Armelle Choplin

  • Nouakchott n'est plus une petite ville peuplée d'anciens nomades sédentarisés, perdue dans les confins saharo-sahéliens. Elle s'affirme aujourd'hui comme une importante capitale ouest-africaine pleinement entrée dans la mondialisation. Avec ses 800 000 habitants, Nouakchott est le miroir des mutations profondes que connaît la Mauritanie contemporaine.
    Erigée ex nihilo en 1957 pour accompagner la naissance de la République islamique de Mauritanie, elle reste une jeune capitale, fabriquée tant bien que mal par le pouvoir dont elle a pu refléter les ambitions. Mais au fil des années, les Mauritaniens de toutes les régions du pays se sont approprié cette ville et ont ainsi contrebalancé la fabrique urbaine étatique. Objet politique créé de toutes pièces et objet social remodelé dans la quotidienneté des échanges, ce sont donc deux destins qui sont mis ici en parallèle : celui d'une ville et celui d'une société, qui se politisent simultanément et se construisent tant dans la complémentarité que dans l'opposition.

  • La mondialisation ne se résume pas au succès de quelques multinationales et à la richesse d'une minorité de nantis. Les acteurs les plus engagés dans la mondialisation demeurent discrets, souvent invisibles. Depuis une trentaine d'années, les routes de l'échange transnational ont connu de profondes mutations. Elles relient aujourd'hui la Chine, l'atelier du monde, à un " marché des pauvres " fort de quatre milliards de consommateurs, en Algérie, au Nigeria ou en Côte d'Ivoire. Pour apercevoir ces nouvelles " Routes de la Soie ", il faut se détacher d'une vision occidentalo-centrée et déplacer le regard vers des espaces jugés marginaux, où s'inventent des pratiques globales qui bouleversent l'économie du monde. On découvre alors une " autre mondialisation ", vue d'en bas, du point de vue des acteurs qui la font.
    Armelle Choplin est maîtresse de conférences en géographie à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée, en accueil à l'Institut de Recherche pour le Développement. Elle a publié Nouakchott, au carrefour de la Mauritanie et du monde (Karthala, 2009) et Inconspicuous Globalization (Articulo, 2015 avec Olivier Pliez).
    Olivier Pliez est géographe, directeur de recherche au CNRS (UMR LISST, Toulouse). Il a publié Les Cités du désert. Des villes sahariennes aux saharatowns (PUM-IRD, 2011) et Migrations entre les deux rives du Sahara (Autrepart, 2005, avec Sylvie Bredeloup).

  • Le présent ouvrage réunit des articles inédits, majoritairement écrits par des Mauritaniens, et propose une réflexion sur des thèmes cruciaux pour la société mauritanienne contemporaine, à savoir la question foncière et l'accès au sol. Issues d'une recherche collective qui porte sur la propriété en milieu musulman, les contributions rendent compte des évolutions de la société mauritanienne depuis l'Indépendance jusqu'aux changements rapides récents, marqués par la fin du nomadisme, les réformes foncières ou encore l'urbanisation accélérée du pays. L'approche diachronique souligne les décalages parfois importants entre le droit juridique, tel que défini et appliqué par la loi, et les pratiques quotidiennes des habitants. Les articles ancrent leurs réflexions aussi bien en milieu rural qu'urbain, le long du fleuve Sénégal comme dans les territoires ruraux de parcours, en milieu sédentaire autant que nomade. Cet ouvrage apporte un autre regard sur les enjeux contemporains de l'accès au sol, de la formalisation des droits de propriété et de la sécurisation de la tenure foncière.

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