Policier & Thriller

  • Ponson du Terrail demeure à jamais lauteur de Rocambole, pourtant cet illustre représentant de la littérature populaire du XIXe siècle a produit une uvre bien plus considérable qui est encore parfois méconnue. Les Fils de Judas (1867) considéré par Claude Mesplède dans son Dictionnaire des littératures policières comme le «chef-duvre incontestable» de Ponson, na pourtant jamais été republié. Dans une intrigue à forts rebondissements dont lauteur est le maître incontesté, le génial chimiste Callebrand, le jeune Raymond de Mahédin et linquiétant Sir Archibald vont mêler leurs destinées dans des lieux et des époques aussi divers que Jérusalem au temps de la Passion du Christ, le Liban du XVe siècle sous lemprise des Turcs et enfin Paris, capitale de tous les possibles au XIXe.

  • Paris est la proie d'un immense chantage. Trois malfaiteurs fondent une redoutable association qui va faire trembler la capitale jusqu'aux moindres de ses tréfonds. Dans l'ombre, le placeur de domestiques Mascarot, le médecin homéopathe Hortebize et l'avocat Catenac recueillent méthodiquement les honteux petits secrets de la population parisienne. Au bout de vingt-cinq années d'efforts opiniâtres, ils disposent d'une mine de renseignements suffisamment fournie pour mettre enfin à exécution leur plan machiavélique.
    Autour de ces passions humaines si banales que sont l'amour, l'ambition et l'argent, les très nombreux personnages de l'intrigue tourbillonnent sans se rendre compte du piège tendu qui se referme inexorablement. Paris ne deviendra-t-il qu'un gigantesque marché aux esclaves ? Qui sera en mesure d'assembler toutes les pièces du puzzle afin de déjouer la formidable machination ? Monsieur Lecoq peut-être ?...

    Emile Gaboriau (1832-1873) est considéré comme le père du roman policier. Son premier opus du genre, L'Affaire Lerouge, connaît un immense succès. On y découvre le personnage emblématique de son uvre, Lecoq, un agent de la sûreté, puis célébrissime commissaire qui inspirera plus tard Conan Doyle.
    Les Esclaves de Paris paraîtront en feuilleton dans Le Petit Journal en 1867. L'ouvrage en conservera le style haletant et enlevé propre à "happer" le lecteur jusqu'à la dernière page. Situé entre L'Affaire Lerouge et Monsieur Lecoq, il fait partie de la grande saga policière de Gaboriau et est sans doute l'un de ses romans les plus accomplis ; bizarrement il est également l'un des moins connus et n'a pas été republié depuis des décennies alors qu'il connaît des rééditions régulières en Angleterre et aux Etats-Unis.

  • Le redoutable chantage qui tient Paris sous sa coupe est en passe de réussir (Les Esclaves de Paris, tome 1). L'exécution du plan machiavélique ourdi par les trois malfaiteurs, Mascarot, Hortebize et Catenac se déroule si bien que seul un miracle semble maintenant pouvoir sauver les victimes de la catastrophe finale. Peu à peu avec une minutie et une précision d'orfèvre, l'étau s'est resserré sur les divers protagonistes qui, insensiblement et dans la plus parfaite ignorance, semblent s'acheminer vers un désastre annoncé.
    Dans Le secret des Champdoce, la machination arrive à son terme. Devant une telle maestria dans le crime, il faudra alors toute la clairvoyance et le génie du premier des détectives, Monsieur Lecoq, pour apporter des lumières à tant de ténèbres.

    Emile Gaboriau (1832-1873) est considéré comme le père du roman policier. Son premier opus du genre, L'Affaire Lerouge, connaît un immense succès. On y découvre le personnage emblématique de son uvre, Lecoq, un agent de la sûreté, puis célébrissime commissaire qui inspirera plus tard Conan Doyle.
    Les Esclaves de Paris paraîtront en feuilleton dans Le Petit Journal en 1867. L'ouvrage en conservera le style haletant et enlevé propre à "happer" le lecteur jusqu'à la dernière page. Situé entre L'Affaire Lerouge et Monsieur Lecoq, il fait partie de la grande saga policière de Gaboriau et est sans doute l'un de ses romans les plus accomplis ; bizarrement il est également l'un des moins connus et n'a pas été republié depuis des décennies alors qu'il connaît des rééditions régulières en Angleterre et aux Etats-Unis.

  • Gustave le Rouge est un auteur injustement méconnu du grand public bien qu'il ait publié plus d'une centaine d'ouvrages dont certains sont, sans aucun doute, des textes majeurs du "roman populaire", au sens le plus noble du terme.
    Publié en 1912 en dix-huit épisodes, Le Mystérieux Docteur Cornélius apparaît sans conteste comme son chef-d'uvre. Selon Blaise Cendrars, il est "ce roman du monde moderne où, par les tableaux de la nature exotique, son amour des aventures, son goût policier de l'intrigue, son penchant métaphysique, son don de visionnaire scientifique" Le Rouge "a fait la somme du roman du XIXe siècle...".
    Grands et petits se plongeront avec délices dans cet univers romanesque singulier, où la puissance créatrice, la fantaisie et l'imagination dominent. De New York à la Bretagne, du Grand Ouest américain à l'Île des Pendus, la plume de Le Rouge entraîne le lecteur dans des lieux étonnants, mystérieux et énigmatiques, où s'affrontent impitoyablement deux conceptions du monde antagonistes ; l'une, incarnée par le sympathique savant français Prosper Bondonnat dont les travaux de recherches sont orientés dans le seul but d'ajouter une pierre à "l'édifice radieux de la modernité", l'autre, par le maléfique docteur Cornélius Kramm, chirurgien esthétique américain, "sculpteur de chair humaine", inventeur de la "carnoplastie", obsédé par la conquête du pouvoir et de l'argent.

  • "[...] Une auto, couverte d'une couche de poussière qui attestait une longue route, vint stopper en face de la porte de l'embarcadère. Deux hommes en descendirent. C'étaient lord Astor Burydan et son ami Agénor. Tous deux paraissaient en proie à une vive surexcitation.
    Lord Burydan traversa les salles en quelques enjambées, se rua sur le quai, et apercevant le chef de gare, il se précipita vers lui.
    - Sir, lui dit-il d'une voix pleine d'angoisse, le train de New York est-il parti ? [...] - Vous n'avez pas de chance, répondit-il flegmatiquement, il y a quelques minutes à peine que le train a quitté la gare. Tenez, en regardant bien, on le distingue encore. Il va franchir le signal qui se trouve en tête du pont de l'Estacade.
    Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase : une gerbe de flammes livides monta dans le ciel, montrant, pendant l'espace d'un éclair, la ville, les campagnes et le double ruban d'acier de la voie ferrée. Puis une détonation formidable retentit.
    Le signal rouge avait disparu, comme éteint par un souffle invisible, et, à la place du pont et du train, il n'y avait plus qu'un grand nuage blanchâtre qui montait en tourbillonnant vers le ciel où resplendissait la pleine lune.

  • Emmanuel Bove commence à écrire vers 1922 et trempe tout d'abord sa plume dans le genre populaire. Sous le pseudonyme de " Jean Valois " et avec la collaboration active de Suzanne, sa femme, il publie de nombreux romans alimentaires. C'est grâce à Colette qui a remarqué une de ses nouvelles parue dans Le Matin, qu'il publie son premier livre sous son nom : Mes Amis. Sorti en 1924, le livre est un succès et suscite l'intérêt d'auteurs aussi divers que Rilke, Beckett, Max Jacob ou Sacha Guitry. Jusqu'à la guerre il continue d'écrire abondamment (Armand, Un soir chez Blutel, La coalition, La Mort de Dinah, L'Amour de Pierre Neuhart et le fameux Bécon les Bruyères...) tout en collaborant à des journaux et à des revues proches du Front Populaire. Son attirance pour le roman policier est sans doute à rapprocher de son expérience de journaliste à Détective et Paris soir, journaux friands de faits-divers les plus sordides qui racontent le tragique du quotidien. En 1933, il donne aux éditions Émile Frère sous le pseudonyme de Pierre Dugast son premier " polar " : La Toque de Breitschwantz, qu'il souhaitait aussi titrer La Fiancée du Violoniste. Le Meurtre de Suzy Pommier publié la même année et chez le même éditeur, porte en revanche sa signature. Suzy Pommier, grand espoir du cinéma français participe à la première d'un film où elle tient le rôle titre.
    Visiblement nerveuse, elle s'éclipse dès la fin de la séance et donne rendez- vous à son amant à son domicile aux alentours de minuit. Le lendemain matin, la jeune actrice est retrouvée morte dans sa baignoire, dans des circonstances qui rappellent étrangement le scénario du film qu'elle vient de tourner. Appelé sur les lieux du crime, l'inspecteur Hector Mancelle prend l'affaire en main. Seul contre sa hiérarchie et des faits par trop évidents, il va mener une enquête astucieuse sans négliger aucun détail. Malgré les obstacles et les doutes, le détective-policier va finir par faire surgir une vérité que personne ne soupçonnait. Le lecteur quant à lui sera sans doute surpris de découvrir un auteur dans un registre très différent de celui de Mes Amis. L'écriture blanche et neutre d'Emmanuel Bove s'efface au profit d'un récit plus classique qui respecte les codes du genre policier. Visiblement l'auteur, non sans une certaine jubilation, joue avec les contraintes formelles du genre. Avec une indéniable maîtrise, l'intrigue est rondement menée jusqu'à la scène finale, théâtrale, ou le meurtrier sera enfin démasqué. Une curiosité donc, à découvrir. Lorsqu'Emmanuel Bove meurt en 1945, ses livres ne sont quasiment plus édités. Il faudra attendre les années 70 pour voir l'écrivain sortir de l'oubli en partie grâce à son traducteur allemand, Peter Handke qui oeuvra beaucoup pour redonner à l'écrivain une place de choix dans le paysage littéraire français. Aujourd'hui la plupart des textes de Bove sont disponibles à l'exception notable cependant de ses romans policiers.

  • "Tout d'abord, [...] le docteur prit un moulage des deux sujets, et les deux moulages dressés sur deux socles furent revêtus, grâce à la photographie, des couleurs, des teintes exactes de la vie. A l'aide d'injections de paraffine chaude, faites sous l'épiderme, il pourvut le faciès un peu maigre de Baruch des rondeurs que possédait le visage de Joë; [...]. La ressemblance des deux physionomies commença à s'accuser de façon frappante. Ses bras squelettiques retroussés jusqu'aux coudes, Cornélius travaillait avec une ardeur fébrile. Taillant en pleine matière vivante, ajoutant et retranchant suivant le besoin, c'était vraiment alors qu'il méritait son surnom de sculpteur de chair humaine."

  • "- Emile, dit-il nonchalamment, apportez-moi cent mètres de boudin. Emile crut avoir mal entendu et se redressa tout effaré :
    - Vous dites ? bégaya-t-il.
    - Parfaitement, cent mètres de boudin, qualité supérieure ; je paie comptant, seulement je tiens à une chose, c'est que le bousin soit d'un seul morceau.
    - Mais, milord...
    - Arrangez-vous ! [...] Mais si, dans dix minutes, je ne suis pas servi, je ne remettrai plus les pieds dans cette baraque ! [...] Un grand silence s'était fait dans la taverne. Très calme, milord Bamboche avait pris un havane bagué d'or, puis, ayant placé son chronomètre à côté de lui, il attendait. [...] La neuvième minute ne s'était pas écoulée qu'une gigantesque rumeur s'éleva ? Dans la brume du matin une file d'hommes s'avançait, jeunes et joufflus, comme de vrais garçons charcutiers qu'ils étaient, et portant sur les épaules un interminable câble noir. En tête, Emile s'avançait la face rayonnante d'un juste orgueil. [...] - Maintenant, reprit l'Anglais, Emile distribuera, à toutes les personnes qui en feront la demande, vingt-cinq centimètres de boudin et une coupe de champagne. [...] - Vive Milord Bamboche ! hurla la foule."

  • "Les folles mirent le couvert, chacun prit place à table, et bientôt la réunion présenta le spectacle le plus vif et le plus animé.
    A la grande surprise de lord Burydan, qui s'en donnait à cur joie, (...) les hommes offraient à boire à leurs voisines et leur passaient les plats avec une politesse exquise ; on se fut cru dans la salle d'une table d'hôte ordinaire ; mais à mesure que les fumées du vin montaient à ces cerveaux déséquilibrés, les changements se produisirent dans l'attitude des invités.
    On n'était pas arrivé au dessert que l'homme-chat sautait sur la table, faisait le gros dos en exécutant toute une gamme de miaulements les plus réjouissants du monde. L'homme-automobile, qui se promenait toute la journée emmailloté de pneumatiques, réclamait à grands cris du benzonaphtol. On lui fit avaler un siphon d'eau de Seltz et il déclara qu'il avait son plein d'essence et qu'il allait bientôt partir. Une grosse dame, qui se croyait changée en gigot de mouton, offrait un couteau et une fourchette à ses voisins pour leur permettre de goûter un morceau de son épaule dodue. Quelques charitables folles, songeant aux blessés de la guerre balkanique, transformaient activement en charpie la nappe et les serviettes damassées de Mr. Palmers."

  • "Dans ce silence profond, dans ces épaisses ténèbres, il entendait les battements de son cur sonner à grands coups sourds dans sa poitrine. Il lui sembla ensuite que des voix chuchotaient à son oreille. En même temps, l'obscurité s'animait de toutes sortes de figures grimaçantes dont l'aspect se modifiait sans cesse [...]. C'était, à certains instants, comme des milliers de mouches de feu douées d'un rapide mouvement de vibration ; puis ces points lumineux se réunirent pour former d'innombrables mains sanglantes, qui toutes se tendaient vers son visage et le désignaient de l'index tendu, comme pour dire : "C'est lui !" [...] Aux mains sanglantes qui tournoyaient comme des oiseaux de mauvais augure, avaient succédé des faces grimaçantes, qui le regardaient avec de hideux sourires, et parmi lesquelles il reconnaissait les physionomies de quelques-unes de ses victimes.
    Il aperçut au premier rang Pablo Hernandez, qui s'avançait en donnant le bras au chimiste Maubreuil. Tous deux avaient le visage d'une couleur cadavérique, mais leurs prunelles rayonnaient d'un éclat insoutenable, d'une cruelle fixité ; et la contemplation de ces regards avait, pour l'assassin, quelque chose de si terrible qu'il finit par perdre connaissance." Ce tome clôture la grande saga du Mystérieux docteur Cornélius. Il est augmenté d'une nouvelle inédite, Le spectre mortel (1907), qui constitue en quelque sorte le synopsis du premier épisode (L'énigme du "Creek sanglant") et d'une bibliographie. Ces éléments viennent compléter la préface et les repères biographiques présentés dans le tome 1/2 de la série.

  • «Dans la surexcitation du péril ou de langoisse, lassassin eut une inspiration désespérée et macabre.
    Eh bien, oui, ce serait Balthazar Buxton lui-même qui tendrait à travers le guichet le jeton libérateur ! Cétait là le seul moyen, il ny en avait pas dautre ! Et encore fallait-il se hâter !
    Il empoigna ce petit cadavre léger comme une plume, il le rapprocha du guichet, donnant à la main, encore souple, la forme quil fallait, engageant à peine entre les deux doigts le jeton pour quil tombât facilement, et, en proie à une angoisse atroce, il se cacha derrière le cadavre quil soutenait sous les aisselles dune main; de lautre main il tenait le poignet du mort, tout prêt à le pousser dun coup sec, assez rapide pour que le jeton tombât.
    Fritz avait frappé au guichet. [...] Par la plus inconcevable chance, ce stratagème, [...] eut un succès complet.
    Le gardien vit dun coup dil distrait la main squelettique pousser le jeton et se retirer précipitamment. [...] Linstant daprès, la porte à coulisse souvrait, et Fritz Kramm, guidé par un des hommes, arrivait sans encombre jusquà lauto qui lattendait. Il navait eu garde doublier les cinq chèques de chacun deux cent mille dollars, payables à la caisse de la Central Bank. »

  • "Tout d'abord, ils ne virent pas bien ce que renfermaient ces armoires; mais, quand ils s'en furent approchés, ils reculèrent avec un frisson de dégoût et d'horreur. [...]. Il y avait là des centaines d'organes, des corps entiers conservés en apparence dans toute leur fraîcheur par des procédés inconnus.
    Immergés dans de vastes bocaux, [...], des curs palpitaient au milieu d'un liquide incolore, des poumons s'enflaient et se dégonflaient avec un bruit haletant, des masses d'entrailles bleues et vertes se tordaient, encore agitées des mouvements reptiliens qui accompagnent la digestion chez les êtres vivants.
    Il y avait encore, [...] des ftus vivants dont les vaisseaux ombilicaux étaient prolongés par des tubes de caoutchouc qui venaient aboutir à une étrange pompe de cristal, pleine de sang tiède.
    Rapopoff, pendant tout cet examen, donnait les signes de la plus vive terreur [...]. Tout à coup, il se rejeta en arrière, avec un véritable hurlement. [...] Il montrait du doigt une vitrine dans laquelle M. Bondonnat, stupéfié d'épouvante à son tour, aperçut son exacte ressemblance, son double, un autre Bondonnat en chair et en os, qui, admirablement embaumé, semblait le contempler avec un sourire tranquille."

  • « Pendant le récit de la jeune fille, des nuages couleur de suie et de soufre avaient peu à peu envahi toute létendue du ciel. Un brouillard dune odeur fétide avait complètement submergé les marécages. On napercevait plus la tour fiévreuse.
    Latmosphère était devenue étouffante. On eût dit lhaleine ardente qui séchappe de la gueule dun four. [...] il y eut un sourd grondement de tonnerre, des gerbes déclairs dun vert aveuglant séparpillèrent aux quatre coins du ciel comme les boîtes dun gigantesque feu dartifice ; le soleil lança dentre deux nuages un dernier et macabre rayon blanchâtre puis disparut complètement ; la pluie sétait mise à tomber, non pas par gouttes plus ou moins larges, mais par seaux, par jets de la grosseur du poignet ; ce nétait plus une averse, cétait un déluge. [...] Puis, comme il arrive dans ces brusques ouragans, il y eut une accalmie et, pendant quelques minutes, ce fut presque le silence.
    Cest alors quavec une épouvante quils ne purent dissimuler lord Burydan et ses amis entendirent distinctement le son lointain dune cloche. Jupiter claquait des dents, ses cheveux sétaient hérissés sur sa tête.
    La cloche de la tour fiévreuse, balbutia-t-il en tremblant de tous ses membres. »

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