Gallimard

  • Lampedusa. Une nuit d'octobre  2013, une femme entend à la radio ce nom aux résonances multiples. Il fait rejaillir en elle la figure de Burt Lancaster - héros du Guépard de Visconti et du Swimmer de Frank Perry - puis, comme par ressac, la fin de règne de l'aristocratie sicilienne en écho à ce drame méditerranéen : le naufrage d'un bateau de migrants.
    Écrit à la première personne, cet intense récit sonde un nom propre et ravive, dans son sillage, un imaginaire traversé de films aimés, de paysages familiers, de lectures nomades, d'écrits antérieurs. Lampedusa, île de littérature et de cinéma devenue l'épicentre d'une tragédie humaine. De l'inhospitalité européenne aussi.
    Entre méditation nocturne et art poétique, À ce stade de la nuit est un jalon majeur dans le parcours littéraire de Maylis de Kerangal.

  • 'Ceux-là viennent de Moscou et ne savent pas où ils vont. Ils sont nombreux, plus d'une centaine, des gars jeunes, blancs, pâles même, hâves et tondus, les bras veineux le regard qui piétine, le torse encagé dans un marcel kaki, allongés sur les couchettes, laissant pendre leur ennui résigné dans le vide, plus de quarante heures qu'ils sont là, à touche-touche, coincés dans la latence du train, les conscrits.'
    Pendant quelques jours, le jeune appelé Aliocha et Hélène, une Française montée en gare de Krasnoïarsk, vont partager en secret le même compartiment, supporter les malentendus de cette promiscuité forcée et déjouer la traque au déserteur qui fait rage d'un bout à l'autre du Transsibérien. Les voilà condamnés à fuir vers l'est, chacun selon sa logique propre et incommunicable.

  • "Si je n'avais pas vu la saga des Alien, Les Oiseaux d'Alfred Hitchcock, deux dessins animés de Walt Disney, Bambi et Le Livre de la jungle, je n'aurais sans doute pas éprouvé aussi intensément peur, amour et désir. Les années passant, rien n'a réussi à me faire oublier les scènes les plus traumatiques de ces films. À force de me les repasser en boucle, j'y découvre tant de choses renversantes sur la maternité, l'identité sexuelle, le rôle des blondes et la domestication que j'ai le sentiment de me connaître plus intimement et de comprendre un peu mieux le monde. Et si le cinéma servait surtout à attiser et magnifier nos folies ?"
    Olivia Rosenthal.

  • 'Quel film a changé votre vie?' C'est la question simple et vertigineuse que pose ce livre. Pour y répondre, quatorze voix singulières racontent comment le cinéma est entré par effraction dans leur existence. C'est un livre sur tous ceux qui fréquentent les salles obscures pour se rassurer, pour oublier, pour se divertir, pour comprendre, pour avoir peur. On y rencontre des acteurs, des couleurs et des sons, des histoires de famille, des exemples à suivre, des motifs de rupture, toute une intimité avec des images souvent anciennes qui, passées au crible de la mémoire, continuent à hanter nos esprits et nos corps.
    On y apprend que l'art n'est pas nécessairement coupé de la vie et on se dit que c'est une information à retenir.

  • Cent personnages saisis au moment où leur vie bascule, cent spécimens de notre condition humaine. Leurs portraits sont esquissés en quelques lignes à partir d'un simple prénom, d'une situation paradoxale et d'un certain point de non-retour. Tous sont extraits de la réalité contemporaine, réinventés de mémoire, puis raccourcis à la virgule près.
    Mauricio, l'embaumé public, Agnès, la monitrice d'inconduite automobile, Robin, l'emprunteur précoce de pilule contraceptive, Phil, l'accidenté d'avant le travail, Charlotte, la suicidaire intermittente, André, émeutier à lui tout seul... autant de héros du presque-rien qui forment une multitude à notre image : la première personne du pluriel.
    Entre fêlures intimes et identités sociales en crise, Yves Pagès poursuit le chantier d'écriture fragmentaire entamé depuis Petites Natures mortes au travail avec une langue plus resserrée que jamais et un humour tendrement corrosif.

  • L'histoire officielle ne connaît que l'ascension et les progrès incessants de l'aéronaval ; elle applaudit les aviateurs, en recueille les débris ou les paroles, et ne cesse d'admirer par en dessous leurs prouesses. En cas de chute, elle déplore l'accident, signale les fausses manoeuvres, maudit même l'imprudent ou le fou livré au vide sans précautions. Mais il faut se rendre à l'évidence : le nombre de ces chutes est tel qu'il ne peut s'expliquer simplement par la panne ou l'erreur.

    Les hommes et les femmes qui, depuis Icare jusqu'à la Grande Guerre, n'ont pas cessé de tomber, parfois à plusieurs reprises, ne cherchaient pas à connaître l'ivresse du vol, ni à déjouer ses mystères, mais testaient la gravitation, et tombaient pour de bon, parce qu'ils le voulaient bien.

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