Michel Le Bris

  • Abécédaire intime

    Michel Le Bris

    Spécialiste de Stevenson, auteur prolifique et fondateur du mythique festival littéraire de Saint-Malo, Étonnants Voyageurs, Michel Le Bris se raconte dans cette autobiographie traversée par les embruns et les écrivains du grand large. " Est-il plus grand bonheur qu'une rencontre imprévue, un livre, un poème, quand il vous semble qu'en cet instant, qui peut-être vaudra pour votre vie, quelqu'un vous a fait signe et que vous vous y êtes reconnu ? Vagabonder, courir de livre en livre au bonheur des rencontres, j'y ai consacré ma vie, avide de découvertes, toujours pressé de les faire partager, multipliant les collections, pressant les éditeurs comme s'il s'agissait de cartes au trésor à découvrir de toute urgence. "
    Michel Le Bris a bien souvent passé la ligne d'horizon. Tous ces fragments d'ailleurs composent ici l'autobiographie d'un rêveur éveillé. De sa Bretagne natale aux lointaines tavernes du bout du monde, il égrène ses souvenirs et ses rencontres, évoque les oeuvres qui l'ont façonné, les peintres et les musiciens qui l'ont habité. Chemin faisant, il nous ouvre les portes de son royaume intérieur.

  • «  Nous naissons, nous grandissons, le plus souvent sans même en prendre la mesure, dans le bruissement des milliers de récits, de romans, de poèmes, qui nous ont précédés. Sans eux, sans leur musique en nous pour nous guider, nous resterions tels des enfants perdus dans les forêts obscures. N'étaient-ils pas déjà là qui nous attendaient, jalons laissés par d'autres en chemin, dessinant peu à peu un visage à l'inconnu du monde,  jusqu'à le rendre habitable  ? Ils nous sont, si  l'on y réfléchit, notre première et notre véritable demeure. Notre miroir, aussi. Car dans le foisonnement de ces histoires, il en est une, à nous seuls destinée, de cela, nous serions prêt à en jurer dans l'instant où nous nous y sommes reconnus  - et c'était comme si, par privilège, s'ouvrait alors la porte des merveilles.
    Pour moi, ce fut la Guerre du feu, «  roman des âges farouches  » aujourd'hui quelque peu oublié. En récompense de mon examen réussi d'entrée en sixième ma mère m'avait promis un livre. Que nous étions allés choisir solennellement à Morlaix. Pourquoi celui-là  ? La couverture en était plutôt laide, qui montrait un homme aux traits simiesques fuyant, une torche à la main. Mais dès la première page tournée... Je fus comme foudroyé. Un monde s'ouvrait devant moi...
    Mon enfance fut pauvre et solitaire entre deux hameaux du Finistère, même si ma mère sut faire de notre maison sans eau ni électricité un paradis, à force de tendresse et de travail. J'y ai découvert la puissance de libération des livres, par la grâce d'une  rencontre miraculeuse avec un instituteur, engagé, sensible, qui m'ouvrit sans retenue sa bibliothèque.
    J'ai voulu ce livre comme un acte de remerciement. Pour dire simplement ce que je dois au livre. Ce que, tous, nous devons au livre. Plus nécessaire que jamais, face au brouhaha du monde, au temps chaque jour un peu plus refusé, à l'oubli de soi, et des autres. Pour le plus précieux des messages, dans le temps silencieux de la lecture  : qu'il est en chacun de nous un royaume, une dimension d'éternité, qui nous fait humains et libres. »M. L. B.

  • Deux jeunes gens sortent sonnés de la Grande Guerre. L'un, Ernest Schoedsack, a filmé l'horreur dans la boue des tranchées  ; l'autre, Merian Cooper, héros de l'aviation américaine, sérieusement brûlé, sort d'un camp de prisonniers. Ils  se rencontrent dans Vienne occupée, puis se retrouvent à Londres où naît le projet qui va les lier pour la vie. Comment dire la guerre  ? Comment dire ce puits noir  où l'homme s'est perdu - et peut-être, aussi, révélé  ? Pas de fiction, se jurent-ils  : le réalisme le plus exigeant. S'ensuivent des aventures échevelées  : guerre russo-polonaise, massacres de Smyrne, Abyssinie, épopée de la souffrance en Iran, tigres mangeurs d'hommes dans la jungle du Siam, guerriers insurgés au Soudan...
    Leurs films sont à couper le souffle. On les acclame  : «  Les T.E.  Lawrence de l'aventure  !  » lance le New York Times. Eux font la moue. Manque ce qu'ils voulaient restituer du mystère du monde. Déçu, Cooper renoncera quelque temps - pour créer avec des amis aviateurs rien moins que... la Pan Am  ! - avant d'y revenir.
    Ce sera pour oser la fiction la plus radicale, le film le plus fou, pour lequel il faudra inventer des techniques nouvelles d'animation. Un coup de génie. Une histoire de passion amoureuse, mettant en scène un être de neuf mètres de haut, Kong, que l'on craint, qui épouvante, mais que l'on pleure quand il meurt... Le film est projeté à New York devant une foule immense, trois semaines avant qu'Hitler ne prenne les pleins  pouvoirs.
    Sur un air de jazz mélancolique ou joyeux, entre années de guerre et années folles, Michel Le Bris nous offre une fresque inoubliable. On y  croise des êtres épris d'idéal, des aventurières, des héros, des politiques, des producteurs, des actrices, et bien sûr un immense  singe que l'on aime craindre et aimer, moins sauvage que l'homme...
     

  • Des écrivains de premier plan s'engagent par la plume aux côtés des migrants

    Tous, ensemble, nous sommes bien plus grands que nous.

    C'est ce " plus grand " qu'il nous faut deviner. Qu'il nous faut invoquer.

    Patrick Chamoiseau et Michel Le Bris

    Trente écrivains et artistes racontent des histoires singulières de migrations. Ils parlent exils, exodes, familles brisées, espoirs trahis ou réalisés, surprenantes rencontres, expériences uniques : leurs paroles s'insurgent et appellent à une nouvelle fraternité. Des textes d'humour aussi lorsque, par exemple, tous les mots d'origine étrangère quittent le dictionnaire en protestation contre le sort fait aux migrants... Ou des récits d'anticipation figurant un choc de civilisations sur fond de flux migratoires.

    D'autres textes dénoncent les violences et barbaries à l'oeuvre, ainsi que les guerres des identités, pour interroger : face à ces drames, que sommes-nous prêts à accomplir ou à refuser pour demeurer des êtres humains ?

    Un ouvrage que l'on refermera sur une note d'espoir, avec une Déclaration des poètes et un Manifeste pour une mondialité apaisée, visant à transformer notre rapport à l'hospitalité.

    En acceptant que la totalité de leurs droits soit reversée au Gisti (Groupe d'information et de soutien aux immigrés), ces auteurs accomplissent un acte artistique d'engagement, affirmant leur volonté de contribuer à un monde plus altruiste, animé par une éthique active de la relation.

    ​Liste des contributeurs : Kaouther Adimi, Tahar Ben Jelloun, Pascal Blanchard, Patrick Boucheron, Patrick Chamoiseau, Velibor Ĉolić, Céline Curiol, Mireille Delmas-Marty, Ananda Devi, Laurent Gaudé, Raphaël Glucksmann, Christelle Labourgade, Lola Lafon, Michel Le Bris,

    J. M. G. Le Clézio, Claudio Magris, Achille Mbembe, Léonora Miano, Maya Mihindou, Anna Moï, Gisèle Pineau, Jean Rouaud, Lydie Salvayre, Elias Sanbar, Boualem Sansal, Felwine Sarr, Christiane Taubira, Sami Tchak, Chantal Thomas, Gary Victor.

  • Les paysans marchent vers le prolétariat un à un au cours de « l'exode rural » ; ils marchent aussi vers le prolétariat, en un autre sens, collectivement. Et ces deux marches sont interdépendantes, car la convergence des nouveaux prolétaires vers les pôles de développement capitaliste permet le rapprochement entre les diverses paysanneries dont ils sont issus - et auxquelles ils retournent souvent au bout de quelques années - et l'ensemble du prolétariat. Un tel rapprochement peut être la base de l'alliance révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie travailleuse, construite sous la direction des fractions les plus exploitées de ces classes : paysanneries pauvres d'un côté, prolétariat déqualifié de l'autre (issu en général depuis peu de ces paysanneries pauvres). Au sein de la zone dominée par l'impérialisme français (France et anciennes colonies), c'est en Afrique Noire que se trouve la plus grande masse de paysans pauvres ; et cette paysannerie pauvre fournit aussi des contingents de plus en plus importants de prolétaires déqualifiés que l'impérialisme français asservit aussi bien en France qu'en Afrique. Pour lutter sérieusement contre cet impérialisme, il est donc indispensable de connaître dans le détail les mécanismes qui amènent cette prolétarisation des paysans africains et les relations complexes et contradictoires qui lient la paysannerie à sa migration ; seule une telle étude permet d'éviter les deux écueils - sous-estimation et idéalisation - qui menacent constamment les militants politiques ou syndicaux en ce domaine ; seule une telle étude permet de situer à leur juste place les luttes des paysans et des ouvriers africains (émigrés ou non) dans la lutte d'ensemble contre la bourgeoisie française et pour la construction du socialisme partout où cette bourgeoisie et ses relais locaux sont aujourd'hui dominants. Le présent ouvrage tente, à travers quelques enquêtes de terrain et quelques analyses théoriques, de faire progresser cette étude. Cet ouvrage est écrit en collaboration avec Émile Le Bris et Michel Samuel.

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