LARHRA

  • Bruno Hübsch (1933-2003) avait soutenu en 1966 à la faculté de théologie de Lyon une thèse particulièrement novatrice consacrée à la controverse entre catholiques et réformés français sur le ministère. Ce travail, inspiré par un souci oecuménique profond, se fondait sur l'étude approfondie de nombreux traités de controverse, dont certains provenant d'auteurs prestigieux du premier XVIIe siècle, comme Du Perron ou Bérulle du côté catholique, Duplessis-Mornay, Chamier ou Dumoulin pour les protestants. Il montrait comment la notion de ministère s'approfondissait peu à peu en réponse aux critiques adverses. Du côté réformé, l'accent est mis sur la nécessaire vocation intérieure puis, peu à peu, on insiste sur le rôle de l'Église qui délègue une part de son autorité aux pasteurs ; chez les catholiques, la succession apostolique, d'abord mise en avant, s'enrichit d'une signification surnaturelle qui fait parler de mission plus que de vocation. Ainsi, d'un côté on rappelle le rapport fonctionnel du pasteur et du peuple chrétien tandis que de l'autre, on insiste sur la grandeur du ministère et l'état sublime que procure l'ordination. La controverse sur le ministère touche ainsi à la conception qu'on se fait de l'Église, considérée comme universelle ou envisagée d'abord sous son aspect local. La thèse de Bruno Hübsch permet ainsi de mieux comprendre l'enjeu de controverses souvent mieux connues. Malgré son intérêt, cette thèse n'avait jamais été publiée et avait donc été largement ignorée par les études qui, depuis, se sont multipliées sur les controverses. Elle conserve pourtant toujours toute sa valeur, d'où l'intérêt de cette édition. Une introduction d'Yves Krumenacker permet de la situer par rapport aux travaux plus récents sur le sujet. La bibliographie a été mise à jour. L'ensemble devrait ainsi rendre de grands services à tous ceux qu'intéressent aussi bien la théologie des ministères que les relations intellectuelles entre catholiques et protestants.

  • « Intrus », « apostats », « schismatiques »... Les qualificatifs dépréciatifs n'ont guère manqué sous la plume des historiens catholiques du xixe siècle pour décrire l'action des évêques constitutionnels, institués par l'Assemblée nationale constituante en 1790 pour prendre la tête de l'Église de France « régénérée ». Catholiques révolutionnaires, fervents républicains pour certains, cet engagement politique leur a été sévèrement reproché après la signature du Concordat de 1801, donnant naissance à une véritable légende noire. Dans le même temps, l'historiographie républicaine a longtemps occulté leur rôle politique en raison de leur état ecclésiastique, jugé incompatible avec la défense des idéaux révolutionnaires. Seule la figure du célèbre évêque de Blois, Henri Grégoire, panthéonisé en 1989, réussit à émerger et retient régulièrement l'attention des chercheurs depuis ces trois dernières décennies. Ce volume, qui rassemble les contributions du colloque organisé à Lyon en juin 2012, propose de nouvelles pistes de recherche sur les évêques « patriotes », afin de replacer leur action dans la longue histoire de l'épiscopat français aux xviiie-xixe siècles : ont-ils « révolutionné » leur diocèse ou, au contraire, maintenu, voire réactivé, d'antiques traditions au nom du primitivisme cher aux Lumières chrétiennes ? Quels ont été leurs échecs et leurs réussites ? Que leur doit l'Église concordataire ? Leur pensée théologique, leurs engagements politiques et leur action pastorale sont ici étudiés à travers une série d'études synthétiques, régionales ou biographiques, au plus près de sources d'époque, loin de l'anathème ou de l'apologie.

  • L'antiromanisme catholique s'est tôt préoccupé de fonder historiquement ses revendications politiques et ecclésiologiques et de justifier les critiques qu'il pouvait adresser à l'autorité ecclésiale par l'élaboration d'une historiographie ecclésiastique qui correspondît à ses engagements. Organisée à Lyon le 24 septembre 2010, une journée d'études avait commencé à explorer la question des rapports entre le catholicisme antiromain et la genèse de la tradition historiographique européenne. Le présent ouvrage, qui regroupe les actes d'une seconde journée d'études - la quatrième du cycle consacré par l'équipe RESEA du LARHRA à l'antiromanisme catholique des temps posttridentins - qui s'est déroulée à Munich le 13 septembre 2012, se place dans le prolongement de la précédente session : il était apparu que la question des sources méritait des investigations plus précises, ainsi que le problème du style et celui de l'exploitation des acquis méthodologiques de l'érudition moderne. En particulier, le divorce est devenu de plus en plus visible, à partir de l'âge libéral, entre une historiographie antiromaine soucieuse de méthode critique et sa concurrente romaniste mais, disait-on, méthodologiquement attardée. Les discussions ont montré, au cours du second xixe siècle, avec quelle difficulté l'histoire ecclésiastique, de tradition vénérable, s'est progressivement extraite d'un modèle apologétique pour se plier progressivement aux impératifs d'une méthodologie historiographique critique en voie de définitive consécration. Il semble que les historiens catholiques antiromains aient contribué plus que leurs concurrents respectueux du Saint-Siège, et avant eux, à éloigner l'histoire de l'Église des excès à quoi la conduisait le modèle d'une dissertation édifiante qui finissait par être entrave au récit scientifiquement établi de la geste chrétienne. Les contributeurs de la rencontre munichoise de septembre 2012 ont souhaité éclairer un questionnement dont les alternatives épistémologiques ont sans nul doute contribué à façonner l'historiographie religieuse contemporaine.

  • Dans le prolongement des démarches scientifiques suscitées par le cinquantenaire du Concile Vatican II, un colloque international réuni à Lyon en mai 2016 s'est intéressé à un dossier inédit, celui des réactions à la lettre adressée le 24 juillet 1966 par le cardinal Ottaviani, pro-préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, aux présidents des conférences épiscopales sur les « abus grandissants dans l'interprétation de la doctrine du Concile » et les « opinions étranges et audacieuses apparaissant ici ou là ». L'abondance des commentaires, la tonalité des réponses nationales et les suites romaines confèrent à ce document une dimension de révélateur face à la crise naissante, que les acteurs ont du mal à nommer et à identifier. Les thèmes abordés sont nombreux (instances de la société, évaluation du Concile, déplacements des modalités du croire, exercice de la collégialité, réforme de la Curie, responsabilités des évêques et des théologiens) et constituent autant de perspectives pour l'historicisation du moment conciliaire dans le temps court qui sépare la clôture de l'assemblée et la bourrasque de Mai-68 et, plus généralement, dans le mouvement des décennies 1950-1970. Avec les contributions de Christian Sorrel, Alessandro Santagata, Étienne Fouilloux, Philippe Chenaux, Gianni La Bella, Philippe Roy-Lysencourt, Marialuisa Lucia Sergio, Leo Declerck, Mathijs Lamberigts, Franz Xaver Bischof, Lorenzo Planzi, Feliciano Montero, András Fejérdy, Gilles Routhier, Miranda Lida et Denis Pelletier.

  • Il y a eu un moment « sciences humaines » dans la France des années 1960, marqué par la publication des oeuvres de Louis Althusser, Roland Barthes, Michel Foucault, Jacques Lacan ou Claude Lévi-Strauss. Fondées sur la mise en évidence de systèmes de signes qui s'imposent au sujet sans qu'il en ait conscience, ces oeuvres constituent un défi de taille pour les croyants en l'existence d'un Dieu personnel accessible à la raison et à la liberté humaines. Peu nombreux ont été les intellectuels chrétiens capables de relever un tel défi. Parmi eux, en avant-garde comme souvent dans le passé, plusieurs jésuites, malgré la crise que leur ordre connaît en France au lendemain du concile Vatican II. Alors que la réception de la vision cosmique de Pierre Teilhard de Chardin, mort en 1955, connaît son développement maximal, Paul Beauchamp, Louis Beirnaert, Michel de Certeau, Joseph Moingt, Georges Morel, Éric de Rosny ou François Roustang prennent au sérieux le défi, à leurs risques et périls, et tentent d'y répondre, moins par souci apologétique que par volonté de faire entendre une voix chrétienne dans un concert qui lui est largement étranger. Sur cette saison de l'intelligence croyante confrontée au paradigme structural, ce livre réunit quelques pierres d'attente pour une synthèse à venir. Il participe d'une histoire du catholicisme français contemporain, et plus particulièrement de la Compagnie de Jésus en son sein. Il devrait intéresser aussi les curieux d'une histoire intellectuelle de la France des années 1960.

  • Dans le royaume de France à l'écrasante majorité catholique et gouverné par un roi « très chrétien » que le sacre, en en faisant le lieutenant de Dieu sur terre, rend comptable du salut de ses sujets, la question des rapports entre protestantisme et justice est particulièrement cruciale. Du xvie au xviiie siècle la justice royale a évolué : au xvie, l'hérésie, prise en main par la justice royale, apparaît comme un crime abominable et doit être réprimée ; mais il faut aussi rétablir la paix dans le royaume déchiré par les premières guerres de religion et la justice est un des instruments qui y contribuent. Au xviie siècle, alors que la paix religieuse règne en principe depuis l'édit de Nantes, le pouvoir n'a pas perdu l'espoir de convertir les réformés, rétablissant ainsi l'unité spirituelle du royaume. Les moyens pour atteindre ce but sont divers, la législation en fait partie et les procès se multiplient à l'encontre des réformés. Après la Révocation, la justice royale pour laquelle il n'existe plus de protestants mais seulement des « sujets rebelles », s'active à les poursuivre de toutes les manières possibles. Mais ce volume ne se contente pas de faire la chronique de la répression judiciaire au service de la paix ou de l'unification religieuse du royaume. Il explore également le regard particulier sur la justice que peuvent avoir les protestants ; c'est ainsi que les récits de martyres et de massacres remettent en quelque sorte en cause le pouvoir royal, et que la littérature, en dressant un tableau de la situation des protestants et donc de la justice qui s'applique à eux, produit une « justice fictionnelle » au service de la cause réformée. Il s'interroge également sur le rôle des gens de justice nombreux dans certaines Églises réformées et qui ont pu jouer un rôle important de défense des droits de leurs coreligionnaires. Il importe enfin de replacer la question dans l'histoire plus globale de l'histoire de la justice, se demander si les protestants constituent des justiciables comme les autres, si la justice fait preuve envers eux de la souplesse qui la caractérise, si l'opinion publique ne compte pas plus que les raisons politiques dans l'évolution de la pratique judiciaire. Au-delà du constat, indéniable, d'une répression souvent très forte, l'ouvrage invite à s'interroger sur le rôle régulateur de la justice, dont l'objectif est d'abord de retisser le lien social, détruit ou menacé par telle ou telle déviance, ce qui passe quelquefois par le châtiment, mais aussi beaucoup plus souvent par le pardon ou par l'oubli. Ce livre rassemble les communications faites lors de la journée d'étude qui s'est déroulée à Angers le 28 mai 2010. Elle a été organisée par Didier Boisson, professeur à l'université d'Angers, membre du CERHIO et Yves Krumenacker, professeur à l'université Lyon 3, membre de l'Institut Universitaire de France et de l'UMR 5190 LARHRA.

  • À relire l'ensemble des articles ici rassemblés, il apparaît, qu'outre son importante contribution à l'histoire de la santé, Dominique Dessertine a privilégié l'histoire de la famille et, en son sein, celle de l'enfance et de l'adolescence au tournant des xixe et xxe siècles. Dans cet ensemble, elle a mis l'accent sur les initiatives qui visent à protéger les enfants et les jeunes en danger ou en danger de l'être. Déjà arrachés aux prisons ordinaires pour être détenus dans des colonies pénitentiaires, les enfants coupables peuvent être de plus en plus - et sont de plus en plus - confiés à l'Assistance publique et surtout à des institutions privées agréées, essentiellement laïques, chargées de les éduquer. Celles-ci reçoivent aussi les enfants victimes de mauvais traitements ou d'une éducation familiale jugée trop déficiente. Derrière cette convergence entre ces deux jeunesses, se lit la hantise de voir les enfants sombrer dans la délinquance et la marginalité. Cette obsession est si forte qu'elle va jusqu'à passer outre la sacrosainte autorité parentale. Par ailleurs, avec son époux Bernard Maradan (1946-2000), elle a mis à jour un moteur fondamental du dynamisme des patronages, la rivalité entre laïcs et catholiques. Au-delà de leurs différences, - les patronages catholiques sont plus sportifs, les laïques plus tournés vers les activités culturelles - les deux visent à civiliser les enfants et à les protéger des dangers de l'errance et du vagabondage. Parmi les activités de ces patronages, l'auteur donne une place particulière aux défilés et fêtes de la jeunesse. Enfin les études pionnières sur les écoles de plein air de l'entre-deux-guerres et les centres sociaux d'après-guerre (même s'ils ne sont pas spécialement destinés à l'enfance, ils sont amenés à lui accorder une grande place), complètent un tableau décidément riche et varié des initiatives en faveur de l'enfance et de la jeunesse.

  • Alexandre Glasberg (1902-1981) est une figure étonnante. Né dans l'Empire des tsars, converti du judaïsme, ordonné prêtre catholique après son arrivée en France en 1932, il est l'une des figures du sauvetage des Juifs et de la Résistance entre 1940 et 1944 à Lyon, puis dans le Tarn-et-Garonne. Après la guerre, il poursuit son action dans le cadre du Centre d'orientation sociale des étrangers et soutient le jeune État d'Israël avant de critiquer l'évolution qui l'éloigne de l'utopie fondatrice. Novateur social, de sensibilité progressiste, il renouvelle son engagement dans les années 1960 au profit des réfugiés politiques et est l'un des fondateurs de France Terre d'Asile au début de la décennie suivante. Prêtre sans ministère, homme de l'ombre, acteur des politiques publiques, il s'est peu exprimé sur ses convictions et n'a guère laissé d'archives. La journée d'études organisée à l'Université de Lyon le 24 mai 2012 a néanmoins permis, grâce à des documents inédits, de relire son itinéraire et de dessiner son portrait avec plus de précision, même si demeure une part irréductible de mystère.

  • La France de l'époque moderne connaît une situation de coexistence confessionnelle complexe. La Réforme a échoué à s'imposer et les catholiques n'ont pas réussi à éradiquer le protestantisme, ni au moment des guerres de religion, ni avec la révocation de l'édit de Nantes. Cela a obligé les membres de religions différentes à cohabiter, selon des modalités très différentes selon les lieux et les temps. C'est cette diversité qu'explore le présent volume, où alternent des analyses portant sur les modalités politiques de la coexistence, des études de cas sur les trois siècles de l'époque moderne, des bilans historiographiques sur le sujet. Les sources les plus variées sont convoquées afin de bien examiner les différents aspects de la question. Les solutions armées comme les relations pacifiques, les liens économiques comme la sociabilité au quotidien, les liens entre politiques ou membres de la République des Lettres comme ceux qui unissent les paysans ou les artisans sont tour à tour évoqués. Si le Sud de la France, particulièrement le Languedoc, est évidemment privilégié, d'autres régions sont également étudiées, que ce soit le Poitou, la petite ville alsacienne de Sainte-Marie-aux-Mines ou Paris. Ce livre rassemble les communications faites à la journée d'études qui s'est tenue à Lyon le 30 septembre 2006. Elle réunissait les meilleurs spécialistes actuels de l'histoire du protestantisme français, sous la direction de Didier Boisson, professeur à l'Université d'Angers et membre du CERHIO et d'Yves Krumenacker, professeur à l'Université Lyon 3, membre de l'Institut Universitaire de France et de l'UMR 55190 LARHRA.

  • La romanité est une notion que l'on trouve communément employée dans les analyses historiographiques consacrées au catholicisme d'après le concile de Trente. Force est pourtant de constater encore l'insuffisance, voire l'absence, de caractérisation qui puisse autoriser un usage légitime et véritablement fructueux du concept de romanitas. Le premier, Yves Congar s'était ému d'une lacune dans la réflexion des historiens et avait posé de précieux jalons dans un article paru en 1987 dans la Revue des Sciences Philosophiques et Théologiques. Sa démarche constitue toujours très certainement l'effort le plus sérieux qui ait été fait pour clarifier un débat singulièrement actuel. Au cours de la deuxième moitié du xxe siècle, les travaux d'Alphonse Dupront et de Bruno Neveu ont par ailleurs souligné, sur un plan historiographique, la nécessité d'explorer une notion toujours insuffisamment définie. L'objectif de la journée d'étude organisée à Lyon le 30 novembre 2007 par l'équipe RESEA du LARHRA, UMR-CNRS 5190, consistait à évaluer la fécondité d'une démarche historienne qui tente de préciser le concept de romanité dans ses rapports avec l'antiromanisme doctrinal développé par certaines tendances centrifuges du catholicisme, le gallicanisme au premier rang, mais aussi le jansénisme, le juridictionalisme vénitien, ou encore les sensibilités schismatiques ou critiques catholiques du xxe siècle. Une longue périodisation a été retenue afin de favoriser les échanges entre modernistes et contemporanéistes, mais aussi afin de respecter la cohérence d'une période de l'histoire de l'Église catholique qui court du concile de Trente jusqu'à Vatican II.

  • Cent ans après, la question laïque est de retour, dans un contexte singulièrement transformé, et le Colloque organisé à Rome en mai 2002 dans le cadre du Centre culturel Saint-Louis de France dépendant de l'Ambassade de France près le Saint-Siège, apparaît avec un peu de recul comme plongé dans la chaleur de l'actualité. En un peu plus d'un an le concept de laïcité et la place des religions dans la société et par rapport à l'État, se sont imposés comme l'un des axes majeurs du débat public en France et en Europe. En effet, la question laïque n'est plus une question franco-française : elle concerne l'ensemble des États européens qui, sous le double effet de la progression de l'Union européenne vers une plus forte intégration politique et les bouleversements introduits dans les équilibres religieux par une immigration musulmane plus nombreuse et plus identitaire, sont appelés à s'interroger à nouveaux frais sur leurs relations avec les religions. La laïcité a une dimension historique et philosophique, juridique et politique, culturelle surtout. C'est pourquoi ce colloque de Rome a voulu se caractériser d'abord par la diversité des disciplines des intervenants (politiques, hauts fonctionnaires, historiens, philosophes, juristes, sociologues), par la diversité de leurs origines nationales et religieuses. De ce point de vue, cette rencontre a été aussi une rencontre interreligieuse. Là est l'ambition de ce livre : offrir une méthode d'approche d'un grand problème de notre temps aux profondes racines historiques, à travers une approche comparatiste, interdisciplinaire et interreligieuse.

  • Cet ouvrage a pour but de clarifier un certain nombre de notions ou de concepts couramment utilisés quand on aborde la théologie ou la spiritualité chrétiennes des xvie et xviie siècles : école ignatienne, augustinisme, thomisme, écoles dominicaine, carmélitaine, salésianisme, école française de spiritualité. À ce titre, il intéressera aussi bien les historiens que les littéraires, les philosophes que les théologiens. C'est le fruit d'une réflexion pluridisciplinaire, associant des chercheurs de spécialités différentes mais ayant déjà tous travaillé sur ces questions, qui s'est déroulée lors d'une journée d'études organisée par le GRAC (Groupe Renaissance Âge Classique), UMR 5037, et le LARHRA (Laboratoire de Recherches Historiques Rhône-Alpes), UMR 5190, le 14 janvier 2006 ; c'est également le résultat d'une collaboration exemplaire entre chercheurs des universités Lumière Lyon 2 et Jean Moulin Lyon 3. Sans prétendre apporter une définition précise de chacune des notions envisagées, l'ouvrage cherche à en dessiner les contours, de manière à faire mieux comprendre ce qu'elles recouvrent, à signaler les références privilégiées, les réflexes terminologiques de chaque famille religieuse. Les auteurs espèrent ainsi donner des éléments permettant d'inclure ou au contraire d'exclure tel auteur, telle oeuvre, de tel courant de pensée. À l'heure où la réflexion sur le « fait religieux » est reconnue commeindispensable à la culture contemporaine, les différents chapitres du livre permettront de mieux connaître des pans considérables de la pensée et de la spiritualité chrétiennes et de les classer rigoureusement. Au fil de l'ouvrage, et plus particulièrement dans sa dernière partie, une interrogation plus large se fait jour sur la notion même d'école dans le domaine de la pensée. Ce sont aussi bien les chercheurs confirmés que les débutants qui devraient pouvoir en tirer profit.

  • Le Roi-Providence

    Olivier Christin

    • Larhra
    • 23 June 2020

    Trois oeuvres d'art françaises de la fin du xvie siècle et du début du xviie siècle, différentes dans leur technique et dans leur destination, mais présentant une même curiosité iconographique déroutante : un portrait très précis du roi au milieu d'une scène religieuse en apparence banale. Peut-on y retrouver des références précises aux enjeux politiques et confessionnels de la sortie des guerres de religion et de la construction de l'absolutisme, sans renouer avec les vieilles lunes interprétatives de la « propagande royale » ou de la « rationalisation religieuse » du pouvoir ? Peut-on, au prix de la restitution minutieuse de leurs conditions de production, de réception et de fonctionnement, retrouver le rôle efficace qui fût le leur ? C'est à ces questions qu'entend répondre ce livre, proposant trois enquêtes qui prennent pour fil directeur des oeuvres peu ou mal connues : les Puys amiénois, le retable d'émail du Musée des Beaux-Arts de Lyon, les chartes de mariage lyonnaises. La présence des premiers Bourbon n'y doit en effet rien à une quelconque exigence du roi ou de ses agents, à une commande officielle : elle s'explique par les stratégies que certains acteurs mettent en oeuvre pour négocier leur rôle dans le redressement du royaume et concilier au mieux conviction catholique et fidélité monarchique.

  • Le congrès, étudié par les spécialistes du politique comme lieu de production d'un discours militant, est entré plus récemment dans d'autres champs historiographiques, en particulier celui du catholicisme où la pratique congressiste se révèle d'une grande plasticité : diversité des échelles, des congrès internationaux aux congrès paroissiaux ; diversité des thématiques, des congrès généralistes aux assemblées dédiées à un sujet particulier ; diversité des modalités, des rassemblements de masse aux réunions presque confidentielles. Sans prétendre à l'exhaustivité, les journées d'études réunies en septembre 2005 à Paris sous la responsabilité de Claude Langlois et Christian Sorrel ont eu pour but d'évaluer le phénomène à l'échelle européenne et de proposer des études de cas pour la France avant de prendre la mesure des congrès internationaux qui ne sont pas le simple résultat d'un processus cumulatif, mais qui sont présents dès les origines. Au fil des communications s'impose l'idée que le congrès, dans sa forme comme dans son contenu, est un observatoire pertinent des mutations du catholicisme contemporain.

  • Dans ce volume sont rassemblés trente-sept articles qui rendent compte d'une oeuvre et d'une personnalité. Le lecteur qui connaît J.-P. Gutton retrouvera ici l'élégance du personnage à travers l'élégance de l'oeuvre. Ses préoccupations intellectuelles l'ont conduit à travailler sur cette humanité souffrante de l'ancien régime et ses thèmes de recherche conservent une grande unité, rarement aussi évidente dans un recueil d'articles. L'histoire de la société et de la culture irrigue le volume et les quatre parties ne recouvrent pas des curiosités successives, mais des chantiers constants et parallèles. Certes J.-P. Gutton a d'abord été l'historien des pauvres et des hôpitaux. C'était prendre pour objet d'étude une part considérable de la société de jadis ! Entendre la voix des pauvres n'est pas chose aisée et on admire la capacité à faire parler les « petits » à partir des archives hospitalières, judiciaires ou ecclésiastiques. J.-P. Gutton n'est pas un historien du religieux, pourtant l'Eglise et les dévots dont il parle si bien sont forcément rencontrés à toutes les pages. Il est plutôt un historien des régulations sociales. Mais ce ne sont pas tant la face répressive, « le dressage corporel » , le « disciplinamento » qui l'intéressent, que la manière dont les structures politiques et judiciaires ou l'action des notables dévots ont permis à la société des xvie-xviiie siècles de durer malgré ses hésitations entre ordre et désordre. La majorité de ces articles prennent Lyon et sa région pour illustration. Mais en aucun cas il ne s'agit d'histoire régionaliste : c'est un ancrage régional pour une problématique toujours nationale ou européenne. J.-P. Gutton est un laboureur d'archives et ces articles rendront service aux collègues toujours friands de textes pour leur enseignement. Il est aussi un adepte de la polyvalence, au bon sens du terme qui impose de ne jamais s'enfermer dans une spécialité trop étroite : étudier les pauvres, c'est étudier la législation, la fiscalité, les aléas de l'économie, l'évolution de l'Église, des mentalités, le rôle des « officiers moyens », etc... Ces études révèlent tout ce qui a peu à peu construit la modernité dans l'ancienne société.

  • En 1957, le père Fraisse est aumônier d'étudiants à Lyon. Personnalité originale, il a eu un parcours exceptionnel de résistant et de combattant en 1940 et 1944-45. Sans avoir été alerté auparavant, il est sanctionné par le Visiteur de la Compagnie qui l'accuse de ne pas donner aux étudiants le sens de l'autorité hiérarchique. Il est exilé à Nice avec interdiction de s'occuper d'étudiants et de tout ministère à Lyon. Fin 1960, son retour à Lyon n'est qu'une demi-mesure : il ne sera jamais réhabilité et plusieurs affaires douloureuses montrent qu'il est resté suspect aux yeux de certains de ses confrères. Son cas est un exemple frappant de l'impact sur l'Eglise de France du raidissement romain à la fin du pontificat de Pie XII. En effet, une pratique « totalitaire » de l'obéissance religieuse a souvent eu de lourdes conséquences humaines. Cette autorité condamnait, souvent sur la base de dénonciations, sans possibilité pour l'accusé de connaitre son dossier (secret) et donc de se défendre. L'expérience douloureuse du P. Fraisse met en lumière certains fonctionnements d'une Eglise de guerre froide qui pouvaient provoquer de graves abus. Son ami et défenseur le P. Ganne opposait la conception d'une autorité respectueuse de la justice et des droits de la conscience, conscience chère à Newman qui était une référence majeure pour le P. Fraisse. Et il prêchait aussi une Eglise ouverte au monde Aujourd'hui le cléricalisme est mis en question : la vie du P. Fraisse nous semble y avoir échappé. Son comportement, sa théologie mais aussi l'importance de ses amitiés avec des laïcs et leur rôle dans l'élaboration de sa pensée anticipent sur l'avenir. Témoins les deux premiers livres posthumes du P. Ganne qu'il a publiés, non sans difficultés : Qui dites-vous que je suis ? Leçons sur le Christ et Le don de l'Esprit Leçons sur l'Esprit saint.

  • Émile Poulat, sociologue, historien, intellectuel inclassable, que l'on ne peut jamais cataloguer a priori, a marqué durant sa longue vie (Lyon 1920 - Paris 2014) le débat français et européen jamais épuisé sur le rapport entre laïcité et religion, entre modernité et christianisme. Dans ce livre sont discutés les sujets de fond de sa production scientifique, ainsi que sa méthode de travail fondée sur une froide objectivité opposée aux passions subjectives par ailleurs incontournables, sans lesquelles son oeuvre aurait probablement été moins féconde. Dans la construction de ses principales thèses qui en ont fait un intellectuel dérangeant, Poulat a toujours récusé les lieux communs, à commencer par les schémas dualistes d'explication de la politique et de la religion en termes de droite/ gauche, conservatisme/progressisme, archaïsme/ modernité, foi/athéisme. Il en résulte une oeuvre hors des schémas habituels, qui pose plus de questions qu'elle n'apporte des certitudes, et pourtant fascinante pour qui recherche un surplus de profondeur interprétative au-dessus de la mêlée. Dans ce livre, on avance sur une double voie, entre le chercheur Poulat et l'homme Poulat, en éclairant le lien entre les deux, pour montrer la cohérence de son oeuvre et de sa vie.

  • L'histoire est aujourd'hui très éclatée, chaque secteur ayant ses traditions, sa propre historiographie, ses références. L'histoire religieuse n'y échappe évidemment pas. Mais le pire serait que les différentes spécialisations historiques s'ignorent, alors qu'elles ont beaucoup à apprendre les unes des autres. C'est cette question qui était au coeur du colloque de la Commission Internationale d'Histoire et d'Étude du Christianisme, tenu à Lyon du 11 au 13 juin 2019. Des historiennes et historiens d'une douzaine de pays différents ont cherché à montrer comment d'autres disciplines historiques, histoire du temps présent, histoire transnationale et globale, histoire économique, histoire du livre, histoire de la justice, histoire numérique, histoire des savoirs, histoire du genre, avec leurs apports et leur méthodologie propres, peuvent féconder l'histoire religieuse. Ils ont également montré l'intérêt de confronter des traditions historiographiques nationales différentes. Ce livre en est le résultat, avec des chapitres qui sont à la fois des réflexions méthodologiques et des études de cas allant du XVIe au XXIe siècles dans des pays catholiques, protestants et orthodoxes. Il espère ainsi contribuer à une réflexion sur la manière dont on peut faire de l'histoire religieuse au XXIe siècle. Les contributions à ce volume ont été réunies par Yves Krumenacker, professeur d'histoire moderne à l'université de Lyon (Jean Moulin) et par Raymond A. Mentzer, professeur d'histoire religieuse à l'université d'Iowa (Daniel J. Krumm Family Chair in Reformation Studies)

  • Cet ouvrage rassemble les réflexions menées lors d'un colloque qui s'est tenu à Lyon en janvier 2016. Les différents articles examinent les « nouvelles approches du fait religieux », c'est-à-dire la manière dont de jeunes chercheurs et chercheuses en sciences humaines et sociales renouvellent leur façon de comprendre et analyser le fait religieux. De l'époque médiévale au très contemporain, entre histoire, sociologie, anthropologie ou sémiologie, chercheurs et chercheuses y donnent à voir la méthode mobilisée pour aborder des objets classiques (croyances et pratiques) ou plus nouveaux (histoire matérielle, histoire du genre et des sexualités). Avec les contributions de Yves Krumenacker, Boris Klein, Noémie Recous, Julie Cosson, Léo Botton, Marion Maudet, Caroline Muller, Nicolas Balzamo, Maïté Recasens, Nicolas Guyard.

  • La Jeunesse étudiante chrétienne, mouvement d'action catholique fondé en 1929, a joué un rôle important dans le renouvellement des élites confessionnelles et la présence chrétienne dans la société française contemporaine. Les communications de Gérard Cholvy, Christophe Roucou, Bernard Giroux et Vincent Soulage et les témoignages de Yves-Marie Hilaire et Catherine Thieuw-Longevialle, donnés à la journée d'étude organisée par le Centre national des Archives de l'Église de France et la Société d'histoire religieuse de la France le 7 décembre 2009, éclairent un parcours jalonné de tensions et de crises. En complément, Bernard Giroux propose un « Dictionnaire biographique des responsables nationaux et des aumôniers de la JEC (1929-1975) » qui constitue un instrument de travail d'une grande richesse.

  • 1856... Les fils de saint Dominique s'installent à Lyon, une quinzaine d'années après la restauration de l'ordre en France avec pour objectif de vivre selon la « stricte observance ». 1863, le cardinal de Bonald consacre la chapelle conventuelle, qui fait l'objet d'un programme iconographique original dans les décennies suivantes. La journée d'études organisée par le couvent et la paroisse du Saint-Nom de Jésus et l'équipe Religions, Sociétés Et Acculturation du Laboratoire de Recherche. Historique Rhône-Alpes pour le 150e anniversaire de la consécration de l'édifice a permis de mieux comprendre, dans le contexte lyonnais (Christian Sorrel), un lieu et une histoire en étudiant le groupe des fondateurs du couvent (Tangi Cavalin et Nathalie Viet-Depaule, Isabelle Parizet) et le contrecoup des événements de 1870 (Bruno Carra de Vaux), en analysant l'architecture et les vitraux (Philippe Dufieux, Catherine Guillot) et tentant de ressaisir les lignes de force du projet (Jean-Marie Gueullette).

  • L'Histoire religieuse est devenue, pour les périodes moderne et contemporaine, un secteur de recherche historique particulièrement active dans l'Université française. Colloques, thèses, éditions scientifiques de documents, se sont multipliés au cours des dernières décennies, permettant la reconnaissance des facteurs religieux dans l'histoire. Etienne Fouilloux a pu évoquer « une percée de l'histoire religieuse en France ». Il est important, d'un point de vue méthodologique, de ne pas réduire les recherches aux observations franco-françaises, particulièrement face aux phénomènes religieux qui ont une dimension universelle. Or les historiographies ont trop souvent tendance à s'ignorer et à n'évoluer que dans un cadre national. Dans les limites géographiques et thématiques qui sont les siennes (de nombreux espaces sont absents, et le propos se limite pour l'essentiel au christianisme), ce volume propose d'établir des ponts entre des universitaires confrontés à des questions semblables, mais qui restent séparés par les logiques nationales, voire par les langues. L'équipe Religions, Sociétés et Acculturation (RESEA) du Laboratoire de Recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA, UMR 5190) a donc organisé deux Journées d'Études en 2008 et 2009, afin de confronter les points de vue, à partir de cadres nationaux divers : pays où l'histoire religieuse occupe une place notable et quasiment traditionnelle dans le paysage universitaire (Belgique, Italie, Allemagne, Suisse, Pays-Bas), la France où elle s'insère dans la dimension laïque, des pays où elle a été confrontée au contrôle et à l'instrumentalisation de la dictature (Pologne, Espagne), l'Afrique où le poids de l'histoire missionnaire et de la colonisation reste grand, l'Amérique du Nord où elle s'est développée dans un contexte de grande diversité religieuse. Les approches, les thématiques, les évolutions sont différentes, les méthodes restent proches. Contributions de : Jan De Maeyer et Jo Deferme, Jean-Dominique Durand, Joris van Eijnatten, Piotr Kosicki, Thomas Kselman et Mark Noll, Catherine Maurer, Pablo Pérez López, Hugh Macloed, Claude Prudhomme, Francis Python, Magloire Somé, Stefano Trinchese.

  • L'historiographie du Concile Vatican II accorde une place limitée au monde des religieux. Ce constat a guidé le projet du colloque international réuni à Rome en 2014 à l'initiative du LARHRA pour proposer une approche globale et évaluer les variables liées à la diversité des familles religieuses, des contextes sociaux ou ecclésiaux et des réalités nationales ou transnationales. En se centrant sur l'Europe occidentale et l'Amérique du Nord et en croisant les études de cas, il a permis de mieux saisir la place de l'événement conciliaire dans les dynamiques de changement à l'oeuvre dans les décennies 1950, 1960 et 1970.

  • Le livre d'Henri Hours sur la fin de la Ligue à Lyon fait partie des incontournables de l'historiographie lyonnaise du XVIe siècle alors que très peu de lecteurs ont pu le consulter. C'est son principal paradoxe et c'est l'enjeu de cette édition. Thèse de l'École Nationale des Chartes soutenue en 1951, elle ne fut jamais publiée et conformément au règlement de cette École, elle a été jusqu'à présent incommunicable. Seuls ceux qui ont connu l'auteur ont pu un jour la lire, ce qui ne l'empêche pas encore aujourd'hui de figurer dans toutes les bibliographies concernant les guerres de Religion. Suite à son décès en 2017 et avec l'accord de sa famille, la Collection Chrétiens & Sociétés a décidé de publier pour la première fois ce mémoire pour le rendre accessible au public lyonnais et aux historiens des affrontements religieux. Henri Hours s'est attaché à analyser méticuleusement les derniers temps de la Ligue lyonnaise, les années cruciales 1593-1597. Depuis 1589, la ville avait basculé du côté de l'intransigeance catholique au point de rejeter son souverain, Henri IV, et d'entretenir un effort de guerre coûteux mais nécessaire dans une région traversée de frontières confessionnelles. L'évêque, Pierre d'Epinac, les consuls lyonnais, le gouverneur de la ville, les espions savoyards et espagnols, mais aussi les prédicateurs de rue et le petit peuple très enclin à s'alarmer, sont les principaux acteurs de ces événements. On touche ici les dimensions politiques et religieuses de l'histoire urbaine. Par les délibérations municipales, par les correspondances, par la production pamphlétaire et quelques récits de contemporains, Henri Hours dénoue l'écheveau du basculement politique de la ville vers la soumission au roi. En revenant sur les écrits de certains de ces acteurs, notamment Pierre Mathieu et Claude de Rubys, il interroge aussi la mémoire de l'évènement dans les consciences lyonnaises.

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