Sciences humaines & sociales

  • Les textes autobiographiques que Nietzsche écrivit entre douze et vingt-quatre ans (1856-1869) rassemblés ici constituent un témoignage unique sur la forge d'une pensée, d'un style, d'une sensibilité. D'un caractère. Après des premières pages toutes prisonnières des poncifs de l'époque se dessine une progressive et implacable émancipation appuyée sur un minutieux travail de réécriture infini des événements marquants de la vie en lesquels la mort du père et le deuil qui la continua ainsi que les années d'apprentissage dans le rude collège de Pforta occupent une place singulière. S'y dessine également la naissance d'impérieuses passions - musique, lecture, écriture, amitiés - dont on sait l'importance décisive qu'elles prendront dans la vie philosophique de Nietzsche. Bien avant Ecce Homo, Nietzsche se réapproprie sa vie, lui donne sens et façonne la statue qui vient. Ces Écrits autobiographiques sont le véritable laboratoire de l'écriture philosophique de celui qui proclamera une quinzaine d'années plus tard la mort de Dieu, que l'homme est le seul créateur de sens et de valeurs et que «toute grande philosophie [...] est la confession de son auteur», confession qui n'est point une confidence ou un aveu mais l'inévitable et nécessaire point de rencontre entre la Vie et la Pensée.

  • D'où viennent les mathématiques ? Même le point euclidien est une idéalisation, un néant physique... Il faut donc chercher du côté des imaginaires car les hommes utilisent des métaphores et des gestes (mouvements fictifs) pour inventer les mathématiques et les expliquer. C'est ce que propose ici Rafael Núñez en s'appuyant à la fois sur l'anthropologie et les sciences cognitives.Rafael Núñez est professeur au département de sciences cognitives de l'Université de Californie, San Diego (UCSD). Il est co-directeur fondateur du Fields Cognitive Science Network for the Empirical Study of Mathematics and How it is Learned, à l'Institut des sciences mathématiques à Toronto.

  • «La continuité de l'emportement et l'habitude de souvent se choquer déterminent dans l'âme la situation mauvaise qu'on appelle colère, et qui dégénère en débordement de bile, en amertume, en aigreur intraitable. C'est alors que l'âme ulcérée s'irrite des

  • Louis Althusser fut, en tout état de cause, un éminent lecteur, acharné, perspicace et soucieux de tirer au clair sa pratique. On s'en convaincra aisément sur la foi de cette lecture exemplaire qu'il fit autour du chapitre I, VI du Contrat Social, extraite d'un cours qu'il professa en 1965-1966 et publiée en 1967 dans le N°8 des Cahiers pour l'analyse. Mais cette pratique, chez lui, ne laisse pas d'être double : elle s'efforce, d'un côté, de renouer, nonobstant la «solitude» à laquelle est vouée toute pensée qui touche un tant soit peu au réel, avec «des hommes qui ont tenté le plus grand effort de lucidité qui soit», de l'autre, considérant la philosophie comme un «champ de bataille», elle entend mener la lutte sur ce terrain et débusquer les fauteurs d'illusions, sans ménager polémique ni sarcasme.

  • Socrate est sans conteste le philosophe le plus célèbre du monde, et cependant il n'a rien écrit. Nous connaissons la finesse de sa dialectique, son ironie dévastatrice, son amour de la vérité et la noblesse de son caractère par le témoignage de son disciple, le grand Platon, qui a fait de son maître le principal acteur de la plupart de ses dialogues. D'autres sources existent néanmoins : Les Nuées d'Aristophane sur le mode de la comédie, les quelques pages que Diogène Laërce lui consacre dans Vies et doctrines des philosophes illustres, mais aussi et surtout les Mémorables de Xénophon (~426-~355 av. J.-C.), sans oublier son Banquet et son Apologie de Socrate qu'il ne faut pas confondre avec les textes de Platon.
    Socrate, considéré comme le père de la philosophie occidentale et l'un des inventeurs de la philosophie morale, a exercé une grande influence sur l'esprit de Xénophon qui passa plusieurs années à le suivre et à l'écouter s'entretenir avec toutes sortes de personnes sur toutes sortes de sujets.
    Les Mémorables sont un récit de souvenirs entièrement consacré au Philosophe qui combine les formes de dialogue socratique et de traité philosophique. On y rencontre un Socrate plongé dans la vie quotidienne d'Athènes, côtoyant poètes, hommes politiques, artisans, artistes, obscurs ou célèbres, ne manquant jamais de donner une fascinante leçon de logique et de perspicacité morale. Nietzsche, lui-même, n'hésita pas à qualifier les Mémorables, en 1879, de « livre le plus attirant de la littérature grecque ».
    Jean-François Mattéi, spécialiste reconnu de Platon, livre ici une préface, Le démon de la tempérance, savante mais non érudite, qui nous invite à distinguer deux Socrate, celui de Xénophon et celui de Platon : « mais chaque lecteur, écrit-il, choisira le Socrate qui lui convient en fonction d'un critère décisif. Si Platon fut celui qui a élevé le regard du philosophe de la terre vers le ciel, Xénophon, selon l'image de Cicéron, a été celui qui a ramené la philosophie du ciel sur la terre ».

  • Dans ce volume, le lecteur découvrira une partie encore inédite en français de l'ultime correspondance de Nietzsche (janvier 1887 / janvier 1889). Pour la première fois, les lettres à Ferdinand Avenarius, Jean Bourdeau, Georg Brandes, Carl Spitteler, August Strindberg, Hippolyte Taine et Helen Zimmern ainsi que les « billets de la folie » sont présentés dans leur intégralité.
    Ces Dernières lettres constituent un témoignage exceptionnel sur la manière dont Nietzsche entendait parfaire son oeuvre. On y voit comment le philosophe a abandonné le projet de La volonté de puissance pour se consacrer à celui de L'inversion de toutes les valeurs qu'il présente comme son « oeuvre principale » et qui verra le jour sous la forme de L'Antichrist. Durant ces deux dernières années d'enthousiasme spéculatif, jusqu'à « l'effondrement » de janvier 1889, Nietzsche confia à tous ses amis, à ses lecteurs et ses éditeurs, l'avancée de son travail mais aussi ses doutes, ses échecs. Les lettres qu'il leur écrivit sont ainsi les témoins privilégiés du déploiement de sa réflexion. Elles montrent comment Nietzsche pensait, avec Crépuscule des idoles, Ecce Homo et L'Antichrist, avoir surmonté l'abandon de La volonté de puissance et « achevé » sa philosophie, invalidant par là un préjugé tenace selon lequel celle-ci ne le serait point.
    Cette correspondance incite donc à reprendre à nouveaux frais la lecture de ces trois ouvrages dans une perspective singulièrement différente. Complétant les derniers Fragments posthumes, les lettres de décembre 1888 apportent enfin de précieuses indications sur ce que fut le dernier grand projet de Nietzsche, à savoir la « Grande Politique ».

  • Ce petit texte peu connu publié en 1880, constitue un florilège de ces mots indisciplinés, traversés par le temps et l'usage, modifiés dans leurs sens originels parfois jusqu'à l'absurde, mais parfois aussi jusqu'à la plus inattendue des poésies. Émile Littré les traque, les débusque à la manière d'un entomologiste gardien d'un trésor passé, présent et à venir. Pathologie verbale ou petit voyage en «curiosité linguistique» atteste qu'il est à la fois émouvant et ludique de prendre conscience de la face cachée de la langue. Son auteur le dit lui-même, cette entreprise se voulait légère et didactique, en somme, le point final d'un travail magnifique au service de la langue:
    «Comme un médecin qui a eu une pratique de beaucoup d'années et de beaucoup de clients, parcourant à la fin de sa carrière le journal qu'il en a tenu, en tire quelques cas qui lui semblent instructifs, de même j'ai ouvert mon journal, c'est-à-dire mon dictionnaire, et j'y ai choisi une série d'anomalies qui, lorsque je le composais, m'avaient frappé et souvent embarrassé. Ce n'est point un traité, un mémoire sur la matière, que je compte mettre sous les yeux de mon lecteur. C'est plutôt une série d'anecdotes; le mot considéré en est, si je puis ainsi parler, le héros.»

  • L'industrie a réalisé un imaginaire de la rationalité et du Progrès, construit sur la longue durée. à son tour, l'industrialisation produit depuis le XIXe siècle, des «méta-industries» de l'imaginaire : depuis le luxe, la publicité ou l'audiovisuel, jusqu'aux industries du logiciel et du web. Cet ouvrage décrypte ce puissant imaginaire industriel caractéristique de la vision du monde de l'Occident.

  • Dès l'Antiquité, Héraclite fut une légende. On dit qu'il vit le jour à Éphèse, au VIe siècle avant notre ère. Mais très vite, on donna le surnom d'Obscur à celui dont les aphorismes mystérieux et inintelligibles pour le commun des mortels prenaient davantage l'allure d'une parole pythique que d'une pensée philosophique rationnelle et traditionnelle. Ce qu'il y a de sûr, c'est que les récits des éminents spécialistes d'hier et d'aujourd'hui ne pourront jamais dissiper même le soupçon de sa véritable existence.
    Et pourtant, les quelques malheureux fragments qu'on lui attribue ici ou là brillaient d'un éclat si puissant qu'ils suffirent à ébranler entièrement le monde intellectuel grec et romain. C'est comme si des cendres du temple d'Artémis, le tombeau de l'unique exemplaire de son oeuvre - un traité intitulé De la Nature - derrière un caractère réputé méprisant et mélancolique jaillissait encore une pensée cristalline, sublime, foudroyant et bouleversant ceux qui s'aventuraient à l'embrasser et à la méditer.
    Sa doctrine est révolutionnaire. Tout en s'inscrivant dans la lignée des cosmologues de son temps, le philosophe annonce le passage décisif au problème de l'Être et du devenir, celui qui donnera naissance à l'ontologie classique de Parménide et de Platon, ainsi qu'à la métaphysique d'Aristote. Au XIXe siècle, ce sera même Hegel qui dira s'être inspiré de lui.

  • «Ne dérangez rien à ce sublime commerce entre les services rendus aux Peuples par les Grands Hommes, et le tribut de considération offert aux Grands Hommes par les Peuples. Il est pur, il est vrai, il est fécond en bonheur et en vertus, tant qu'il naît de ces rapports naturels et libres. Mais, si la Cour s'en empare, elle le corrompt, elle le perd. L'estime publique va s'égarer dans les canaux empoisonnés de l'intrigue, de la faveur, ou d'une criminelle complicité. La vertu et le génie manquent de récompense, et à côté, une foule de signes et de décorations diversement bigarrées, commandent impérieusement le respect et les égards envers la médiocrité, la bassesse et le vice; enfin, les honneurs étouffent l'honneur, et les âmes sont dégradées. [...] Pénétrez un moment dans les nouveaux sentiments d'un privilégié. Il se considère avec ses collègues, comme faisant un ordre à part, une nation choisie dans la nation. Oui, les privilégiés en viennent réellement à se regarder comme une autre espèce d'hommes».

  • Un histrion rusé, un manipulateur habile et sans scrupule, un mercenaire de la phrase, âpre au gain, seulement capable de frauduleux raisonnements - ne dit-on pas un "sophisme" lorsque nous voulons désigner une argutie "pas très honnête"? - tel apparaît le Sophiste dans une tradition largement dominante et peu soucieuse de ses sources. Ainsi va le méchant personnage, faire valoir et repoussoir du seul vrai Philosophe, en l'occurrence le bon Socrate, scénographié par un Platon qui règle ses comptes.
    Theodor Gomperz, éminent helléniste de la Vienne du début du XXe siècle, mentor de Freud en la matière, est l'auteur d'une monumentale et érudite histoire des Penseurs de la Grèce (1893-1902). Quand il esquisse le portrait énigmatique des Sophistes, ces nouveaux professeurs de rhétorique, qui ont fleuri au Ve siècle avant J.-C., du temps de l'Athènes de Périclès, c'est tous les clichés et autres préjugés qui en défendaient l'accès qui tombent les uns après les autres ; on y découvre qu'il n'existe pas les Sophistes mais des Sophistes, bien loin de la figure tracée par la légende ; Gorgias, Protagoras, Prodicos, Hippias, Antiphon apparaissent comme jamais - hommes de chair et de sang profondément engagés dans la réalité complexe de leur temps - sous la plume d'un Gomperz dont le style fluide, aisé ne cède en aucun cas à la facilité.
    L'étude ici présentée fait, sans le moindre doute, partie de ces textes précieux et rares parce qu'éminemment lisibles et authentiquement savants.

  • Il s'agit ici de retrouver le « fil d'or » qui traverse l'oeuvre de Vladimir Jankélévitch, et qui unit des domaines aussi divers que la métaphysique, la morale et la musique. Suivant le chemin qui a mené Jankélévitch au coeur de l'oeuvre de Bergson, de Schelling et de Simmel, Joëlle Hansel part de l'intuition initiale et centrale dont jaillit sa philosophie : l'ipséité, l'unicité et la singularité absolue de la personne humaine envisagée temporellement, non dans la durée bergsonienne, mais dans l'instant. Cette défense de l'ipséité, de la personne unique et irremplaçable, est aussi le trait d'union qui relie indissolublement les « écrits philosophiques » de Jankélévitch et ceux où il traite de « l'être juif » en s'engageant sans réserve dans la lutte contre la prescription de « l'imprescriptible » et l'oubli de la Shoah. Orfèvre du paradoxe, Jankélévitch en a fait une « manière » de philosopher : la paradoxologie. Il traite des « choses premières » - l'instant, l'amour, la liberté, Dieu, la mort - en respectant ce qui, en elles, est ineffable ou indicible - ce « je-ne-sais-quoi » et ce « presque-rien » qui est tout. Dans le même esprit, Joëlle Hansel explore le paradoxe ou la tension qui anime l'oeuvre de Jankélévitch : le contraste entre la nostalgie que suscite l'irréversibilité du temps, le souvenir d'un passé irrémédiablement enfui, et l'impératif inconditionnel qui prescrit de décider et d'agir, de faire le Bien « ici et maintenant » et « sans délai ». La précellence que Jankélévitch donne au Faire sur l'Être fait de lui l'un des plus grands métaphysiciens et moralistes de notre temps. En pensant toutes choses «temporellement», en donnant le primat à l'altérité ou à l'ipséité d'autrui, il rejoint les préoccupations de ses contemporains, Emmanuel Levinas, Jean Wahl, Gabriel Marcel, Martin Buber et Paul-Louis Landsberg. La lecture de son oeuvre n'est pas un exercice purement intellectuel, mais une « réforme intérieure ». Elle ouvre la voie à un « idéalisme nouveau » qui donne ses droits au « charme » - à l'intangible, l'ineffable et l'indicible - sans renoncer pour autant au travail de la pensée rationnelle, à une philosophie qui invite à approfondir ce que nous savions déjà, en le regardant tout autrement.

  • Troisième opus extrait de l'uvre de Theodor Gomperz Les Penseurs de la Grèce, après "Les Sophistes" et "Les Médecins", "Parménide et ses disciples" se présente comme une introduction générale aux origines de la Métaphysique et de l'Ontologie grecque en prenant pour objet d'étude sa plus éminente figure, le philosophe présocratique Parménide, fondateur de la doctrine de l'Unité, ainsi que ceux qui se réclamèrent de son école de pensée, Mélissos et Zénon d'Elée.
    Parménide (515 - 450 avant J.-C.) fut élève de Xénophane et fréquenta les disciples de Pythagore. À l'âge de 65 ans, il visite Athènes où il rencontre le jeune Socrate. Considéré comme le père de l'Ontologie (Théorie de l'Etre), sa vie et sa postérité immédiate nous sont peu connues.
    On le présente souvent comme l'éternel adversaire du grand Héraclite d'Ephèse car leurs thèses étaient totalement opposées: l'un affirmait le mouvement perpétuel de l'Etre (Héraclite) l'autre (Parménide) son absolue stabilité. Le platonisme peut être considéré comme une synthèse magistrale de ces deux propositions. Sa doctrine servira de fondement aux théories d'Empédocle d'Agrigente et de Démocrite d'Abdère (Ve siècle av. J.-C.).
    Parménide écrivit sa philosophie en vers; le peu qui nous en est parvenu se compose de longs fragments d'un poème didactique en hexamètres intitulé De la nature, plus connu sous le nom du Poème. Les plus grands philosophes, et notamment Heidegger, tiennent cette uvre pour un texte fondamental de la philosophie.

  • Avec ce petit opuscule de 1786 intitulé De l'influence de la révolution d'Amérique sur l'Europe rédigé par «un habitant obscur de l'ancien Hémisphère», et signé d'un pseudonyme, Condorcet publie son premier grand texte politique.
    Au moment où se déroule la révolution dAmérique, de 1776 à 1787, lauteur en vante les bienfaits, car à linstar de la Constitution de Pennsylvanie, elle sacralise les droits naturels de lhomme. Condorcet y plaide pour labolition de lesclavage, la liberté de la presse illimitée, la liberté de culte, la liberté du commerce et légalité naturelle.
    LEurope doit sinspirer de la Déclaration dIndépendance et devenir ainsi le phare universel de la rationalité scientifique et politique. Rédigé à la veille de la Révolution et de la Déclaration des Droits de lHomme, cet ouvrage modifie profondément lidée de lEurope. Celle-ci sera moins un modèle quun projet, celui de lalliance de la Raison et des droits naturels et sacrés de lHomme dans un monde laïcisé et débarrassé des «préjugés» grâce aux Lumières.

  • La grèce antique a été le lieu d'un grand nombre de bouleversements politiques, philosophiques, scientifiques, et pour ce qui intéresse le présent ouvrage, médicaux. En effet c'est au Ve siècle avant J.-C. que la transition s'accomplit entre une médecine

  • On croyait tout savoir de Diogène le Cynique, c'est-à-dire, presque rien. Hormis les paraphrases de son homonyme Laerce, de Claudius Elienus et de quelques autres. Mais voici qu'un livre vient troubler le jeu. Découvert en 1770 par le grand Christophe Martin Wieland, l'auteur d'Obéron, le Voltaire allemand selon Mme de Staël, dans la bibliothèque d'une abbaye de l'ordre de saint *** et étrangement passé sous silence jusqu'à ce jour par les divers commentateurs et hagiographes de notre philosophe.
    C'est que sans doute le mystère lui sied. Les éditions Manucius ont cru devoir porter à la connaissance de l'honnête homme un texte, de la main même de Diogène selon Wieland, (écrit à la craie sur les parois intérieures de son tonneau) qui apporte un éclairage nouveau et décisif sur le Maître de la pensée cynique. Ainsi que quelques inéluctables réparties qui viennent magistralement compléter celles que nous a léguées la tradition.
    Diogène visitant Platon aurait dit, après avoir traversé grand nombre d'appartements somptueusement décorés, frappant du pied sur un superbe tapis qui couvrait le plancher : "Je foule aux pieds l'orgueil de Platon ! "Et moi, reprit Platon, j'aperçois l'orgueil de Diogène à travers des trous de son habit"...

  • L'imagination est-elle vraiment une expression instable, imprévisible, anarchique du psychisme ? Sa créativité est-elle rebelle à toutes règles et rationalité? Un large spectre de travaux (G. Bachelard, G. Durand, etc.) qui prennent leur source autant dans la psychanalyse que dans la mythographie structuraliste d'un Claude Lévi Strauss ont modélisé les imaginaires individuels et collectifs, permettant ainsi d'éclairer les fondements de toute imagination créatrice et de jeter les bases d'une science de l'imaginaire.

  • Il semble aller de soi qu'un rapport direct et consubstantiel existe entre le développement de connaissances fondamentales sur le monde - la science -, et notre capacité à agir sur lui - la technique. De fait, c'est bien grâce à la théorie quantique que nous pouvons fabriquer des lasers et à la biologie moléculaire que se développe la bio-ingéniérie. Mais cette connexion est toute récente dans l'histoire de l'humanité - à peine plus de deux siècles; elle n'a pas toujours existé, et pourrait bien se rompre dans un proche avenir.

  • « Dans ce dictionnaire des étymologies curieuses, l'origine ne jette, le plus souvent, aucune lumière sur la signification actuelle. Nous présentons la liste des mots qui sont en dehors de la loi commune de filiation. Ces mots, on ne sait le plus souvent ni où ils vont, ni d'où ils viennent, sortes de zingaris dont la biographie est, par cela même, extrêmement curieuse. [...] L'étude de ces péripéties offre un attrait singulier, et l'histoire des mots devient plus intéressante que l'histoire des hommes. D'autre part, et dans le cours de leurs pérégrinations aventureuses, certains de ces mots dépouillent complètement leur physionomie primitive ; [...] il y a dans ces bizarreries autre chose que de futiles singularités : elles ne sont pas l'opposé du sérieux ; elles sont le corollaire, et, partant, elles ont encore avec l'utile des liens intimes de parenté. Notre livre est donc le vrai dictionnaire de la langue française ; c'est-à-dire qu'il en enseigne les mots non plus comme le font les dictionnaires, au hasard et d'une façon tout empirique, mais il donne la science des mots, comme la grammaire donne la science des règles. Quiconque a étudié cet ouvrage possède la raison des mots. Il les rattache à un nombre limité de mots primordiaux, qu'il ramène eux-mêmes à leur antique origine ; en sorte qu'il sait non seulement ce que veut dire le terme dont il use, mais encore pourquoi ce terme a reçu telle forme ou telle destination plutôt que telle autre; il peut lire enfin, il peut parler. »

  • L'Animal, rêvant, imaginant, communiquant, notre cerveau est à la fois « cheval et cavalier ». À l'aide de cette métaphore et des avancées scientifiques, Roland Jouvent explique que le cerveau humain dispose de structures essentielles pour satisfaire des besoins et survivre, et de capacités « computationnelles » permettant de s'abstraire des contraintes temporelles, spatiales ou physiques. Il démontre aussi que l'imaginaire n'est pas un substitut du réel mais un préalable nécessaire à toute action.

  • L'informatisation a introduit un bouleversement du système productif, des entreprises et des institutions. Dans les entreprises, la main-d'oeuvre est remplacée par le «cerveau d'oeuvre». C'est un moment de transition majeure auquel les acteurs tardent à s'adapter, à l'exception de quelques-uns, «prédateurs», plus agiles et premiers à en tirer parti.
    Comprendre l'informatisation permet de «s'orienter», et donc de savoir où aller. C'est peut-être la condition nécessaire pour avoir une chance de sortir de la crise économique actuelles.

  • Il existe un sentiment « d'identité partagée » chez les fans d'Apple mis en évidence dans des récits et des images sur cette marque qui, de son côté, les cultive avec son logo, ses symboles et ses légendes. Cet ouvrage révèle un objectif majeur de l'entreprise de la Silicon Valley : placer l'individu au centre d'une vision du monde technologique et répondre à ses désirs, rêves et ambitions personnelles par une offre de produits informatiques. Voici donc une enquête passionnante sur ces groupies de la marque à la pomme à travers les réseaux sociaux, unies par une même passion : le culte de la marque Apple et de son héros, Steve Jobs.Rossella Rega est une enseignante-chercheur italienne. Ses recherches portent sur les formes de communication des acteurs politiques et sur leurs transformations liées au développement des réseaux sociaux. Elle est l'auteur de plusieurs publications sur ces sujets, notamment sur le phénomène Twitter et Matteo Renzi, sur les élections italiennes de 2013 ou sur les nouvelles formes d'engagement et de participation citoyenne.

  • La technique, fait social, ne s'inscrit pas dans une histoire déterminée par la recherche de l'efficacité, l'ouvrage le démontre en évoquant les voies choisies par diverses civilisations. Mais la chaleur comme puissance motrice ouvre, de manière inattendue, au XIXe siècle une nouvelle trajectoire thermo-industrielle. L'innovation technique se fige dès lors dans une prédation accentuée de la nature, qui aujourd'hui concerne même les énergies renouvelables. Une nouvelle trajectoire de rupture s'avère nécessaire dans le cadre d'une pacification de nos rapports avec la nature.

  • Victor Delbos [1862-1916] était un philosophe et un historien de la philosophie et des philosophes. Son essai sur Kant reste une référence. Son texte sur Spinoza également. À sa mort, au milieu de la Grande Guerre, il laissait une rédaction complète de dix-sept leçons d'un cours consacré aux plus grands noms de la philosophie française: de Descartes à Saint-Simon et Auguste Comte, sans oublier Montesquieu Voltaire, Rousseau, Maine de Biran et bien d'autres. Maurice Blondel se chargera de la publication de l'ouvrage qui voit le jour en 1919 chez Plon-Nourrit. Victor Delbos, selon ses propres mots, comptait «renouer notre tradition philosophique de façon plus étroite et rentrer dans la pensée française pour montrer qu'elle a en elle assez de ressources pour se développer et se renouveler avec ses caractères propres [...] sans se laisser conduire». Texte clair et limpide, d'une grande pédagogie et acuité La philosophie française était absente des librairies depuis près d'un siècle. Dans leur première livraison de la réédition complète de l'ouvrage les Editions Manucius reprennent les chapitres consacrés à Descartes (chap. II) et Pascal (chap. III).

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