Presses Universitaires de France

  • La situation est inédite. Jamais, dans l'histoire de l'humanité, nous n'avons disposé d'autant d'informations et jamais nous n'avons eu autant de temps libre pour y puiser loisir et connaissance du monde. Nos prédécesseurs en avaient rêvé : la science et la technologie libéreraient l'humanité. Mais ce rêve risque désormais de tourner au cauchemar. Le déferlement d'informations a entraîné une concurrence généralisée de toutes les idées, une dérégulation du « marché cognitif » qui a une fâcheuse conséquence : capter, souvent pour le pire, le précieux trésor de notre attention. Nos esprits subissent l'envoûtement des écrans et s'abandonnent aux mille visages de la déraison. Victime d'un pillage en règle, notre esprit est au coeur d'un enjeu dont dépend notre avenir. Ce contexte inquiétant dévoile certaines des aspirations profondes de l'humanité. L'heure de la confrontation avec notre propre nature aurait-elle sonné ? De la façon dont nous réagirons dépendront les possibilités d'échapper à ce qu'il faut bien appeler une menace civilisationnelle. C'est le récit de cet enjeu historique que propose le nouveau livre événement de Gérald Bronner. Gérald Bronner est professeur de sociologie à l'Université de Paris, membre de l'Académie des technologies et de l'Académie nationale de médecine. Il a publié plusieurs ouvrages couronnés par de nombreux prix. Son dernier ouvrage paru est Cabinet de curiosités sociales (collection « Quadrige », Puf, 2020).

  • L'histoire n'est pas une réalité brute, mais surtout, le récit que l'on en fait, à l'échelle individuelle comme à l'échelle des groupes et des sociétés, pour donner sens au temps, au temps vécu, au temps qui passe. Jadis, le sens était tout trouvé : il avait pour nom(s) Dieu, Salut, Providence ou, pour les plus savants, Théodicée. À l'orée du XXe siècle, la lecture religieuse n'est plus crédible, dans le contexte de déprise religieuse qui caractérise l'Occident - l'Europe au premier chef. La question du sens (« de la vie », « de l'histoire »...) en devient brûlante et douloureuse, comme en témoignent les oeuvres littéraires et philosophiques du premier XXe siècle, notamment après ce summum d'absurdité qu'aura constitué la mort de masse de la Grande Guerre. La littérature entra en crise, ainsi que la philosophie et la « pensée européenne » (Husserl). On ne peut guère comprendre le fascisme, le nazisme, le communisme, le national-traditionnalisme mais aussi le « libéralisme » et ses avatars sans prendre en compte cette dimension, essentielle, de donation et de dotation de sens - à l'existence collective comme aux existences individuelles -, sans oublier les tentatives de sauvetage catholique ni, toujours très utile, celles du complotisme. Au rebours de l'opposition abrupte entre discours et pratiques, ou de celle qui distingue histoire et métahistoire, il s'agit d'entrer de plain-pied dans l'histoire de notre temps en éclairant la façon dont nous habitons le temps en tentant de lui donner sens.

  • Des vertus, on ne parle plus guère. Cela ne signifie pas que nous n'en ayons plus besoin, ni ne nous autorise à y renoncer. Mieux vaut enseigner les vertus, disait Spinoza, que condamner les vices : mieux vaut la joie que la tristesse, mieux vaut l'admiration que le mépris, mieux vaut l'exemple que la honte. De la politesse à l'amour, dix-huit chapitres sur les vertus, celles qui nous manquent parfois, celles qui nous éclairent. Il ne s'agit pas de donner des leçons de morale, mais d'aider chacun à devenir son propre maître et son unique juge. Il n'y a pas de bien en soi : le bien n'existe pas, il est à faire et c'est ce qu'on appelle les vertus.

  • En 1974, apparait pour la première fois le mot « écoféminisme » sous la plume de Françoise d'Eaubonne dans son ouvrage Le féminisme ou la mort. Avec ce mot, elle exprime un appel à un « nouvel humanisme » pour sortir du « système mâle », responsable de la domination des femmes et de la destruction de la nature. Françoise d'Eaubonne propose une lecture écologique du féminisme tout autant destinée aux mouvements féministes en France qu'à ceux de l'écologie politique des années 70. Ce texte offre les clés de lecture pour comprendre et identifier les racines communes de la surexploitation des femmes et de la destruction de la nature. Il est aussi une invitation à détruire la structure du pouvoir patriarcal pour voir s'élever « la gestion égalitaire d'un monde à renaître ». Il permet de situer la pensée de Françoise d'Eaubonne dans le contexte féministe et écologiste de l'époque et son actualité. « Le temps de l'écoféminisme », dernier chapitre du Féminisme ou la mort, est également commenté en présentant les fondements de l'écoféminisme de cet autrice.

  • Deux artistes de deux pays et deux générations très différentes, Ken Loach et Edouard Louis, échangent sur l'art, le cinéma, la littérature et leur rôle aujourd'hui. Comment l'art peut-il, notamment, poser et repenser la question de la violence de classe ? Comment représenter les classes populaires comme ont tenté de le faire les deux auteurs du présent livre dans leur travail ? Et quel est le rôle de l'art dans un contexte politique mondial où les plus précaires se tournent vers l'extrême-droite ? Comment repenser la gauche pour défaire cette tendance, palpable tant dans la montée du Front National, que dans l'ascension de Trump, ou encore de Bolsonaro ? En confrontant leurs réflexions, et à partir de leurs oeuvres, Loach et Louis tentent de répondre à ces questions.

  • « J'aime les définitions. J'y vois davantage qu'un jeu ou qu'un exercice intellectuel : une exigence de la pensée. Pour ne pas se perdre dans la forêt des mots et des idées. Pour trouver son chemin, toujours singulier, vers l'universel. La philosophie a son vocabulaire propre : certains mots qui n'appartiennent qu'à elle, d'autres, plus nombreux, qu'elle emprunte au langage ordinaire, auxquels elle donne un sens plus précis ou plus profond. Cela fait une partie de sa difficulté comme de sa force. Un jargon ? Seulement pour ceux qui ne le connaissent pas ou qui s'en servent mal. Voltaire, à qui j'emprunte mon titre, a su montrer que la clarté, contre la folie des hommes, était plus efficace qu'un discours sibyllin ou abscons. Comment combattre l'obscurantisme par l'obscurité ? La peur, par le terrorisme ? La bêtise, par le snobisme ? Mieux vaut s'adresser à tous, pour aider chacun à penser. La philosophie n'appartient à personne. Qu'elle demande des efforts, du travail, de la réflexion, c'est une évidence. Mais elle ne vaut que par le plaisir qu'elle offre : celui de penser mieux, pour vivre mieux. C'est à quoi ces 2 267 définitions voudraient contribuer. »
    Nouvelle édition intégralement revue et augmentée de 613 nouvelles entrées.

  • Les temps ont changé Nouv.

    De la même façon qu'il existe une physique amusante, l'autrice voudrait pratiquer ici une sociologie amusante, sans prétention scientifique. Faisant le constat que la vie quotidienne a davantage changé depuis sa naissance que durant tout le siècle précédent, elle évoque des objets comme la balance romaine, le filet à crevettes, la couchette de seconde classe, les ventouses ou la gamelle de l'ouvrier, qui nous émeuvent comme les témoins oubliés du monde d'hier. Plutôt que de déplorer la disparition d'une réalité qui fut celle de son enfance, elle s'étonne, s'interroge et prend le parti de l'humour. L'ouvrage distraira agréablement les lecteurs. S'il soulève quelques questions, il n'a pour but que de provoquer un sourire tendre et désabusé. L'auteure souhaite qu'il procure un plaisir identique à celui que l'on prend à feuilleter les merveilleux anciens catalogues de Manufrance.

  • De Jésus, on croit connaître toute l'histoire, de la naissance à la mort, et même au-delà. Rien n'est moins sûr : comment vivait réellement Jésus de Nazareth ? À quoi pouvait ressembler une journée de cet homme inclassable, ni prêtre ni sage, aux confins de l'Empire romain, aux toutes premières heures de notre ère ?
    Ce livre n'est pas une biographie de Jésus. C'est le récit de ce que pouvait être son quotidien ainsi que celui de son entourage, amis comme adversaires. Régis Burnet propose de comprendre qui fut Jésus en nous décrivant son monde - matériel, politique, culturel, religieux et social. C'est tout un univers qui est ainsi mis au jour. En mêlant narration et explication, érudition et récit, l'auteur fournit des clefs pour comprendre non seulement ce personnage inclassable, mais aussi ceux qui le suivent ou le combattent.
    L'auteur aborde également, de manière aisée et passionnante, les grands problèmes d'interprétation qui ne cessent de nous agiter : que pensaient les contemporains de lui? quelles relations avait Jésus avec la communauté juive ? qui sont les apôtres ? qu'est-ce qu'un miracle ? pourquoi tout cela va-t-il mal finir pour Jésus ? quel est son message ?

  • Que signifie le terme « socialisme » en ce début du XXIe siècle ? Où et comment sont nés les divers projets socialistes au XIXe siècle ? Quelles furent leurs destinées selon les pays ? Le socialisme a-t-il un avenir, et si oui sous quelles formes ? Cet ouvrage entend analyser les multiples réalités auxquelles renvoie le terme « socialisme » au cours des deux derniers siècles, en cherchant à rendre compte de la façon la plus exhaustive possible des développements théoriques comme des expériences historiques concrètes. Il ne sera pas question de valoriser ou dévaloriser telle ou telle forme de socialisme, mais d'examiner la diversité des pratiques et des idées. De la social-démocratie à l'extrême gauche, des plus gestionnaires aux plus contestataires, tous les courants y ont leur place. Cette histoire globale se présente sous la forme d'un dictionnaire avec trois grandes parties : « Les mots du socialisme » (partie conceptuelle), « Moments » (grandes dates), « Figures » (personnages historiques). Cet ouvrage s'adresse aussi bien aux spécialistes des questions politiques qu'à un public plus large.

  • La Poétique de l'espace explore, à travers les images littéraires, la dimension imaginaire de notre relation à l'espace, en se focalisant sur les espaces du bonheur intime. Le « philosophe-poète » que fût Gaston Bachelard entend ainsi aider ses lecteurs à mieux habiter le monde, grâce aux puissances de l'imagination et, plus précisément, de la rêverie. Aussi l'ouvrage propose-t-il tout d'abord une suite de variations poético-philosophiques sur le thème fondamental de la Maison, de celle de l'être humain aux « maisons animales » comme la coquille ou le nid, en passant par ces « maisons des choses » que sont les tiroirs, les armoires et les coffres. Il ouvre de la sorte une ample réflexion sur l'art d'habiter le monde, impliquant une dialectique de la miniature et de l'immensité, puis du dedans et du dehors, qui s'achève par une méditation des images de la plénitude heureuse, condensant les enjeux anthropologiques, métaphysiques et éthiques de cette oeuvre sans précédent.

  • Dans les épreuves et les violences du monde contemporain. l'invivable est la pointe extrême de la souffrance, de l'injustice, et du soin qui peut et doit y répondre. Mais qu'est-ce qui est invivable ? Puisqu'il exige immédiatement une action et un soin, comment s'en prémunir et le réparer? Judith Butler critique les normes qui rendent des vies « précaires » et « invivables » (depuis Trouble dans le genre), mais sans pour autant la lier à une philosophie de « la vie » ou du « soin ». Frédéric Worms, de son côté revendique un « vitalisme critique », pour lequel tout ce qui cause la mort relève de la vie, mais d'une manière différenciée selon les vivants, de sorte que « l'invivable » qui tue quelque chose en nous, reste littéralement vital et révèle la spécificité des vivants humains. Mais tous les deux voient dans la différence entre le vivable et l'invivable le fondement critique pour une pratique contemporaine du soin. Pour l'un et pour l'autre, le soin complet rendra la vie humaine vivable, « plus que vivante ». Il faut s'appuyer pour cela sur les pratiques concrètes des humains confrontés à l'invivable, les réfugiés dans le monde contemporain, les témoins et les écrivains des violations du passé. Ce sont eux qui nous apprennent et nous transmettent ce qui dans l'invivable est insoutenable, mais aussi indubitable, et ce qui permet d'y résister. Un dialogue transcrit et traduit d'une séance tenue à l'Ecole normale supérieure.

  • Comment se fait le choix de la Résistance dans la France occupée ? Qui sont ces hommes et ces femmes qui ont décidé, un jour, de s'engager dans la Résistance, de lutter contre l'occupant allemand et le régime nazi ? À travers 15 portraits d'hommes et de femmes, résistants connus (Henri Frenay, Germaine Tillion) ou inconnus, Fabrice Grenard tente d'approcher au plus près ce mystère de l'engagement. Il fait droit à la diversité des Résistants - jeunes d'à peine 18 ans, militaire, communiste, prêtre catholique, intellectuel, paysan, parisiens, provinciaux, hommes, femmes, et même famille entière, blancs, noirs, nobles, ouvriers -, et aux différentes formes que pouvait prendre la Résistance : armée secrète, passage en zone libre, journal clandestin et contre-propagande, maquis, FFI, Français Libres, à Londres, à Paris, dans le Vercors... Ce livre donne un visage à la Résistance. Il essaie d'en restituer l'esprit, les actions et le quotidien. C'est la véritable histoire de l'armée des ombres, écrite cette fois, non par un romancier, même s'il fut de l'envergure de Kessel, mais par un historien, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale.

  • La modernité est née de l'affirmation que la nature se réduisait à un agrégat de particules mécaniques auquel les êtres humains étaient par nature et par destinée étrangers. Quelques siècles plus tard, nous sommes sous la menace de chocs et d'effondrements successifs : que l'essor impulsé par le mécanisme moderne a fini par susciter les conditions de son propre dépassement, par rendre insoutenable les dualismes qu'il avait produits. Alors que l'on a cherché à réduire la pensée et le pensable aux seules représentations subjectives humaines, ils ne cessent d'affleurer de toutes parts... avec l'intelligence animale, avec les plantes, la sylvothérapie. C'est cette réaffirmation de la pensée, indissociable du vivant et de la matière, qu'on cherche ici à comprendre, dans le cadre d'une construction métaphysique connue sous le nom de « monisme réflexif ». Ce livre est une contribution philosophique à un réenchantement du monde.

  • Défendre les libertés publiques Nouv.

    La démocratie ne l'a pas emporté une fois pour toutes, y compris dans les pays occidentaux où elle pourrait sembler la mieux assurée. L'emballement des politiques sécuritaires sous le choc du terrorisme, la progression des nationalismes et de la défiance à l'égard des minorités et des migrants, le développement de nouvelles techniques de surveillance et de traçage des populations, toujours plus véloces que les textes législatifs qui devraient en règlementer les applications, l'impatience des exécutifs qui veulent afficher toujours plus vite leur bilan, même s'il faut pour cela contourner ou bousculer les Parlements, l'ont montré au cours des dernières années. Il est utile d'en citer des exemples pour rappeler avec eux que la démocratie est un bien fragile, qui ne peut être conservé sans vigilance ni engagement constant des citoyens.
    C'est à décrire les fragilités et les menaces aujourd'hui les plus manifestes, en France, en Italie, en Suisse, en Espagne, que s'attachent les textes de ce livre d'intervention et de mobilisation, mais aussi à recenser les forces militantes et citoyennes nouvelles qui semblent capables de leur apporter une réponse collective. Il y a urgence.
    Avec Mireille Delmas-Marty, Jean-Marie Delarue, William Bourdon, Etienne Piguet, Miguel Gotor, Francesca Romana Guarnieri et Michaël Foessel.

  • Le livre fait le point sur la désobéissance civile et l'état de nécessité, juridiquement, historiquement et philosophiquement. Il rassemble des témoignages, des plaidoiries exemplaires et des jugements, des argumentaires et analyses en faveur de la désobéissance civile et des éclaircissements en matière de doctrine, tant en ce qui concerne l'engagement juridique de l'état de nécessité que le rôle du juge. Il permet de comprendre les limites, les raisons et la fonction des actions de désobéissance civile. Il met en lumière la pertinence de l'argument de l'état de nécessité dans le contexte qui nous échoit désormais. Dans un style précis mais accessible, il est utile à toute personne, qu'elle soit juriste, politiste, militante, journaliste, et à toute citoyenne ou citoyen qui veut réfléchir sur ces sujets.

  • Tombé presque par hasard sur l'année 1938, un philosophe inquiet du présent est allé de surprise en surprise. Au-delà de ce qui est bien connu (les accords de Munich et la supposée «faiblesse des démocraties »), il a découvert des faits, mais aussi une langue, une logique et des obsessions étrangement parallèles à ce que nous vivons aujourd'hui. L'abandon de la politique du Front populaire, une demande insatiable d'autorité, les appels de plus en plus incantatoires à la démocratie contre la montée des nationalismes, une immense fatigue à l'égard du droit et de la justice : l'auteur a trouvé dans ce passé une image de notre présent. Récidive ne raconte pas l'histoire de l'avant-guerre. Il n'entonne pas non plus le couplet attendu du « retour des années 30 ». Les événements ne se répètent pas, mais il arrive que la manière de les interpréter traverse la différence des temps. En ce sens, les défaites anciennes de la démocratie peuvent nous renseigner sur les nôtres. Récidive est le récit d'un trouble : pourquoi 1938 nous éclaire-t-elle tant sur le présent ?

  • Le 16 octobre 2020, la décapitation de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie dans un collège de banlieue parisienne, a constitué un nouveau cap pour le contentieux terroriste islamiste en France, provoquant une sidération générale. Treize jours plus tard, trois personnes perdaient la vie dans une église à Nice et le Moyen-Orient s'embrasait jusqu'à livrer une guerre d'idées à la France et à son Président, pour blasphème. Ces événements ont confirmé pour l'auteure la nécessité de réhabiliter le coeur de ce que l'idéologie islamiste tend à détruire : le sens des mots, du langage et donc de notre humanité. Ce livre repense la crise de l'expression et du langage que l'idéologie salafo-jihadiste met en lumière depuis son apparition sur le territoire français. À partir de l'analyse de l'expression populaire « J'vous l'jure sur le Coran de la Mecque », l'auteure dévoile l'existence d'une béance, d'un trou identitaire. Son usage révèle une quête de référencement à une culture mal connue mais également la béance existant entre un individu et sa religion. Face à ce trou, des « entrepreneurs religieux », qu'ils soient Frères musulmans, salafistes, tablighis ou jihadistes, ont investi le champ laissé par ce qui n'a pas été inscrit dans le récit familial comme national. L'islamisme masque les trous présents dans l'islamité fracturée et mal représentée en France, dans l'arabité encore abimée par le passé colonial, mais témoigne aussi d'un désir d'existence dans un monde ordonnancé par les Autres. À défaut de pouvoir refermer le trou d'un passé meurtri, quelques propositions tentent de dépasser la logique de haine associée à la mémoire du monde arabo-musulman, pour reconstruire un espace où l'histoire et les mots se réconcilient.

  • Charles Quint, prince et héritier des illustres ducs de Bourgogne, éduqué dans l'effervescence culturelle des Pays-Bas de la Renaissance à la veille de la Réforme protestante, est le premier et l'unique empereur espagnol, dans une péninsule Ibérique dont il ignore tout au début de son règne, à commencer par les langues et les usages. Élu Empereur du Saint-Empire romain germanique, il rassemble sous sa souveraineté plus de terres qu'aucun autre monarque avant ou après lui, et règne sur l'Ancien comme le Nouveau Monde. Ses armées, en écrasant François Ier à Pavie en 1525, écartent la menace française en Italie, mais il lui reste à affronter bien d'autres adversaires, de l'Empire ottoman aux protestants allemands. Vieilli prématurément, épuisé par ces longues luttes et contraint de reconnaître son incapacité à maintenir l'unité de la Chrétienté, Charles Quint décide finalement d'abdiquer, à cinquante-cinq ans, pour se retirer dans un monastère. Telle est la fin théâtrale d'un souverain qui renonce alors à un monde dans lequel il ne trouve plus sa place mais jamais à ses valeurs de prince humaniste.

  • Qu'y a-t-il de commun entre le petit Grégory, Alfred Jarry, Jack L'Éventreur, Ronald Reagan, David Bowie, Edgar Allan Poe, Nicolas Sarkozy, Vincent Van Gogh, Martin Shkreli, Philip K. Dick, Nelson Mandela, Otis Redding, ou André Breton ? Qu'ont-ils en commun, ces individus hantant le vingtième siècle comme s'il était un théâtre grinçant ? La réponse est peut-être que, sans eux, l'histoire de ce siècle - notre histoire - serait incompréhensible. Car il y a les récits de manuels, avec ses grands hommes et ses grands événements. Et puis il y a le reste - les légendes dont est tissée la réalité, et qu'on ne peut raconter qu'au coin du feu ou dans l'ombre d'une porte, de peur de passer pour fou. Pacôme Thiellement n'a pas peur de la folie. Et lorsqu'il choisit de raconter « son » vingtième siècle, c'est à travers le plus étonnant des réseaux de correspondance, où la poésie fait écho au fait divers, les stars médiatiques à d'obscures préoccupations mystiques, et les nobles déclarations politiques aux tentatives incessantes de rendre la vie des humains impossible. Qu'y a-t-il donc de commun entre toutes ces figures ? Elles cherchèrent toutes à faire de la question « Qu'est-ce que vivre ? » celle du siècle lui-même.

  • La Chine et le monde musulman représentent aujourd'hui environ la moitié de l'humanité. L'histoire de leurs relations est ancienne. Elles sont à l'origine de constructions impériales et de phénomènes d'acculturation qui ont façonné l'Eurasie et le Moyen-Orient. Leurs échanges se développent aux XIIIe et XIVe siècles sous l'impulsion de dynasties mongoles. Le choc de la modernité européenne a modifié les rapports de force, mais il n'a pas été suivi d'une démocratisation ou d'une occidentalisation de ces sociétés. De puissantes résistances s'y opposent. Atavismes ou traditions politiques réinventées semblent légitimer l'adhésion à des valeurs communes et des gouvernances autoritaires. En réalité, chaque acteur fait preuve d'un inépuisable pragmatisme avec des moyens de pression qui vont de la guérilla aux leviers idéologiques les plus divers.

  • Cet ouvrage a pour ambition de donner une portée clinique et politique à l'aphorisme « Céder n'est pas consentir ». Il démontre la profondeur de cette distinction, en s'appuyant sur la psychanalyse, la philosophie et la littérature. Le consentement porte toujours en lui une énigme, car consentir, c'est dire « oui », sans savoir, sur fond d'un pacte de confiance avec l'autre. Ce fondement énigmatique du consentement, qui peut aussi comporter une ambiguïté, ne doit pas être confondu avec le forçage. Cet essai pose donc la nécessité éthique d'affirmer une frontière entre « consentir » et « céder » en distinguant l'énigme du consentement comme expérience subjective, de l'expérience du traumatisme sexuel et psychique. Examinant les différents degrés du « se laisser faire », depuis l'expérience de la passion amoureuse jusqu'à celle d'un « se forcer soi-même à faire ce qu'on ne désire pas », Clotilde Leguil montre comment la frontière peut devenir trouble. Traumatisme de guerre, traumatisme intime, comment revenir de ce qui s'est produit ? Comment à nouveau consentir à dire ? S'inscrivant dans l'actualité du mouvement metoo, des collages anti-féminicides, et de la parution du récit événement de Vanessa Springora, cet essai, clinique et politique, fait valoir la nécessité de retrouve une langue à soi, pour pouvoir dire « je » à nouveau.

  • Ce que nous nommons la croissance aujourd'hui est en fait une excroissance, une prolifération qui détruit l'organisme social. D'une vitalité inexplicable et mortelle, ces excès métastasent et prolifèrent à l'infini. Arrivée à un certain stade, la production devient destructrice. Le capitalisme a depuis longtemps dépassé ce point critique. Ses pouvoirs destructeurs produisent non seulement des catastrophes écologiques ou sociales, mais aussi des catastrophes mentales. Les effets dévastateurs du capitalisme suggèrent l'influence d'une pulsion de mort. Sigmund Freud n'a initialement introduit le concept de pulsion de mort qu'après bien des hésitations. Il avoua immédiatement après qu'il « ne pouvait pas penser autrement » car ce concept avait acquis un grand pouvoir sur lui. Penser le capitalisme aujourd'hui ne peut se faire sans l'acceptation de cette pulsion.
    Traduction de l'allemand par Olivier Mannoni

  • Ce livre rassemble quatorze portraits d'électrices et d'électeurs. Construit à partir d'entretiens approfondis et répétés, menés par une équipe de politistes et de sociologues entre 2016 et 2021, chacun de ces portraits raconte une existence et une façon d'être électeur dans la France contemporaine. À rebours des analyses qui font de l'acte de vote une évidence, ces portraits retracent le cheminement, à la fois singulier et collectif, parfois tortueux et jamais simple, que suppose la décision de donner sa voix à tel candidat plutôt qu'à un autre. Les quatorze itinéraires de vie qu'explore ce livre sont diversement articulés à la politique. Ceux qui se sont prêtés au jeu de l'enquête ont fait part de leurs convictions, et de leurs hésitations, des petites raisons ou des grandes résolutions qui ont progressivement donné sens à leur vote. Un sens souvent machinal, traduisant la persistance de préférences politiques anciennes que la configuration des options proposées peut toutefois mettre à l'épreuve. D'autres fois, un sens moins prévisible, exprimant une inclination nouvelle voire inattendue, qui se cristallise dans la tension du moment électoral et se dissipera peut-être avec elle. Mais, il ressort de chaque portrait tout ce que ce « choix », en apparence intime, doit à l'univers de vie, aux sociabilités, à la trajectoire biographique, bref à la place qu'occupe chaque électeur dans la société.

  • Le "Tao te king" est attribué à Lao Tseu. Celui-ci aurait rencontré Confucius (550 à 479 av J. C.) contemporain d'Héraclite. Sage déjà vénéré au temps de Confucius, plus âgé que ce dernier, Lao Tseu serait contemporain de Pythagore. Le Tao-Te king, " Livre (king) de la Voie (Tao) et de la Vertu (Te) ", l'ouvrage fondateur du taoïsme philosophique, est attribué à Lao-tseu. Selon la légende, Lao-Tseu aurait rencontré Confucius et lui aurait tenu des propos obscurs, ce qui aurait fait dire à ce dernier que Lao-Tseu était " insaisissable comme un dragon ". Entre légende ou réalité, nul ne peut trancher. Mais reste un livre sacré, lui aussi sibyllin, que Marcel Conche, grand philosophe contemporain, a traduit et commenté pour nous, afin d'éclaircir la Voie taoïste de la sagesse en rapprochant la philosophie orientale, qui nous est souvent étrangère, de la philosophie des Antésocratiques, dont Lao-Tseu aurait été le contemporain. En guise d'introduction au texte intégral, Marcel Conche distingue et développe les principaux points de la philosophie taoïste, afin de baliser la lecture de ce texte ardu et essentiel de points de lumière indispensables à la compréhension du texte. Puis, au gré de réflexions, il s'ancre sur certaines notions qu'il développe, comme le rapport de la violence et de la civilisation, et compare aux autres points de vue philosophiques.M. Conche commente le sens du livre, la sagesse, comment l'acquérir selon Lao Tseu. Les éclaircissements apportés permettent enfin de comprendre et d'assimiler les principes de la philosophie taoïste, et font du Tao-Te king un livre accessible digne de figurer parmi les classiques de la philosophie antique. Le Tao-Te king enrichit la pensée occidentale de points de vue différents, d'un autre âge et d'une autre aire culturelle, qui peuvent nous aider à penser les problèmes de notre temps et de notre culture.

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