La découverte

  • Autrefois pratiqués en France, les mariages forcés perdurent chez certaines familles d'origine étrangère et expriment une réelle difficulté à intérioriser les règles qu'impose le mariage français : autonomie des personnes, égalité des sexes, libre choix du conjoint. Les conflits qui se développent alors entre parents et enfants sont violents, particulièrement pour les jeunes filles. Ils s'appuient sur la contradiction entre les références à des cultures d'origine où la famille tient une place centrale dans le jeu matrimonial et le contexte culturel d'accueil, et renvoient aux écarts de socialisation entre générations. Mais cette contradiction interculturelle s'interprète au sein même des cultures d'origine qui, dans leurs principes et leurs textes de référence, reconnaissent la nécessité du consentement des époux.
    L'enquête réalisée pour rendre compte de ces situations dramatiques s'appuie sur des entretiens avec des jeunes femmes concernées et des représentants institutionnels et associatifs. Elle met en évidence la violence propre à ces situations de conflit mais aussi les déchirements à l'intérieur des familles et des communautés, et la difficulté des institutions à y répondre efficacement. La nouvelle génération d'associations portées par des représentantes de ces communautés a cependant permis d'initier des réponses coordonnées, visant à constituer un dispositif de prise en charge. L'analyse débouche sur quelques recommandations pour aider à l'organisation de ces réponses.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2008.)

  • Toujours très active, cette utopie républicaine a connu une histoire faite d'enthousiasmes et de réussites, mais aussi d'incompréhensions et de critiques, voire de rejets.
    Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, se développe en France un courant d'idées qui cherche à promouvoir la diffusion de la connaissance au plus grand nombre pour que chacun puisse assumer son rôle de citoyen : l'éducation populaire. Sous cette appellation se trouvent intriqués, à partir de cette période, quatre grands domaines d'intervention : activités complémentaires de l'école, formation permanente, action culturelle et engagement dans la cité. Toujours très actif aujourd'hui, ce mouvement a connu une histoire faite d'enthousiasmes et de réussites, mais aussi d'incompréhensions et de critiques, voire de rejets. D'abord perçue comme une éducation culturelle touchant à la vie tout entière, l'éducation populaire a ensuite connu différentes phases : mise en place de la formation permanente puis de l'animation socioculturelle et, à partir des années 1980, développement de l'éducation civique. C'est cette riche histoire que propose de découvrir cet ouvrage. Son auteur montre le rôle essentiel joué par l'éducation populaire au sein de la société : il s'intéresse à l'éthique sociale qui la fonde, à quelques figures marquantes, à des institutions et organismes qui s'en réclament, à des programmes et actions inscrits dans la vie nationale et internationale, aux populations touchées par les acteurs du mouvement. Témoignant d'une certaine forme d'utopie républicaine - celle d'une société fraternelle et de progrès -, l'éducation populaire épouse les grandes questions de société de son temps et participe, selon Jean-Marie Mignon, de l'ensemble des mythes fondateurs qui permettent à la société française de conserver son unité.

  • Exposition des corps, divisions intimes, conflits de normes de genre, errances socio-affectives, monétarisation et précarisation des liens affectent les vies privées. Éprouvés mais altiers, marginalisés mais créatifs, brisés mais tenaces, les interlocuteur(trice)s de l'ethnologue font face à l'insécurité sociale et intime. Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2009.
    Dans les espaces urbains marqués par la précarisation, les sphères de l'intime se fragilisent. Cet ouvrage explore la vie émotionnelle, affective et sociale de personnes de toutes origines, souvent marquées par l'épreuve de l'exil, dans un quartier " chaud " de Bruxelles, où les relations hommes/femmes, les quêtes affectives et sexuelles sont d'une grande complexité. L'auteure y a longuement fréquenté des prostituées, des errants avec ou sans papiers, des jeunes issus des anciennes et nouvelles migrations, turques en particulier. Elle restitue ici, avec finesse et délicatesse, leurs histoires et contextes de vie, qui contribuent à façonner leurs rapports au corps, à l'autre sexe et à la solitude. Éprouvés mais altiers, marginalisés mais créatifs, brisés mais tenaces, les interlocuteurs de l'ethnologue font face à l'insécurité sociale et intime. Celle-ci peut devenir une quête initiatique, où s'invente une autre vie urbaine, souterraine et alternative. Il en va ainsi de la prostitution libre et courtisane, vécue comme un métier de service ; des squats semi-organisés qui protègent de la rue les couples et les grands célibataires ; des couples mixtes et des inventions transculturelles qui décloisonnent les ghettos urbains. À travers la vie intérieure et secrète de ses interlocuteurs, Pascale Jamoulle nous invite à découvrir les mondes off des grandes métropoles, à voir comment s'invente la mondialisation par le bas de l'échelle sociale. Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2009.

  • Les faits divers, relatant des épisodes violents impliquant des adolescents, ne cessent de remplir les colonnes des journaux, à tel point que pour certains, la violence est devenue synonyme de « jeunesse » ; les jeunes seraient forcément violents ! L'adolescent a donc mauvaise réputation auprès du grand public. Cette image négative et déformée est même amplifiée par des études épidémiologiques se résumant souvent à un long catalogue de catastrophes (suicide, délinquance, toxicomanie...). On assiste ainsi. de manière préoccupante, à un glissement vers une interprétation dramatisée de l'adolescence, à laquelle la violence est systématiquement associée. Les auteurs réunis dans cet ouvrage - pédiatres, psychologues, psychiatres, psychanalystes, sociologues, juges. médecins de santé publique... - adoptent résolument un point de vue différent, et invitent à porter un autre regard sur cette période critique, en rappelant que les adolescents sont d'abord victimes de violences (violences intrafamiliales, violences institutionnelles, violences sexuelles, pour n'en citer que certaines). Les passages à l'acte sont, en fait, une réponse à une violence initialement subie. L'approche interdisciplinaire privilégiée ici permet de rendre accessible une réflexion trop rarement conduite entre spécialistes, c'est le principal intérêt de l'ouvrage. Une mise au point indispensable pour tous les professionnels concernés. Cette deuxième édition actualisée donne une plus grande place à la prévention.

  • Que savons-nous des conditions d'existence et du devenir de ceux qui se sont trouvés dès leur plus jeune âge frappés du sceau de " handicapé mental " ?
    Ce livre, publié la première fois en 1990 et s'appuyant sur une importante enquête réalisée auprès de jeunes gens désignés comme tels - mais aussi auprès de leur entourage familial et éducatif, de leurs employeurs et collègues -, mettait à jour les différents problèmes auxquels ceux-ci avaient dû faire face pour tenter de réaliser leur rêve le plus cher : devenir " comme tout le monde ". Aux carences affectives, culturelles et sociales graves, aux sévices qu'ils ont parfois subis, s'ajoute une violence supplémentaire : la désignation comme " handicapé mental " et le placement en institution qui parachève une stigmatisation indélébile. Au lieu de discourir sur " ce qui est le mieux " pour ces " gens-là ", l'auteur a préféré les laisser se raconter, afin de leur donner une chance d'être enfin entendus et de nous aider à comprendre ce qui a façonné leur existence. Leur parole est un véritable cri d'alarme, mettant en garde une société qui a oublié qu'il existe d'autres qualités humaines que celles découlant d'un intellect performant.
    Devenu une référence essentielle pour de nombreux travailleurs sociaux, cet ouvrage est aujourd'hui réédité, augmenté d'une nouvelle préface et avec les précisions et modifications indispensables, car il reste toujours d'une grande actualité. La première édition pointait en effet les enjeux institutionnels et les effets pervers qui encombrent le secteur spécialisé. Or, presque quinze ans plus tard, les choses n'ont pas beaucoup évolué et semblent même parfois avoir empiré : l'intégration en milieu ordinaire de travail est devenue aujourd'hui bien plus rare que dans les années 1980-1990. Quant à l'accompagnement à une vie autonome, il reste le parent pauvre de ce secteur qui a surtout misé sur l'espace institutionnel. Alors que s'est achevée, fin 2003, l'année européenne du handicap, la France - qui compte 650 000 personnes ayant à vivre avec un " handicap mental " - se donnera-t-elle les moyens de lutter contre toute forme de discrimination ?
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la deuxième édition de 2004.)

  • L'ouvrage de référence pour tous ceux qui s'intéressent au travail social, à l'éducation populaire et au développement local.
    Il existe actuellement en France plus de 2 000 centres sociaux, implantés en majorité dans les communes de banlieue, les grands ensembles et les quartiers périphériques des villes. Ouverts à tous, les centres sociaux demeurent pourtant une réalité encore peu ou mal connue. Afin de combler cette lacune, cet ouvrage propose de rappeler la longue tradition historique dans laquelle ils s'inscrivent sur le plan national. Il a fallu près d'un siècle pour façonner le centre social tel qu'il existe aujourd'hui et pour qu'il devienne un véritable dispositif d'action, d'animation et d'intervention dans la vie locale. Plus qu'un simple établissement, c'est un équipement polyvalent pour les habitants, leur offrant la possibilité de pratiquer un sport, de s'initier à l'informatique, de cuisiner, de consulter les services sociaux, etc. Cet ouvrage permet de découvrir comment les centres sociaux ont pu répondre aux problèmes caractéristiques de chaque époque, grâce à l'investissement des acteurs impliqués dans cette aventure : engagement des intervenants bien sûr, mais aussi des habitants des quartiers. Contrairement aux politiques sociales qui proposent généralement un traitement individuel et sectoriel des problèmes, le centre social développe quant à lui une approche collective et globale : c'est pour cette raison qu'il constitue une forme totalement originale de lutte contre l'exclusion. Cette nouvelle édition propose une préface inédite de Jacques Éloy, sociologue universitaire et vice-président de la Fédération des centres sociaux de France (FCSF), et une postface actualisée par Henry Colombani, délégué général adjoint de la FCSF, retraçant les principales évolutions depuis une dizaine d'années et abordant la question du devenir de ces structures. Il s'agit là d'un ouvrage de référence, visant à répondre aux attentes des responsables et professionnels du milieu, mais également de tous ceux qui s'intéressent au travail social, à l'éducation populaire et au développement local.

  • Une analyse sociologique et transversale des lieux d'écoute de la souffrance psychique.
    Au cours des années 1990, un nouveau langage s'est progressivement imposé dans les milieux de l'action sociale - et plus largement dans l'espace public - pour qualifier les problèmes de la société contemporaine : celui de la souffrance psychique. Chômeurs de longue durée, adolescents en errance, jeunes usagers de drogue, sans-papiers et sans-domicile fixe, mais aussi travailleurs sociaux et agents administratifs qui les prennent en charge ont été considérés comme victimes d'une forme de fragilisation psychologique, justifiant l'intervention des pouvoirs publics et des acteurs privés. Pour remédier à ce nouveau désordre, des lieux d'écoute se sont multipliés en France depuis une dizaine d'année, sous l'égide de l'État. C'est à ce phénomène que ce livre s'intéresse, aux modalités de mise en oeuvre de ces dispositifs, à leur signification et à leurs enjeux. Par l'enquête menée dans plusieurs de ces structures, on découvre, au-delà des logiques compassionnelles, une grande diversité de pratiques. Certes, il s'agit toujours de psychologues dans leur rôle traditionnel de thérapeutes, mais plus souvent, ils se font conseillers, animateurs, éducateurs. Quant au public, sa composition et ses attentes sont bien différentes de ce qu'on avait imaginé. Espaces de socialité et d'entraide, mais aussi de normalisation des conduites et de pacification des marges, ces lieux révèlent des formes nouvelles de traitement local des inégalités sociales, attentives à leurs effets, faute de pouvoir agir sur leurs causes.

  • À travers l'analyse du nouveau lexique largement inspiré de l'entreprise qui s'est imposé dans le secteur, Michel Chauvière montre que les nouveaux savoir-faire préparent la marchandisation du travail social. Mais rien n'est définitivement joué. Les idées néolibérales progressent aujourd'hui par le social. N'ayant plus les moyens économiques de notre modèle historique, il nous faudrait impérativement réduire la voilure, rationaliser le système, nous ouvrir à la concurrence et au marché. Autrement dit, déréguler ce qui peut l'être, améliorer la gouvernance à grand renfort de consultants, renforcer le contrôle des opérateurs et professionnels sur fonds publics et renvoyer le reste au gré à gré ou au caritatif. Exit les idéaux de solidarité nationale, d'émancipation ou d'éducation, le social entre à son tour dans le monde des affaires. Il en est ainsi du côté de l'aide à domicile (dépendance et handicap), de l'insertion, de la petite enfance, de la protection judiciaire, de la formation... Comment opèrent ces changements ? Quelles en sont les conséquences pour l'action sociale organisée ? Pourquoi les avons-nous laissés s'installer ? Que devons-nous défendre maintenant ? À travers l'analyse du nouveau lexique, largement inspiré de l'entreprise, qui s'est imposé dans tout le secteur social (services à la personne, démarche qualité, privilège de l'usager, performance, évaluation, etc.), Michel Chauvière montre que celui-ci est dénaturé et asphyxié par un processus de " chalandisation " qui formate les consciences, sape les fondamentaux de l'engagement et prépare à accepter plus de privatisations des services et une plus grande hégémonie de la gestion. Mais rien n'est définitivement joué !

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