Hélène Cixous

  • Rêvoir Nouv.

    Rêvoir

    Hélène Cixous

    « Comment font les gens qui ne disposent pas d'un Rêvoir de rêves, les malheureux, je n'arrive pas à imaginer une existence maintenue sous la coupe implacable du Cauchemar. J'ai connu un temps la liberté. Quand une liberté est pure et libre on ne s'en aperçoit même pas. On va, on vient, se couche, se lève, immortellement pendant des années, on ne les compte pas, on n'est ni savant, ni ignorant, on est distrait, on respire, on entre dans des magasins, puis dans d'autres, il y a des calendriers pour tout un chacun. Je fais appel à toutes mes forces mentales, pour deviner l'état du cerveau de ceux qui n'ont jamais connu, jamais aspiré l'air de la liberté, un air légèrement sucré, légèrement salé, discret, agréable, ceux qui à peine nés ont été déposés dans une cage, voués du premier au dernier souffle au cachot de l'esclavage, toutes ces créatures qui n'ont connu de la liberté que le regret greffé dans tout le corps par le mystère de l'héritage. »

  • Le livre de Promethea Nouv.

    "J'ai un peu peur pour ce livre. Parce que c'est un livre d'amour. C'est un buisson de feu. Mieux vaut s'y jeter, une fois dans le feu, on est inondé de douceur. J'y suis : je vous le jure."
    Voilà ce que dit «l'auteur» de ce livre ; mais qui est l'auteur, Hélène Cixous ? H ? ou Promethea ?
    "D'ailleurs c'est le livre de Promethea. C'est le livre que Promethea a allumé comme un incendie dans l'âme de H."
    Il s'agit du journal immédiat, urgent, brûlant, d'une passion en train de prendre élan, éternité. Cette "chronique" n'a aucune autre technique que la plus ardente fidélité : elle a un rythme, musical, inégal, celui du coeur.
    /> À travers ces cahiers, ces chapitres, inscrits sur le vif, se dessinent les portraits de deux créatures qui se vouent à aimer comme au temps des légendes ou des quêtes épiques. Tout véritable amour n'est-il pas épique ?
    Ce livre est simple et compliqué comme l'amour, douloureux comme la peur de la mort, joyeux comme la confidence absolue. Parfois on verse les larmes brûlantes de la jalousie, parfois on pleure de rire. Ce livre a un goût de sel et de miel.

  • Dans le plus beau et le plus riche quartier d'Osnabrück, en Basse-Saxe, au centre-ville, rue de la Vieille-Synagogue, il y a un espace rasé entre deux élégantes demeures, on passe devant sans les voir. Les Ruines. C'est ici. La réserve de la mémoire et de l'oubli déposée derrière des grillages. Sur le grillage à hauteur de nos yeux quatre panneaux de cuivre poli font le même récit chiffré daté du 9 novembre 1938, panneaux étincelants, tablettes d'une nuit d'épouvante, qui a pris sa place d'horreur dans la longue et riche chronique de la fameuse ville fondée en 783 par Karl der Große, dit Charlemagne de l'autre côté. Ici on entretient les cendres. Ici tous les royaumes de l'Europe ont signé en 1648 le traité de Westphalie, la fin de cette guerre de trente ans qui a laissé traîner dans les rues des millions de fantômes d'assassinés, ici en 1928 sans perdre un instant notre belle ville est nazie, en 1938 elle a mis le feu à ses Juifs, comme hier elle mettait le feu à ses sorcières, ici notre Phénix tout de suite après la haine s'est réveillé dévoué à la Paix et l'hospitalité pour une petite éternité. Ruines, élégantes, soignées, bien rangées, êtes-vous dedans, êtes-vous dehors, êtes-vous libres ?
    Derrière le grillage, une haute collection de grosses pierres, des moellons toilettés. Ce sont les os de la Vieille Synagogue (en vérité elle était jeune et belle, dans sa trentième année) qui restent après l'incinération. Os bien rangés.

  • Le travail théorique et critique d'Hélène Cixous, plus connue par son oeuvre de fiction et pour le théâtre, a surtout été élaboré publiquement au séminaire qu'elle donne annuellement depuis près d'une cinquantaine d'années. Aussi ce séminaire appartient-il à l'époque ' glorieuse ' de la pensée française, aux côtés des séminaires de Jacques Derrida, Michel Foucault, Jacques Lacan ou Roland Barthes, mais, à la différence de ceux-ci, celui d'Hélène Cixous était resté inédit jusqu'à aujourd 'hui.
    Son séminaire se caractérise par le fait qu'il associe étroitement la littérature et la pensée: la voix d'Hélène Cixous, forte et séduisante, nous entraîne dans une lecture très personnelle de la grande littérature occidentale (nous y rencontrons Eschyle, Balzac, Dostoïevski, Freud, Joyce, Kafka et surtout Proust, mais aussi l'Odyssée et l'Ancien Testament, parmi bien d'autres oeuvres), jointe à la philosophie, puisque la lecture s'ouvre à l'interprétation du monde.
    Lettres de fuite regroupe trois ans de séminaire, de la rentrée 2001 (après le Il septembre, qui a changé nos vies et le monde que nous connaissions) à juin 2004 (date du dernier dialogue public avec Jacques Derrida, avec qui Hélène Cixous entretient une conversation permanente). Le séminaire fait une place essentielle au désir, à l'amour et à la sexualité, des thèmes universels, mais il est aussi toujours attentif à ce qui se passe sur la scène du monde.
    Ce volume possède ainsi une unité thématique autour de la perte, la mort et la guerre - mais aussi de l'amour, la beauté et la vie. Lettres de fuite est donc un hommage aux ' puissances autres '
    de la littérature. Hélène Cixous conclut: ' Dans sa fragilité, dans son côté désarmé, la littérature est absolument indispensable. '

  • « Le prénom de Dieu » est le premier livre publié par Hélène Cixous, en 1967. Il aura été le Point de Départ, un départ pour un long voyage, qui compte déjà plus de quatre-vingts escales et dure depuis cinq décennies. Comme l'a écrit Jacques Derrida, sur qui ce recueil est arrivé comme un olni (« objet littéraire non identifié »), dans cet ouvrage « s'annonce, se nomme sans se nommer, se prénomme un grand absent.
    On pourrait croire à la reprise, par une écriture littéraire à la fois picaresque, fantastique, kafkaïenne, joycienne, des opérations de la théologie négative ». Pour Hélène Cixous, écrire, cet « acte violent d'amour », est le « morcellement d'un cri », un cri qui peut être une manifestation de la douleur d'exister, mais aussi un appel vers ce qui promet et qu'on nomme parfois « Dieu », faute de mieux.

  • « Le Cambodge, pays des Khmers, antique royaume paysan, a pour fatalité sa situation géographique tout contre le Vietnam.
    Viennent les guerres indochinoises. Après la France, les États-Unis s'attaquent au Vietnam communiste. Le Cambodge neutre est emporté dans la tempête. Pour l'atteindre, l'Amérique n'hésite pas à lui passer sur le corps et à le piétiner. Cette tragédie engendre une tragédie plus amère encore. Fuyant l'Amérique, le peuple khmer se retrouve dans les bras meurtriers des Khmers rouges, effrayants nourrissons de l'idéologie communiste. De 1975 à 1979, le peuple khmer descend les degrés de l'enfer Pol Pot.
    Voici que l'Histoire doit devenir Théâtre. Dans le passage d'un genre à l'autre la vérité (historique ici) ne change pas. Ce qui change c'est le rythme. Créer pour le théâtre c'est d'abord se soumettre à l'urgence. Alors il faut écrire à l'immédiat. Au théâtre, le destin bat très vite, au rythme du coeur. À chaque battement (une scène), la vie risque d'être perdue.
    Le Prince Sihanouk vit sur la terre comme sur une scène de théâtre. Il prend le monde entier à part. Il se montre tel qu'il est. Et il montre les autres tels qu'ils sont. Il a fait sienne la malice shakespearienne : « All the world's a stage. »
    1955-1979 : notre pièce dure 24 ans en quelques heures. Il y a 50 tableaux. Tous sont fictifs. Tous auraient pu se passer en réalité. »
    Hélène Cixous

  • « La Ville parjure est descendante et héritière des pièces qui l'ont précédée au Théâtre du Soleil. Vue de près, elle porte les traces, indélébiles, de Sihanouk, de L'Indiade, des Atrides, des Shakespeare. On pourrait aisément dégager une « Hantologie » de ces moments différents d'une même tragique Comédie trop humaine.
    Cette pièce a été écrite entre décembre 1992 et septembre 1993. Les événements de ce récit se sont produits entre 3 500 ans avant J.-C. et l'année 1993. Par la suite sont arrivés, dans la réalité, des faits qui leur ressemblaient. C'est que la parole du Théâtre, proférée au présent et à l'intemporel, est par définition prophétique, et que le drame que prit le nom « d'affaire du sang contaminé » était en vérité un crime très antique recommencé en costumes contemporains. »
    Hélène Cixous

  • Ce texte enregistré en lecture publique le 24 novembre 1991, au théâtre de La Métaphore à Lille, est paru dans la Bibliothèque des voix, dans une lecture à trois voix de Nicole Garcia, Christèle Wurmser et Daniel Mesguich.

    « Le goût du mot assassin dur et doux
    dans la bouche,
    il faut pouvoir le dire, le goûter
    On pourrait le sertir,
    le monter comme une pierre
    À l'anneau de la main,
    Comment en est-on venu à le traiter
    Comme un mot étranger ? L'assassin
    L'accessoire essentiel du théâtre,
    l'as de nos tragédies
    Pourrais-tu m'expliquer
    ce tour de passe-passe
    Au théâtre, l'être humain est
    un assassin
    En réalité l'assassin
    s'appelle être humain
    Je me demande pourquoi nous
    appelons théâtre
    le théâtre seulement, mais pas la vie
    Et saurais-tu me dire pourquoi
    nous craignons tant
    de voir ce que nous ne craignons pas
    de faire
    Le crime commence au petit déjeuner
    Entre les tartines les poignards, le soir
    Nous étouffons le meilleur de nous
    Sous un oreiller,
    je ne sais pas combien d'enfants. » H. C.

  • "Appelez-moi, faites lever chacune de mes âmes, chantez-moi, dites qui est ici sans dire un mot, faites-moi venir toutes à vous, par mes âmes, par les cheveux, par les oreilles, sans les mots, par toute la peau, tirez-moi par le bout des nerfs, faites-moi passer, hors des rêves sans lumière, sans chaleur, sans issue, sans la mort, et amenez-moi à l'amour qui se laisse approcher sans s'éloigner, se laisse aimer sans laisser à désirer, je suis amenée, je touche à vous, je touche à l'aimée qui se donne sans se faire espérer, à la vérité j'arrive, à l'amour qui se passe de Noms, appelez-moi vite, je viens, et elle aussi, sans interruption l'aimée, viens, venez, avec tout l'amour qui ne s'est jamais perdu, même de ma mort, jamais écrit jamais sauvé, brillant à fleur d'eau, avec l'âme brillante sur la peau, sans cache, sans erreur, dans la chambre de chance, et pas d'autre nom entre elle et moi sauf : Vous !" H.C.
    Préparatifs de noces, au-delà de l'abîme, éditions des femmes-Antoinette Fouque, 1978

  • « Le 15 août 1947, l'Inde est née. Trente années, le peuple indien a lutté pour qu'advienne ce jour tant désiré. Trente années à travers servitudes, prisons, grandes vagues de non-violence. Une longue passion. Trente ans de colère et de rêve.
    Vient enfin ce jour béni, vient la liberté, monte le drapeau safran blanc et vert. Mais le ciel est noir et voici que ce jour de joie est un jour de deuil. Voici que les sourires ont séché sur les lèvres et l'amertume enflamme les paupières. Car le destin a joué à l'Inde un de ses tours tragiques. Le jour de la naissance est aussi un jour d'adieu et de déchirement.
    Le 14 août 1947 est né le Pakistan. Découpé dans le grand corps indien, tiré de la poitrine du continent par une opération implacable, ce nouveau pays surgit de l'Inde dans un flot de sang. »
    Hélène Cixous

  • « Veuillez nous suivre il y a mille ans peut-être ou bien avant-hier, dans les états prospères du Seigneur Khang, en cette année où éclate soudain la menace d'une inondation extraordinaire. Une catastrophe aussi grande que celle qui se prépare, on n'en a jamais vu. La sombre nouvelle se répand. Chacun s'alarme à sa mesure. Les digues deviennent tout naturellement le point de mire des soucis et des calculs. Ah les digues ! Pourvu qu'elles tiennent, pensons-nous. Mais voici que se fait jour une pensée bien cruelle : ces digues, il faut peut-être au contraire qu'elles cèdent. »
    Hélène Cixous

  • L'individu que je suis est en état de réponse à la peinture. Je ne peins pas, mais au moment où je dis « je ne peins pas », je dis une chose qui est vraie mais je pourrais aussi la déplacer en disant que si je peins, c'est autrement. Au moment où je dis cela, je ne peux pas m'empêcher de commencer à peindre autrement, de me dire que je serai entraînée par le signifiant « peint », « peine », « pain », « paint », donc que j'associerai « peins » et « peine ». Je le sais par ouï-dire, il y a peine à créer artistiquement, en particulier en peinture. Nous avons des témoignages nombreux de la peine des peintres. De leur façon d'être à la peine, à la peinture et à la peine. Il y a des exemples extrêmement notoires, le peintre à la peine le plus notoire étant probablement Van Gogh... Mais je pense que c'est un trait de peinture, que cette espèce de combat, d'affres, qui font peineture. - Hélène Cixous.

  • Tombe

    Hélène Cixous

    "En 68-69 je voulais mourir, c'est-à-dire arrêter de vivre, d'être tuée, mais de toutes parts c'était barré.
    Je commençai à rêver de m'écrire une Tombe. Ce serait un testament. Le mot testament dans ma tradition, celle de Shakespeare et du romantisme allemand, fait de l'esprit. Il fait Wit en anglais. Witz en allemand. Vite en français. Il fait vite. Le Wit ou Witz fait vite et par conséquent Vif. Il va trop vite pour être arrêté. C'est pourquoi, dans cette tradition littéraire mienne, où le mot et l'esprit font alliance, le mot testament a vite fait de tourner en textamant."
    Trente-cinq ans après sa première édition, Hélène Cixous republie, relit et commente son livre à la lumière de son oeuvre et de sa vie.

  • The first book by Helene Cixous on painting and the contemporary arts. This collection gathers most of Helene Cixous' texts devoted to contemporary artists, such as the painter Nancy Spero, the photographer Andres Serrano, the visual artist Roni Horn, the fashion designer Sonia Rykiel and the choreographer Karine Saporta, among others. The artworks belong to different genres and media - photography, painting, installations, film, choreography and fashion design - while the commentaries all deal with some of Helene Cixous' privileged themes: exile, war, violence (against women) and exclusion, as well as love, memory, beauty and tenderness.Neither art criticism nor a collection of critical essays, Helene Cixous responds to these artworks as a poet, reading them as if they were poems. Written between 1985 and 2010, most of these essays are unpublished in English, or published only in rare catalogues or art books.

  • A new collection from one of the most famous and influential French theorists. These 15 essays - 6 previously unpublished even in French and 5 published in English for the first time - span nearly 40 years of Cixous' writing. Here, she ranges over literature, philosophy, politics and culture in what she calls her 'autobibliography'.

  • "Exciting, passionate writing. A refusal to mourn her very close friend Derrida's death, it begins with a telling of a dream in which Derrida and Cixous feature as footballing mice." Tom Boncza-Tomaszewski, The Independent.
    In 2003 Derrida had promised to attend a colloquium on 'Reading Cixous and Derrida Reading Each Other/Themselves'. His untimely death in 2004 meant that it was, as Cixous writes, 'Impossible to keep one's word on this subject.' Insister of Jacques Derrida is Cixous' poignant and compelling response to his unfulfilled promise and a moving tribute to the colleague, collaborator and friend with whom she created some of the most memorable meditations on literature and philosophy of the last century. Written in lucid, poetic style, Cixous uses powerful and evocative recollections to closely read, explicate and speculate on their intensely productive relationship as well as on Derrida's legacy, demonstrating the profound commitment that formed the cornerstone of both their friendship and their life's works.

  • À la jointure des beaux-arts et des belles-lettres, et peut-être aussi ancienne qu'eux, la question de l'ekphrasis loge au coeur de l'expérience esthétique. La description de l'oeuvre d'art se révèle en effet très rapidement indiscernable d'une certaine manière, qui en passe elle aussi par un toucher, sinon une touche, l'expérimentation de divers aspects sensibles de la matière mise à l'oeuvre par la chose de l'art. Nous avons souhaité, dans ce numéro de la revue Études françaises, rouvrir cette question à partir du « point de vue » de la déconstruction, et notamment des propositions philosophiques de Jacques Derrida telles qu'elles se donnent à lire dans le recueil de ses écrits sur les arts intitulé Penser à ne pas voir, selon le titre d'une de ses dernières conférences donnée à la Fondation du dessin de Valerio Adami en 2002 et qui condense peut-être l'essentiel de l'approche du philosophe à l'endroit des arts dits visuels, lui qui mettra au foyer de sa réflexion sur le voir la tache aveugle qui en est la condition.

  • Au départ, il y a ce roman de Jules Verne : un bateau s'échoue sur une île, à la pointe de la Terre de Feu, ses passagers vont tenter de construire une société nouvelle, un modèle pour l'humanité future. En juin 1914, une équipe de cinéastes tente l'adaptation cinématographique de ce roman.
    Une fable poétique et politique, à une époque charnière où toutes les utopies d'un siècle naissant semblaient possibles.

empty