Sébastien Fontenelle

  • Quotidiennement, des agitateurs prennent d'assaut les tribunes pour attiser colères identitaires et passions xénophobes. Leur brutalité verbale, qui vise principalement les «migrants» et les «musulmans», rappelle la violence de ceux qui, dans la première moitié du siècle précédent, vilipendaient les «métèques» et les «juifs». De la même façon que les droites d'antan vitupéraient contre le «judéo-bolchevisme», leurs épigones fustigent l'«islamo-gauchisme», qu'ils associent à l'antisémitisme.

    Or ces mêmes accusateurs font parfois preuve d'une étonnante complaisance lorsqu'ils se trouvent confrontés, dans leurs alentours culturels et idéologiques, à des considérations pour le moins équivoques sur les juifs ou sur l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Soudain ils deviennent magnanimes et peuvent même trouver à leurs auteurs des circonstances atténuantes. Et ainsi se perpétue l'abject.

  • Après l´effondrement de l´empire soviétique, qui privait l´Occident de son si pratique épouvantail « communiste », des politiciens « désinhibés » et des publicistes en vue - intellectuels médiatiques et journalistes réputés - se sont employés à libérer dans le débat public français, au nom d´une nécessaire « décomplexion », une parole qui restait jusqu´alors cantonnée dans les cénacles de l´extrême droite. Sous le prétexte de briser d´imaginaires « tabous » et d´en finir avec une prétendue « tyrannie de la bien-pensance » et dopés par les attentats islamistes du 11 septembre 2001, ces prétendus iconoclastes (d'Éric Zemmour à Renaud Camus, en passant par Caroline Fourest, Alain Finkielkraut, Laurent Joffrin, Ivan Rioufol, Philippe Val ou Élisabeth Lévy et tant d'autres) ont banalisé, en la parant souvent de vertus « républicaines », une logorrhée empruntée au vocabulaire traditionnel des xénophobes nationalistes.

    Dans cet essai au lance-flammes, mais rigoureusement documenté, Sébastien Fontenelle décortique les stupéfiants amalgames et les incessantes tricheries au fondement de ces discours « anticonformistes » sur l´immigration, la colonisation, les « Arabes » et, surtout, l´islam. Il explique comment ces falsificateurs, alors même qu´ils disposent d´un accès illimité aux médias dominants et que leurs idées sont désormais portées, à droite comme à gauche, jusqu´aux plus hauts sommets de l´État, se sont fait, toute pudeur bue, une spécialité de se poser en « dissidents » et en réprouvés d´un système dont ils sont en réalité les premiers garants. En l´espace d´une décennie, dénonçant une imaginaire « pensée unique », ils ont en réalité assuré, par un constant truquage de la réalité, la perpétuation d´une vraie pensée unique, consistant àériger le rejet de l´« Autre »- pauvre, étranger, immigré, musulman - en vertu cardinale d´un nouveau « réalisme ».

    Un essai salutaire pour prendre toute la mesure de la perversion des discours qui saturent aujourd´hui l´espace public, sapant méthodiquement, au nom de la démocratie, les fondements mêmes de la démocratie.

  • Que se passe-t-il à La Poste ? Comment expliquer - et arrêter - une série de suicides dont sont victimes les employés de cet ancien service public, si aimé des Français, devenu une entreprise privée qui ne s'intéresse plus qu'à sa rentabilité ?Deux discours s'opposent sans jamais s'entendre. Pour la direction, il ne s'agit là que de «drames personnels et familiaux », dans lesquels « la dimension du travail est inexistante ou marginale ». Des accidents, en quelque sorte, dont s'emparent des syndicats « qui veulent couler La Poste ». Pour ces derniers, au contraire, le traitement stressant infligé à ses salariés, la destruction de près de 80 000 emplois depuis dix ans, la réorganisation permanente exigée par un management sourd à toutes les sonnettes d'alarme, ont mis en danger, et en grande souffrance, tous ceux qui subissent depuis maintenant des décennies la « nécessaire modernisation des PTT ».L'enquête de Sébastien Fontenelle révèle la gravité de la situation. En confrontant aux faits la parole de chacun, et en rappelant l'histoire d'un démantèlement qui a pris la valeur d'un symbole - celui des plus désastreuses conséquences de l'économie néolibérale -, il établit la responsabilité des dirigeants successifs, mais aussi des politiques, à commencer par les socialistes. Un terrible gâchis humain, que les salariés sont les seuls à payer. Parfois de leur vie.Sébastien Fontenelle est journaliste. Derniers ouvrages parus : Vive la crise ! (Seuil, 2011), Les Briseurs de tabous (La Découverte, 2012).

  • Au début des années 1980, de dévoués clercs de médias, à Libération, au Nouvel Observateur et ailleurs, se sont donnés pour mission de faciliter "l'entrée du capitalisme dans la gauche". Et par l'effet d'une assez heureuse coïncidence, cette ambition correspondait très exactement à celles des "socialistes" de gouvernement, qui ambitionnaient, de rompre avec... le socialisme. Cet exigeant reniement requérait un solide travail de "pédagogie", qui se déploya dans toute inventivité en 1984, dans la confection de la stupéfiante émission "Vive la crise !", présenté par l'ancien communiste Yves Montand. Or, depuis la crise de 2008, l'édifice idéologique qu'ils avaient si patiemment construit n'en finit plus de se disloquer, emportant un à un les piliers où s'ancrait leur dogmatisme libéral. Cette dislocation aurait pu inciter ces obstinés forgerons du consentement à "l'horreur économique" à plus de modestie. Mais les pontifes ont ceci de particulier, qu'ils ne connaissent pas la honte : tout en fustigeant les "dérives" du "capitalisme financier", ils continuent de répéter (inlassablement) qu'il est urgent de réformer (enfin) ce pays de feignants et d'assistés qui vit (vraiment) au-dessus de ses moyens...

  • Cette enquête porte principalement sur les impôts et explique par le menu comment le fisc gère et organise l'information spontanée, comment sont rémunérés les indics, comment certains deviennent quasiment permanents. Elle explore également le monde policier et la magistrature où l'auteur a eu de longs entretiens avec divers fonctionnaires.

  • Ils sont partout : dans les journaux, à la radio, à la télévision, sur les réseaux sociaux, du matin au soir et du soir au matin, sur tous les tons et par tous les temps, ils débitent tous (à peu près) les mêmes poncifs tout en s'autofélicitant de briser des non-dits. Nouvel état des lieux des éditocrates français.
    Ils sont partout : dans les journaux, à la radio, à la télévision, sur les réseaux sociaux. Du matin au soir et du soir au matin, sur tous les tons et par tous les temps, ils débitent tous (à peu près) les mêmes poncifs en s'(auto)félicitant de lever les non-dits. Se flattant sur les plateaux de tenir un discours " incorrect ", ils accusent gravement leurs adversaires d'étouffer le " débat " par leur omniprésence...
    Publié en 2009, Les Éditocrates, ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n'importe quoi faisait le portrait savoureux de dix de ces prophètes des temps modernes. Près de dix ans plus tard, il était urgent de compléter la galerie.
    Car le cauchemar continue.
    Avec la prolifération des canaux de diffusion (chaînes de télé, Facebook, Twitter, etc.), la corporation éditocratique s'est partiellement renouvelée : elle s'est (légèrement) rajeunie et (un peu) féminisée. Mais surtout : elle s'est dangereusement radicalisée.
    L'éditocratie a toujours des avis sur (presque) tout. Mais, plus obsessionnelle que jamais, elle s'acharne sur celles et ceux qui ne lui ressemblent pas, et qui incarnent par conséquent le mal absolu : " le chômeur ", " le syndicaliste ", " le migrant ", " le musulman "...
    S'appuyant sur des démonstrations d'où le réel a été complètement banni, les éditocrates, toujours insensibles aux contestations citoyennes de leur magistère, continuent donc de fabriquer du consentement. Mais c'est avec une brutalité et un cynisme largement inédits qu'ils oeuvrent aujourd'hui au formatage des esprits.
    Jusqu'à quand ?

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