Jacques Drillon

  • Il ne vient à l'idée de personne d'établir une différence entre la musique qu'on écoute et celle qu'on joue. Il est pourtant frappant de constater qu'elle est seule parmi tous les arts à permettre ces deux pratiques bien différentes. Seule aussi à échapper au réel : elle n'exprime rien, n'est pas un langage, et avec elle deux fois deux ne font pas quatre. Le musicien, lui, est seul à pénétrer dans cet autre monde où les lois universelles n'ont pas cours.

  • Cadence

    Jacques Drillon

    "Il ne faudrait pas trop médire de l'hypocrisie. Si tous les êtres humains portaient leur âme sur leur visage, à quelles horreurs ne serions-nous pas exposés !
    Que de faces répugnantes, gangrenées, pourries !
    L'idéal serait qu'aujourd'hui soit comme hier, et que les journées s'enchaînent, délicieusement égales : que rien ne bouge, que rien ne change ; que la vie soit comme une toile de Vermeer, tranquille et stable à jamais : on y fait son courrier, on y brode avec le plus grand soin, on y cuisine en ne forçant surtout pas sur le lait, on y joue du clavecin, on étudie l'astronomie et la philosophie, on pèse le pour et le contre, on bavarde avec de beaux soldats qui racontent leurs campagnes, on s'assoupit. On reste bien caché, à l'intérieur de l'intérieur, à côté de la fenêtre qui ne laisse rien passer du dehors, si ce n'est la merveilleuse lumière.
    Au lieu de quoi aujourd'hui est pire qu'hier. Et l'on bénit les masques qui ne changent jamais."
    Jacques Drillon

  • 'Tout est affaire de lieu : une cuisine, un couloir, une cage d'escalier, un bureau, ne portent pas la même charge érotique, ne font pas naître les mêmes histoires. Sept pièces font sept atmosphères. Mais ces tons divers, ces formes littéraires diverses (dialogues, portraits, nouvelles, inventaires, lettres, récit dans le récit) sont moins des décors dissemblables pour une scène unique et toujours revécue qu'un point de vue renouvelé sur un rapport humain toujours changeant. Ils ont en commun d'opposer clairement le très sophistiqué et le très hard, et sont des objets littéraires d'autant plus obscènes dans la position que précieux dans le drapé.
    La visite de ces lieux est rythmée par des gravures érotiques de la Renaissance italienne (Augustin Carrache, 1524), qui ont pour avantage, parce qu'elles réconcilient aussi le pornographique et l'académique, de tirer définitivement le texte du côté littéraire, d'effacer le moindre doute sur sa nature raffinée, mais sans rien lui ôter de son caractère troublant.'
    Jacques Drillon.

  • Les bons mots croisés sont des recueils d'énigmes, qui doivent tout à l'équivoque, à l'ambiguïté. Mais que sont-ils? D'où viennent-ils? Par quels chemins détournés sont-ils devenus universels? Comment fonctionnent les pièges? Quelles clés les déjouent? L'homme aime les énigmes, parce que les résoudre le rend fort et fier. Entre le cruciverbiste et le verbicruciste, il n'y a pas que l'espace d'une contrepèterie : un pacte les lie. Pour trouver une bonne définition, l'auteur détourne les mots, les incline en sorte de faire chuter le joueur dans une trappe, qui s'appelle la logique. Tant qu'il est prisonnier de sa logique, le joueur perd. "Qu'est-ce que ça VEUT dire?", demandait toujours Claudel. Pour voir jaillir la réponse, la solution, il lui faut errer autour de la définition comme l'auteur avait erré autour du mot, dans les mêmes régions vagues et brumeuses. Une grille les sépare, ainsi que dans un parloir de couvent, et leurs yeux vifs pourtant ne se quittent pas.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • « Je veux qu'un risque ne prenne pas la place d'une réalité, et qu'on ne me dise pas que l'autre, parce qu'il est peut-être malade, est mon ennemi. »

  • Voici un livre de notes. Sans préjuger de ce qui pourrait être élevé à la dignité de pensée gravée dans le marbre, et de ce qui devrait demeurer dans les caves de l´oubli, de ce qui passera, et de ce qui restera, Jacques Drillon a rassemblé mille et trois post-it sur l´art et les artistes, l´histoire et ceux qui la font. Il a noté, mais sans annoter. Pas d´explication à ce qu´il raconte, pas de jugement dans ce qu´il nous montre. Un traité du bref savoir.

empty