Éditions Triptyque

  • En novembre 2007, l'écrivain et compositeur Antoine Ouellette est dia-gnostiqué Asperger, un syndrome appartenant au spectre autistique.
    L'auteur témoigne ici de son expérience et offre une visite guidée du monde autiste. Il souhaite aussi informer et sensibiliser sur un sujet tabou, la « folie », afin de donner un message d'espoir aux personnes marginales et marginalisées de notre société.
    Les autistes fascinent, troublent et dérangent. Victimes de préjugés (non, l'autisme n'est pas une déficience intellectuelle), d'intimidation dans les écoles, de discrimination dans la vie adulte : on voudrait tant les guérir de qui ils sont! Mais qu'est-ce vraiment que l'autisme et le syndrome d'Asperger ? Comment cela se vit-il au quotidien ? Quelles sont les faiblesses et aussi les forces de l'autisme ? Comment un autiste peut-il s'exprimer en art ? La science commence à réaliser que l'autisme serait non une maladie mais une autre forme d'intelligence, porteuse d'une culture et de valeurs différentes. Leur nombre étant en augmentation, les autistes pourraient représenter l'amorce d'un changement évolutif dans l'histoire humaine. Encore faudrait-il que l'acceptation soit au rendez-vous.

  • Les carnets de l'underground, ce sont les notes de terrain d'un club kid de Montréal, doctorant en études médiévales, qui court du Mile End à Berlin, en passant par Manhattan, pour ne rien manquer du lifestyle sexe, drogues et musique techno. Écrits dans une langue orale, désinhibée, rythmée par une pratique de l'écriture héritée d'Instagram, les carnets sont accompagnés des illustrations affriolantes de Jacob Pyne, qui répondent parfaitement à la mélancolie parfois autodestructrice du narrateur.

  • «J'appelle théories caraïbes les groupes d'hommes en larmes, nègres marrons affolés d'amour qui, d'une rive à l'autre, jettent leur langue nationale dans l'eau salée, dans la bouche ouverte, sans fond, de l'abysse.»
    «Voilà notre patrie», disent-ils, dans le patois des colonies.
    Parole d'eau salée, étrangère à la langue et comme incantatoire, qui ne cesse de la rendre plus profonde, à mi-chemin de l'origine et du monde. Et le poète ajouta:
    «Le drapeau va au paysage immonde et notre patois étouffe le tambour.»

  • Métaspora
    essai sur les patries intimes


    J'appelle métaspora la perversion digitale de la nostalgie. En plus d'être une expérience du don et de l'émotion, la métaspora est aussi une catégorie esthétique, un emblème du Beau.
    La métaspora, par ses effets dans l'art et la littérature, s'autorise d'une pensée de Jorge Luis Borges : « De toutes les villes du monde, de toutes les patries intimes qu'un homme cherche à mériter au cours de ses voyages, Genève me semble la plus propice au bonheur. »
    Si le concept de diaspora s'étaye d'un retour des souvenirs, réels ou fantasmatiques, du fait de se ressouvenir d'une origine perdue, celui de métaspora cherche à rendre l'avenir présent. Il s'agit d'un ensemble d'actes rendant actuels les événements à venir.
    La métaspora procède d'une logique d'improvisation de l'espace et du temps, d'une logique de recréation, placée sous le signe du provisoire, de l'éphémère. C'est l'art de l'indétermination. Logique de spatialisation qui traduit ce que les égarés en particulier, et tout égaré contemporain en général, vivent dans le réseau globalisé dans lequel ils sont insérés.
    Les essais rassemblés dans le présent volume cherchent à accréditer l'idée que l'écrivain enrichit son intimité avec les lieux où il vit et où il a vécu dans la mesure où il garde une conscience aiguë de sa condition itinérante, de sa dignité d'étranger souffrant. Lieux, visages, objets, sons, autant de « patries intimes » qu'il transporte partout avec lui.
    C'est ce mouvement d'espérance en la primauté du voyage qui les conduit, ses contemporains et lui, à se constituer en métaspora, c'est-à-dire à devenir les cosmopolites de leur propre culture, des étrangers à leur propre nation.

  • Femme de peu de durée, l'auteure s'attache à faire l'inventaire d'un monde qui se dérobe sous ses doigts : objets épars et incomplets, restes d'émotions, bouts de récits entendus ou inventés, bribes de conversations.

    La poésie de l'inventaire est celle de la liste et du défaut, de l'ascèse et de la fabrication. L'écriture qui demeure se fait alors décompte (inventaire), possibilité (invention) et argument (inventio).

  • Ce petit livre reproduit deux discours. Celui prononcé par Joël Des Rosiers lors de son intronisation comme membre de l'Académie des lettres du Québec précédé du discours que Pierre Ouellet a livré pour présenter la candidature de Joël Des Rosiers.

    En termes très poétiques, Pierre Ouellet rend d'abord hommage à l'oeuvre majeure de l'écrivain élu à l'Académie des lettres du Québec, puis le nouveau membre de l'Académie qui, en plus d'être écrivain est médecin, rapproche dans un texte documenté, senti et touchant les deux principales activités de sa vie : la littérature et la médecine. Très ancré dans l'histoire du Québec ainsi que dans l'histoire littéraire, ce texte est une véritable pièce d'anthologie digne des meilleures pages de son auteur.

    Un livre qui fait honneur aux lettres québécoises. Il inaugure aussi la nouvelle collection t minuscule des Éditions Triptyque.

  • André Lépine ignore ce qui l'attend lorsque sa famille rejoint l'Église du Souffle, une communauté chrétienne qui prédit la venue imminente de l'Apocalypse.
    Des enlèvements se produisent, d'une manière qu'aucun prophète n'a jamais annoncée. Des lumières anormales scintillent dans le ciel de la banlieue, des spirales déforment les champs en friche, des adolescents sont emportés par des « anges ». Or, les cieux ne sont pas habités par une présence divine, mais par une race avancée dont les intérêts se situent au coeur de l'église.
    Roman de science-fiction born again, croisement de rituels évangéliques et de mythes ufologiques, L'enlèvement reconstruit l'imaginaire de la fin du monde et dessine les contours du règne qui lui succèdera.

  • Québec, début des années 2000. Anna nage, observe, rêve d'ailleurs; Sarah lit, bavarde, pourfend la médiocrité ambiante. La première souffre d'une rare affection aux poumons; la seconde, d'une passion incurable pour la première. Sur fond de musique new wave, elles découvrent les bonheurs de l'amitié et l'attrait envoûtant de la trahison.
    Entre la véhémence d'un Thomas Bernhard et la langueur émotive d'une Marguerite Duras, Catherine Lemieux propose un premier roman maîtrisé, provocant, dont nous n'oublierons jamais les héroïnes.

  • Le fruit de la puanteur est un roman d'anticipation dont l'action se déroule à la fois dans la Chine du XIXe siècle et sur la côte ouest du Canada, dans un futur maintenant très proche. Les deux narratrices, Nu Wa et Miranda, sont distinctes, mais leurs histoires respectives en viennent à fusionner. Un certain flou est maintenu tout au long de l'oeuvre : s'agit-il de deux histoires singulières, l'une mythologique et l'autre futuriste ? Les protagonistes correspondent-elles à la même personne et, si oui, s'agit-il d'une créature hybride et capable de métamorphoses, parfois poisson, serpent, fille ou femme ? Une étrange maladie qui se propage dans les rêves vient brouiller les cartes. Au bout du compte, le roman peint un portrait troublant de la Chine industrielle, et un portrait tout aussi troublant d'un futur proche dans lequel le monde est gouverné par de grandes corporations, par le clonage et la bic-ingénierie.
    Rappelant parfois les oeuvres de Virginia Woolf, parfois celles de Timothy Findley, parfois celles de Maxine Hong Kingston, Le fruit de la puanteur est un roman écoféministe, queer et politique qui utilise la science-­fiction et les tropes des littératures de genre pour encourager une véritable réflexion sur l'identité - notamment au sein de la diaspora chinoise et de la société canadienne -, ainsi que sur la race, le sexe, le genre, les technologies, la globalisation et le biopouvoir.

  • Quatorze poètes vivants, sept femmes et sept hommes de différentes générations, sont réunis dans cette anthologie de poésie argentine contemporaine. Les saveurs, les couleurs, les sonorités de l'Argentine tout comme les luttes politiques, les enjeux actuels et les grands événements qu'a vécus le pays durant les quarante dernières années sont présents dans la voix de ces poètes.
    Il s'agit de voix à la fois originales et uniques. Le regard porté vers l'Europe ou vers l'Argentine profonde, parfois vers le passé, parfois vers le futur, ou encore décidément ancré dans le présent, chacun des poètes puise dans son expérience de vie ; le quotidien, le désarroi, le sentiment d'éloignement tissent le fil conducteur sur lequel s'enchaînent leurs poèmes.
    Le lecteur y découvre au fil des pages les thèmes, les préoccupations, le ton de la poésie argentine contemporaine, représentée par ces quatorze voix poétiques : Laura Yasan o Yaki Setton o Alberto Szpunberg o María Belén Aguirre o Jorge Boccanera o Irene Gruss o Sandro Barrella o Elena Anníbali o Fernando Noy o Alicia Genovese o Esteban Moore o Griselda García o Anamaría Mayol o Jorge Aulicino

  • l ne se fait guère remarquer, il est plutôt du genre à se fondre dans le décor. Il a pourtant un physique particulier, une drôle de tête, une façon bien à lui de se déplacer dans l'espace et de fuir le regard du monde. Il sursaute quand on l'appelle par son nom. Il souffre d'un manque de coordination motrice. Sa mère, qui pourrait être sa grand-mère, vient le retrouver à l'école tous les matins et tous les après-midi pour l'accompagner aux toilettes. Il ne sait pas faire pipi tout seul. À son âge, c'est assez rare.
    Est-ce bien ce même garçon qui, seul devant son ordinateur, se transforme en maître d'oeuvre insoupçonné de stratégies destinées à mettre fin à la pauvreté et à la faim dans le monde, à la guerre, voire même à la mort ?

  • Paru il y a 175 ans, en 1837, « Le scholar américain » de Ralph Waldo Emerson (1803-1882) est le texte fondateur de l'identité culturelle états-unienne. Les États-Unis en avaient alors assez de se « nourrir des restes flétris de moissons étrangères », ainsi que l'écrivait Emerson. Or, nous aussi « avons trop longtemps prêté l'oreille aux gracieuses muses de l'Europe ».

  • Héritier d'Ann Cvetkovich et de Gloria Anzaldúa, Désormais, ma demeure est un texte libre et libéré à propos de la dépression, dans lequel se contaminent magnifiquement la poésie en prose, l'essai littéraire, le récit de soi et la photographie. L'écriture de Nicholas Dawson transforme les mots et les images en outils de transmission puissants et pousse les genres littéraires et artistiques jusqu'à leurs ultimes retranchements. « Si les formes de la vie courante ne parviennent pas à nous rendre sensibles aux souffrances indicibles qui mènent à la volonté de s'ôter la vie », écrit l'auteur, « peut-être que les formes de l'art réussissent, quant à elles, à donner une voix, à travers nos récits, à celles et ceux qui ont péri avant nous ».

  • Olivier Bourque (Le temps malhabile, Sommeils) livre un nouveau recueil tout en contemplation, à l'écoute de ses parcours intérieurs, au son de Chants, hymns and dances, une musique de Georges Gurdjieff interprétée par la violoncelliste Anja Lechner et le pianiste Vassilis Tsabropoulos.
    Ces poèmes investissent deux lieux : d'abord le désert arctique, où le sujet se perd dans ses pensées, ses souvenirs. Un jour de tempête, quelques heures de blizzard, et le territoire, pris dans un embargo, perd, altère les traces.
    Puis la musique ramène le sujet au foyer chaleureux qu'était celui de ses grands-parents. Les tonalités vibrent contre l'esseulement. Pour revenir à l'intérieur, délicatement retrouver les signes qui ont ponctué son enracinement, ce lieu où il s'est installé pour écrire.

  • Infirmes

    Lavoie Yoan

    Par hasard, par accident, le narrateur tombe sur Martin, un handicapé moteur asocial muni d'un dangereux bolide de fauteuil roulant, replié sur son imaginaire nourri de vieux rock et de science-fiction, et s'engage à l'assister dans son périple quotidien d'étudiant inadapté. Le hasard fait bien les choses, paraît-il. Peut-être, mais il les fait aussi étriquées et biscornues.
    Car il y a ce diagnostic de TDAH que le narrateur tente d'obtenir. Peut-être cela l'aiderait-il à comprendre l'enfant cancre et l'ado dissipé qu'il a été, puis l'adulte désoeuvré qu'il est devenu ? C'est sans compter le labyrinthe des services de santé. Et de la pharmaceutique...

  • Voici une histoire en morceaux. Une histoire de morceaux. Celle d'un torse découpé que l'on découvre dans une valise, en 2012, devant un immeuble résidentiel de Côte-Des-Neiges. « On », c'est Lucien, fraîchement emménagé ; Monsieur, concierge libidineux ; Louise, policière ; et tous les autres, les morcelés, carrés rouges, enquêteurs, trans et prostitué-e-s.
    Lucien raconte quelques jours d'un monde où rien ne colle. Les coupures se multiplient entre l'amour et le sexe, entre le torse et la tête, entre les mots et le monde. Une seule solution pour tenir : faire un blitz. C'est-à-dire s'investir dangereusement, tout prendre, vivre plus, tout avouer. Heureusement, entre les clips, les bières et les lignes de coke, il y a Patricia Kaas et l'Ecclésiaste qui savent encore toucher.

  • Ce recueil de poésie offre deux moments d'écriture que séparent plus d'une quinzaine d'années.
    Le premier évoque diverses expériences de lecture du monde au fil du quotidien. Il se présente comme une avancée continue qui va de la description tranquille de tableaux ou de paysages (la terre, la lumière, la marche, les couleurs, le vent) à l'évocation paisible d'émotions familières, en passant par des moments plus turbulents, davantage conformes à ce que charrie communément l'idée de désir.
    La deuxième partie reprend la figure emblématique de ce que l'histoire littéraire a retenu sous le nom de poète maudit. On le présente fougueux - certains s'y reconnaîtront peut-être -, au coeur de ce que l'écriture et la lecture peuvent avoir de «paradoxal».
    Les «ombres passantes» se manifestent ici et là sans même qu'on les appelle. Quant au «projet informulé», il est le lot de quiconque ferme la marche et sent farouchement le besoin de bouger à nouveau, comme s'il était resté au seuil de ce qui veut naître.

  • Avec une intrigue aux multiples enchevêtrements et portée par des personnages plus grands que nature, Madeleine nous berce dans une atmosphère onirique et emplie de mystères. Monique Le Maner signe ici une oeuvre remarquable, qui nous confirme une fois de plus l'habileté et la force de son écriture romanesque.

  • Conçues dans un esprit performatif, les trois pièces présentées ici témoignent à leur manière d'un monde aliénant dont il faut s'affranchir. Kitsch et sacrées, tragiques et comiques, ces oeuvres sont écrites au conditionnel et bouleversent la forme dialoguée. Le triptyque au souffle poétique met en scène des espaces de fragilité, d'intimité, qui laissent entrevoir une possible réinvention du monde et de l'humanité, sorte de manifeste sensible contre l'idée que l'existence est une chose figée.

  • les livres / quand ils chatoient / une rue étroite enveloppant les épaules / soudain tranquilles / adoucir l'écho des pièces vides / par la flânerie / frôlant les parois mes fantômes / la peau intelligible dans les cités vieillies / c'était fêler les soliloques

  • « J'ai laissé l'auto à côté de la cabane, et on est sorti dans une cathédrale de cristal. La fine couche d'eau gelée sur chacune des milliers de branches, les arbres à perte de vue couverts d'un vernis lisse et lumineux, toute cette infinité de détails qui composait la beauté du moment m'a semblé signifier que, vraiment, le monde était tel qu'il devait être [...] J'étais rarement impressionné par autre chose que ce que je lisais dans mes vieux livres, mais là, j'avais les yeux mouillés. J'étais enfin stupéfait par un événement de la vie concrète. »

  • Ce livre marque un important tournant dans l'oeuvre de Martyne

    Rondeau. D'abord dans la forme, toujours exigeante, mais nette

    comme une flèche tirée dans une cible. Ou comme une balle tirée à

    bout portant ? Ensuite et surtout, parce que ce livre mise sur la

    rédemption par la peau ; qu'il s'ouvre à la puissance transformatrice

    du fantasme et même à l'idylle, à la possibilité d'une île paradisiaque

    où tous les personnages de l'oeuvre de Martyne Rondeau rêveraient de

    se retrancher du monde...



    C'est un roman haletant et déroutant qu'offre Martyne Rondeau, son

    plus vif, son plus simple aussi, son plus humain. Au sens où rien

    d'humain ne lui est étranger. Est-ce que nous n'avons pas

    désespérément besoin, de nos jours, d'une histoire où la brutalité du

    désir, l'incommunicabilité de la douleur, le fossé entre les générations

    et les sexes ne sont ni écartés, ni minimisés, mais investis, exposés,

    chantés ? Je suivrai tes yeux noirs est le roman de celles et ceux qui

    veulent survivre.

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