FeniXX réédition numérique (Intertextes)

  • C'est lorsqu'il croit achever un roman dont Prague est la tête pivotante, auquel il se consacre depuis des années, que le narrateur, à l'occasion d'une rencontre professionnelle, est bouleversé par la qualité d'une amitié qui envahit progressivement son champ de liberté. Il enferme son manuscrit dans un tiroir et vit, sur un mode passionné, une histoire qui s'achèvera sur la mort et un deuil aussi bref que douloureux. La déchirure ressentie est telle qu'il sait, presque d'instinct, que seule l'écriture contribuera à le ramener à la norme, c'est-à-dire à ce niveau de vie où les risques et la manière d'être sont réévalués. Des sables mouvants apparaît, peu à peu, l'unique personnage de ce texte : un être doux, lointain, inappréhendable, ironique - d'aucuns le reconnaîtront - mais très attiré par une mort qui mettrait fin à ses insolubles dilemmes. Elle ne le ratera pas. Analyse altière sur l'irréalité de l'amour, la relativité des sentiments, l'impermanence des choses et des situations, ce texte constitue avec un autre écrit consacré à la mère de l'écrivain, un diptyque sur l'amour vécu pourtant comme une totalité que la mort, loin de dissoudre, borne et relativise à la fois.

  • De son vivant déjà, Franz Kafka était considéré par certains comme un écrivain dont les histoires s'enracinaient dans l'art des conteurs allemands, tandis que d'autres voyaient dans ses écrits un segment capital d'une littérature spécifiquement juive. Aujourd'hui, l'aspect judaïque de son oeuvre - tout comme l'influence du sionisme dans sa vie - sont des notions devant lesquelles la critique a manifesté un étrange désintérêt. Ce livre se présente comme une tentative de décryptage des éléments juifs qui parsèment les textes principaux de Kafka. On y trouvera des repères biographiques jusque-là inexplorés, de longues analyses littéraires, un essai sur l'attitude religieuse de Kafka, mais aussi un texte de l'écrivain israélien Amos Oz, spécialement composé pour cet ouvrage.

  • Le trois : premier chiffre impair, celui des dimensions de l'espace, qui marque le passage du temps, le centre du cercle, le milieu de la cible, la juste mesure, l'intermédiaire entre le fini et l'infini, l'un et le plusieurs, l'autre et soi-même. C'est aussi le chiffre maudit de l'amour : l'histoire de Charles, Claude et Matthieu renvoie à lui. Ils vivront une année ensemble, sans cesse séparés ou réunis par la présence ou l'absence de l'autre, jouant à tour de rôle celui du fantôme. De ce triangle, Charles en est la pointe aiguë. Jeune étudiant en philosophie, il oscille entre Claude, femme de quarante ans, atteinte d'une étrange maladie et abandonnée par son mari, utilisant le peu de forces qui lui restent à maquiller ses cicatrices et Évy, la putain blonde, tendre et consolatrice, balafrée par des maux qui, pourtant, ne l'ont jamais fait vraiment souffrir. Entre deux fascinations masculines aussi : Matthieu, l'amant de Claude, dont le superbe égoïsme oublie tout au fur et à mesure qu'il séduit pour ne rien avoir à cicatriser et le professeur Granger, maître à penser dont Charles admire la douceur et la rigueur du discours philosophique. La passion de Charles pour ses leçons de sagesse ne l'empêche pourtant pas de vivre dans les remous de l'hésitation ce chiffre trois vénéré par les Grecs pour sa vertu de tempérance et d'équilibre. Comment mettre fin au vertige des possibles ? « Il faut s'arrêter » enseignait Aristote, arrêter de régresser à l'infini. Charles s'arrêtera de n'avoir su choisir. Mais toute formule est impure : s'arrêter, c'est aussi mourir, que la mort soit réelle pour Claude ou affective pour Charles qui se séparera de Matthieu et d'Evy. Dans cet original roman d'éducation, c'est un parcours symbolique qui nous est proposé, dont la circularité dessine l'avancée de la spirale : du suicide manqué à la solitude, un jeune homme aura appris à oublier un fantôme qui l'obsédait, sans trop de complaisance, encore qu'il restera dans les circonvolutions de sa mémoire, la trace indélébile d'une cicatrice.

  • Si le message d'une oeuvre d'art se laisse saisir entre don et leurre, les essais rassemblés dans Proximité du Sphinx tentent d'approcher les modalités de l'un et de l'autre. C'est la raison pour laquelle leurs objets (Pessoa, Handke, Éluard ou le peintre Fouquet...) importent moins que l'investigation à laquelle ils donnent lieu. Il s'agit moins de critique que de méditation, celle-ci correspondant sans doute à l'une des faces cachées de la création. Il était naturel que cette réflexion sur la parole et sur le langage artistique en général, pris à la fois comme don et comme leurre, amène à se poser la question de leurs limites ainsi que celle du surcroît de ce qui peut s'y dire. D'où l'intérêt de ces pages pour la poésie, pour la poésie mystique, pour toutes les formes de l'expression de l'intensité et pour tous les jeux multiples de dénégations, de contradiction et de prétérition qu'elle met en oeuvre. Le premier essai qui donne son titre à cet ensemble, délaissant dons et leurres, précise une promesse qui pourrait n'être que métaphorique.

  • C'est au siècle des Lumières, de l'obscurité et de l'occultisme, que l'auteur a fait naître le personnage qui porte son nom : celui-ci, né d'une famille noble de l'Allier, se lassera des intrigues de la cour et des fureurs de la guerre, accompagnera Burckhardt dans son expédition vers « l'Arabie heureuse » et la route de l'encens, découvrira une ville oubliée, perdra une princesse et quelques illusions... avant de revenir en France où se lève la tourmente révolutionnaire. Tour à tour se moquant du roman historique et s'y plongeant, Bertrand du Chambon nous livre là, une fiction échevelée où l'on rencontre aussi bien Goethe que le marquis de Sade - en une intrigue si mystérieuse et si pleine d'allégories, que l'on en vient à se demander de qui l'identité est ici en jeu : celle de l'auteur, celle du personnage, ou peut-être la nôtre.

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