Gallimard

  • À quatre-vingts ans passés, Mado, née d'un père suédois et d'une mère camerounaise, vit à Perpignan et se souvient : de son enfance à Edéa, au Cameroun, sur les bords de Rivière blanche et rouge, avant que n'éclate la deuxième guerre mondiale, ses horreurs et ses bouleversements. Elle revoit son départ inattendu vers la France où l'entraîne une mère adoptive aux nerfs fragiles. Les voici en escale à Témara, au Maroc, ovationnant le général de Gaulle venu stimuler la 2ème DB du général Leclerc en route vers le débarquement en Normandie. Lui revient aussi son escale à Constantine, en Algérie, où la Victoire des Alliés s'achève dans des explosions de joie mais aussi de colère. Arrivée à Perpignan, Mado déplore et le froid et les regards de biais sur une Métisse chagrine qui, longtemps, a cru sa mère biologique morte.
    C'est à Céret que Mado deviendra l'amie et l'égérie secrète de plusieurs artistes de renom : Picasso, Matisse, Haviland, Soutine, Chagall, Masson, Dali...

  • Comment ne pas être ému par Le voyage de Clermont-Ferrand, en point d'orgue du recueil, rencontre dans un train où se joue ce vertige d'identités jusqu'au deuil du fils aimé ? Et au mot du jeune Oumar qui passe au "tu" comme un fils nouveau ou ressuscité ? Juste avant le cauchemar où l'auteur voit son squelette sortir de sa propre peau, comme dans une vanité quotidienne. La veine autobiographique palpite dans ces récits, et dans le dernier, avec le nom même de Nimrod... Le premier récit, à Venise où "Jamais bain d'iode n'abolira le hasard", annonce la navigation de nos destinées, avec ou sans dés, qui remuent et stagnent, courent entre l'extrême beauté et l'extrême laideur, même quand les anges donnent rendez-vous aux carrefours dans l'impudeur inqualifiable de l'harmonium et que l'horizon des Sahéliens "résonne avec la poussière"... Les tesselles de cette mosaïque des quatre éléments sont placées avec tellement d'humour, aussi, et de bonheur. La vraie profondeur, c'est ce que l'écrivain monte et montre à la surface. Au fil du temps, au fil de l'eau, au fil de l'écriture et de la vie.

  • « Le temps semblait suspendu. Alors il ferma les yeux, pour les rouvrir presque aussitôt. Mieux valait les garder ouverts, les tireurs ne devaient pas être loin, il ne savait plus. Les ferma à nouveau, il ne pouvait s'en empêcher, les rouvrit, grands, comme le petit garçon dans les bras de sa mère. D'où venait soudain cette joie de vivre, cette déferlante qui les portait, lui et sa mère, incapable de se souvenir pourquoi ils étaient si heureux. Il sourit aux étoiles, ses paupières se refermèrent. » Le 11 décembre 2018, au marché de Noël, la ville de Strasbourg est frappée par un attentat terroriste. Témoin et victime de l'horreur, le narrateur croit sa dernière heure arrivée. Des bribes de son passé l'envahissent alors, chargées d'émotions singulières.
    Gaston-Paul Effa saisit avec acuité ces moments charnières au cours desquels se joue l'adulte futur. Il dit comment les retrouvailles avec l'enfant que l'on a été permettent de surmonter les blessures de l'existence.
    Nourri de réminiscences et de rêves d'exil, ce roman de la résilience nous permet de dépasser les frontières tantôt dramatiques, tantôt jubilatoires entre l'enfance et l'âge d'homme.

  • ' Il ne me quitte pas des yeux.
    Un instant, puis :
    "Je vous propose d'aimer Minna à ma place."
    Il enchaîne sans laisser cette phrase pénétrer mon esprit. "Vous lui faites la cour comme par hasard et ainsi de suite. Je ne vous demande pas de l'épouser. Ce n'est pas mon affaire. Cela dépend aussi d'elle, bien entendu. Je vous demande juste, si je puis dire", il me montre deux doigts écartés, "deux années de liaison assidue avec elle; et vous recevrez cette maison en échange." '

    Jean Adodo, togolais, homme mûr qui revient de Suisse où il a vécu une trentaine d'années, propose donc au jeune Maxwell Sitti de séduire une certaine Minna contre rétribution conséquente. Agent immobilier, Maxwell peine à gagner sa vie dans une Lomé de magouilles et de vices, et il est prêt à refuser ce contrat insensé. Mais quand il rencontre la belle Minna dans le pressing où elle travaille, il tombe amoureux - éperdument.
    Maxwell apprend peu à peu que Jean et Minna, en réalité, se connaissent à peine de vue... Mais alors, que signifie ce que Jean Adodo lui demande de faire, et si largement rémunéré ? Quelle intention se cache derrière cette mise en scène périlleuse ? Qui est Jean Adodo, au juste ?... Une bien étrange mission au fil de l'amour, de l'amitié, à corps perdu.

  • 'Mon amie Madeleine m'a demandé d'écrire son histoire. Elle m'a téléphoné et m'a lancé, de but en blanc, qu'elle allait me raconter quelque chose et que j'allais en faire un livre.
    D'abord, j'ai pensé : mon amie me demande de raconter son histoire. J'ai souri : mon amie sollicite mes compétences d'écrivaine, mon amie reconnaît mon talent. Puis je me suis rappelé : Madeleine n'est pas mon amie. Pas à proprement parler. Elle l'a été, au lycée. Elle ne l'est plus. Aujourd'hui, ça fait à peu près vingt ans que je n'ai plus revu Madeleine volontairement. Au téléphone, elle a simplement précisé: "C'est quelque chose qui m'est arrivé pour de vrai. Ça fera une bonne histoire. Un livre qui te rapportera de l'argent, je pense."'
    Qu'était-il donc arrivé à Madeleine Démétrius, la Mulâtresse, 'fille de médecin, médecin elle-même, bien mariée, légitime', qui méritât que l'on en fasse un livre?
    Pour la narratrice, Martiniquaise à l'enfance- pauvre venue s'exiler à Paris, mère célibataire vivant de chick lit, ces retrouvailles sont surtout l'occasion de démêler les fils d'une amitié brisée et d'exhumer de douloureuses questions enfouies, non sans de grandes bouffées d'ironie et de bonheur.

  • «On ne nous aimait pas, enfermés dans un milieu clos, sans marques d'affection ni la possibilité de fixer des repères. Nous étions dans le même guêpier, égarés dans un tunnel ou une voie sans issue, et à mesure que nous avancions, la neige effaçait les empreintes de nos bottes pour prouver que nous n'existions pas.»
    Dans chacun de ses romans, Jean-François Samlong ne cesse d'interroger la violence qui secoue La Réunion. Cette fois-ci, dans un style percutant et concis, il nous convie à découvrir l'histoire des enfants de la Creuse. En fait, une véritable tragédie s'est déroulée entre 1962 et 1984, avec l'exil forcé en métropole de plus de deux mille mineurs réunionnais. Mensonges. Fausses promesses. Trahisons. Harcèlement sexuel. Viols. Tentatives de suicide, et suicides. Séjours en hôpital psychiatrique. Une catastrophe invisible. Enfin, le 18 février 2014, l'Assemblée nationale a reconnu la responsabilité morale de l'État français dans la terrifiante transplantation des enfants. Ici, deux jeunes garçons, Tony et Manuel, et leur soeur courage, Héva, qui témoigne des vies séparées, suspendues, piégées au coeur du froid et du racisme.

  • « Tremblante, Céleste rassembla ce qui lui restait de courage pour observer les mains de sa mère qui remontaient la couverture, comme on ajuste un mensonge, comme on ferme un cercueil. Elles achevèrent de sortir Céleste de l'enfance. Elles étaient un feu de bois, labourées par la lave, tachée de flammes, de gris, de honte. »
    Noire précieuse est l'histoire d'une mère qui tente de sauver sa peau en écorchant sa chair. Noire précieuse est l'histoire d'une relation tendre entre une jeune fille et sa mère, l'histoire des modes de communication qui circulent dans les rues de Paris, entre Château d'Eau et le boulevard Saint-Germain. La langue nouchi rencontre le « français des Blancs », qui pénètre aussi l'argot ivoirien. Noire précieuse est l'histoire d'une relation tendre et sensuelle comme une caresse, violente comme une identité imposée du dehors et qui « excite le sang ». Qui présente, sous une forme nerveuse et épidermique, la dissimulation autant que l'affirmation d'une identité et d'un parler noirs dans les rues de Paris.

  • 'Tout commença un soir de 1981 lorsque dans la ville de Sainte-Marie, au nord de l'île, deux jeunes gens eurent le malheur de se rencontrer.
    Tandis qu'au-dehors la fête battait son plein, à l'arrière d'un restaurant un cuisinier retirait sa veste et la toque blanche qu'il portait depuis le matin.'
    Les Dessaintes forment l'une des familles les plus célèbres de La Réunion. Ils sont ambitieux, courageux et un brin fantaisistes. Mais, de l'avis du voisinage, des psychiatres et de la police, ils sont juste cinglés. Tout aussi barjos qu'ils soient, ils mettent au monde une fille. Une petite teigne qui compte bien devenir quelqu'un. C'est cette histoire familiale poignante au coeur de La Réunion des années 1980 qui est ici racontée.
    La lectrice, le lecteur y trouveront du rythme, un ton vif, décalé, et, surtout, un humour décapant. Ils sont priés d'ouvrir la porte pour voir bondir le monstre. Des surprises, sans nul regret!...

  • "Tu vois, mon cher Kouassi, a repris Pierre, c'est un spectacle délicieux que nous offre Zouna livrée à ton corps. L'autre jour, je me demandais si ta connaissance des sciences européennes, de la littérature et de la philosophie ne t'avait pas aveuglé en fin de compte. Ce n'est pas parce que je t'aime, et Fanny aussi, ainsi que Jules et Laurent, que cela te rend pareil à nous. Dis-moi, crois-tu être devenu un Blanc ?"
    Un dandy ivoirien, orphelin adopté par un puissant personnage de son pays, déborde de finesse d'esprit, d'amitié, et d'élans poétiques entre la canopée africaine et la canopée parisienne. Autour du protagoniste narrateur qui avance masqué, une poignée de Français, amis trentenaires du monde de l'édition, de moeurs et de culture raffinées, d'extrême élégance existentielle. Tout est si harmonieux, sensuel, léger, rare, sentimental même...
    Comment prévoir le dérapage de l'un d'eux, laissant planer une menace bien réelle, en plein Quartier latin, au coeur de Paris ?

  • 'Le volcan un instant tranquillisé s'est de nouveau réveillé. Les oeufs, autour de nous, se sont craquelés. Il en sortait des moineaux et des poules, des vipères et des tortues, des chauves-souris et des agoutis, des solitaires et des anguilles. Ces dernières se sont faufilées vers nous, s'entortillant autour de nous comme si nous étions leurs parents. La vie comme un oeuf, as-tu dit...
    J'ai été écartelée. Au-dessus de moi, un bec attendait de percer mon coeur. Mais au moment où il s'abaissait, tu t'es jeté sur moi. Le bec du moineau a traversé ton coeur et le mien... Chien noir, ange noir, baobab ou moineau, bébé balafré à la mèche d'albinos, ou bien autre chose encore. Regard noir dans le ventre du monde.'
    Extraits de la postface d'Ananda Devi. Un lumineux détour d'admiration et d'amour baigné d'une extrême tendresse pour dire l'auteur et son moineau, au fil, au coeur cruels de cette fable africaine et universelle.

  • 'Voici un roman qui nous vient du Niger. Oubliez ce que vous savez du Niger. Oui c'est un pays pauvre, peut-être le plus pauvre. Non, y être une femme n'est pas facile. Oui, la faim n'y est jamais loin, et oui il y a des dunes magnifiques, où furent détenus des otages français, près d'Arlit. Idi Nouhou ne va pas radicalement bousculer ce que vous savez. Mais il va tout déplacer, comme les dunes sous le vent.
    Le roi des cons est le récit d'un homme partagé entre deux genres de femmes : leur complémentarité semble classique,
    mais s'avère un peu plus complexe que le schéma occidental de la maman et de la putain. Ne serait-ce que parce que la "putain", selon nos critères, y est voilée comme la maman, et que la maman y est d'une audace redoutable... C'est un Niamey sensuel, érotique et drôle que nous révèle Idi Nouhou ; mélancolique aussi. Et c'est dans la bouche d'une femme que revient la proustienne phrase: "Il n'est pas mon genre."'
    Marie Darrieussecq.

  • Un couple de Sud-Africains blancs, Donovan et Mélania Bertens en voyage de noces à l'île Maurice, sont contraints de séjourner à Mayotte. Choqué par la misère de l'île, Donovan convainc Mélania de s'y installer afin d'apporter leur aide à la population. La menace d'affrontements entre communautés, l'insécurité et les mouvements sociaux les obligent à vivre reclus.

  • "À partir d'aujourd'hui, tu ne seras plus capable de détruire la nature sans te détruire toi-même. Le moindre insecte que tu écraseras sous tes pieds te rappellera que tu es peut-être en train d'écraser un ami, un père, une mère, une épouse, un enfant tôt parti et que tu étais encore en train de pleurer... Tu apprendras à écouter, à regarder. Et à force d'écouter et de regarder, tu finiras par voir et entendre. Tu auras changé ta vie. Tu auras gagné ta vie. Le reste importe peu."
    Ce récit est né d'une rencontre extraordinaire entre un écrivain et une féticheuse pygmée. Dans l'âme des ténèbres, au coeur de la forêt tropicale, va naître un dialogue où le corps et l'esprit quittent leurs domaines séparés pour se fondre ensemble. De rencontre en rencontre se fraye le chemin de l'initiation qui ouvre à chaque pas des relations d'abord invisibles entre les choses, les pensées et les instants de vie. Une invitation à écouter la nature, à s'unir au cosmos, à suspendre la raison pour réapprendre à vivre.

  • "Quand les sauveteurs le découvrirent, il avait le visage scellé, d'où le cri ne pouvait jaillir. Il faisait très froid dans le cachot. La ville déserte et saccagée était recouverte de suie noire. Les buissons, les hautes herbes scintillaient. L'air avait une transparence vibrante, métallique. Il pénétrait dans les poumons comme la pointe d'une lame. Le colonel vit, dans son regard, l'enfant qu'il avait été et qui était demeuré et qui levait vers lui des yeux de la même couleur que les siens, de la même eau de terre trempée et effacée. Le prisonnier, hébété, répétait les mêmes phrases en créole comme une ritournelle."

    Seul survivant de l'éruption de la montagne Pelée du 8 mai 1902, Louis-Auguste Cyparis, appelé "le Miraculé de Saint-Pierre", est découvert gravement brûlé dans son cachot. Une destinée bien singulière attend alors ce Moïse des laves.
    L'écriture lumineuse de Gaston-Paul Effa, entre effroi et volupté, portant l'histoire du miraculé, jette un jour neuf sur l'histoire des Caraïbes, de l'Afrique et, au-delà, de tous les opprimés. Cantique d'espérance, ce roman est une invitation à éclairer la nuit humaine.

  • « Ainsi, Radio Cocotier disait vrai : Faïza, la première épouse de cet alcoolique d'Aboucar, avait été la maîtresse de Bob Denard, et Bibi, la mère de Chati, le fruit diabolique de cette union ! »
    Bibi, qui a de qui tenir, est une célèbre « reine de l'arnaque » à La Réunion. Calculatrice, belle comme une sultane de mille et une nuits, elle est aussi une jeune femme fragile, mystérieuse et la proie de démons intérieurs. Ballottée entre Afrique et Occident, entre islam et christianisme, Bibi a eu une enfance peu chaleureuse aux Comores où elle est la fille cachée du fameux mercenaire et d'une « Sabena », lycéenne rescapée des massacres anti-comoriens de 1976 à Majunga (Madagascar). Abandonnée par sa propre mère, Bibi a laissé derrière elle, à Mayotte, une enfant, Chati, belle et délurée, qui rêve de lui ressembler... Et c'est dans un terrible et voluptueux suspense que nous suivons le destin croisé de ces trois femmes frôlant la folie.

  • "Je suis quelqu'un qui a vu un enfant un jour, un nourrisson qui a disparu. Je suis quelqu'un qui connaît un secret. Probablement que je le sais depuis longtemps, parce que ça ne me détruit pas d'apprendre son existence. Je suis choquée, par contre, que mon père en dise le nom à haute voix : "le fils de l'Autre!" Personne ne l'a jamais fait, nommer l'innommable."
    Un secret hante les membres d'une famille éclatée entre la France et le Sénégal. Mais un jour de juin, le silence se rompt. Commence ainsi une quête de vérité où différentes voix se déploient. Celle de Penda, la mère, qui se livre dans un journal intime, et celle d'Estelle, sa fille, au travers de délires cathartiques. Face à elles, l'insaisissable Éric entretient le trouble avec ses promesses. À tour de rôle, les personnages démêlent les ficelles du temps et démasquent les injustices historiques qui façonnent nos vies intimes. Dans ce roman polyphonique on traverse alors les beaux quartiers dakarois, où des drames se consomment sans dépasser les haies des villas. On parcourt aussi les cités et les squats parisiens. Pour découvrir que ce qui semble à tous la ruine d'une famille est, en réalité, sa rédemption.

  • "À La Réunion, il aurait déprimé dans son coin, entre l'ennui du lycée et la déchéance familiale. Il avait bien fait de partir. Demain, il serait en France et oublierait Janis. Il avait voyagé à l'oeil, surmonté les obstacles, agi par lui-même et survécu. Il avait rempli un cahier de nouvelles paroles et, demain, il les chanterait. Il avait vécu à cent à l'heure, il ne vieillirait pas, jamais, il était un rocker !"
    Rock Sakay est à la fois une sorte de road movie et un roman d'apprentissage. Confronté à de nombreuses épreuves, Jimi croise des jeunes de différents milieux, avec lesquels il fait un bout de chemin. De la vie amoureuse avec une Malgache des quartiers populeux d'Analavory à l'univers du showbiz parisien, en passant par les foyers Sonacotra et l'enfer de la drogue, de la passion de la musique à celle du théâtre, Jimi trouve toujours sa voie.

    Dans ce premier roman, l'auteur saisit avec acuité et humour les non-dits de la société créole et il nous livre ici une histoire plutôt méconnue, sinon taboue, de la colonisation française de Madagascar par des Réunionnais.

  • "Mais voilà qu'un jour, un après-midi de décembre, alors que l'harmattan vrillait la cité dans son rideau de poussière rouge, apparut, par l'entrée sud de la ville, une étrange créature... Le regard droit, le corps arqué, elle conduisait une moto, une grosse cylindrée aux flancs de laquelle avait été dessinée une tête de mort accompagnée d'un écriteau singulier : N.D. dite Kalamity Djane."
    À Natingou City, ville montagneuse dans le nord du Bénin, trois personnages singuliers, répliques parfaites des caractères du Far West, tiennent sous leur joug la population par leurs actes excentriques. Un vacher bagarreur, un inspecteur de police teigneux et un homme d'affaires, desperado amorphe et vif à la fois. Apparaît soudain une jeune femme vengeresse donnée pour morte dans des circonstances fort troubles, Nafissatou Diallo, sous le nom de Kalamity Djane, pistolet au poing, annonçant bien haut dans le mythique "Saloon du Desperado" son désir, sa décision irrévocable d'abattre les trois terreurs.
    Après le western américain, le western-spaghetti, voici donc la spécialité béninoise : le western qui joue d'une arme de destruction passive alcoolisée : le western tchoukoutou.

  • Le Quartier est une petite ville de banlieue où se croisent les destins de quatre femmes. Mariette, recluse dans son appartement, qui ressasse sa vie gâchée en buvant du vin rouge. Aline, l'infirmière à domicile, qui la soigne et l'écoute. Suzanne, la petite Blanche, amante éplorée d'un caïd assassiné. Mame Baby, idole des femmes du Quartier, dont la mort est auréolée de mystère. À travers la voix d'Aline, de retour dans le Quartier qu'elle a fui sept ans auparavant, les liens secrets qui unissent les quatre héroïnes se dessinent...

    La fin de Mame Baby raconte avant tout, avec finesse, grâce et passion, l'art qu'ont les femmes de prendre soin les unes des autres, de se haïr et de s'aimer.

  • "... J'ai donc voulu voir Souveraine Magnifique, cette rescapée des vastes massacres qui se sont abattus sur le Rwanda en 1994 avec la fureur de cyclones sanglants. C'est le pouls battant, mais la tête froide, que j'ai frappé à la porte de la jeune femme. On ne sait jamais qui vous scrute derrière des rideaux à peine frémissants. On ignore ensuite quel être, surgissant des fumeroles d'une épouvantable histoire, vous invitera à découvrir sur les marches du soir les fantômes qui peuplent et crucifient sa mémoire.

    Tout au long de nos conversations, ses souvenirs, ses confessions, sa colère moite, sa rage intacte portaient encore, vingt ans après la tragédie, trace des cris, des râles et des chuchotements venus d'outre-tombe.
    Ma rencontre avec Souveraine Magnifique et la vache Doliba, qu'elle cogérait avec le bourreau de ses parents, m'a montré combien la sagesse des anciens a pu voler au secours des temps modernes englués dans leur morale et leurs procès.
    Depuis les brumes bleutées des collines rwandaises jusqu'aux eaux rougeoyantes du Ruzizi, cette rivière qui sépare plusieurs pays de la région des Grands Lacs africains, j'ai entendu la voix de Souveraine Magnifique, son coeur, son âme."

    Eugène Ébodé.

    Prix Jeand'heurs 2015
    Grand Prix littéraire d'Afrique Noire 2015

  • "Toute menue, toute légère, elle se tenait bien droite, une sucette à la main et, la tête couverte de ces tresses à pompon qu'on appelle doko, elle avait l'air d'un diablotin facétieux.
    - Que veux-tu ? gronda Sèbolola.
    Elle fit le geste d'approcher la lucette de sa bouche puis, se ravisant, déclara :
    - Pardon monsieur, je voudrais récupérer mon cerf-volant tombé dans votre carré.
    Le douanier n'eut qu'une idée, lui fermer la porte au nez. Mais le joli sourire de la fillette réussit à l'amadouer.
    - Attends, lui dit-il, et il lui rendit le jouet, non sans pester : C'est bien la dernière fois, je déteste qu'on jette des objets chez moi."

    Comment faire face à la corruption, au mauvais sort, à la stérilité, à l'adversité ? Les intrigues cocasses des nouvelles de ce recueil permettent d'aborder ces questions avec candeur et malice. Elles mettent en scène des personnages simples, décrits avec humour et sensibilité. De la ville au village, ils nous promènent en des lieux qui nous deviennent vite familiers. À travers leurs tribulations et leurs mésaventures, nous découvrons bien des réalités du Bénin, de l'Afrique - et de notre proche voisinage... Les histoires sont belles. Leurs fins saisissent, étonnent et surprennent. Elles donnent un grand bonheur de lecture.

  • T C'est nouveau, ça?
    C'est vieux, trcs vieux meme. Mais si tu savais comme aujourd'hui j'en ai assez de compter, comme les calendriers me font horreur, comme mes anniversaires me font pitié. Si tu savais mes peurs, mes incapacités, si seulement tu voulais bien m'écouter, Jacques.
    Que disais-tu, mon cur?
    Rien. Il n'y a rien, dans mes mots, qui puisse s'inscrire dans ton programme, ce plan de fin de vie que tu as cru bon de fixer, qu'au fil des ans, patiemment, presque sournoisement, tu as échafaudé, ´r seule fin de t'en tirer. Ou te figures-tu donc aller? Combien de points vieillesse as-tu mis de côté?
    Chérie?t
    Aprcs quarante ans de mariage, Louise décide enfin de désobéir. L'histoire d'une liberté provisoire conquise au mépris des bonnes manicres. Le bilan drôle et cruel de toute une vie de rébellions étouffées, porté par une écriture ´r poigne.

  • "Tu sais, Isiban, la France a permis l'installation sur son sol d'Italiens, d'Espagnols, de Juifs persécutés ailleurs, de Noirs africains, d'Antillais, d'Arabes et autres Polonais. Ce pays, à l'image de tant d'autres, s'est construit sur un territoire donné, mais par mélange et fusions successives de populations les plus diverses. Leurs apports ont grandement aidé à la formation de la nation française. Par cette
    diversité et cette richesse, la France parle au monde, avec un message fort et universel, né des idéaux des Lumières. Et je sais qu'en Afrique du Sud les choses évolueront tôt ou tard dans ce sens."

    En Afrique du Sud, vers la fin du XIXe siècle, la "politique indigène" mise en place par les colons anglais balisait déjà la route d'un système de développement séparé et fondé sur la "race". Aussi, rien n'y favorisait l'union fusionnelle entre Isiban, princesse zouloue, et le jeune Marc Jaubert, vigneron descendant de huguenots français. Pourtant, de leur rencontre dont le seul témoin fut la lune, oeil de la nuit, naît un amour tout aussi magique que passionné. Et, dans un univers d'intolérance, de violences extrêmes, leurs élans amoureux nous révéleront mieux qu'un essai historique les tourments de l'Histoire.

  • "À Londres, une jeune femme de vingt-six ans, Genie, se réveille à l'hôpital. Elle se souvient d'avoir passé la soirée dans un club avec son frère, Paul, mais ce dernier a disparu. Où est-il et pourquoi a-t-il fui ainsi, sans un mot, sans un regard ? Genie se met alors à la recherche de ce frère adoré, insaisissable, malade d'amour et de nostalgie pour leur terre natale, l'île Maurice. Du gris béton londonien à la luxuriance kaléidoscopique des îles, Genie marche sur les pas de Paul et arpente les chemins de la mémoire, du pays rêvé, de l'innocence perdue et découvre cet étrange chagrin vissé aux coeurs des déracinés.

    En revisitant avec audace et modernité le classique de Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, Natasha Soobramanien tisse une histoire d'amour absolument originale : celle de Genie pour son frère perdu, celle de Paul pour son pays d'enfance. Avec une narration maîtrisée qui entrelace les instants et les années, l'enracinement et l'errance, ce roman donne à voir la beauté ardente de la vie entre deux mondes."
    Natacha Appanah.

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