Sciences humaines & sociales

  • Quotidiennement, des agitateurs prennent d'assaut les tribunes pour attiser colères identitaires et passions xénophobes. Leur brutalité verbale, qui vise principalement les «migrants» et les «musulmans», rappelle la violence de ceux qui, dans la première moitié du siècle précédent, vilipendaient les «métèques» et les «juifs». De la même façon que les droites d'antan vitupéraient contre le «judéo-bolchevisme», leurs épigones fustigent l'«islamo-gauchisme», qu'ils associent à l'antisémitisme.

    Or ces mêmes accusateurs font parfois preuve d'une étonnante complaisance lorsqu'ils se trouvent confrontés, dans leurs alentours culturels et idéologiques, à des considérations pour le moins équivoques sur les juifs ou sur l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Soudain ils deviennent magnanimes et peuvent même trouver à leurs auteurs des circonstances atténuantes. Et ainsi se perpétue l'abject.

  • Que se passe-t-il à La Poste ? Comment expliquer - et arrêter - une série de suicides dont sont victimes les employés de cet ancien service public, si aimé des Français, devenu une entreprise privée qui ne s'intéresse plus qu'à sa rentabilité ?Deux discours s'opposent sans jamais s'entendre. Pour la direction, il ne s'agit là que de «drames personnels et familiaux », dans lesquels « la dimension du travail est inexistante ou marginale ». Des accidents, en quelque sorte, dont s'emparent des syndicats « qui veulent couler La Poste ». Pour ces derniers, au contraire, le traitement stressant infligé à ses salariés, la destruction de près de 80 000 emplois depuis dix ans, la réorganisation permanente exigée par un management sourd à toutes les sonnettes d'alarme, ont mis en danger, et en grande souffrance, tous ceux qui subissent depuis maintenant des décennies la « nécessaire modernisation des PTT ».L'enquête de Sébastien Fontenelle révèle la gravité de la situation. En confrontant aux faits la parole de chacun, et en rappelant l'histoire d'un démantèlement qui a pris la valeur d'un symbole - celui des plus désastreuses conséquences de l'économie néolibérale -, il établit la responsabilité des dirigeants successifs, mais aussi des politiques, à commencer par les socialistes. Un terrible gâchis humain, que les salariés sont les seuls à payer. Parfois de leur vie.Sébastien Fontenelle est journaliste. Derniers ouvrages parus : Vive la crise ! (Seuil, 2011), Les Briseurs de tabous (La Découverte, 2012).

  • Au début des années 1980, de dévoués clercs de médias, à Libération, au Nouvel Observateur et ailleurs, se sont donnés pour mission de faciliter "l'entrée du capitalisme dans la gauche". Et par l'effet d'une assez heureuse coïncidence, cette ambition correspondait très exactement à celles des "socialistes" de gouvernement, qui ambitionnaient, de rompre avec... le socialisme. Cet exigeant reniement requérait un solide travail de "pédagogie", qui se déploya dans toute inventivité en 1984, dans la confection de la stupéfiante émission "Vive la crise !", présenté par l'ancien communiste Yves Montand. Or, depuis la crise de 2008, l'édifice idéologique qu'ils avaient si patiemment construit n'en finit plus de se disloquer, emportant un à un les piliers où s'ancrait leur dogmatisme libéral. Cette dislocation aurait pu inciter ces obstinés forgerons du consentement à "l'horreur économique" à plus de modestie. Mais les pontifes ont ceci de particulier, qu'ils ne connaissent pas la honte : tout en fustigeant les "dérives" du "capitalisme financier", ils continuent de répéter (inlassablement) qu'il est urgent de réformer (enfin) ce pays de feignants et d'assistés qui vit (vraiment) au-dessus de ses moyens...

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