Institut de recherche sur le Maghreb contemporain

  • Longtemps restées, pour l'essentiel, l'apanage des historiens du droit et des chartistes, les archives judiciaires suscitent désormais un intérêt bien au-delà de ces cercles spécialisés, en particulier chez les historiens en quête de nouveaux objets. Et d'Europe les travaux s'étendent désormais aussi aux colonies et aux protectorats, dont les archives sont progressivement accessibles. La présente étude sur La justice française et le droit pendant le protectorat en Tunisie s'inscrit dans ce mouvement de recherche global et particulier. Le système judiciaire du protectorat de la France en Tunisie (1883-1956) est ici étudié dans son ensemble, tant en ce qui concerne ses acteurs (statuts des magistrats) que le fonctionnement des institutions (hiérarchie des ordres judiciaires et contrôle). Les contributions des différents auteurs montrent comment la Tunisie a pu servir de laboratoire d'expérimentation, les autorités ayant instauré ce protectorat de manière empirique. Les auteurs s'interrogent également sur l'exportation vers d'autres pays, voire vers la Franc, de certaines solutions pragmatiquement dégagées à partir du cas tunisien.

  • Les études réunies dans Biographies et récits de vie se situent au carrefour de questionnements multiples. Questionnements sur les rapports entre sciences sociales qui voudraient que la biographie, portant de façon plutôt totalisante sur des individus ou des élites, relèverait davantage de l'histoire, tandis que les récits de vie, menant en scène plutôt des fragments de personnalités individuelles ou collectives, relèveraient davantage de la sociologie ou de l'anthropologie. Questionnements sur les rapports entre individu et société, entre individualisme et déterminations sociétales. Questionnements sur les rapports de récrit - plutôt impersonnel et achevé - qui serait caractéristique de la biographie, et de l'oral - sollicité et inachevé - qui serait le propre des récits de vie. Questionnements sur les rapports de l'unité personnelle que privilégierait, voire majorerait, le genre biographique et de la fabrication de soi avec ses lignes de force mais aussi ses incertitudes que les récits de vie permettraient de mieux saisir. Questionnements sur la multiplicité des dimensions temporelles et spatiales de l'existence humaine. A l'égard de ces questionnements» Biographies et récits de vie brouille les clivages disciplinaires» introduit du tumulte dans les régularités, des ratés dans les parcours lisses, montre le jeu des projections, voire du romanesque, des mémoires et des reconstructions tant dans la formation des savoirs que chez les acteurs, qu'il s'agisse de personnalités exceptionnelles (Muhammad, Bourguiba), moyennes (notables) ou ordinaires (Juan de Tolède), d'individus (convertis), groupes (militants, employés de banque) ou communautés (émigrés).

  • Les deux catégories de public et de privé sont-elles universelles ou particulières ? Peuvent-elles rendre compte de la dynamique des « sociétés musulmanes » ? C´est à partir d´une analyse de la trilogie espaces, autorités publiques et libertés individuelles que ce livre collectif voudrait interroger les notions de public et de privé et étudier autrement l´évolution des cultures et des sociétés où la religion islamique est un référent majeur. La diversité des sujets traités (la privacy, la communication, la culture politique, l´urbain, les conflits familiaux, le harem, les seuils, les pratiques habitantes, la régulation étatique de la religion, l´intérêt général, la moralité, le cinéma et la censure des moeurs) concourt à illustrer aussi bien les interpénétrations et les transitions que les frontières et les distinctions entre ces deux sphères structurantes de la vie individuelle et collective : celle publique et celle privée. Des approches différentes puisant dans plusieurs domaines du savoir humain (histoire, droit, architecture, science politique, sociologie, anthropologie) sont adoptées en vue de susciter un vaste débat théorique et empirique ayant pour objectifs à la fois de repenser les notions de public et de privé et de renouveler la compréhension de l´Islam contemporain.

  • Les dernières décennies ont vu une banalisation de l' « archive » qui, mise au singulier, tend à désigner toute trace, le plus souvent fragile et périssable, d'un passé qui s'éloigne et trahit ainsi l'essor inquiet d'une patrimonialisation tous azimuts. Je voudrais ici, bien conventionnellement, me référer à l'archive au sens technique, celui de la tradition archivistique, que propose, par exemple, le chartiste Jean Favier aux toutes premières lignes de son petit mémento : « Les archives sont l'ensemble des documents reçus ou constitués par une personne physique ou morale, ou par un organisme public ou privé, résultant de leur activité, organisé en conséquence de celle-ci et conservé en vue d'une utilisation éventuelle ».Si nombre de corpus documentaires peuvent renvoyer aux formes diverses de collection, seul un petit nombre d'entre eux repose sur les logiques, institutionnelles au sens large, de production et de conservation de l'information.

  • Pourquoi avoir choisi de se pencher de manière spécifique sur la question de la formation des ingénieurs marocains, algériens et tunisiens ? Si la question de l'emploi des diplômés au Maghreb a été largement abordée, en revanche la communauté scientifique a négligé l'étude des formations d'ingénieurs. Or, ces dernières apparaissent stratégiques en terme de développement dans la mesure où elles sont censées fournir la main-d'oeuvre qualifiée, les cadres et les innovateurs du secteur productif. Au Maghreb, l'effort de formation a été d'autant plus massif que la présence de Maghrébins dans les corps techniques au moment de l'indépendance était insignifiante. Cependant, au-delà des discours sur la nécessité de former des ingénieurs et des techniciens, la question de la formation des compétences se pose moins aujourd'hui en termes de pénurie de cadres techniques, qu'en termes de massification de certaines formations d'ingénieurs. Il convient désormais de s'attarder sur les implications scolaires, professionnelles et sociales des arbitrages imposés par le nouveau contexte de la transition libérale ou d'austérité budgétaire qui touche les États maghrébins.

  • La question de savoir comment se construisent des ensembles globaux et de quelle manière et pour quelles raisons des hommes ou des groupements humains se lient entre eux et forment ensemble des groupes sociopolitiques spécifiques et dynamiques, demeure aujourd'hui au coeur du projet des sciences sociales et historiques. Projet qui peut pour le terrain maghrébin se formuler ainsi : comment produit-on et préserve-t-on la cohésion des configurations sociopolitiques au Maghreb en dépit des conflits et des violences qui peuvent s'y manifester ? Par quels mécanismes sociaux, culturels et politiques y entretient-on un consensus ? Comment le jeu social s'y fait et s'y poursuit ?On a cherché à rendre plus intelligible le fonctionnement des divers espaces sociétaux composant les ensembles maghrébins. Pour ce faire, on a prêté une attention particulière aux dynamiques ayant transformé les sous-systèmes locaux et aux modalités de leur mise en relation au sein de configurations globales. En effet, depuis les débuts des temps modernes, les systèmes sociopolitiques maghrébins sont en mouvement et, partant, engagés dans un vaste processus de recomposition. Il nous a semblé utile de comprendre et le sens et les mécanismes de cette dynamique.

  • Mettre en regard l'actualité sociale et politique du concept d'étranger, d'une part, et, d'autre part, la réactivation dont il fait l'objet dans les sciences sociales, tel est l'objectif proposé pour la deuxième séance du séminaire annuel de l'IRMC 2000-2001 Identités et territoires : les catégorisations du social. La notion d'étranger renvoie, ...

  • On sait à quel point la question des langues est aujourd'hui cruciale au Maghreb, où elle exprime à la fois l'enjeu présent du pluralisme, dans toutes ses dimensions, et celui de l'héritage colonial, toujours lancinant, dans un moment où les rapports à l'Europe revêtent une particulière acuité. On connaît moins les racines historiques de ces questions et des débats qu'ils suscitent, toujours traités à l'aune de situations contemporaines. Cet ouvrage collectif fait le point sur l'état le plus récent de ces problèmes et de ces débats, tout en analysant les processus historiques qui ont conduit à ce rapport si douloureux et conflictuel à la langue ; il met en évidence les multiples configurations linguistiques, aujourd'hui oubliées, voire occultées, qui ont produit l'actuel paysage linguistique maghrébin. Les auteurs restituent ainsi au Maghreb sa pleine diversité linguistique en interrogeant de manière critique sur les divers registres de langues qu'il a connus depuis l'Antiquité, mais aussi sur l'antériorité historique de certaines questions de fond telles que les politiques linguistiques, le multilinguisme ou la diglossie... Replacées dans le cadre d'une Méditerranée occidentale au sens large, croisant l'histoire et la linguistique dans une constante confrontation entre passé et présent, ces études pacifient ainsi le rapport des Maghrébins à leurs langues, sans pour autant occulter le caractère éminemment conflictuel des problématiques du métissage et de la souveraineté par la langue.

  • Faire d'un nouveau centre de recherche une institution et assurer sa réputation est une entreprise de longue durée. S'agissant d'une revue de sciences humaines et sociales, il faudrait compter dix bonnes années avant d'atteindre ce qu'on pourrait appeler sa majorité et ainsi assurer, avec son attractivité, sa pleine reconnaissance par la communauté scientifique. Les éléments qui qualifient un centre par rapport à une revue supposent la greffe de facteurs plus nombreux et aléatoires, au-delà des ressources humaines, des infrastructures et des équipements. En ce qui concerne en particulier ce qu'Outre-Atlantique on nomme area studies et que, nonobstant la stigmatisation saïdienne, on nomme encore en France « orientalismes », de longs apprentissages préalables s'imposent pour qu'un chercheur puisse accéder aux sociétés (à lui) étrangères. Quant à la consolidation des centres eux-mêmes, plusieurs conditions sont requises : au-delà des personnes, la constitution d'une « culture de laboratoire » minimale, une « capitalisation des savoirs » sur la durée et l'aboutissement des programmes sous forme de publications faisant sens collectivement et largement diffusées.Ouvert en octobre 1992 à Tunisavec dans sa corbeille de naissance une dotation exceptionnelle : la bibliothèque du Centre de documentation Tunisie-Maghreb (CDTM) de l'Ambassade de France, l'Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain est arrivé en une décennie à occuper une place importante dans le concert de la recherche en sciences humaines et sociales au Maghreb et sur le Maghreb. Ce résultat a été rendu possible parce que, durant toute cette période, l'Institut a bénéficié du soutien constant de ses autorités françaises de tutelle, de l'accueil toujours confiant des autorités tunisiennes et de l'action des directeurs, chercheurs et boursiers successifs, sans oublier les personnels administratifs et sectoriels permanents.

  • Au Maghreb, la figure de l'ingénieur moderne est née dans la première moitié du xixe siècle. Les souverains tunisiens d'abord et marocains ensuite ont fait appel à des experts étrangers pour mettre en place les réformes administratives et techniques qui devaient leur permettre de rivaliser avec l'Europe conquérante. Mais au bout du compte, ces efforts de modernisation se sont révélés insuffisants pour empêcher la France coloniale de prendre pied au Maghreb. La colonisation va constituer un frein à l'industrialisation des pays conquis et donc, à l'accroissement du nombre d'ingénieurs. Au fondement du pacte colonial, on trouve l'idée qu'il est indispensable de ne pas créer de concurrence aux industries françaises et que les colonies doivent se spécialiser dans la production de denrées agricoles destinées à la métropole. Les quelques ingénieurs « indigènes » voient leur possibilité de carrière réduite au profit des ingénieurs coloniaux issus de la métropole. Avec les indépendances, les problématiques changent. Il s'agit désormais pour les pays nouvellement indépendants de remplacer les ingénieurs français par des cadres techniques nationaux et de mener un développement industriel planifié par un État qui va rapidement devenir le premier employeur des ingénieurs. À partir des années 1980, la majorité des économies arabes entre dans un cycle nouveau. La figure dominante de l'ingénieur d'État entre en crise, alors que les pays du Maghreb mettent en place des programmes d'ajustement structurel. Aujourd'hui, la libéralisation de l'économie modifie les pratiques professionnelles et entraîne de nouvelles segmentations dans la profession.

  • Au Maghreb comme dans les autres régions du monde, la multiplication des choix des programmes audiovisuels via les paraboles, des interconnexions de services via Internet et du libre échange d'informations offrent aux individus par-delà leurs frontières et espaces traditionnels de nouvelles possibilités d'échanges et d'expressions.Cette nouvelle donne internationalisée de l'offre d'images et d'informations peut paraître congruente avec le choix affiché par les États de la région d'une ouverture économique qui se décline en adhésions à des dispositifs globaux (Organisation Mondiale du Commerce) et en partenariats inter ou intra-régionaux (processus de Barcelone, accords de libre échange avec l'Union Européenne, Union du Maghreb Arabe). Il reste que la libre circulation des images et la navigation sur le web sont plus l'effet de l'innovation technologique que de choix délibérés des gouvernements, qu'elle détermine une économie reformulée des rapports entre pouvoirs et individus.À partir de ce constat, une question se pose ; comment donc peut-on appréhender ces rapports par une démarche qui rende compte des divers plans où se construisent de nouvelles sociabilités ?

  • Au Nord comme au Sud, les politiques libérales censées répondre aux contraintes de la mondialisation économique et aux évolutions du marché du travail ont partout eu pour effet de modifier les politiques publiques de l'enseignement supérieur, les hiérarchies des disciplines et les stratégies des étudiants. L'application généralisée de nouveaux instruments de gestion, l'harmonisation des cursus et la libéralisation mondiale du marché éducatif ne doivent pas masquer la disparité des stratégies régionales et la diversité de leurs modalités d'action. Dans un cadre fixé par les pays du Nord, le Maghreb doit trouver la réponse à la crise de son université, tout en tentant de conquérir sa part de marché. Dans la présente publication, sont analysées les transformations dans la mobilité étudiante Nord-Sud et Sud-Sud sous l'angle des effets de la concurrence de l'enseignement supérieur. Les contributions concentrées sur des expériences de pays du Nord (Canada, France) et du Sud (Égypte, Burkina Faso) sont autant de pistes de réflexion qui permettent d'éclairer la particularité des pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) dans leur gestion étatique des réformes éducatives d'inspiration libérale, et finalement dans la redistribution des rôles entre État et marché.

  • La ville a constitué un élément majeur du processus historique de civilisation. Avec la réduction progressive des sociétés paysannes et une urbanisation quasi généralisée qui fait pratiquement s'équivaloir la modernité et l'urbain, la ville a connu au cours du XXe siècle des transformations radicales par rapport aux siècles antérieurs et occupe désormais, à différents niveaux (local, national et international), une place stratégique dans les enjeux sociétaux, économiques et politiques. S'agissant des recherches sur les formes et les modes d'évolution des processus sociaux, la ville et l'urbain offrent un champ d'étude particulièrement riche parce qu'ils permettent de croiser des jeux complexes : entre acteurs individuels et collectifs, organisations publiques et privées et territoires multiples (d'administration, d'identifications, d'emboîtements, de concurrences, d'exclusions, ...). Les études réunies dans le présent ouvrage portent plus particulièrement sur les aires arabe et européenne, s'étalent chronologiquement du XVIIe au XXIe siècle, décrivent dans des contextes différents (constructions de l'État national, modernisations autoritaires, destructions militaires, habitat informel, habitat résidentiel, ...) les stratégies et les formes de négociations de différents segments sociaux (notables, citadins ordinaires, ...) et montrent à l'oeuvre quelques-uns des partenaires de l'action publique urbaine (des usagers aux professionnels, militants associatifs, intellectuels, aménageurs, planificateurs, urbanistes, élus, ...).

  • Le Maroc est au diapason de l'agenda néolibéral international. Les trajectoires politico-économiques du Royaume sont à bien des égards exemplaires. Caisse de résonance, parfois laboratoire de cette « religion moderne », la société marocaine en vit les espérances et les déceptions. Elle en connaît certaines fortunes, effets pervers ou contrecoups. Le « développement » du pays paraît sans cesse en sursis : il est l'objet d'attentions renouvelées, d'expériences locales ou internationales variées, mais aussi de résultats souvent frustrants, voire dévoyés. Le temps des entrepreneurs explore les dimensions politiques de ces transformations du capitalisme marocain : les réformes d'une action publique tournée vers le marché et l'entreprise mais aussi leurs accrochages à la construction de causes publiques prises en charge par des chefs d'entreprise. Il se penche dans ce contexte sur les politiques de « l'entrepreneur » : celles qui s'adressent aux chefs d'entreprise, comme celles qui sont menées derrière l'étendard de « l'entrepreneur ». Quelles furent les conséquences de ce changement de paradigme des politiques économiques sur les rapports de pouvoir, les techniques de gouvernement et les logiques de la compétition politique ? Comment le régime marocain se transformet-il dans cette période de turbulences, d'ajustement aux canons des agences de développement internationales et d'adaptation aux contraintes économiques ? Considérant tour à tour deux arènes, celle de l'action publique proprement dite et des privatisations et celle de jeux plus directement politiques, où se produisirent des transformations notables du politique, le présent ouvrage montre comment, durant cette période, des opérateurs économiques, généralement réputés politiquement apathiques, sous tutelle ou démobilisés, ont pris la parole, se sont organisés en lobby, ou encore, en endossant l'habit de « l'entrepreneur », se sont lancés dans l'aventure partisane.

  • Depuis la période médiévale, le monde musulman de Méditerranée compte de nombreuses villes, d'importance variable en fonction des périodes et des lieux. Les travaux qui ont ces villes pour cadre sont abondants. L' urbain dans le monde musulman de Méditerranée a pour origine la réaction d'un groupe de chercheurs à la multiplication des recherches qualifiées d'urbaines et une volonté de contribuer à en renouveler le point de vue dominant. Aussi bien en ce qui concerne les terrains que les disciplines, la plus grande part des recherches affectées au domaine des études urbaines dans le monde musulman de Méditerranée considère la ville comme une toile de fond uniforme et sans qualification, comme un simple lieu privilégié d'observation à la faveur de la masse de population qu'elle regroupe. Pour évaluer les limites de cette posture et des approches monographiques qui s'en suivent, il a été proposé à plusieurs spécialistes des villes et aussi à ceux qui la croisent dans leurs travaux ressortissant à divers domaines, périodes ou approches, de réfléchir à la manière dont l'urbain se manifeste, comment et où ils le rencontrent et, éventuellement, suivant quelle modalité.

  • Au Maghreb, au XXIe siècle, les saints musulmans et les rituels qui leur sont associés, loin de se dissoudre dans une modernité uniformisante, continuent à réunir nombre de fidèles. À partir d'un travail de terrain de plusieurs années, à Tunis et à La Manouba, l'auteur analyse le culte contemporain d'une sainte du XIIIe siècle, Sayyda Mannûbiya.

  • Le discours dominant dans les pays du Maghreb continue de stigmatiser les figures de notables dits traditionnels au nom de la modernité. L´usage scientifique de la notion de notable n´est pas pour autant disqualifié. Le présent ouvrage s´intéresse au système élitaire au Maghreb sur la longue durée, de l´Antiquité à nos jours. Il en étudie la dynamique en rapport avec les formes historiques du pouvoir et montre comment la notabilité a pris avec le temps des figures changeantes et des nominations successives. Loin d´avoir disparu avec le renforcement de l´État au Maghreb aujourd´hui, la notabilité a su s´adapter, voire infléchir le pouvoir centralisateur, selon des modalités variables, du local au national.

  • Choc des civilisations vs/dialogue des civilisations ? Réalisme belliciste vs/irénisme moralisateur ? Renvoyant dos à dos ces représentations binaires idéologiquement efficaces et scientifiquement incertaines, Construire un monde ? propose de tenir ensemble dans la réflexion la mondialisation dont le mouvement apparaît imparable, le pluralisme que la première tend à réduire au nom d'une rationalité qu'elle incarnerait, et le principe d'universalisme qui représente le moyen d'éviter les replis identitaires et de promouvoir la recherche des voies d'une cohabitation durable des individus, des sociétés et des cultures. Sont d'abord questionnées quelques figures de pluralisme au Moyen Âge encore souvent invoquées par le discours contemporain sur les rapports entre communautés et civilisations : Al-Andalus et l'Espagne, le moment du passage d'une grande civilisation à une autre (de Byzance à Istanbul), la place d'Averroès et de l'averroïsme dans la pensée médiévale européenne. Ensuite sont interrogées quelques solutions universalisables apportées historiquement à la question du projet de cité commune dans des situations de crise potentielle ou réelle : l'invention de l'humanisme, les esquisses de métissages et de cosmopolitisme, l'idéal de civilité. La dernière partie, à la lumière des sciences politiques et économiques et du droit international, aborde la question de la compatibilité aujourd'hui du pluralisme, de l'universalisme et de la mondialisation dont la qualification de libérale euphémise la poursuite d'une occidentalisation du monde. La construction d'un monde économique et informationnel plus unifié et humainement plus vivable demain qu'aujourd'hui ne suppose-elle pas d'être impérativement accompagnée d'un souci éthique universaliste et d'une politique de pleine reconnaissance du pluralisme des valeurs et des sociétés dans toutes les provinces du monde ?

  • Dans un contexte marqué par la globalisation économique et technologique, la diffusion croissante des technologies de l'information et de la communication (TIC) modifie de manière significative les pratiques d'échange, de production et d'apprentissage. Néanmoins, les modes d'introduction et d'appropriation des TIC divergent et tendent à renforcer les inégalités Nord-Sud en matière de développement économique et humain. Ces inégalités traduisent-elles la coexistence de trajectoires d'inclusion ou d'exclusion des réseaux numériques ? Le Maghreb dans l'économie numérique s'attache à établir un lien entre les dynamiques socio-économiques induites et la manière avec laquelle co-évoluent plusieurs dimensions institutionnelles - qui découlent notamment des dispositifs juridiques et plus globalement des politiques publiques. Cette démarche qui prend en compte la spécificité des contextes institutionnels et la diversité des logiques d'insertion dans l'économie numérique, contribue à redéfinir les concepts de la Société de l'information. Un éclairage particulier est porté sur les modes d'accès aux TIC, les contraintes d'usage et d'appropriation technologique et les conditions d'émergence d'une industrie à forte valeur ajoutée dans le contexte des pays maghrébins.

  • Le renouveau des politiques de développement local coïncide paradoxalement avec l'internationalisation des entreprises et des économies. Le débat actuel sur les politiques de pôles de compétitivité incarne cette recherche de modèles territoriaux susceptibles d'agglomérer des ressources productives et de construire un potentiel local d'innovation technologique. Toutefois, ce débat ne doit pas occulter la complexité et la singularité de la territorialisation des activités productives. Les trajectoires croisées de territoires productifs émergents et de territoires productifs en crise en témoignent. Les études réunies dans Les territoires productifs en question(s). Transformations occidentales et situations maghrébines s'attachent à questionner la permanence et la transférabilité des modèles territoriaux à la lumière d'une approche pluridisciplinaire. Leur contextualisation historique et institutionnelle conduit ainsi à relativiser toute vision normative du développement local. Cette orientation méthodologique est adoptée pour spécifier des logiques territoriales dans le contexte maghrébin.

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