Véronique Pittolo

  • À l'approche de la soixantaine, une femme doit faire des efforts pour atténuer les rides et bien choisir ses petites culottes, surtout quand elle n'a pas la silhouette d'Ursula Andress.
    Des efforts, l'héroïne de ce roman en fait encore, le soir, pour rompre sa solitude sur les sites de rencontre, livrée aux faux-semblants du virtuel.
    Avec Norbert (rencontré sur Meetic), elle baise, elle va à la piscine, elle parle de tout, de sexe, du salaire des patrons du CAC 40, des migrants, de #Me too, de sa future (toute petite) retraite. Elle lui parle de poésie, il répond T'as pas d'autres sujets en réserve ?
    Il cite la sélection de l'équipe de France, elle préfère Kafka, il la voudrait en robe, elle préfère les pantalons. À part ça, ils s'entendent bien.
    À la piscine avec Norbert est un texte cru, drôle et enjoué, une réponse féminine et féministe aux Houellebecq de tous bords.

  • Le spectacle, la foule, la révolte ou pas : un questionnement à rebours de la Révolution française comme show télévisé, et en quoi ça nous en dit pas mal sur aujourd´hui...
    Véronique Pittolo, c´est rare parmi notre tribu des auteurs d´aujourd´hui, ne laboure qu´un seul champ. Il faut dire qu´elle a établi son champ de fouille dans un terrain de vaste horizon, sans barbelés autour, et où on ne se risque guère à venir lui faire concurrence.
    Chaque civilisation, depuis son origine, s´invente des mythes.
    Ils se ressemblent, diffusent de l´une à l´autre, ainsi le déluge, ainsi l´idée du sacrifice, ou des conjurations de la peur.
    Ces mythes, les fables les incarnent tour à tour en dieux, en personnages, mais, quand ils nous rejoignent, c´est que ces personnages viennent traverser de plain pied notre histoire, sont là tout auprès de nous pour nous guider dans ce que le présent a d´opaque, où on ne sait rien. Et pas sûr que cette main qui nous guide nous apprenne autre chose que l´abîme.
    Mais si ça suffisait à définir l´étrange suite de textes brefs que Véronique Pittolo a publié jusqu´à aujourd´hui, on la manquerait certainement. Ce territoire où elle campe, elle l´a installé carrément du côté des personnages, des mythes, et c´est depuis eux qu´elle nous convoque nous, et notre petite société, ses peurs, son présent incertain.
    Ce qui fait une oeuvre, ce n´est pas forcément la réussite isolée, le texte qui tranche : c´est plutôt cette obstination de quelques-uns à rester là, au même endroit, pour leur pioche ou leur sillon.
    Et ceci dès Héros (Al Dante, 1999), par lequel la plupart d´entre nous ont croisé pour la première fois son écriture (ou voir extrait).
    Mais c´est aussi Opéra isotherme (ne manquez pas cette lecture de Nathalie Quintane), entre Siegfried, Mélisande et la Callas, et une focalisation sur le féminin, ce qu´elle dit une autre vision du monde.
    Et Véronique Pittolo renouvelle aujourd´hui son pacte avec Laurent Cauwet en proposant chez Al Dante, ce printemps 2008, Hélène mode d´emploi :
    Dire qu´Hélène ressemble à toutes les femmes qui ont vécu, vivront, c´est dire que la Terre est plate.

    Avec une voix de speakerine.

    Je ne sais pas ce qui m´a pris dira la femme chamboulée qui retrouve une prime jeunesse.
    J´ajoute que, si j´ai sollicité Véronique Pittolo pour un texte sur publie.net, c´est que nous sommes aussi dans un autre partage : depuis 2 ans, à l´institut Gustave-Roussy de Villejuif, elle accomplit un impressionnant travail d´écriture et art plastique avec les enfants hospitalisés. Mais avec eux aussi, cette confrontation des routes, du destin, et des personnages qui nous y aident, ou les symbolise, est central.
    Qu´on ne se méprenne pas sur La Révolution dans la poche, 1er texte non engagé sur la Révolution française : si c´est Internet qui l´accueille, c´est parce que la teneur politique de tels textes appelle à ce qu´ils soient mobiles (comme les gendarmes du même nom). Texte à faire circuler. A embarquer pour lecture sur vos téléphones, vos ordis de bureau ou planter plein écran, comme si vous aviez oublié de le fermer, sur l´ordi de la salle des profs ou de la bibliothèque.
    Une partie des travaux de la littérature d´aujourd´hui, pour cogner fort, éprouve le besoin de textes courts qui l´éloigne de la distribution imprimée, et de la diffusion en cartons : et alors ? Voici de quoi les alimenter, les ordis et les téléphones. On pourrait pirater avec ces textes les caméras de surveillance, les messages dans les halls de gare, les publicités sur écran plat au fronton des immeubles : d´ailleurs, on y travaille.
    Qu´on ne se méprenne pas : ce n´est pas la Révolution française, que Véronique Pittolo ici interroge, mais bien la phrase de Walter Benjamin - pourquoi ne se révoltent-ils pas ?
    Ou la formulation qu´en donne Véronique Pittolo ci-dessous : Peut-il exister un imaginaire de la contestation aujourd´hui ?
    Vous verrez : l"interrogation est contemporaine. Le spectacle, la peur, la foule, la révolte, la responsabilité et la décision, et Saint-Just, ou Danton, et des portraits qui surgissent, sculptés en quinze

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