Langue française

  • Le géorgien classique n'a que trois noms irréguliers, « Dieu, le curé et le vin », mais ce brevet de christianisme ne vaut que pour la plaine et la civilisation écrite. Les tribus montagnardes ont trois valeurs bien différentes : la bière, le beurre et le paganisme. À maintes reprises, les souverains ont tenté de les christianiser en confisquant leurs idoles et en apprenant à lire à leurs enfants. Mais, tel un dragon enchaîné qui se libère, l'oralité païenne a toujours repris le dessus.
    Flexible, foisonnante, s'enrichissant de siècle en siècle, elle permet d'observer sur le vif une mythologie hybride, mêlant la foi chrétienne à des croyances immémoriales sur l'origine et l'ordre de l'univers. Il en a résulté un curieux panthéon, où les figures bibliques cohabitent avec les héros mythologiques et où l'humanité oscille entre l'ordre divin du monde et les soubresauts titanesques de la matière.
    La geste prométhéenne du titan géorgien Amiran est ici confrontée à la légende du géant abkhaze Abrsk'il, ainsi qu'à un dossier de sources arméniennes, littéraires et folkloriques relatives à un géant enchaîné. On constate une évidente parenté avec le mythe de Prométhée, mais les Grecs ont « assagi » la geste farouche du Caucase.

    Zaza Aleksidze, né en 1935, est membre de l'Académie des Sciences de Géorgie et correspondant de l'Institut de France. Il a dirigé l'Institut des manuscrits géorgiens et conduit les missions au Sinaï, qui ont découvert les textes « albaniens », langue chrétienne du nord de l'Azerbaïdjan disparue depuis le viiie siècle.
    Jean-Pierre Mahé, né en 1944, est membre de l'Institut de France et associé étranger aux Académies d'Arménie et de Géorgie.

  • La polémique religieuse représente une page importante dans l'histoire des relations entre juifs et chrétiens. L'Antiquité en a laissé de nombreux témoignages littéraires, dont des dialogues mettant aux prises un juif et un chrétien. Ces textes se présentent en général comme des comptesrendus
    de débats réels. Les deux adversaires discutent sur les points essentiels de désaccord : Jésus est-il le Messie ? L'Évangile s'est-il substitué à la Loi juive ? Qui, des juifs ou des chrétiens, est le peuple de Dieu ? Mais, composés par des chrétiens, ces dialogues ont toujours pour but de montrer la supériorité du christianisme. Ils sont adressés avant tout aux chrétiens et servent à les instruire dans la foi.
    Le Dialogue de Timothée et Aquila, composé par un auteur inconnu, peut-être sous le règne de Justinien (vie s.), constitue, en grec, le témoin le plus important de ce genre littéraire dans l'Antiquité tardive. Le texte se présente comme la relation d'un débat organisé à Alexandrie entre le chrétien Timothée et le juif Aquila. Au terme d'une controverse consacrée avant tout à la question du Christ, le juif admet sa défaite et reçoit le baptême. Reflétant davantage une discussion idéale qu'une controverse réelle, le texte est un témoignage capital sur la façon dont les chrétiens se représentaient leur position par rapport au judaïsme à la fin de l'Antiquité.
    Cet ouvrage offre la première traduction française du dialogue dans sa forme longue, munie d'une introduction et d'un index biblique.
    Sébastien Morlet est Maître de conférences à l'Université de Paris-Sorbonne et membre de l'Institut universitaire de France. Il est spécialiste des textes de l'Antiquité tardive.

  • Peu après l'Empire romain, l'Éthiopie adopte à son tour le christianisme. Réduite d'abord à l'entourage royal et au milieu dirigeant, la christianisation touche bientôt en profondeur tout le Nord éthiopien, grâce à l'oeuvre missionnaire conduite à partir du milieu du Ve siècle par des moines venus de l'Empire. Frumentius est l'artisan de la conversion royale ; les faits n'ont pas laissé de récit indigène et c'est Rufin d'Aquilée qui en fournit en latin la relation originale. La tradition écrite éthiopienne la recopia et l'enrichit, conférant à Frumentius sa qualité de premier saint - et métropolite - du pays des négus.
    Garima est un des principaux missionnaires du Ve siècle et partage avec eux beaucoup de traits : fils d'un roi étranger, il obéit à l'appel de Dieu, renonce aux grandeurs terrestres, se retire et fonde un monastère.
    Takla Haymanot est un des acteurs, au XIVe siècle, d'une deuxième christianisation, qui touche le Sud du pays. Au cours de ses voyages, le saint engendre de nombreux fils spirituels et crée le plus important ordre monastique éthiopien. Le monastère qu'il fonda, Dabra-Libanos, fournissait le chef
    suprême de tous les moines.
    Ewos

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