Manucius

  • Antoine Rivarol (1753-1801), dit le comte de Rivarol, est surtout connu aujourd'hui pour son opposition farouche à la Révolution qui le contraignit à l'exil, et pour son esprit léger, caustique, brillant qui fit de lui une gloire des salons européens.
    Burke l'appela le "Tacite de la révolution" et Voltaire affirma qu'il était "le Français par excellence". Ses bons mots ont fait florès dans tous les dictionnaires de citations. Mais il est une autre facette de son personnage qui mérite davantage attention : son goût passionné pour les langues (il traduisit L'Enfer du Dante) et singulièrement la langue française dont il forma le projet de rédiger un grand dictionnaire dont il publia à Hambourg, en 1797, le Discours préliminaire.
    Il avait écrit également un brillant essai, le Discours sur l'universalité de la langue française, couronné quatorze ans plus tôt, en 1783, par le prix de l'Académie royale des Sciences et Belles Lettres de Berlin et qui lui valu une immense notoriété. C'est ce texte qui est ici reproduit dans son édition de 1784 ou 97 ?. Rivarol, après avoir examiné les différentes langues européennes (l'allemand "trop guttural et encombré de dialectes", l'espagnol dont "la simplicité de la pensée se perd dans la longueur des mots", l'italien qui "se traîne avec trop de lenteur", l'anglais qui "se sent trop de l'isolement du peuple et de l'écrivain") conclut à une supériorité de la langue française de par sa proximité avec la structure même de la pensée rationnelle qui lui permet ainsi de prétendre à l'universalité : "Ce qui distingue notre langue des langues anciennes et modernes, c'est l'ordre et la construction de la phrase.
    Cet ordre doit toujours être direct et nécessairement clair. Le français nomme d'abord le sujet du discours, ensuite le verbe qui est l'action, et enfin l'objet de cette action : voilà la logique naturelle à tous les hommes ; - voilà ce qui constitue le sens commun. Or cet ordre, si favorable, si nécessaire au raisonnement, est presque toujours contraire aux sensations, qui nomment le premier l'objet qui frappe le premier.
    C'est pourquoi tous les peuples, abandonnant l'ordre direct, ont eu recours aux tournures plus ou moins hardies, selon que leurs sensations ou l'harmonie des mots l'exigeaient ; et l'inversion a prévalu sur la terre, parce que l'homme est plus impérieusement gouverné par les passions que par la raison...". Dans une certaine mesure, et pour le dire d'une façon moderne, Rivarol aurait posé les prémisses des avancées récentes de la réflexion sur le rapport entre le langage et la pensée, à savoir l'étroite dépendance entre structure de la langue et structure de la pensée, loin de la théorie instrumentaliste du langage qui prévalaient à l'époque où Rivarol écrivit son essai.

  • Ce petit texte peu connu publié en 1880, constitue un florilège de ces mots indisciplinés, traversés par le temps et l'usage, modifiés dans leurs sens originels parfois jusqu'à l'absurde, mais parfois aussi jusqu'à la plus inattendue des poésies. Émile Littré les traque, les débusque à la manière d'un entomologiste gardien d'un trésor passé, présent et à venir. Pathologie verbale ou petit voyage en «curiosité linguistique» atteste qu'il est à la fois émouvant et ludique de prendre conscience de la face cachée de la langue. Son auteur le dit lui-même, cette entreprise se voulait légère et didactique, en somme, le point final d'un travail magnifique au service de la langue:
    «Comme un médecin qui a eu une pratique de beaucoup d'années et de beaucoup de clients, parcourant à la fin de sa carrière le journal qu'il en a tenu, en tire quelques cas qui lui semblent instructifs, de même j'ai ouvert mon journal, c'est-à-dire mon dictionnaire, et j'y ai choisi une série d'anomalies qui, lorsque je le composais, m'avaient frappé et souvent embarrassé. Ce n'est point un traité, un mémoire sur la matière, que je compte mettre sous les yeux de mon lecteur. C'est plutôt une série d'anecdotes; le mot considéré en est, si je puis ainsi parler, le héros.»

  • Code galant

    Horace Raisson

    Le Code galant est publié en 1829 et l'on ne sait pas exactement si Balzac a participé à son écriture, de fait cet ouvrage à la paternité un peu vague n'en demeure pas moins un petit trésor de lecture, il dévoile par exemple l'origine de l'expression « conter fleurette » où le roi Henri IV tient le 1er rôle, pour ensuite se pencher sur les variations de l'amour. Comment ce sentiment unique entre tous nous occupe avant, pendant et après qu'il se soit manifesté.

  • « Dans ce dictionnaire des étymologies curieuses, l'origine ne jette, le plus souvent, aucune lumière sur la signification actuelle. Nous présentons la liste des mots qui sont en dehors de la loi commune de filiation. Ces mots, on ne sait le plus souvent ni où ils vont, ni d'où ils viennent, sortes de zingaris dont la biographie est, par cela même, extrêmement curieuse. [...] L'étude de ces péripéties offre un attrait singulier, et l'histoire des mots devient plus intéressante que l'histoire des hommes. D'autre part, et dans le cours de leurs pérégrinations aventureuses, certains de ces mots dépouillent complètement leur physionomie primitive ; [...] il y a dans ces bizarreries autre chose que de futiles singularités : elles ne sont pas l'opposé du sérieux ; elles sont le corollaire, et, partant, elles ont encore avec l'utile des liens intimes de parenté. Notre livre est donc le vrai dictionnaire de la langue française ; c'est-à-dire qu'il en enseigne les mots non plus comme le font les dictionnaires, au hasard et d'une façon tout empirique, mais il donne la science des mots, comme la grammaire donne la science des règles. Quiconque a étudié cet ouvrage possède la raison des mots. Il les rattache à un nombre limité de mots primordiaux, qu'il ramène eux-mêmes à leur antique origine ; en sorte qu'il sait non seulement ce que veut dire le terme dont il use, mais encore pourquoi ce terme a reçu telle forme ou telle destination plutôt que telle autre; il peut lire enfin, il peut parler. »

  • Publié en 1915, au tout début de la Grande Guerre, l'Argot des tranchées recense le vocabulaire inventé par les soldats du front. Pour la première fois sont rassemblées sur un champ de bataille des populations venues de tous horizons. Dans ce creuset linguistique inédit va s'élaborer un argot composite où les patois régionaux côtoient des jargons de métiers, mais aussi et surtout des langues étrangères et les sabirs des troupes coloniales (tirailleurs sénégalais, zouaves, Spahis, etc.). Mais au-delà de l'anecdote et des curiosités, l'ensemble de ces néologismes va enrichir durablement la langue française à tel point que nombre d'entre eux sont encore et toujours utilisés dans notre parler le plus quotidien. Au fil des pages se dessine un voyage nostalgique, étonnant et savoureux, vers les traces secrètes de cette sédimentation linguistique.
    L'opuscule présenté ici se veut particulièrement complet. Les sources documentaires y sont riches et variées. Lazare Sainéan, philologue et linguiste (1859-1934), fait aussi bien appel à des lettres de soldats qu'à des journaux du front et à divers ouvrages déjà publiés sur le sujet. Un lexique déclinant les nouveaux mots accompagnés de citations, de courts récits pittoresques et d'indications étymologiques vient terminer fort utilement l'ouvrage.

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