Gallimard

  • La victoire en pleurant : alias Caracalla 1943-1946 Nouv.

    Les lecteurs d'Alias Caracalla vont retrouver dans le deuxième volume des Mémoires de Daniel Cordier le même bagarreur épris d'idéal et de sacrifice, le même témoin candide mais scrupuleux de la grande histoire, le même jeune homme sensible, avide d'art et de culture, le même timide trop fier pour ne pas souffrir de ses faiblesses, le même ami fidèle multipliant les rencontres avec des êtres d'exception.
    La Victoire en pleurant prend la suite d'Alias Caracalla, immédiatement après l'arrestation de Jean Moulin, en juin 1943, et accompagne Daniel Cordier jusqu'en janvier 1946, moment où il démissionne des services secrets quand le général de Gaulle quitte le pouvoir.
    On le retrouve accomplissant son harassante besogne de pivot de la Délégation du Comité français de la Libération nationale, avec une lassitude croissante et au milieu de dangers toujours plus menaçants. On l'accompagne dans ses vacances improvisées ; dans ses conversations avec Jean-Paul Sartre, Albert Camus ou Raymond Queneau ; dans son internement en Espagne ; à la tête de son "agence de voyage" de Londres, où il contribue de son mieux à la réussite du Débarquement ; dans son douloureux retour en France à l'automne 1944 ; dans ses fonctions au sein des services secrets, à l'intersection de la Résistance et du pouvoir politique. On l'entend s'entretenir avec Raymond Aron ou André Malraux. On est à ses côtés, quand il retrouve ses amis rentrant de déportation.
    Il y demeure le même, avec sa loyauté, ses emportements, sa passion, ses doutes, ses fous rires inattendus ou ses larmes. Toujours fidèle à son engagement au service de la liberté.

  • Sonya Orfalian, réfugiée d'Arménie en Libye puis à Rome, s'est donné pour mission de recueillir, tout au long du siècle, les souvenirs des rescapés des massacres de masse des années 1915-1922, qu'ils ont vécus eux-mêmes quand ils étaient enfants.Ces « voix brisées », dit-elle, aucun micro, aucune caméra ne les a jamais données à entendre ou à voir. Des voix d'une autre époque, fragmentées, qui relatent chacune à leur manière des violences inouïes, des fuites rocambolesques, des survies miraculeuses. Un livre poignant et nécessaire.Ces témoignages sont encadrés par la présentation de Gérard Chaliand, la mise en contexte historique d'Yves Ternon et le parallèle avec la Shoah de Joël Kotek

  • Après ses livres d'entretiens sur le monde de l'art contemporain qui ont connu un grand succès (Galeristes en 2010, Collectionneurs en 2012, Artistes en 2014), Anne Martin-Fugier a interrogé quinze femmes actrices de l'art contemporain en France durant les cinquante dernières années. Elle n'a pas choisi des artistes, mais des « témoins », journalistes, galeristes, directrices d'institutions publiques et privées qui, partout en France, participent à la diffusion de l'art contemporain avec leur énergie et leur sensibilité. Leurs trajectoires et leurs récits constituent un panorama du monde culturel d'aujourd'hui.

  • Strip-tease : tout sur ma vie, tout sur mon art Nouv.

    ORLAN est une artiste française féministe reconnue dans le monde entier. Photographie, vidéo, sculpture, performance : ses oeuvres embrassent de multiples disciplines et questionnent le corps, l'hybridation, IJDN, les biotechnologies, l'intelligence artificielle, la robotique.
    ORLAN a pratiqué très tôt la performance, dans la rue, dès 1964, à l'âge de dix-sept ans, et son Baiser de l'artiste l'a rendue célèbre en 1977. À partir de 1990, elle entreprend de remettre en question les critères de beauté imposés par la société dans une série d'' opérations chirurgicales-performances ' qui l'ont fait connaître du grand public et dont certaines ont été diffusées en direct par satellite à New York, Toronto et au Centre Pompidou à Paris.
    ORLAN écrit chaque nuit depuis l'adolescence et nous la découvrons écrivaine dans cette autobiographie où elle dit tout sur son parcours personnel, depuis sa naissance à Saint-Étienne dans un milieu ouvrier, ses amours, ses déboires, ses traumatismes et sa vie d'artiste sur la scène française et internationale dont elle a côtoyé les figures les plus importantes.
    Cette étonnante confession révèle la vie d'une femme engagée et exceptionnelle, qui ne ressemble à personne - une des artistes les plus importantes de notre époque.

  • 'Lécriture dAlias Caracalla a correspondu à lautomne de ma vie. La chance a permis que je publie ces Mémoires de mon vivant. Raconter son existence, cest la juger. Du point de vue des hommes, il est bien des manières de réussir ou de rater sa vie. Du point de vue de Dieu, comment le savoir avant la fin?
    Je demeure persuadé dune chose : mon engagement dans la France Libre et, quarante ans plus tard, les trente années que jai consacrées à lécriture de cette histoire sont les deux périodes de mon passé que je recommencerais à lidentique si jen avais la possibilité.
    Entre ces deux périodes, jai dédié lessentiel de mon temps à la passion de lart contemporain. Aujourdhui, je crois quen dehors des joies quil procure lart nest pas autre chose quun plaisir égoïste, incapable de répondre aux cris de millions desclaves et des peuples opprimés.
    Une vie nest que ce quelle fut. Lorsquon découvre la vérité, il est trop tard pour recommencer' Daniel Cordier.

  • Cet ouvrage est le fruit d'une collaboration entre François-Xavier Trégan, doctorant chercheur en Syrie dans les années 1990 puis reporter correspondant au Yémen dans les années 2000 et Thomas Dandois, grand reporter et réalisateur de documentaires depuis 20 ans. À la faveur de rencontres avec différents intermédiaires, ils ont pu nouer contact avec les membres de la cellule d'exfiltration des déserteurs de l'État islamique. Lors de nombreux voyages en Turquie et en Europe entre l'automne 2015 et l'été 2017, ils ont accumulé des dizaines d'heures d'entretiens avec des hommes, des adolescents et des enfants dont la parole demeure extrêmement rare. Avec ce matériau, ils ont réalisé plusieurs documentaires audiovisuels diffusés sur la chaîne de télévision franco-allemande Arte. Mais face à l'impossibilité de restituer ainsi l'intégralité et les milles nuances de cette matière documentaire, ils ont choisi de se lancer dans la rédaction d'un livre, Daesh, paroles de déserteurs, afin d'offrir à la connaissance du plus grand nombre ces documents de première main.

  • Jean-Louis Crémieux-Brilhac a été principalement l'auteur de deux grands livres : Les Français de l'an 40 (1990) dont le sujet est celui de Marc Bloch dans L'étrange défaite et La France Libre (1996 et 2014), qui constituent l'improbable sortie par le haut du désastre national.
    De ces deux épisodes, Crémieux-Brilhac a été, avant de s'en faire l'historien, l'acteur et le témoin. D'où le titre que l'on a cru pouvoir donner au récit qu'il s'était décidé à en faire, de l'intérieur, à quatre-vingt-seize ans, quand la mort est venue le prendre au printemps 2015.

    De famille très républicaine, et précocement engagé dans la lutte contre le fascisme, J.-L. Crémieux-Brilhac a vécu comme un choc personnel l'effondrement de la France. Prisonnier en Allemagne, il s'en évade pour rejoindre, dans des conditions épiques, l'Union soviétique encore alliée d'Hitler et s'y voit incarcéré jusqu'en juin 1941. Il rejoint alors de Gaulle pour devenir secrétaire à la propagande et, à ce titre, acteur central de la France Libre.

    Au récit posthume de cette aventure, qui est autant celle d'une génération que celle de la France, on a joint deux séries d'annexes qui lui donnent tout son sens. D'une part trois articles de l'auteur sur les sujets qui lui tenaient le plus à coeur : La France Libre et les Juifs, Vichy et les Juifs, de Gaulle et Mendès France, les deux fidélités politiques de son existence. D'autre part les trois hommages prononcés lors de ses funérailles : l'hommage familial de son fils Michel, l'hommage historien de Jean-Pierre Azéma, l'hommage national enfin prononcé dans la cour des Invalides par François Hollande, président de la République.

  • À la suite des attentats parisiens de 2015, une nouvelle catégorie de détenus a fait son apparition en nombre dans les prisons françaises : le djihadiste, soldat de Daesh.
    À la différence des enquêtes de police et des instructions judiciaires, qui cherchent à rassembler des faits et établir des preuves, ce livre s'intéresse aux idéaux et fantasmes avec lesquels ces combattants justifient leur engagement dans un parcours où se mélangent l'idéalisme le plus utopique et les pires violences.
    Pour écouter les paroles de ces détenus d'un genre particulier, il est nécessaire de se détacher provisoirement de tout jugement moral. Au fil de ses entretiens, Guillaume Monod, pédopsychiatre, a constaté que le rapport des djihadistes à la religion n'est pas tant théologique ou politique que mythologique, car l'État islamique incarne un mythe qui plonge ses racines aussi bien dans la géopolitique contemporaine que dans l'histoire millénaire de l'islam.
    Deux questions parcourent cet ouvrage : Qu'est-ce qui pousse ces jeunes Français à partir, au péril de leur vie, pour un pays dont ils ignorent tout, à commencer par la langue ? Quelles ressources peut-on mobiliser face aux recruteurs d'une cause qui valorise aussi bien la fraternité et l'altruisme que les exécutions sommaires et les attentats-suicides ?
    Guillaume Monod est psychiatre, docteur en philosophie ; il travaille dans une maison d'arrêt en région parisienne.

  • Mauthausen, créé comme camp de concentration pour 'irrécupérables' dcs l'annexion de l'Autriche par Hitler, servit d'abord ´r exterminer des Tsiganes, des Juifs, des antifascistes autrichiens. Les nazis y envoycrent fin 1939 des milliers d'officiers polonais ; aprcs la défaite de la France, autant de républicains espagnols, encore plus de prisonniers soviétiques, des résistants tchécoslovaques, enfin de grands convois de Français en 1943 et surtout 1944. ´R partir de 1943, Mauthausen travaillant pour l'industrie de guerre, ses kommandos s'étendirent sur toute l'Autriche jusqu'en Croatie. En six ans, on y dénombra plus de 150 000 morts.
    Arrivé en mars 1944, Pierre Daix connut d'abord la célcbre carricre du camp, puis, parlant allemand, entra dans l'administration et l'organisation de résistance dont il retrace ici le développement et rend hommage ´r ses créateurs, les Espagnols, dont il avait rassemblé les témoignages dans Triangle bleu en 1969. Il la montre aux prises avec les drames de la fin du camp : l'arrivée des évacués d'Auschwitz, l'évasion collective des Soviétiques du sinistre 'block 20', pour en venir au chaos d'une libération impréparée par les Alliés qui co"uta des centaines de morts en trop. Il confie ´r l'Europe le soin d'en tirer les leçons.

  • L'attitude du parti communiste, du pacte germano-soviétique à l'invasion de l'URSS, en juin 1941, demeure un sujet de controverse à cause de mensonges accumulés par le PC sur son activité durant la première année de l'Occupation. Pierre Daix montre que les avancées des études historiques sur le sujet rouvrent bien des blessures restées à vif, et qui touchent à la mémoire des étudiants communistes, tel Claude Lalet, organisateur de la première manifestation contre l'occupant nazi, le 8 novembre 1940, et à celle des combattants de l'Organisation spéciale, l'OS, dont il faisait partie.
    Prolongeant sa réflexion sur les dénis de la mémoire et leurs rapports avec l'histoire, l'auteur analyse ce qu'il appelle 'les deux négationnismes' : celui qui nia la terreur communiste - des procès de Moscou aux crimes des Khmers rouges - et celui qui nie encore aujourd'hui l'extermination des Juifs par les nazis. 'L'intérêt renouvelé pour l'ensemble de ces problèmes, écrit-il, ajouté à une plus rigoureuse exploitation des archives disponibles et au recul par rapport au XXe siècle montrent que nous entrons dans une nouvelle période, enfin libérée des "enjeux mémoriels" de générations qui disparaissent.'

  • Pendant les douze années qu'a duré le IIIe Reich, rares furent ceux qui osèrent se dresser contre la tyrannie, et plus rares encore ceux qui le firent au nom du caractère sacré de la loi et de la foi. Ce livre traite de deux de ces hommes qui, dès le début, firent tout pour s'opposer à Hitler, puis montèrent une conspiration pour le renverser. L'un, Dohnanyi, avocat, est presque inconnu ; l'autre, son beau-frère, Bonhoeffer, pasteur et théologien, jouit d'une grande célébrité.
    Le 5 avril 1943, la Gestapo les arrêta tous les deux. Après deux ans passés en prison dans les pires conditions, ils furent exécutés en avril 1945, quelques semaines seulement avant le suicide de Hitler et la capitulation de l'Allemagne.
    Bonhoeffer fait partie des dix martyrs immortalisés sur le portail de l'abbaye de Westminster. Dohnanyi est enregistré à Yad Vashem comme "juste parmi les nations". Pour eux, comme pour beaucoup de ceux qui se sont dressés contre Hitler, l'indignation devant les atrocités à l'égard des Juifs fut la motivation principale. Résister durant l'époque la plus sombre qu'ait connue l'Allemagne fut un drame plus grand, plus profond et plus complexe que ce qui est généralement admis.

    Elisabeth Sifton et Fritz Stern s'efforcent ici au moins d'en approcher la réalité.

  • Décembre 1979 : les troupes soviétiques entrent en Afghanistan, d'où elles ne se retireront qu'en 1989, au terme d'une décennie de guérilla. Septembre 1996 : les talibans prennent Kaboul et instaurent un régime islamique. Octobre 2001 : intervention américaine et internationale à la suite des attentats de septembre. Un état de guerre de plus de trente ans, avec son lot de destructions et de séquelles humaines et sociales. Ethnologue au musée de l'Homme, Bernard Dupaigne arpente l'Afghanistan depuis plus de cinquante ans. Il a connu le pays avant l'occupation soviétique, pendant et après. Il a vu les talibans de près. Il a suivi la guerre des Américains et celle des Français. Et il a tenu des carnets de voyage. Il y raconte, au jour le jour, ses rencontres et les aventures, souvent cocasses, parfois dramatiques, qui lui sont arrivées. Au-delà des anecdotes qui permettent de saisir sur le vif les réalités afghanes, ce témoignage exceptionnel apporte une terrible leçon. Des milliards de dollars déversés sur l'Afghanistan depuis des décennies, des immenses efforts consentis, il ne reste rien : ni industries ni ressources. L'agriculture n'a pas progressé. L'insécurité est partout, la corruption omniprésente, comme le commerce de l'opium. Les jeunes n'ont pas d'avenir et ne rêvent que de s'exiler. Cette relation des multiples visages d'un désastre est aussi la chronique d'un échec de la "communauté internationale" que ses responsables de toute nature gagneraient à méditer.

  • Nous survivons au jour le jour, sans savoir si nous avons un passé, ni un avenir, sans penser au destin de lAlgérie. Nous sommes attachés au sol, préoccupés surtout de ce que nous mangerons demain. Mais nous navons pas de maîtres. Contre qui pourrions-nous nous révolter? Contre la pauvreté? Mais nous ignorons ce quest la richesse. Et puis ce nest pas le Coran qui incite à la révolte. Nous nous sentons sous la protection de la Temesguida, vers laquelle nous élevons notre regard pour deviner lavenir. Nous ne savons qu'une chose : la nature est plus puissante que nous.

  • Ce livre poignant est à la fois un témoignage historique sur l'entrée en Résistance de deux lycéens italiens élevés dans le fascisme, le roman d'une éducation sentimentale, morale et civique, et une réflexion sur la fidélité due à la mémoire d'un ami mort en héros.
    Giuliano Benassi s'est engagé dans la Résistance en 1943. De deux ans plus jeune, Francesco Berti Arnoaldi a pris le maquis en 1944. Arrêté, torturé, déporté, le premier a été abattu quelques jours avant la chute du Reich. Il a fallu plus de quarante ans au second pour pouvoir entreprendre le Voyage avec l'ami disparu, sur les traces de son martyre.
    "Giuliano s'est sauvé et est mort pour que tous aient des raisons de vivre en hommes. C'est pour cela qu'à Giuliano et à ceux qui, comme lui, sont morts pour les autres en résistant, honneur doit être rendu de l'unique manière qui compte : en les faisant connaître pour que les autres, les libérés, se rappellent toujours de quels sacrifices est né ce don qui paraît si naturel, vivre libre."

  • Pétainiste à douze ans, stalinien à vingt, P.S.U. à trente, historien et professeur d'université à quarante ans, Emmanuel Le Roy Ladurie a voulu dans ce livre écrire le Notre après-guerre d'une génération née vers 1925-1930. On pardonnera à l'ouvrage sa cruauté à l'endroit de certains ; elle s'adresse d'abord à l'auteur. Porter en soi, comme un jardin secret, la Normandie catholique et royale des années 1930 ; affronter, abasourdi, en 1945 jusqu'à en être désintégré, les khâgnes rouges des lycées parisiens et banlieusards, issues de la Libération ; être piégé en 1948-1949 par le dogmatisme du Kominform ; émerger, avec le rapport Khroutchev et Budapest (1956) vers une gauche ouverte, éventuellement utopique, celle du P.S.U., plus naïve et souriante que celle qui gouverne aujourd'hui ; considérer cette émersion à la fin des fins comme un nouveau rite de passage, telle est, en l'occurrence, la trame d'une autobiographie. D'autres 'chaînons' mettent en cause la persistance d'une école historique, celle des Annales à laquelle se rattache comme chercheur Emmanuel Le Roy Ladurie.
    Ces souvenirs personnels de l'auteur de Montaillou, village occitan offrent aussi, à leur manière, la vision nostalgique, parfois déçue, d'un certain Languedoc, et plus encore de Montpellier, cité fascinante, insaisissable, difficile, aux marges d'une géographie spirituelle.

  • Ce sont les aventures et les mésaventures des deux cent dix-huit militaires français qui, prisonniers de guerre en Allemagne en juin 1940, s'en évadèrent vers l'U.R.S.S. que nous raconte ici l'un des derniers survivants, Jean-Louis Crémieux-Brilhac.
    Un épisode minime, mais singulier de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Singulier par le choix de l'Union soviétique pour destination, même momentanée, et par le petit nombre de ceux qui le firent. Singulier par l'expérience qu'ils eurent de l'U.R.S.S. où ils ne connurent pas un jour de liberté quand ils croyaient avoir échappé à la captivité. Singulier par les formidables performances d'énergie, d'endurance individuelle ou d'astuce de certaines évasions, puis par les péripéties d'une équipée collective qui faillit plus d'une fois lui être fatale. Singulier par la reconstitution d'une communauté française au coeur de la Russie profonde, en proie à une extraordinaire confusion d'illusions et de divisions, mais acharnée dans l'insoumission. Singulier par le destin des trente-deux sympathisants qui se mirent au service de l'Union soviétique. Singulier, enfin, par le cheminement qui, en l'espace d'un an, transforma un groupe de Français comme les autres, désireux, pour la plupart, de rentrer au pays, en une cohorte de volontaires convaincus d'une mission et dont, pour certains, les hauts faits ou le sacrifice finirent par s'inscrire au livre d'or de la France Libre.

  • Le 7 septembre 1914, sept réservistes appartenant au 327e régiment d'infanterie sont fusillés « pour l'exemple » sur ordre du général Boutegourd. L'un d'eux, François Waterlot, 27 ans, n'est pas touché mais feint de s'écrouler. Placé à une extrémité de la rangée, il est de nouveau épargné par le coup de grâce, commencé de l'autre côté. Laissé pour mort, le « fusillé » se relève et rejoint son régiment où, après avoir été gracié, il reprend le combat. Il périt au front le 10 juin 1915.
    Les historiens qui travaillent sur les fusillés de la Première Guerre mondiale ne mentionnent aucun autre cas de survivant d'une exécution. Unique à ce titre, l'histoire de Waterlot l'est aussi par les récits qu'il fait de son « aventure ». Infatigable épistolier, il écrit 250 lettres entre le 8 août 1914 et sa mort, l'année suivante. D'un trait à la fois concis et précis, il relate dans quatre d'entre elles l'exécution dont il a été à la fois acteur... et témoin.
    Odette Hardy-Hémery ne se contente pas de retracer heure par heure cette singulière histoire ni de resituer la biographie de chacune des victimes, qui seront toutes réhabilités en 1926. En en déroulant le fil, c'est la Grande Guerre elle-même qu'elle fait resurgir sous nos yeux, avec ses problématiques classiques ou nouvelles, à commencer par celles des « fusillés pour l'exemple » ? qu'elle pose en termes inédits ?, de la solidarité silencieuse mais sans faille des combattants et de l'impunité du commandement.

  • Pour la première fois dans la France contemporaine, quatre cents candidates et candidats issus de l'immigration, surtout nord-africaine, se sont présentés aux élections législatives en juin 2012, principalement dans des circonscriptions populaires. Gilles Kepel, aidé par l'Institut Montaigne, a "zigzagué l'Hexagone" entre janvier 2013 et janvier 2014 pour en rencontrer une centaine.
    Pourquoi et comment ont-ils choisi d'entrer en politique afin d'incarner la souveraineté du peuple français? Avec pour matériau le Journal de ces voyages et le verbatim de ces entretiens, Passion française saisit un état de crise sociale et politique sans précédent, qui voit les polémiques sur l'identité française et l'islam, sur l'exclusion et le rejet du "système" battre leur plein, tandis que le Front national rafle la mise, y compris, au-delà du paradoxe, dans certaines cités.
    Gilles Kepel polarise son récit sur deux régions emblématiques : Marseille et ses quartiers nord, Roubaix, la ville la plus pauvre de France, l'une et l'autre héritières d'une riche culture ouvrière. Dans les deux cas, il observe la prégnance des marqueurs de l'islam dans le tissu social et les aspirations démocratiques de la jeune génération.
    Passion française peut dès lors se poser en diptyque avec Passion arabe : l'interpénétration de l'Afrique du Nord et du Proche-Orient avec nos banlieues pose, outre la question de l'islam de France, celle de l'identité que se cherche notre République dans les bouleversements du monde.

  • En 1983, Emmanuel Le Roy Ladurie réunissait dans Parmi les historiens une première moisson de ses articles et de ses chroniques.
    Journaliste historien, le professeur au Collège de France et Administrateur général de la Bibliothèque nationale récidive, et ce sont près de cent ouvrages auxquels le lecteur, grâce à lui, se trouvera conduit.
    Ladurie explore ses propres 'territoires' : rapports de l'Occident et de ce qui n'est pas lui, pouvoir politique et démocratie, monarchie fondatrice de l'unité française mais garante d'une diversité régionale et religieuse, riche aussi de rituels, de gestualités et de personnages longtemps oubliés, ce qui fait le baroque ou ce qui fait l'État.

  • Le président Auriol avait, tous les jours de son septennat, accumulé des notes avec l'intention d'écrire des Mémoires qui auraient conservé la forme d'un Journal. Ces notes comprennent le compte rendu de la plupart des conversations importantes qui se sont déroulées dans son bureau, des brouillons griffonnés en conseil de ministres, des commentaires de télégrammes diplomatiques et des réflexions sur la situation politique. En tout, plus de 10 000 feuillets d'un texte mal établi. Après la mort du président, Mme Auriol a confié à Pierre Nora, qui s'est adjoint la collaboration de Jacques Ozouf, le soin de publier cette masse documentaire d'une originalité sans précédent. Il a été décidé de réaliser deux éditions de caractère très différent. D'une part, une édition intégrale et critique en sept volumes, avec l'aide du C.N.R.S. et de la Fondation nationale des Sciences Politiques, sous le titre : Journal du septennat ; de l'autre, un condensé qui, sans trahir l'esprit de l'ensemble, rappellerait au plus large public possible l'action du président et rendrait justice à ses intentions et à sa mémoire. Et, tandis que, paraissant en même temps, le premier volume, l'année 1947, établi par Pierre Nora, inaugure l'édition savante et monumentale, ces Notes de Journal rassemblent ici dès aujourd'hui, éclairées des commentaires indispensables, l'essentiel des entretiens qui eurent lieu à l'Élysée, du départ des communistes à la mort de Staline, de l'investiture manquée de Léon Blum à celle de Mendès France, du début de la guerre d'Indochine à la veille de Diên Biên Phu : un document d'un exceptionnel intérêt politique et historique, unique dans les annales de la République.

  • Trente-cinq ans après la destruction des chambres à gaz, une génération qui n'a pas vécu à l'époque des déportations appréhende le phénomène avec des yeux tout différents de ceux des contemporains. Les méthodes nazies d'extermination, toutes particulières, sont déjà maintenant lointaines. Les trente dernières années ont révélé d'autres systèmes concentrationnaires, d'autres exemples de tueries de masse. L'utilisation politique de l'horreur absolue en a rendu moins sacrée la vérité, elle-même immédiatement vécue, pour être seulement supportée, au niveau du mythe. Ce qui a paru à peine croyable sur le moment même, comment s'étonner de le voir devenir à peine crédible pour certains ? La documentation, énorme et dispersée, le plus souvent en langues étrangères, cryptée en ce qui concerne la « solution finale » et donc d'interprétation difficile, demeure le domaine des spécialistes. De ce qui a été vécu dans l'indicible de l'inhumain, on demande des preuves : en voici. Déporté à Auschwitz et à Buchenwald, Georges Wellers a consacré le reste de sa vie à l'étude des documents qui ont survécu à la destruction des archives des camps et à celle des traces matérielles de l'extermination. Membre du comité directeur du Centre de documentation juive contemporaine, l'un des plus riches du monde, auteur de deux ouvrages, De Drancy à Auschwitz (Éditions du Centre, 1945), L'Étoile jaune à l'heure de Vichy (Fayard, 1973) et de nombreuses études spécialisées, il est l'un des mieux placés pour faire le point sur les dossiers aujourd'hui remis en question, pour de bonnes ou de mauvaises raisons : l'existence des chambres à gaz, en particulier à Auschwitz, l'effort des nazis pour dissimuler le système, le nombre approximatif des victimes de la déportation. Lecteur, voici un livre de bonne science et de bonne foi.

  • Livre hors série d'un auteur hors série : voici, par un prêtre entré au travail en 1949 dans une des usines du plus gros centre sidérurgique, au coeur de la France, et qui a parcouru lui-même tous les échelons des responsabilités syndicales, l'analyse, sur vingt ans (1945-1964), des procès-verbaux réguliers du Comité central d'Entreprise qui réunissait les délégués du personnel et ceux des maîtres de forges. Cette étude, unique en son genre, ne gagne que plus de force à conserver - jusqu'à l'anonymat transparent des lieux et des personnes - son aspect scientifique ; cette thèse nous fait vivre - cadres, patrons et ouvriers - la vie réelle d'une entreprise dans le secret de laquelle il est si rare de pénétrer. Qu'il s'agisse des problèmes du personnel : sa promotion, sa formation, ses revendications, ses licenciements ; qu'il s'agisse des réactions de ce baromètre de l'industrie française aux vicissitudes de l'économie depuis la guerre, de la stratégie patronale et syndicale, de la pratique quotidienne des antagonismes de classes ou des tentatives de paternalisme ou de « participation » ; qu'il s'agisse enfin de l'adaptation technologique ou du style de la discussion, ces cinquante-sept fascicules de procès-verbaux disent tout, concrètement, à qui sait les lire. Derrière l'apparente froideur des dialogues feutrés et des bilans chiffrés, le lecteur même non averti ne pourra qu'être frappé par le caractère implacable des rapports de force, la violence inouïe des enjeux, le traumatisme des licenciements collectifs que souligne tel rapport médical, l'archaïsme idéologique des professions de foi et cette atmosphère à la Zola que révèle, au lecteur encore étonné des grèves sauvages de 1968, cette plongée dans le monde du travail.

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