bon à dire, tout ce qui est tu dans la plupart des cas s´exprime dans Une question d´âge, avec humour aussi, et un aplomb teinté d´une tendresse infinie.

  • Comprenant qu'elle était loin d'être la seule à avoir connu une enfance et une adolescence saccagées, Sophie Chauveau a enquêté pour dresser l'inventaire des victimes et des bourreaux de sa famille. La dynastie de pervers, qui commence avec le dépeceur du Jardin des Plantes pendant le siège de Paris, se poursuit sur trois générations.
    Unique par l'ampleur de ce qu'il dévoile, son témoignage sur l'inceste est d'une force inouïe.
    Voici le roman monstrueux d'une famille hors normes.

  • Paul-Claude Racamier propose l'étude d'une pathologie nouvelle, entre psychose et perversion, celle de l'incestuel.
    Il la définit comme un climat, qui, dans la vie familiale individuelle et collective, crée l'empreinte de l'inceste, sans passage à l'acte. Il dévoile ainsi le secret de tant de pathologies troublantes et mal comprises, en articulant théorie, exemples cliniques et références mythologiques (première édition de l'ouvrage:1995).

  • Nos sociétés, où les relations de parenté les mieux établies ont tendance à se brouiller, favorisent l'inceste et son passage à l'acte. Plus rien ne vient distinguer une mère de sa fille que les rides au coin des yeux ; les marques symboliques, comme les vêtements, sont les mêmes pour l'une et pour l'autre; les rôles sociaux, comme la prise en charge des enfants, des petits frères et des petites soeurs, sont interchangeables... Pourquoi en irait-il autrement dans les compétences sexuelles ?

  • Les mensonges de mes parents ont fortifié mon désir de mettre au jour l'histoire de ma famille, tissée de secrets, de mésalliances, d'adultères, histoire qui découle de la grande saga du charbon. Noces de Charbon dévoile l'union de deux mondes qui s'entrechoquent et se haïssent. Dandy, cocotte, grand patron et mineur de fond, orpheline, riche héritière, quelques salauds, une ingénue, une intrigante... autant de personnages romanesques dont la disparition accompagnera celle de l'"or noir". En remontant le filon de ses origines, Sophie Chauveau a reconstitué la traversée d'un siècle, depuis le nord de la France à la fin du XIXe siècle jusqu'à Paris en 1968.

  • Les Goolrick étaient des princes. Et tout le monde voulait leur ressembler.

    C'étaient les années 50, les femmes se faisaient des coiffures sophistiquées, elles portaient des robes de taffetas ou de soie, des gants et des chapeaux, et elles avaient de l'esprit. Les hommes préparaient des cocktails, des Gimlet, des Manhattan, des Gibson, des Singapore Sling, c'était la seule chose qu'ils prenaient au sérieux. Dans cette petite ville de Virginie, on avait vraiment de la classe, d'ailleurs on trouvait son style en lisant le New Yorker.
    Chez les Goolrick, il y avait trois enfants, tous brillants. Et une seule loi : on ne parle jamais à l'extérieur de ce qui se passe à la maison.
    À la maison, il y avait des secrets. Les Goolrick étaient féroces.
    Comparé à William Styron et Flannery O'Connor, Robert Goolrick a créé avec son premier roman, Féroces, un de profundis sudiste, dans lequel un fils ne survit pas tout à fait aux crimes du père, même quand il piétine sa tombe avec des chaussures anglaises.

  • Le consentement

    Vanessa Springora

    • Grasset
    • 2 January 2020

    Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses oeillades énamourées et l'attention qu'il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin «  impérieux  » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l'aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu'elle vient d'avoir quatorze ans, V. s'offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l'homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s'arracher à l'emprise qu'il exerce sur elle, tandis qu'il s'apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l'écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
    «  Depuis tant d'années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu'au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence  : prendre le chasseur à son propre piège, l'enfermer dans un livre  », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.
    Plus de trente ans après les faits, Vanessa Springora livre ce texte fulgurant, d'une sidérante lucidité, écrit dans une langue remarquable. Elle y dépeint un processus de manipulation psychique implacable et l'ambiguïté effrayante dans laquelle est placée la victime consentante, amoureuse. Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d'une époque, et la complaisance d'un milieu aveuglé par le talent et la célébrité.

  • L'inceste

    Christine Angot

    « Faut se calmer, essayer d'être ce qu'on est c'est-à-dire pas grand-chose. Mettre tout ça à peu près en ordre, déjà, déjà ce serait pas mal. Tout sera dans le bon ordre à partir de là, et dans le bonheur peut-être un jour. Et puis je vais essayer d'être polie. Précise, logique et claire pour une fois. »

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