Edwy Plenel

  • À gauche de l'impossible est un plaidoyer contre les raccourcis qui, faisant miroiter des succès électoraux immédiats, épousent la culture politique dominante, celle-là même qu'une gauche émancipatrice devrait mettre en cause : verticalité du pouvoir, césarisme présidentiel, intolérance au pluralisme, absence de culture démocratique, mépris des mobilisations populaires, rejet des causes communes de l'égalité, incompréhension des nouvelles luttes écologistes, antiracistes et féministes.
    La catastrophe ne se conjugue pas au futur, elle est dans le présent : un présent d'aliénation et de domination où s'entremêlent les désastres sécuritaires, sanitaires, écologiques, sociaux et démocratiques. Il ne s'agit plus de l'éviter, mais de l'affronter en cessant de s'illusionner : la réponse ne viendra pas d'en haut, d'experts prétendus ou de gouvernants discrédités, mais du sursaut de la société, de ses inventions et de ses mobilisations.
    Si la gauche politique est en peine, c'est parce qu'elle s'est détachée de la société qui la légitimait pour s'identifier à l'État dont elle revendique la gestion. Or être de gauche, sur la durée, ce n'est pas vouloir absolument le pouvoir, c'est d'abord défendre la société contre les abus des pouvoirs, qu'ils soient étatiques, politiques ou économiques, sociaux ou culturels, entremêlant domination sociale, discrimination raciste et oppression patriarcale.
    Alors que l'effondrement menace, dans un mélange de destruction du vivant et de déshumanisation du monde favorable aux fuites en avant autoritaires et identitaires, la porte étroite du salut est dans ce pari sur l'impossible.

  • Le présidentialisme est au régime présidentiel ce que l'intégrisme est aux religions, ce que l'absolutisme est aux monarchies, ce que le sectarisme est aux convictions. Le problème n'est pas l'existence d'une présidence de la République mais l'accaparement de cette fonction par un seul homme, véritable monarque sans couronne. Legs du bonapartisme français, notre présidentialisme est un régime d'exception devenu la norme. Une norme dont l'excès n'a cessé de s'étendre depuis le long règne de François Mitterrand.
    Avec Emmanuel Macron aujourd'hui, mais dans le droit fil des ambitions de Nicolas Sarkozy et des renoncements de François Hollande hier, le présidentialisme français ne cesse de s'affirmer comme l'ennemi foncier d'une République démocratique et sociale. Cette confiscation de la volonté de tous par le pouvoir d'un seul la mine de l'intérieur, la corrompt et l'affaiblit, creusant la dépression citoyenne et accroissant la démobilisation électorale. En nos temps incertains et imprévisibles, elle pose les bases d'un régime autoritaire au service d'intérêts sociaux minoritaires.
    Face à ce danger,
    Le Président de trop plaide pour une radicalité démocratique. Celle d'une République garantissant l'expression, la mobilisation et l'invention de la société contre les inégalités, injustices, corruptions et mensonges qu'enfantent, inévitablement, pouvoir et domination en place dans leur éternelle volonté de se succéder à eux-mêmes.

  • Aborder la politique par le cinéma. Ne pas seulement se divertir mais s'impliquer. Ne pas rester spectateur d'une histoire étrangère mais devenir acteur de son propre destin. Chercher dans l'obscurité des salles de projection les lumières d'un imaginaire commun. Le jour de 1969 où Z, le film de Costa-Gavras, est sorti en salles, la politique comme imaginaire démocratique a fait irruption dans le cinéma, la politique comme lieu de partage.

    E. P.

    Edwy Plenel est journaliste, directeur et cofondateur de Mediapart. Il est notamment l'auteur du Droit de savoir et de Dire non, disponibles en Points.

  • " "Il y a un problème de l'islam en France', n'hésite pas à proclamer un académicien, regrettant même "que l'on abandonne ce souci de civilisation au Front national'.
    À cette banalisation intellectuelle d'un discours semblable à celui qui, avant la catastrophe européenne, affirmait l'existence d'un "problème juif' en France, ce livre répond en prenant le parti de nos compatriotes d'origine, de culture ou de croyance musulmanes contre ceux qui les érigent en boucs émissaires de nos inquiétudes et de nos incertitudes. L'enjeu n'est pas seulement de solidarité mais de fidélité. Pour les musulmans donc, comme l'on écrirait pour les juifs, pour les Noirs et pour les Roms, ou, tout simplement, pour la France. "

  • Ce livre est une enquête sur une phrase perdue. Elle fut énoncée à Paris le 13 août 1789 par Jean-Sylvain Bailly, nom aujourd'hui oublié. Il venait d'être proclamé maire de la Commune de Paris, le premier dans l'histoire de la capitale après avoir été le premier président du tiers état et de l'Assemblée nationale. " La publicité est la sauvegarde du peuple ", affirmait-elle. Autrement dit, tout ce qui est d'intérêt public doit être rendu public : tout ce qui concerne le sort du peuple, tout ce qui est fait en son nom, tout ce qui relève de sa souveraineté.
    À peine proclamée, cette sentence devint l'emblème de la liberté de la presse naissante durant ce qui fut aussi une révolution du journalisme. Or, alors même qu'elle fut la première expression, dans une formulation résolument moderne, d'un droit fondamental plus que jamais actuel - le droit de savoir contre l'opacité des pouvoirs -, cette phrase est oubliée par l'histoire française. Pourquoi ?
    Enquête sur cet oubli, ses mystères et ses détours, ce livre est une réflexion sur la dimension prophétique de la proclamation de Bailly. On y comprendra que les combats des journalistes d'enquête et des lanceurs d'alerte, face à des pouvoirs arc-boutés sur les privilèges du secret, illustrent la portée toujours révolutionnaire de cette proclamation démocratique.

  • " La jeune et brève histoire de Mediapart fait partie de ces nombreuses volontés citoyennes résistant à la régression qui donne la main aux plus forts et aux plus riches, c'est-à-dire aux États qui surveillent et aux financiers qui spéculent. Si novatrice soit-elle, ce n'est sans doute qu'une contribution parmi d'autres. Mais j'ai voulu en tirer quelques enseignements utiles à celles et ceux qui cherchent les voies d'une refondation démocratique de l'écosystème médiatique en inventant des réponses nouvelles à la crise d'indépendance et de qualité de l'information.
    Je me propose d'expliquer ce chemin de résistance, en m'attachant à toutes les dimensions du mot "valeur' qu'entraîne ce choix exigeant : valeur de la démocratie, valeur d'un métier, valeur du participatif, valeur d'un public, valeur d'une entreprise, etc. C'est en défendant la valeur de l'information que nous apporterons, face au choc de la révolution numérique, des solutions durables qui soient au service de l'intérêt général.
    Mon seul souci est que nous soyons à la hauteur du défi que doivent affronter nos démocraties, qui, à force de se laisser dépérir, prennent le risque de se renier. Car la défaite du journalisme annonce toujours le recul de la liberté. "
    Journaliste, Edwy Plenel est cofondateur et président
    de Mediapart, journal en ligne indépendant et participatif fondé le 16 mars 2008. Il a notamment publié chez Don Quichotte
    Le Droit de savoir (2013), Dire non (2014) et Dire nous (2016).

  • « Un jour, on se souviendra avec honte qu'en France, au début du XXIe siècle, une démocratie, son État, ses gouvernants et ses juges, ont criminalisé ce geste élémentaire d'humanité : la solidarité. Et qu'ils l'ont fait alors que notre continent, face à un défi humanitaire sans précédent depuis les catastrophes européennes du siècle passé, avait rendez-vous avec son âme... »
    Ce court texte sincère et brûlant est un véritable « J'accuse » contemporain qui dénonce l'injustice de criminaliser celles et ceux qui se portent au secours des migrants partout en Europe. Rédigé dans l'urgence, diffusé dans une première version sur le Net, il a rencontré un très grand intérêt dans toute l'Europe.
    Edwy Plenel a voulu proposer un petit livre accessible au plus grand nombre, très argumenté et précis, pour réveiller les consciences endormies et ou hypocrites de notre continent. Ils rappellent les valeurs républicaines et européennes de la solidarité du « vivre ensemble », d'une « même exigence d'humanisme » toutes trahies par les agissements des politiques.
    Criminaliser le « secours à autrui », comme dans le cas de Cédric Herrou, c'est s'opposer aux « droits imprescriptibles et naturels de l'Homme » (Déclaration des droits de l'Homme.)
    Notre devoir est de « jeter des ponts » et d'accueillir l'autre homme, si nous ne voulons pas perdre notre âme et notre histoire.

  • Ce qui se joue en France depuis plusieurs semaines ne saurait se résumer à ce que gouvernants et éditorialistes veulent y voir. Spontanée et nourrie de motivations disparates, cette révolte doit s'entendre à la fois dans l'histoire longue des mouvements populaires et dans la spécificité de son époque, prompte à confondre le droit de tous et le privilège de certains.
    La révolte des gilets jaunes est un événement inédit, inventif et incontrôlable. Comme tout surgissement spontané du peuple, elle déborde les organisations, bouscule les commentateurs, affole les gouvernants. Comme toute lutte collective, elle s'invente dans une création politique autonome où l'auto-organisation est maître du jeu. Comme toute mobilisation populaire, elle brasse la France dans sa diversité, avec ses solidarités et ses préjugés, ses espoirs et ses aigreurs, ses beautés et ses laideurs.
    Prenant le contrepied de la morgue de classe qui s'est déchaînée face à un peuple rabaissé au rang de foule, cet essai veut en déchiffrer l'énigme en mêlant l'histoire immédiate et la longue durée. Né d'un refus de l'injustice fiscale et d'une exigence sociale d'égalité, ce mouvement s'est emparé de la question démocratique centrale, celle du pouvoir présidentiel qui confisque la volonté de tous. C'est cette audace républicaine qu'une répression policière sans équivalent lui fait payer.
    L'avenir n'est pas écrit, et le cours des événements dépendra de l'action de celles et ceux qu'ils convoquent. Aussi ce livre est-il une alarme face à la fuite en avant d'un pouvoir affolé qui, pour se légitimer, a choisi de jeter les gilets jaunes dans les bras de l'extrême droite. Si cette catastrophe advenait, en seraient aussi responsables tous les tenants d'une République démocratique et sociale qui auront préféré tenir à distance cet inédit, plutôt que de mener la bataille de l'égalité auprès des gilets jaunes.

  • " Il est temps de dire nous.
    Ce nous qui rassure par ses audaces, ce nous qui crée de la confiance en risquant son bonheur.
    Dire nous pour partir à la recherche d'un horizon des possibles en faisant chemin tous ensemble, dans le souci des plus fragiles et des moins protégés, des moins habiles et des plus exploités.
    Dire nous pour inventer un nouvel imaginaire qui nous élève et nous relève, en nous extirpant du marécage où macèrent nos divisions, nos rancoeurs, nos ressentiments.
    Dire nous pour cesser de dire eux contre nous, nous contre eux, notre nous contre le leur, dans une guerre sans fin dont nous serons tous les victimes, nous comme eux.
    Dire nous pour réussir à échapper aux fatalités du présent par la subversion de l'ordinaire et du quotidien, en l'enchantant par la beauté et la bonté, contre la laideur et la méchanceté.
    Dire nous avec cette certitude que la politique, comme bien commun, est d'abord une poésie, une poétique où l'espérance retrouve l'énergie qui lui manquait, comme un souffle libérateur.
    Dire nous, donc, pour inventer tous ensemble le oui qui nous manque, celui d'un peuple réuni dans sa diversité et sa pluralité autour de l'urgence de l'essentiel : la dignité de l'Homme, le souci du Monde, la survie de la Terre. "
    Journaliste, Edwy Plenel est cofondateur et président de Mediapart, journal en ligne indépendant et participatif. Il a notamment publié chez Don Quichotte Le Droit de savoir (2013) et Dire non (2014).

  • « Ce voyage est une invitation à se promener sur le continent des obscurs. À partir à la recherche de celles et ceux dont le souvenir est effacé par les puissants et les dominants, qui réquisitionnent l'Histoire à leur profit. Bref, à aller à la rencontre de tous ces militant-e-s de l'égalité sans lesquels nos idéaux démocratiques et sociaux n'auraient jamais vu le jour. Or seul le Maitron, cet immense dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et social, avec ses milliers de héros inconnus ou méconnus, donne librement accès à ces territoires oubliés, sur une longue durée qui va de 1789 à 1968.
    J'ai voulu donner envie d'aller y voir. Car, en nos temps obscurs d'incertitude et de doute, visiter le Maitron, c'est reprendre force et courage. Cette pérégrination propose de s'approprier cet héritage sans testament, comme une promesse que nous nous ferions à nous-mêmes. À la manière des traces qui, dans notre langue, sont aussi bien des signes d'un passé effacé que des sentiers menant à l'inconnu, l'espoir porté par les centaines de milliers de vies qui en sont la matière est un chemin inédit, qu'il nous revient d'inventer en marchant sur leurs pas. Pour cette exploration, nulle carte préétablie qui donnerait des assurances, transformant le paysage en certitude. Mais, plus essentiellement, la quête d'une hauteur qui nous élève et nous relève, en vue d'une ligne de crête où se laisse approcher, de nouveau, l'horizon d'une espérance : l'émancipation.
    Acte de fidélité et geste de survie, ce livre interroge dans un premier temps le sort des vaincus dans l'Histoire puis part "à sauts et à gambades" dans un voyage qui commence près des bureaux de Mediapart, à la rencontre du député Baudin, pour se terminer sur un sentier de randonnée dans les Pyrénées, en compagnie de Walter Benjamin. La solennité des cimetières pas plus que la froideur des tombeaux ne sont ici de mise. Plurielle et multiple, l'Histoire maillée d'histoires que nous raconte le Maitron est un récit sensible, celui d'une réalité à portée d'utopie, tout comme un choeur antique serait à portée de voix. »
    Edwy Plenel
    Par cet ouvrage, Edwy Plenel rend hommage à l'oeuvre du Maitron, le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, devenu Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, mouvement social.
    Le Maitron, du nom de son créateur, existe depuis 1964. Dirigé par Jean Maitron, puis par Claude Pennetier, et, depuis 2011, par Claude Pennetier et Paul Boulland, il rassemble, en 79 volumes ou productions, plus de 160 000 biographies de militantes et de militants de 1789 à 1968, le tout rédigé grâce à un réseau de plus de 1 450 auteurs. Le Maitron est le plus grand dictionnaire biographique existant en langue française.

  • Dire non

    Edwy Plenel

    Défense et illustration de ces refus démocratiques et sociaux où s'invente l'alternative aux résignations dépressives et aux servitudes régressives. Dire non à l'abaissement de la France par ceux qui la défigurent en ne l'aimant pas telle qu'elle est et telle qu'elle vit. Dire non pour élever ce pays en élevant son langage. Dire non pour inventer notre oui.
    La France ressemble ces temps-ci à un Titanic dont l'équipage dirigeant irait droit vers l'iceberg, le sachant et le voyant mais ne trouvant rien pour l'empêcher. Économique, sociale, démocratique, européenne, culturelle, écologique, etc. : les crises s'accumulent dans une confusion du sens et une perte de repère dont aucune force ne semble capable de dénouer les fils, à l'exception des tenants de la régression la plus obscure vers le plaisir de détester ensemble – les Roms, les Arabes, les Juifs, les étrangers, le monde, les autres, tous les autres.
    Nous ne sommes pas condamnés à cette fatalité. Urbaine, diverse et mêlée, dynamique et inventive, la France telle qu'elle est et telle qu'elle vit n'est pas conforme à cette image de régression, de division et de repli. Mais, entre cette réalité vécue et la politique supposée la représenter, le gouffre ne cesse de se creuser. Aussi la crise française est-elle d'abord une crise politique, crise de représentation, crise des institutions, fin de régime. Celle d'une République épuisée, à bout de souffle, impuissante et illisible, condamnée à vivre dans l'instant sans que le passage de l'hystérie sarkozyste à l'apathie hollandaise change la donne.
    Allons-nous subir ou réagir ? Ne nous revient-il pas, dans la diversité de nos attentes et de nos espoirs, de relever la France en réinventant sa République, une République enfin conforme à sa promesse de liberté étendue, d'égalité approfondie et de fraternité retrouvée ? Ne sommes-nous pas requis, sauf à définitivement accepter cette servitude volontaire des peuples qui ne savent plus dire " non " ? Dire non est cet appel au sursaut, un sursaut démocratique et social qui rassemble et conforte afin de trouer l'épais brouillard qui, aujourd'hui, voile l'espérance.

  • S'agissant des affaires publiques, la publicité doit être la règle et le secret l'exception. Rendre public ce qui est d'intérêt public est toujours légitime. Tout document qui concerne le sort des peuples, des nations et des sociétés mérite d'être connu de tous afin que chacun puisse juger sur pièces, choisir pour agir, influer sur la politique des gouvernements. Si, en démocratie, le peuple est souverain, alors la politique menée en son nom ne saurait être l'apanage d'experts et de spécialistes, d'élites et de professionnels, seuls destinataires des informations légitimes, et agissant comme des propriétaires privés d'un bien public. Preuve en est la diabolisation par les puissants de la " transparence " notamment revendiquée par Mediapart, comme si le journal réclamait un droit inquisitorial à percer les secrets alors que, au contraire, ses curiosités n'ont jamais porté que sur des sujets d'intérêt public (Karachi, Bettencourt, Kadhafi...).
    Ce livre entend démontrer l'utilité de ce droit de savoir comme accélérateur de la prise en main de leur destinée par les peuples, alors que la crise en cours ne cesse de les en déposséder. Tandis que l'opacité et le secret protègent la corruption et l'injustice et que des murailles, y compris inconscientes, se dressent devant le légitime droit de savoir dès que les journalistes l'illustrent par des curiosités dérangeantes, l'information se révèle toujours un appel à la liberté.
    Fondé sur l'expérience de Mediapart, Le Droit de savoir recense les obstacles qui se sont dressés en travers de son chemin pour empêcher l'information et les enquêtes ; le livre revient sur les filatures, les écoutes, les campagnes de diffamation, les plaintes de l'ancien gouvernement. Il analyse aussi les conséquences de ses révélations et les débats publics qu'elles ont provoqués. Surtout, à l'heure de la révolution numérique, cet ouvrage constitue un plaidoyer pour une nouvelle loi fondamentale sur la liberté de l'information. Un droit qu'il faut étendre, consolider et renforcer.

  • 2002, le millénaire commence dans l'incertitude et la peur, entre univers planétaire et replis identitaires. En ces temps de globalisation économique et de désarroi idéologique, on oublie un peu vite que la découverte du monde, la circulation de la marchandise et la multiplication des échanges ne datent pas d'aujourd'hui. Et l'on confond volontiers mondialisation et uniformisation. Comme s'il y avait d'un côté le Moloch de la World Culture écrasant la diversité des peuples et de l'autre la résistance vaillante des identités closes. Contre cette vision simpliste, dangereuse et oublieuse, Edwy Plenel rappelle que la rencontre des hommes et des cultures, souvent inégale, voire brutale, est aussi un moment d'ouverture et une source d'invention.
    1492, aube des temps modernes et début de l'ère planétaire ; Christophe Colomb voguait vers les Amériques. 1992, aube de l'Europe du marché unique, dans le grand remue-ménage du marché mondial ; à l'occasion du cinquième centenaire de la découverte, Edwy Plenel est parti sur les traces du Grand Amiral de la mer océane.
    De l'Europe aux côtes africaines, des Caraïbes à l'Amérique centrale, des ruelles de Gênes à la côte des Moustiques, il a visité toutes les terres croisées par le navigateur durant sa vie aventureuse. Une chronique hybride à l'instar de son héros, européen avant l'heure, homme de transition entre Moyen Âge et Renaissance, découvreur de paradis et convoyeur d'esclaves, fervent catholique mais peut-être juif, homme de paix et fauteur de guerres.

  • " En septembre 1985, le ministre de la Défense et le patron de la DGSE furent contraints de démissionner sous l'effet de révélations de presse qui firent tomber le château de cartes du mensonge officiel.
    Jeune journaliste au Monde - j'allais avoir, cet été-là, trente-trois ans -, je fus à l'origine de ces informations qui, soudain, firent surgir le journalisme d'enquête, ses révélations et ses tensions, à la Une du quotidien alors de référence, bible des élites politiques, étatiques et économiques du pays. Si j'ai écrit plusieurs livres, mêlant réflexion et témoignage, sur les réalités, et notamment les affaires, que j'ai eu à traiter durant près de quarante ans de journalisme, je n'ai jamais rien dit de cette histoire emblématique.
    J'ai même longtemps choisi de me taire face à toutes les bêtises, approximations ou rumeurs, qui s'en sont emparées. Le journalisme conformiste, que j'aime appeler de gouvernement, n'est pas le dernier à nier les vérités qui dérangent. Et son commanditaire silencieux, l'État profond, dont les servitudes n'ont pas d'étiquette partisane, n'aime guère perdre face au désordre incarné par le journalisme sans fils à la patte, libre et indocile. Mais j'ai préféré laisser dire, respectant un délai de viduité qui était aussi une forme de respect pour les acteurs opérationnels d'une mission dont le pouvoir présidentiel d'alors, celui de François Mitterrand, était seul coupable et comptable.
    C'est ce silence que j'ai décidé de rompre. D'abord parce que l'affaire Greenpeace est une leçon de choses journalistique, salutairement démystificatrice sur ce qu'est une enquête, son artisanat, son travail collectif, ses intuitions, ses tâtonnements, ses risques. Ensuite parce que ce scandale d'État éclaire d'une lumière aveuglante la réalité faiblement démocratique du présidentialisme français, ses abus de pouvoir potentiels et les risques qu'ils font courir à notre pays. Enfin, tout simplement, parce que l'acteur de cette histoire que je fus, en raison de l'effet politique des révélations du Monde, n'a plus envie que d'autres la malmènent ou la déforment. "

  • Procès

    Edwy Plenel

    Les audiences d?un procès servent de décor, de scène et de prétexte, aux curiosités, divagations et interrogations, confessions et confidences, d?un journaliste. Le procès, c?est celui des écoutes de l?Élysée, une affaire d?État qui met en cause des préfets et des généraux que protège l?ombre d?une haute figure présidentielle. Procès de raisons privées devenues raisons d?État, de l?abus de pouvoir et de l?ordre illégal. Un procès plus actuel que ne le laisserait penser l?ancienneté des faits. Au nom de la lutte contre le terrorisme et, plus largement, toute déstabilisation de l?État, la ligne de défense des prévenus évoque des argumentaires d?aujourd?hui, voire de demain, dans le monde de peur de l?après-2001. Le journaliste, c?est l?un des plaignants, partie civile emblématique dont la plainte a déclenché les poursuites après la révélation de l?espionnage dont sa vie professionnelle et privée avait fait l?objet. En ce sens, ce procès est aussi le sien. Au sens propre, pas seulement figuré. À la fois spectateur et acteur de ce théâtre judiciaire, il lui arrive de devenir l?accusé, mis en cause par les prévenus pour tous les troubles dont il fut l?auteur, sans compter sa carrière d?espion américain. Ces accusations entrent en résonance avec d?autres, lancinantes, contre le type de journalisme qu?il incarne et le journal dont il dirige la rédaction. En secret, le journaliste a lui-même mis en scène la rencontre de ces deux réquisitoires : il avait décidé de démissionner de ses responsabilités à l?occasion du procès des écoutes.

  • Jamais dans l'histoire de la Ve République, un président élu n'aura renoncé si vite, sans combat et sans explication, aux engagements qui l'avaient fait élire : combattre son adversaire la finance, instaurer une présidence normale, réorienter l'Union européenne. Au lieu de quoi, la finance dérégulée est installée à demeure à l'Élysée, le pouvoir personnel gouverne selon son bon plaisir, et l'Europe n'est pas sortie d'un cycle catastrophique où les marchés sont courtisés et les peuples ignorés.
    Attachée aux exigences démocratiques et sociales d'une République vivante, la rédaction de Mediapart ne se résigne pas à une politique avilie où les promesses électorales seraient toujours démenties par l'exercice présidentiel. C'est pourquoi elle a choisi de documenter au plus près ce renoncement stupéfiant, pavé de véritables reniements.
    Afin, tout à la fois, d'en prendre la mesure et de tenter de le comprendre. Car, sans cet effort de lucidité, il sera impossible d'inventer une suite qui appartienne à un peuple redevenu souverain, libéré des tentations de la peur et du repli, voire de la haine.
    Après N'oubliez pas ! (2010) et Finissons-en ! (2012), deux ouvrages de référence consacrés à la présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012), ce livre poursuit dans la même veine le nécessaire travail de documentation, d"enquête et d'analyse d'un journalisme indépendant vis-à-vis des pouvoirs. C'est un guide citoyen pour ne rien oublier de ce qui fut dit et fait. Et ainsi transformer ce savoir en clairvoyance pour l'avenir.

  • Une présidence entachée par les affaires politico-financières : l'affaire Bettencourt (évasion fiscale, dons illicites aux politiques) ou l'affaire Lagarde/Tapie (une justice qui s'efface pour permettre à l'homme d'affaires d'empocher plus de 400 millions d'euros).
    Une présidence entachée par les scandales de ses ministres : les conflits d'intérêts d'Éric Woerth, les condamnations pour racisme de Brice Hortefeux, les libertés prises avec l'argent public par Alain Joyandet et Christian Blanc... Une présidence qui a révélé sa vraie nature idéologique avec l'indécent débat sur l'identité nationale, suivi de l'ignoble discours de Grenoble stigmatisant les Roms et les Français d'origine étrangère.
    Autant d'indignants épisodes qui ne doivent pas cacher la faillite économique du pays : la dette abyssale de la France n'est pas la conséquence de la crise financière, mais bien plus le fruit d'une politique de gaspillage engendrée par le bouclier fiscal, la multiplication des niches et autres abaissements d'impôts. La Cour des comptes elle-même en a fait le constat. Et pourtant... C'est pour éponger ce gaspillage que les services publics sont démantelés, que 50 % des fonctionnaires partant à la retraite ne sont pas remplacés, que plus de 50 000 postes ont été supprimés dans l'Education nationale, que les mutuelles santé seront surtaxées... Cette présidence est aussi celle de la casse sociale.
    Sous le titre N'oubliez pas !, le 1er volume de Mediapart dressait le bilan de la présidence Sarkozy de la nuit au Fouquet's au lancement du grand emprunt national. La suite de l'inventaire se poursuit dans ce 2nd volume : du débat sur l'identité nationale au budget d'austérité, ce livre recense les changements intervenus dans les dossiers tels que l'emploi, la justice, la constitution, l'environnement, la politique étrangère, la politique en matière d'immigration, la réponse à la crise financière... Sans oublier les affaires qui ont éclaté durant ce quinquennat et ont éclaboussé nombre de proches du Président.

  • Le journaliste et président réunit trois ouvrages ? La part d?ombre (1992), Un temps de chien (1994), Les mots volés (1997) dans lesquels Edwy Plenel, journaliste au Monde, explorait les coulisses du mitterrandisme, ses secrets et ses mensonges : l?affaire des Irlandais de Vincennes, la relation complexe de François Mitterrand au régime de Vichy, les suicides de Pierre Bérégovoy et de François de Grossouvre et, enfin, les écoutes téléphoniques clandestines organisées pour protéger la vie intime d?un président qui confondait secrets de famille et secrets d?État. Placé sur écoute d?avril 1985 à mars 1986 parce que ses articles dérangeaient, Edwy Plenel engage une réflexion sur le pouvoir et la démocratie. Il s?interroge aussi sur les pièges et les contradictions de son métier. Journaliste exigeant, il répond à ses détracteurs et revendique la « liberté indocile de l?information dissidente ». Citoyen en colère, il dénonce les trahisons d?une gauche dont l?identification au mitterrandisme a assuré le déclin. Depuis la parution chez Stock de ces trois ouvrages, le procès des écoutes de l?Élysée s?est finalement ouvert en novembre 2004, et cette nouvelle édition est augmentée d?une préface inédite, Grand Deuil.

  • « Durant vingt mois, j'ai été chroniqueur. C'était un genre auquel je ne m'étais jamais risqué. Je m'en méfiais, l'identifiant à ce journalisme d'opinion, de commentaire et de jugement qui égare et dégrade le métier, à rebours du journalisme d'information, froid, distant et tranchant comme le serait une lame aiguisée, qui a ma préférence. J'étais injuste, bien sûr. Très français, le genre n'en est pas moins noble. Camus faisait de ce "journalisme d'idées" l'arme idéale du "journalisme critique" et le "Bloc-notes" de Mauriac reste encore inégalé.
    En janvier 2004, je me suis donc résolu à écrire des chroniques en forme d'éditoriaux pour accompagner le lancement du Monde 2. Je les avais appelées "Au vif". Au vif, comme l'on dirait en venir au fait ou rentrer dans le vif du sujet. Jusqu'à mon départ du Monde en septembre 2005, je n'ai pas manqué un seul de ces rendez-vous. Aussi ces textes sont-ils en quelque sorte testamentaires. Ils disent une fin, l'organisent et la préparent. Sous l'actualité apparente qui motivait chacune de ces chroniques, je glissais des repères intimes, signaux d'alarme et avertisseurs d'incendie.
    C'est pourquoi, les publiant après un délai de viduité, je les ai titrées Chroniques marranes. Comme ces Juifs qui, sous l'Inquisition, judaïsaient en secret, s'inventant une identité improbable, de mélange assumé et de liberté préservée, je m'y suis amusé à journaliser en secret, laissant entrevoir déjà ce qui n'a pris son sens que bien après, lors de ma rupture définitive. Le lecteur curieux de la presse sera tenté de chercher ces indices. Mais il pourra aussi y trouver un témoignage sur une période politique particulière, moment de transition avant que ne prenne forme le paysage de l'élection présidentielle de 2007. »

  • En 1984 paraissait L'Effet Le Pen. Les auteurs décrivaient l'origine, l'idéologie et la stratégie du Front national. Dans ce nouvel ouvrage, ils reprennent leur étude en s'appuyant sur les travaux et les enquêtes réalisés au cours de ces 10 dernières années par la rédaction du Monde.

  • Toute paix est oublieuse. En 1988, l'apaisement en Nouvelle-Calédonie aura été précédé d'un drame : sur son territoire national, la France a fait la guerre. A Ouvéa, île française d'outre-mer, une action militaire a été menée pour mettre fin à une sanglante prise d'otages, et ce fut une sale guerre : ratissages, regroupements de populations, hommes, femmes et enfants mêlés, sévices et tortures, usage de lance-flammes et d'armes dernier cri par des unités plus destinées au "baroud" qu'au maintien de l'ordre, et, enfin, exécutions sommaires, dont ce livre apporte de nouvelles preuves, inédites... Aujourd'hui, le souvenir des vingt-cinq morts d'Ouvéa dérange. Construire l'avenir importe plus aux politiques que de revenir sur le passé. Il le faut pourtant. Ne serait-ce que pour comprendre : illustrant jusqu'à l'absurde l'impasse d'une politique, ce drame a paradoxalement obligé les ennemis d'hier à s'entendre. Et aussi parce que la démocratie a ses exigences : comment en est-on arrivé à cette folie ? Où situer les responsabilités ? Pourquoi la vérité fut-elle entravée ? Récit de ce tournant calédonien, Mourir à Ouvéa répond à ces questions. Décrivant ce qui l'a précédé notamment l'effrayant acquittement des auteurs de l'embuscade de Hienghène comme ce qui l'a suivi - le pari du plan de Michel Rocard -, il développe et enrichit les révélations qui firent du Monde l'un des acteurs de cette affaire.

empty