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  • EXEGESE DES LIEUX COMMUNS

    Léon Bloy

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    • 1 January 2012

    Non pas vraiment des proverbes, mais juste ces expressions toutes faites, qui évitent de s'expliquer sur ce qu'elles recouvrent, les cadavres dans le placard. Eh bien Léon Bloy (1846-1917) va les ressortir, un par un.
    A preuve que, cent dix ans exactement après cette coulée de lave, de vitriol au choix - parue en 1902 -, on les reconnaît toutes, les petites phrases en question, elles s'incrustent dans la langue, quand bien même tout a changé autour.
    On ne se refait pas, être poète à ses heures, tous les goûts sont dans la nature, chercher midi à quatroze heures, la pluie et le beau temps, il n'y a que la vérité qui blesse, à l'impossible nul n'est tenu, le temps c'est de l'argent, c'est tout ou rien, se faire une raison, se mettre comme il faut, tout n'est pas rose dans la vie : bien sûr, on saurait tous continuer la liste... mais pourriez-vous en aligner 183, comme le fait Léon Bloy ?
    La performance pourtant n'est pas là. Elle est dans la violence noire et satirique de la langue, tout entière retournée contre le "Bourgeois", avec ce drôle d'usage des majuscules dans ce livre. On peut se sentir loin du catholicisme militant de Léon Bloy, c'est sa propre pensée qu'il renverse aussi, en la soumettant au charroi de l'écriture. La langue, ici, se retourne contre la langue.
    Et c'est bien ça la leçon la plus actuelle : la langue réifiée, la petite phrase toute faite ("les marchés", "pas de soucis" et tant d'autres), c'est dans le présent que nous avons chacun à être vigilant, pour remettre à nu les forces qui jouent à l'arrière.
    Aors oui, souvent rouvrir ce monument unique en notre langue, "L'exégèse des lieux communs" de Léon Bloy satirique, agressif, grammairien, mais capable d'en faire surgir tout un monde.
    FB

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