La découverte

  • Après l´effondrement de l´empire soviétique, qui privait l´Occident de son si pratique épouvantail « communiste », des politiciens « désinhibés » et des publicistes en vue - intellectuels médiatiques et journalistes réputés - se sont employés à libérer dans le débat public français, au nom d´une nécessaire « décomplexion », une parole qui restait jusqu´alors cantonnée dans les cénacles de l´extrême droite. Sous le prétexte de briser d´imaginaires « tabous » et d´en finir avec une prétendue « tyrannie de la bien-pensance » et dopés par les attentats islamistes du 11 septembre 2001, ces prétendus iconoclastes (d'Éric Zemmour à Renaud Camus, en passant par Caroline Fourest, Alain Finkielkraut, Laurent Joffrin, Ivan Rioufol, Philippe Val ou Élisabeth Lévy et tant d'autres) ont banalisé, en la parant souvent de vertus « républicaines », une logorrhée empruntée au vocabulaire traditionnel des xénophobes nationalistes.

    Dans cet essai au lance-flammes, mais rigoureusement documenté, Sébastien Fontenelle décortique les stupéfiants amalgames et les incessantes tricheries au fondement de ces discours « anticonformistes » sur l´immigration, la colonisation, les « Arabes » et, surtout, l´islam. Il explique comment ces falsificateurs, alors même qu´ils disposent d´un accès illimité aux médias dominants et que leurs idées sont désormais portées, à droite comme à gauche, jusqu´aux plus hauts sommets de l´État, se sont fait, toute pudeur bue, une spécialité de se poser en « dissidents » et en réprouvés d´un système dont ils sont en réalité les premiers garants. En l´espace d´une décennie, dénonçant une imaginaire « pensée unique », ils ont en réalité assuré, par un constant truquage de la réalité, la perpétuation d´une vraie pensée unique, consistant àériger le rejet de l´« Autre »- pauvre, étranger, immigré, musulman - en vertu cardinale d´un nouveau « réalisme ».

    Un essai salutaire pour prendre toute la mesure de la perversion des discours qui saturent aujourd´hui l´espace public, sapant méthodiquement, au nom de la démocratie, les fondements mêmes de la démocratie.

  • Ils sont partout : dans les journaux, à la radio, à la télévision, sur les réseaux sociaux, du matin au soir et du soir au matin, sur tous les tons et par tous les temps, ils débitent tous (à peu près) les mêmes poncifs tout en s'autofélicitant de briser des non-dits. Nouvel état des lieux des éditocrates français.
    Ils sont partout : dans les journaux, à la radio, à la télévision, sur les réseaux sociaux. Du matin au soir et du soir au matin, sur tous les tons et par tous les temps, ils débitent tous (à peu près) les mêmes poncifs en s'(auto)félicitant de lever les non-dits. Se flattant sur les plateaux de tenir un discours " incorrect ", ils accusent gravement leurs adversaires d'étouffer le " débat " par leur omniprésence...
    Publié en 2009, Les Éditocrates, ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n'importe quoi faisait le portrait savoureux de dix de ces prophètes des temps modernes. Près de dix ans plus tard, il était urgent de compléter la galerie.
    Car le cauchemar continue.
    Avec la prolifération des canaux de diffusion (chaînes de télé, Facebook, Twitter, etc.), la corporation éditocratique s'est partiellement renouvelée : elle s'est (légèrement) rajeunie et (un peu) féminisée. Mais surtout : elle s'est dangereusement radicalisée.
    L'éditocratie a toujours des avis sur (presque) tout. Mais, plus obsessionnelle que jamais, elle s'acharne sur celles et ceux qui ne lui ressemblent pas, et qui incarnent par conséquent le mal absolu : " le chômeur ", " le syndicaliste ", " le migrant ", " le musulman "...
    S'appuyant sur des démonstrations d'où le réel a été complètement banni, les éditocrates, toujours insensibles aux contestations citoyennes de leur magistère, continuent donc de fabriquer du consentement. Mais c'est avec une brutalité et un cynisme largement inédits qu'ils oeuvrent aujourd'hui au formatage des esprits.
    Jusqu'à quand ?

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