Joseph Confavreux

  • Depuis quatre ans, les « Gaulois réfractaires » subissent au quotidien la revanche d'Emmanuel Macron, dont les professeurs de Sciences po soulignaient les « facilités évidentes à l'expression orale » mais aussi sa « tendance à être trop certain » et « trop long ». Recalé deux fois au concours d'entrée de l'École normale supérieure, il pense désormais s'imposer par la force de son verbe. Pour vaincre et convaincre, l'homme du « Grand Débat » et des petites phrases s'adapte et, selon les situations, puise dans différentes langues : celle de Balzac, celle du business, celle de Booba. S'il réserve le style profond et élevé à certains, il sait donner des gages à d'autres en usant d'un « globish » managérial. Quand il ne prétend pas, devant d'autres encore, rivaliser dans la tchatche.

    L'actuel locataire de l'Élysée a ainsi fait de la parole et de la rhétorique plus que le véhicule d'expression d'une politique : un véritable instrument de gouvernement. Cette anthologie, fleurie et fouillée, de citations présidentielles met à nu les voix pénétrables de Jupiter.

  • L'histoire commence le 24 septembre 1853 avec la
    prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France de Napoléon III, et elle ne s'achèvera pas le 4 octobre 2020, quel que soit le résultat du scrutin par lequel les habitants du
    Caillou sont appelés, pour la seconde fois, à voter pour ou contre l'indépendance de l'île. Le processus inédit engagé par les accords de Matignon de 1988, consécutifs à la tragédie de la grotte d'Ouvéa entre les deux tours de l'élection présidentielle de cette année, puis par l'accord de Nouméa de 1998, dont le préambule reconnaît pour la première fois officiellement le fait colonial de la République française, touche à son terme.
    Après une
    transition de trente ans, la
    Kanaky-Nouvelle-Calédonie, ainsi que voudraient la nommer les tenants de l'indépendance, est-elle prête pour la pleine souveraineté ? Les clivages entre Kanak et Caldoches, qui ont fait des dizaines de morts pendant les années 1980, ne sont pas effacés, mais ils se sont reconfigurés, laissant aujourd'hui ouvertes aussi bien la possibilité de leur dépassement que celle d'un nouvel embrasement.
    Archipel géographique, mosaïque ethnique, concentré d'invention poli-tique, la Nouvelle-Calédonie est aussi un laboratoire institutionnel et un modèle d'intelligence collective qui nous parle, au présent, de ce qu'était notre passé et de ce que pourrait être notre avenir. Cette île, qui fut l'une des rares colonies de peuplement de la France et dont le peuple autochtone - les Kanak - a failli disparaître, pourrait-elle constituer la première décolonisa-tion réussie de l'État français et être, grâce aux pratiques de ce peuple, le lieu d'un autre rapport à la terre, d'une économie non capitaliste et d'une politique de long terme, pour habiter ensemble un monde postcolonial ?

  • Les « ralliés » sont ces soldats de l'armée française passés côté Viêt-minh. Ils constituent la part refoulée du souvenir de la guerre d'Indochine. Ces hommes, les « soldats blancs de Ho Chi Minh », ont disparu de l'histoire officielle comme ils se sont, un jour, enfoncés dans la jungle et les montagnes vietnamiennes : en catimini, sans faire de bruit, clandestinement.
    Entre 1945 et 1954, anciens résistants, jeunes maghrébins encore colonisés, légionnaires anti-nazis ou aventuriers perdus dans une guerre qui les dépasse, les ralliés changent de camp pour des raisons aussi disparates que leurs profils. Et leur geste soulève des questions délicates : comment se déroule le passage d'un camp à l'autre ? Peut-on déserter sans avoir le sentiment de trahir sa patrie ? Comment combat-on ses anciens camarades ?
    Cette enquête, à la fois historique et intime, raconte autant de dilemmes vertigineux, autant de récits de vies accidentées, qui fascinent et jettent le trouble sur ce que signifie appartenir à un camp.

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