Philippe Rahmy

  • Béton armé

    Philippe Rahmy

    "Me voici à Shanghai. Une valse lente s'engage entre ce géant et moi. Tout se passe comme si nous étions coulés dans le même moule, un grand vide dans une enveloppe de béton armé. Il existe peut-être un lieu qui détruit les histoires. Il existe surtout des histoires qui choisissent d'investir les lieux les plus improbables."

    "En notre siècle de vitesse et de facilité, Rahmy nous restitue un attribut qui fut longtemps propre au voyage : la difficulté. Il est plus près, à sa manière contemporaine, d'un Marco Polo que de nous." Jean-Christophe Rufin.

    Prix Michel-Dentan 2014
    Prix Pittard de l'Andelyn 2014
    Prix du meilleur livre de voyage du magazine LiRE 2013
    Prix Wepler-Fondation La Poste 2013

  • Elle s'appelle Dengé. En brassière léopard et baskets Hello Kitty, elle ramasse, pour trois fois rien, des tomates bourrées de pesticides dans les champs brûlants de Floride où elle va laisser sa vie. Il se nomme Tony Jay. Accusé à tort d'un double meurtre, il a passé trente ans derrière les barreaux avant d'être innocenté, et tente de renouer avec la liberté. Engeli, quant à lui, arpente sans fin les couloirs d'un hôpital psychiatrique, hanté par les bombes au phosphore déversées sur Falloujah, prisonnier à jamais de la guerre d'Irak.
    Philippe Rahmy est mort en octobre 2017. En résidence d'écriture à la Fondation Jan Michalski, il travaillait sans relâche à son nouveau livre, Pardon pour l'Amérique. Fruit d'un voyage de plusieurs mois dans le sud des États-Unis, celui-ci s'ouvre sur l'élection de Donald Trump et se referme avec l'ouragan Irma. Prisonnier de la maladie qui l'avait condamné au fauteuil roulant, Philippe Rahmy a voulu s'y confronter à d'autres formes d'enfermement : le travail clandestin, l'incarcération, l'aliénation mentale.
    Par la force du langage, ce langage qui lui tenait lieu de squelette, il rend aussi bien le tangible que l'impalpable : l'immensité des Everglades, un scarabée sur le bord d'une fenêtre. Son road trip fiévreux, violent et tendre abolit les frontières entre récit, roman, poésie et essai politique. Pardon pour l'Amérique déborde de son cadre, étoffé par les digressions, enrichi par l'imprévu. Les personnages, rencontrés ou imaginés, s'expriment à vif, dans un style percutant comme un corps-à-corps.

  • Monarques

    Philippe Rahmy

    "À l'automne 1983, je quitte ma campagne au pied du Jura, pour suivre des cours à l'école du Louvre. Embauché à la brasserie Le Conti pour payer mes études, occupant une mansarde rue Mazarine, voisine de celle où Champollion déchiffra les hiéroglyphes, ébloui par les lumières de la ville, je découvre Saint-Germain-des-Prés, ses librairies, ses éditeurs, ses cafés, ses cabarets. Mais en Suisse, à la ferme, mon père est malade. J'apprends qu'il est à l'agonie le jour où je croise le nom d'Herschel Grynszpan, un adolescent juif ayant fui l'Allemagne nazie en 1936, et cherché refuge à Paris.
    Pour des raisons profondément enfouies, que je reconnais aujourd'hui, il m'a fallu trente ans pour raconter son histoire en explorant celle de ma propre famille. Mon enquête à travers l'espace et le temps a porté sur
    deux continents et sur trois générations. J'ai frappé à de nombreuses portes, y compris celles des tombeaux. Certaines se sont ouvertes, produisant les rencontres et les amitiés qui ont nourri ce livre. J'ignore quelle aurait été ma vie sans la littérature, mais je sais que tous
    mes chemins mènent au sud de la Méditerranée, qu'ils relèvent du rêve impossible de l'aventurier, ou qu'ils aient été arpentés un stylo à la main."
    Philippe Rahmy.

  • « La vision qu'il nous livre de Shanghai est celle d'un homme pour qui cette ville représente non pas un lieu parmi d'autres, mais un nouveau monde. C'est qu'il lui en a coûté pour l'atteindre ! En notre siècle de vitesse et de facilité, Rahmy nous restitue un attribut qui fut longtemps propre au voyage : la difficulté. Il est plus près, à sa manière contemporaine, d'un Marco Polo que de nous. Les dangers que Rahmy a dû affronter ne sont pas les mêmes, mais ils sont aussi nombreux. Il en résulte un appétit de voir multiplié par le long jeûne de l'immobilité. »Extrait de la préface de Jean-Christophe Rufin, de l'Académie française.Lorsque l'Association des écrivains de Shanghai l'invite en résidence, à l'automne 2011, Philippe Rahmy saisit cette chance, synonyme de péril. Fragilisé par la maladie, il se lance dans l'inconnu. Son corps-à-corps intense avec la mégapole chinoise, « couteau en équilibre sur sa pointe », « ville de folle espérance et d'immense résignation » donne naissance à un texte de rires et de larmes, souvent critique, toujours tendre, mêlant souvenirs d'enfance, rêves et fantasmes à la réalité. Bien plus qu'un récit de voyage, Béton armé est un flot d'images et de pensées que seule l'écriture a le pouvoir de contenir et de restituer.

  • Allegra

    Philippe Rahmy

    Londres, été 2012. Tandis que les Jeux olympiques se préparent dans l'effervescence, Abel erre à travers la ville, un carton sous le bras. Jeune trader plein d'avenir, père attentionné, il vient de tout perdre. Lizzie, sa compagne, l'a chassé de leur appartement et Firouz, son ami, son mentor, l'a viré de la banque où il l'avait fait embaucher. Échoué dans un hôtel au milieu d'autres laissés-pour-compte, migrants et réfugiés, Abel décide de remettre de l'ordre dans sa vie. Il se heurte à l'hostilité de Lizzie, qui refuse de le laisser voir Allegra, leur petite fille, et au chantage odieux que Firouz exerce sur lui. Quel prix devra-t-il payer pour redevenir celui qu'il était ?

    Dans ce roman sous haute tension, Philippe Rahmy brosse le portrait d'un homme consumé à la fois par le désir et le déni.

  • D'abord, pour ceux qui ne le connaîtraient pas, laisser Philippe Rahmy se présenter seul (vidéo, 12'). On sait aussi qu'il est un pilier fondateur de remue.net, où il propose ses Chroniques d'incertitude.
    S'il faut autre départ, alors Jacques Dupin, extrait de sa postface à Mouvement par la fin, Cheyne, 2005 (repris dans M'introduire dans ton histoire, POL, 2007] :
    mouvement à rebours de l'écriture qui commence à l'instant de la mort pour remonter le cours de l'éclat et de l'éclatement d'un corps harcelé par les attaques d'un mal inflexible. Mouvement par la fin, une fin de non-recevoir qui, s'écrivant, se donne et se projette, appréhendant l'issue que le mouvement appelle en la révoquant - et dont il procède par le par qui l'enjambe et qui la dénie [...] Journal anachronique, échardes arrachées au corps souffrant, étincelles dispersées dans l'air.
    Architecture nuit date de 2001, juste avant l'écriture de Mouvement par la fin. Ce texte est resté inédit : mais c'est par lui qu'a surgi l'affrontement. On pourrait dire que sa lecture est réservée à celles et ceux qui ont lu Mouvement par la fin puis Demeure le corps (qui devait s'appeler Demeure la mort). Au centre d'Architecture nuit, le même corps dans l'affrontement de souffrir, l'immobilité et les figures grimaçantes de la perte absolue derrière les outils technologiques de la prise en charge.
    Mais le chemin de Rahmy pour conquérir son propre et central affrontement était celui de la ville : le texte ci-dessous s'organise par rues et par chambres, inclut des rapports, des commentaires, s'échafaude en fictions, notices nécrologiques et même une radiographie, une dissolution-recomposition permanente de la langue dans ses registres administratifs, voire des chiffres. On y joue géographiquement et littéralement avec Poésie : de Jacques Roubaud.
    Avec un texte comme Architecture nuit, le projet publie.net trouve peut-être sa propre instance de légitimité : l'atelier de l'écrivain, son chemin, sa matière (pâte langue, dirait un autre). Le voici à disposition.

  • Rien de mieux encore, pour introduire à Philippe Rahmy, que ces mots de Jacques Dupin en préface à Mouvement par la fin :
    mouvement à rebours de l'écriture qui commence à l'instant de la mort pour remonter le cours de l'éclat et de l'éclatement d'un corps harcelé par les attaques d'un mal inflexible. Mouvement par la fin, une fin de non-recevoir qui, s'écrivant, se donne et se projette, appréhendant l'issue que le mouvement appelle en la révoquant - et dont il procède par le par qui l'enjambe et qui la dénie [...] Journal anachronique, échardes arrachées au corps souffrant, étincelles dispersées dans l'air.
    En deux livres, Mouvement par la fin et Demeure le corps, Philippe Rahmy s'est installé à la place qui lui revient. A cet endroit du corps où l'écriture devient son propre sujet. Où le corps sollicité pour le dire n'est l'instrument que de la littérature.
    Il y a seulement que cette place du corps induit pour lui, l'auteur, place extrême. Ce que nous apprenons de ses textes ne nous enseigne pas sur lui, mais sur nous : notre rapport vie-corps, sans autre détermination.
    Ce mouvement centrifuge, depuis centre corps, a conduit Philippe Rahmy, ces deux ans, sur un autre chemin d'ambition : les outils que sont la vidéo ou la photo prennent aplomb derrière l'écriture pour la pousser à son front de travail, dans l'abîme neuf - le même chemin d'abîme, mais pris avec plus d'aplomb.
    Pour nous, ses amis, la temporalité propre de Philippe est un chemin aussi mystérieux que ce qu'il explore : notre route est plus linéaire. La sienne lui impose de longues phases de retrait. Elles sont souvent mises à distance de la possibilité même de l'écriture. On devine, aux deux livres publiés, ce que peut être alors ce tunnel de silence, cette route de la seule douleur, incapacitante, exclusivement requérante.
    C'est d'un de ces tunnels, l'an passé, que nous sont venus ces SMS de la cloison. Du terme cloison, on vous laisse analyser ou développer.
    Ce qui est ici impératif, c'est justement que la posture radicale de l'auteur, le écrire est intransitif de Maurice Blanchot, n'a plus à être démontré. Il l'est de fait, par les livres existants. Ce qui se dit, alors, peut requérir de très haut la seule liberté laissée : plus de carnets, plus d'ordinateur, et le temps sans limite de la douleur, la paralysie - il reste ce téléphone et l'écran où on grignote lettre à lettre. Et la littérature s'en satisfait, reste intégralement littérature.
    Les SMS de la cloison présentés ici sont en ligne, librement et intégralement, sur remue.net, dont Philippe est depuis la fondation une des principales chevilles ouvrières, et un des lieux d'accueils principaux de sa présence numérique.
    Il a accepté avec quelque réticence leur présence sur publie.net : c'est qu'à nous cette démarche semble radicalement importante. Savoir en quoi, à rebours, cette écriture questionne notre rapport à l'écran, à notre permanent échange numérique, puisque justement c'est via le numérique et l'écran que, lui dans le tunnel, on gardait contact avec Philippe Rahmy ?
    La tentative typographique et éditoriale se sépare alors de la version en ligne sur remue.net, et la complète, où s'y associe. Elle est due à Fred Griot.
    A lire aussi, de Philippe Rahmy, sur publie.net : Architecture Nuit.

    FB

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