Presses de l´Université Saint-Louis

  • Ce livre rend possible la rencontre entre deux réalités différentes mais intuitivement proches : le coopérativisme et la doctrine sociale de l'Église. Enzo Pezzini retient le terme de « coïncidence doctrinale » pour qualifier cette rencontre. Mais il parle également d'un « esprit » commun à ces deux réalités, un esprit qui prend une forme profane dans un cas et religieuse dans l'autre. Or la coïncidence doctrinale, insufflée par un même esprit, devient résonance musicale. C'est ainsi que ce travail peut être lu comme une composition pour deux instruments qui se répondent l'un à l'autre de page en page. Il s'agit d'une mise en résonance minutieuse et rigoureuse où chaque instrument est sollicité et mobilisé avec ce qu'il a de plus propre. Le coopérativisme rentre ainsi en scène avec ses principes, sa réalité historique et les idées diverses qui l'ont nourri. La doctrine sociale de l'Église est entendue à travers les différents textes qui la composent mais également la voix de quelques « figures chrétiennes emblématiques ». Les notes jouées par chaque instrument se font ainsi écho progressivement : sans se confondre, elles font entendre une même musique, harmonieuse et porteuse d'une même utopie, celle d'une société marquée par la co-opération plutôt que par la concurrence. (extrait de la postface d'Elena Lasida)

  • Marquant un décalage à l'égard d'une littérature massivement consacrée à la définition et à la justification critique de la peine, ce volume vise à interroger la pluralité de(s) sens de la peine, à partir d'une réflexion sur la double polysémie des « sens » de la « peine ». Sont ainsi élucidés les sens social, politique ou civique de la peine imposée (1), la dimension sensible de la peine vécue (2) et l'orientation donnée au phénomène pénal (3). Le pari est ici que la distinction entre ces trois acceptions permet de dépasser la dénonciation de nos pratiques pénales contemporaines « insensées » : c'est en une pluralité de sens que doit se dresser ce constat et se dire ce déficit de sens - tant scientifiquement, par une dialectique entre disciplines et points de vue, que politiquement, au nom de la démocratie.

  • La catégorie moderne de la légalité vit depuis longtemps une profonde crise d'identité. Selon l'auteur, il ne s'agit pas simplement d'une crise d'effectivité, mais d'une crise bien plus profonde, qui ne se manifeste pas seulement par la dissociation du modèle de la réalité, mais qui bouleverse le modèle théorique lui-même, signe d'une crise encore plus radicale qui concerne tout le paradigme juridique au sein duquel elle a été conçue. Après avoir tracé les contours de ce paradigme et mis en lumière l'aporie du principe moderne de la légalité, l'auteur nous montre, en s'appuyant sur la révolution constitutionnelle de l'après Seconde Guerre mondiale et en faisant le détour par les territoires du droit européen, que ceux qui semblent être des chemins interrompus de la légalité s'avèrent être, en réalité, les chemins encore peu explorés d'une nouvelle légalité dont il brosse le portrait.

  • La notion d'identification appartient au langage courant et à celui de la psychologie. Elle désigne généralement un phénomène propre à la relation avec autrui et son usage recoupe celui de notions telles que l'imitation, la sympathie, la participation affective, la contagion mentale. L'expérience et l'écriture freudiennes ont produit une mutation dans ce champ sémantique de l'intersubjectivité. En psychanalyse, l'identification ressortit aux processus inconscients ; elle obéit à des lois qui subvertissent les données de la psychologie empirique et philosophique. Ce travail d'analyse et de déconstruction du langage et, par conséquent, de l'expérience, est suivi dans le présent ouvrage en serrant au plus près les textes de Freud. Que l'identification y apparaisse d'emblée comme un processus de formation de symptômes et une modalité du refoulement, suffit à indiquer la direction et l'enjeu de la recherche psychanalytique. À mesure que se développent pour Freud la pratique clinique et sa conceptualisation, l'identification se trouve prise dans un réseau de plus en plus complexe de concepts : l'inconscient, la sexualité, les vicissitudes pulsionnelles, le narcissisme, la répétition, la pulsion de mort, l'oedipe, la castration. Ce livre s'efforce de montrer la solidarité de l'élaboration du concept d'identification avec le mouvement des remaniements de la problématique freudienne dans sa singulière histoire, en indiquant les questions que Freud a laissées ouvertes, inachevées, et la manière dont les psychanalystes, aujourd'hui, tentent d'en poursuivre l'énonciation.

  • L'histoire du groupe « Socialisme ou Barbarie » ressemble à celle de toutes les avant-gardes : extrêmement isolé durant son existence (1949-1967), il est devenu quasi-mythique aujourd'hui sans que son apport théorique soit mieux connu. Ses analyses de la bureaucratie n'ont guère été lues par les courants de la gauche critique, et s'il a influencé la mise en cause du marxisme dans le champ intellectuel français à la fin des années 1970, c'est au prix d'une dénaturation profonde de ses idées dans la mesure où elle n'avait comme objectif que de dénoncer le totalitarisme communiste, passant sous silence ses critiques du capitalisme. S'il paraît impossible de saisir la part exacte qui revient à Castoriadis dans ces influences, du moins peut-on cerner son apport comme penseur original en tâchant de prendre la mesure des spécificités de son oeuvre par opposition à celles de ceux qui l'ont côtoyé. Une chose, en effet, est l'accord sur l'analyse des systèmes bureaucratiques - qu'ils soient staliniens ou capitalistes -, une autre les propositions concrètes et les affirmations positives que l'on peut en tirer.

  • Indicateur sensible des changements de la punitivité dans le monde occidental, l'usage de la prison n'en finit pas de croître depuis une trentaine d'années ; dans le même temps, la critique de la prison et la démonstration de ses impossibilités ont rarement été aussi nourries par les expériences et analyses de ceux qui, à divers titres, côtoient l'univers carcéral. Les enjeux contemporains de la prison se déclinent autour de ce paradoxe. Mise en chantier en 1996, une législation destinée à encadrer l'exécution des peines privatives de liberté a été adoptée en 2005. Si cette loi confirme le mouvement de judiciarisation et de juridicisation impulsé dans les années 1970 en vue de la reconnaissance des droits des détenus, les modalités de sa mise en oeuvre montrent plutôt qu'elle est avant tout une nouvelle source de légitimation de l'institution, de plus en plus réduite, pour le reste, à ses fonctions de neutralisation dans un contexte de punitivité accrue. À cette critique est opposée l'impossibilité de mettre en oeuvre une telle loi face à la situation de surpopulation qui caractérise nombre d'établissements pénitentiaires belges. Le constat est loin d'être faux, mais il ne doit pas pour autant occulter d'autres obstacles, parfois plus fondamentaux, que permet de discerner l'examen des principaux objectifs liés à la réhabilitation, que sa forme soit ancienne - la réinsertion - ou nouvelle - déclinée sur le mode de la réparation ou de la responsabilisation. Face à ce qu'un collectif d'agents de l'administration pénitentiaire avait appelé « l'impossible réforme des prisons », il faut alors revenir sur la question de l'abolition de la prison.

  • Longtemps restés confidentiels, les domaines de l'histoire du droit et de la justice coloniale connaissent aujourd'hui une activité importante. Celle-ci est portée par l'effet conjoint de l'attention nouvelle qu'y portent les historiens du droit, du renouvellement des études africaines et coloniales francophones et de la visibilité récente que leur a apporté le cinquantenaire des indépendances africaines. Les historiens africanistes et les historiens du droit s'interrogent de concert sur les modes de production et de transformation du droit colonial et de la justice coloniale. Ces réalités les renvoient à la plasticité du droit, de l'administration comme des pratiques judiciaires dans le cadre de la rencontre coloniale où des intérêts gouvernementaux font face à des contraintes culturelles et territoriales locales inédites (coutumes, populations locales en résistance, difficile maîtrise du territoire, etc.). Les huit contributions de cet ouvrage interrogent les modes de production et d'évolution du droit et de la justice. Dans quelle mesure crée-t-on du neuf ? Recycle-t-on, adapte-t-on l'ancien, les héritages de métropole ? Par ailleurs, on peut observer le processus de création à l'oeuvre, et s'interroger sur les contextes propices aux transformations juridiques et judiciaires, ainsi que sur les modes de création en eux-mêmes ; dans quelle mesure le fait colonial est-il un facteur d'innovation juridique, administrative et judiciaire ? Ces questions seront abordées dans une perspective attentive à la multiplicité des expériences et des modes de colonisation.

  • Existe-t-il un « droit naturel procédural » ? Cette terminologie, résolument anti-positiviste, est assumée par Fuller, même s'il précise que son origine n'est pas céleste mais terrestre. Le droit est compris comme une entreprise visant à soumettre le comportement humain à la gouvernance de règles et l'existence même d'un système juridique dépend du respect minimal de huit exigences essentielles : les règles de droit doivent être générales, intelligibles, stables, ni rétroactives ni contradictoires, être publiées, ne pas exiger l'impossible de ses destinataires et, enfin, être appliquées par les autorités publiques. La moralité du droit est un classique de la théorie du droit anglo-saxonne, au même titre que Le concept de droit de Hart ou L'empire du droit de Dworkin.

  • Depuis Droit, mythe et raison (1980) écrit avec Jacques Lenoble jusqu'aux récents À quoi sert le droit ? Usages, fonctions et finalités (2016) ou Le droit, objet de passions (2018), François Ost ne cesse de questionner les rapports de nos sociétés au droit et la place de celui-ci dans nos sociétés contemporaines. Avec Le droit malgré tout, il s'agit de rendre hommage à l'oeuvre et à la carrière d'une figure centrale de la théorie du droit contemporaine et aussi au fondateur, avec le regretté Michel Van De Kerchove, de ce que l'on appelle parfois « l'école de Saint-Louis ». Abordant les deux pôles de la dialectique à laquelle François Ost est si attaché - la critique et la reconstruction -, l'ouvrage propose un regard interdisciplinaire sur le droit, à travers les principaux thèmes qui ont nourri la pensée de l'auteur. Du statut épistémologique de la science du droit à un questionnement sur les fondements et l'avenir du droit et de la justice, des liens qu'entretiennent le droit et la littérature jusqu'à l'environnement saisi par le droit en passant par les « communs », les approches de ses collègues et amis sont toutes réflexives et critiques. En ce qu'elles sont soucieuses de soumettre le droit au regard des sciences sociales et, inversement, les normativités extra-juridiques au regard du droit, elles sont fidèles à la démarche de François Ost. Ce liber amicorum propose aussi un retour réflexif sur son oeuvre par l'auteur lui-même, dans un entretien avec Manuel Atienza.

  • Le présent volume inaugure la série des « Cahiers Castoriadis » qui se donne pour objectif de favoriser un débat interdisciplinaire vivant autour de la pensée de Cornélius Castoriadis. L'oeuvre de Castoriadis est aujourd'hui trop peu connue au regard de la richesse conceptuelle qu'elle recèle et de l'intérêt qu'elle peut dès lors représenter pour d'autres courants philosophiques et pour la plupart des sciences humaines : elle peut enrichir de nombreux débats actuels dans le champ de la philosophie, des études littéraires, de la linguistique, de la psychologie, de l'anthropologie, de l'histoire, des sciences sociales et politiques, des sciences juridiques. Elle est susceptible de provoquer la rencontre interdisciplinaire entre des thématiques de recherches naturellement trop enserrées dans des champs scientifiques institués. Il s'agit donc de profiter des nombreux enjeux de cette oeuvre pour en faire un objet de débat et l'un des « outils » de la pensée contemporaine.

  • Cet ouvrage collectif constitue le quatrième volume des « Cahiers Castoriadis ». Envisager conjointement la praxis et l'institution conduit au coeur même du travail de Castoriadis, permettant ainsi de le saisir dans sa dimension la plus novatrice, laquelle ne va toutefois pas sans risques. Son originalité tient pour partie à sa capacité à affronter sans fard l'aporie que manifeste le rapprochement de ces deux notions.

  • Les ambiguïtés de la mystique ont été soulignées plus d'une fois. Expérience réservée à un petit nombre, ou voie accessible à tous ? Voie d'union à Dieu ou dissolution de l'humain dans le divin ? Identité ou différence entre la connaissance et l'amour ? Excès pathologiques des corps et des esprits, ou subversion des normes et des contraintes sociales ? Naïveté religieuse dans le siècle, ou nette lucidité sur ce qui se joue parmi les hommes et dans les sociétés ? Rappelons donc ces mots de Michel de Certeau : « Comme le sphinx de jadis, la mystique reste le rendez-vous d'une énigme. On la situe sans la classer ». Les études rassemblées dans le présent recueil envisagent ainsi quelques situations de la mystique, et tentent de dégager un rapport pertinent à entretenir avec elle aujourd'hui. Un coup d'oeil sur la table des matières suffit pour percevoir la diversité des approches retenues, montrant qu'on ne procède pas par définitions a priori, ni par synthèse supposée assimilable par la théologie. Incontestablement, les mystiques, femmes et hommes, sont là. Dans l'histoire, jusqu'aujourd'hui, leur désir insiste, suscitant des langages et des pratiques indissociables d'une culture et d'une société, mais sans qu'on puisse jamais les réduire à un besoin religieux préalablement défini. Les figures mystiques évoquées dans ce recueil, de Dag Hammarskjld à Michel de Certeau, de Marguerite Porete à Lalla Maghnia ou Thérèse de Lisieux, laissent chacune transparaître quelque chose qui, dans leur existence singulière, tient à la fois de l'excès et du manque, de la liberté et de la passion. La question que nous renvoient ces mystiques n'est autre que celle de l'amour, lieu imprenable, ni ici ni là, où paradoxalement l'excès et le manque, la liberté et la passion ont rendez-vous. On remarquera que ce sont les sciences dites humaines qui ne négligent pas la mystique, par-delà les conflits qui ont pu les opposer à la théologie dans son étude. En outre, on observera que l'expérience et les recherches féministes entretiennent avec la mystique féminine, de tradition écrite ou orale, un rapport privilégié. Il est significatif que, tant en christianisme qu'en islam, la tradition mystique des femmes, interprêtant elles-mêmes leur expérience, offre des possibilités nouvelles pour sortir des clivages classiques entre mystique et institution, ou entre rationalité et sensibilité. Qu'un intérêt pour la mystique convienne aujourd'hui à quiconque se préoccupe des rapports entre l'humain et Dieu, expérience et interprétation, individu et société, ce recueil espère le montrer. La mystique, en tant que trace et signe d'un excès se dérobant à toute forme d'appropriation de « Dieu », conteste tout profit espéré d'une conversion de l'altérité en valeur. Et ceci, on le comprend, n'est pas sans portée à l'heure où l'autre, humain ou divin, fait si aisément l'objet d'une mise en valeur de soi.

  • Ce volume est le fruit d'une réflexion menée autour du thème de l'affectivité, des émotions, des passions, du désir, dans l'horizon du sens. La relation vivante à autrui et au monde, la condition charnelle et relationnelle de l'homme, l'infinitude de ses aspirations et la finitude de ses réalisations en constituent tout à la fois les présupposés et les données phénoménologiques de base. Mais ce livre est né avant toute chose de l'amitié que Ghislaine Florival a fait naître autour d'elle, qu'elle a pratiquée sans relâche, dont elle vit et dont elle a fait vivre l'Institution qu'elle a servie pendant presque quarante ans. C'est en hommage à son oeuvre et à son action au sein du monde universitaire que ces études ont été composées et rassemblées.

  • Ce livre rassemble les contributions d'auteurs mobilisés par récriture et praticiens d'un champ d'expérience spécifique, lors d'une journée d'étude organisée en 1999 par l'École des Sciences philosophiques et religieuses, sur les pouvoirs de la littérature. Chacun y témoigne dans une langue originale et personnelle, de ce qui constitue le vit de son interrogation actuelle sur la littérature : réserve de sens, ouverture de possibles ? La singularité la plus rigoureuse du point de vue permet de toucher des dimensions fondamentales de la littérature : le paradoxe de l'engagement politique de l'écrivain, plus radical encore lorsqu'il se voue au travail de la fiction (Pierre Mertens) ; la structure auto réflexive du texte johannique (Marc Faessler) ; la quête de l'identité à travers les vicissitudes du mythe moderne de Faust (Françoise Mies) ; les potentialités nouvelles de l'écriture dramatique quand elle se risque au-delà de la fable (Jean-Pierre Sarrazac) ; l'absolu poétique et l'émergence de sens (Georges Thinès) ; la naissance du lecteur (Pascale Tison) et enfin une interrogation critique sur le mode de lecture que requiert l'enseignement de la littérature (Georges Legros).

  • La figure littéraire faustienne est ici traitée dans le cadre d'une recherche portant sur la possibilité (avant tout), la teneur et la portée (ensuite) des relations entre la littérature et le savoir - la littérature articule-t-elle une forme particulière de savoir, irréductible aux discursivités scientifiques mais néanmoins susceptible d'entrer en dialogue avec celles-ci ? Dans l'histoire de la littérature, Faust joue le rôle d'une réflexion proprement littéraire sur la possibilité du savoir et invite ainsi la littérature à creuser ses propres rapports à la connaissance. La littérature ne nous présente pas, sous les traits du Docteur Faust en son cabinet d'études, le simple reflet d'un savoir historiquement constitué, assuré de lui-même, pas plus que le reflet d'un savoir en crise ou d'une connaissance qui échoue à atteindre ses buts. La littérature faustienne n'est justement pas un reflet, mais l'aventure risquée, parce qu'interrogative, d'un savoir qui se découvre à même l'oeuvre littéraire avec Faust, l'homme moderne explore et découvre, fait l'expérience littéraire des possibilités et des implications de son savoir. La figure faustienne n'illustre pas, elle est l'un des moments actifs, l'une des forces opérantes de la constitution moderne de la connaissance.

  • En Belgique, la loi de défense sociale de 1930, modifiée par la loi du 1er juillet 1964, prévoit un régime d'internement pour l'auteur d'un fait qualifié infraction considéré à la fois comme irresponsable sur le plan pénal et dangereux sur le plan social. Cette loi a fait l'objet de nombreuses critiques, portant notamment sur l'ambiguïté de la mesure d'internement, entre soin et sécurité, ou sur les lacunes du soin tant en annexe psychiatrique de prison que dans les établissements de défense sociale. La loi de défense sociale a fait l'objet d'une réforme récente, par une « Loi relative à l'internement des personnes atteintes de trouble mental » du 21 avril 2007 dont l'entrée en vigueur n'est toutefois pas prévue avant 2012. Le régime de défense sociale, tel que prévu par la loi de 1930, est donc actuellement toujours en vigueur. Assez curieusement, peu de recherches empiriques ont été consacrées au fonctionnement concret du régime actuel de la défense sociale : comment se prend la décision qui oriente un inculpé vers le circuit de la défense sociale ? Quels sont les rapports qui se nouent entre le juge et l'expert psychiatre à ce stade de la décision ? Quels types de profils retrouve-t-on en défense sociale ? Quelles sont les trajectoires des personnes internées ? Comment fonctionne l'internement, entre souci de soin et de sécurité ? Quelle différence pour l'interné entre l'annexe psychiatrique de prison et l'établissement de défense sociale ? À quelles conditions concrètes répond la mise en liberté des internés ? Autant de questions auxquelles ce livre, fruit d'une recherche de terrain menée en 2008-2009 en Belgique francophone par une équipe des FUSL, offre un début de réponse. Fondée à titre principal sur une méthode originale d'analyse en groupe d'acteurs et de chercheurs, la recherche dont il est issu propose un éclairage de l'intérieur sur les réalités vécues en défense sociale. Ce livre doit beaucoup à tous les intervenants qui ont accepté de participer à la construction de l'analyse qu'il propose.

  • « Fictions » et « traductions » : deux termes dont l'association paraît évidente, pour peu qu'elle nous évoque l'activité florissante de la traduction littéraire - combien peuvent se vanter de lire toujours en langue originale ? Or cette « évidence naturelle » élude une question cruciale : en deçà de la pratique courante de la traduction des textes littéraires, quel est ce noeud fondamental entre littérature et traduction qui nous révèle que le langage n'est pas seulement communicatif, mais aussi, et même essentiellement, esthétique et poétique ? Comment sommes-nous conduits à penser le rapport fiction-traduction pour que la « littérarité » du littéraire soit possible, et même réelle ? La pratique de la traduction, traditionnellement considérée comme « ancillaire », n'aurait-elle pas un rôle éthico-politique majeur à jouer dans la création du monde contemporain, forcément polyglotte ? Le présent volume tentera de prolonger ces questions par quelques études qui visent ce noeud fondamental entre littérature et traduction.

  • Que peut signifier la notion de vérité pour une pensée de la création ? Telle est, brutalement exprimée, la question qui se pose à la lecture de l'oeuvre de Castoriadis. L'un des aspects les plus novateurs et stimulants de celle-ci est sans doute d'avoir montré que la société, toujours auto-instituée, est à saisir à partir de significations imaginaires qu'elle crée, et qui la structurent en retour : source de sens, elles spécifient notamment ce qui est juste et ce qui est injuste, indiquant par là ce qu'il convient de faire ou non, de telle sorte que leur légitimité semble hors de tout questionnement. Cette remarque, qui suffit à manifester la possibilité de leur mise en cause, souligne que nous vivons dans une société pour laquelle la vérité se comprend, non comme reconnaissance d'un ordre particulier ou accueil d'une révélation, mais bien comme objet de recherche. Le deuil accepté de la saisie de l'Absolu ne conduit pourtant pas Castoriadis à réduire l'objectivité à l'ordre de l'intersubjectivité. La pensée humaine structurée par la logique classique, qu'il nomme ensembliste identitaire, est à même d'énoncer des vérités, assure-t-il. Ainsi, bien qu'échappant à toute structuration possible, l'être serait partiellement appréhendable par un logos spécifique, fruit d'une création historique ; ce qui laisse quelque peu perplexe. N'est-ce pas le lot de toute grande pensée qui, chaque fois, porte un regard neuf sur les domaines du pensable ?

  • Trente ans après la publication des actes d'un premier colloque musico-littéraire (Littérature et musique), ce nouvel ouvrage intitulé Synesthésie et rencontre des arts est le fruit d'une journée d'hommage au professeur Jean Heiderscheidt tenue le mercredi 26 avril 2006 en l'église Sainte-Alix à Bruxelles. Comme le titre le suggère, ce volume est centré autour de la synesthésie, qui désigne la confusion ou l'association que font certains sujets entre deux sensations de nature différente : le plus souvent, il s'agit d'impressions visuelles, surtout colorées, provoquées par des perceptions auditives. Mais elle désigne aussi la simple simultanéité de diverses perceptions chez une ou plusieurs personnes. Déjà Platon se demandait « par quel sens je connais l'union des perceptions des différents sens en un seul objet ». Dans le prolongement de l'idée de sonosphère, l'ornitho-musicologie propose une nouvelle écoute de notre environnement, celle-ci ne pouvant se faire qu'en retrouvant une écoute plus naturelle, plus curieuse et plus émerveillée. Couleurs, synesthésie, architecture naturelle, voilà quelques-uns des thèmes d'un volume que découvrira le lecteur passionné. Les textes en hommage à Jean Heiderscheidt, rappellent son intérêt pour les arts, comme la place du théâtre anglais, au département de langues et littératures modernes germaniques des FUSL, mais aussi son intérêt pour la peinture et son amour des oiseaux.

  • Cet ouvrage présente une réflexion sur le processus dit de justice transitionnelle, c'est-à-dire sur la reconstruction des mécanismes de justice telle qu'entreprise au Burundi depuis la fin des violences fratricides qui ont déchiré le pays pendant plusieurs décennies et du conflit armé qui les a suivies. Il présente tout d'abord le travail mené au Burundi par l'association RCN Justice & Démocratie, basée à Bruxelles et active notamment dans la région des grands lacs africains. Cette ONG a voulu libérer la parole des habitants du pays au moyen de groupes de discussion menés suite à une représentation théâtrale itinérante visant à susciter le dialogue sur le fait de devoir (re)vivre ensemble après la guerre civile. L'ouvrage réunit ensuite les contributions présentées à l'occasion du colloque organisé le 28 mars 2012 à Bujumbura, pour confronter la parole ainsi recueillie auprès de la population burundaise aux avis d'experts burundais et internationaux. Le résultat, parfois surprenant mais toujours passionnant, souligne l'existence discrète quoique vivace de dimensions informelles de la justice transitionnelle telle que mise en place dans les collines, loin des retards et des négociations politiques qui caractérisent le processus formel engagé sous l'égide des Nations unies et qui peine à produire des résultats. Une lecture plurielle de la justice réparatrice dans un État sortant d'un conflit, et l'émergence possible d'un modèle burundais qui gagnerait à être plus largement diffusé. L'ouvrage est accompagné d'un DVD restituant les débats échangés lors du colloque, qui peut être utilisé comme support pédagogique ou comme regard alternatif sur une problématique complexe mais cruciale. Cf. le chapitre de la version éléctronique intitulé : "Annexe. Restitution des débats échangés lors du colloque. Liens vers les vidéos présentes sur le DVD dans l'édition papier"

  • La plupart des juristes ont leur idée sur le sens et l'importance du principe de sécurité juridique et, surtout, leur avis sur le mal qui semble attaquer le droit de toutes parts : l'insécurité juridique. Cet ouvrage a pour ambition de démontrer que les problèmes qui parcourent la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne relative à ce principe peuvent s'expliquer par la façon dont l'histoire des idées l'a façonné. Le recensement des contradictions, imprécisions et ambiguïtés dont la jurisprudence européenne est entachée permet, dans une première partie, d'illustrer le fossé existant entre le discours limpide de la Cour sur le principe et son application, paradoxalement ambiguë, incertaine et imprévisible. L'analyse historique révèle ensuite que le principe de sécurité juridique est traversé par quatre logiques qui se sont construites au fil du temps, parfois depuis l'antiquité, et qui permettent de mieux comprendre la jurisprudence de la Cour de justice. Les deux premières sont liées au fondement du principe (la certitude pour la logique cartésienne et la confiance pour la logique fiduciaire) et les deux autres concernent ses destinataires (le pouvoir en place pour la logique politique et les sujets de droit pour la logique subjective). Enfin, douze suggestions sont formulées afin d'améliorer l'utilisation du principe de sécurité juridique par les juridictions de l'Union. Elles sont inspirées d'une double proposition : remplacer la logique cartésienne par la logique fiduciaire et mobiliser l'argument de sécurité juridique en priorité en faveur des individus (logique subjective) plutôt qu'en faveur des autorités (logique politique).

  • Ces dernières années, l'importance des thèmes liés aux frontières est allée crescendo, dans l'actualité politique et dans les débats intellectuels. Aujourd'hui, les drames qui se jouent aux frontières de l'Europe questionnent les fondements des communautés politiques contemporaines à travers les limites de celles-ci. Dans ce contexte, le présent ouvrage n'est pas un plaidoyer « pour » ou « contre » l'ouverture ou le renforcement des frontières de type national-étatique. Prenant acte des avancées des Border Studies, il invite à prendre du recul par rapport à une notion qui semble saturée, presque étouffante, et entend faire droit à une diversité de significations et d'usages du faire frontière. À travers leurs différents objets et terrains et grâce à la complémentarité de leurs approches - l'anthropologie, la sociologie, la sociologie politique, les études européennes et la théorie politique - les contributions rassemblées éclairent les manières dont les communautés et leurs frontières se construisent mutuellement.

  • Professeur de littérature néerlandaise à l'Université Saint-Louis- Bruxelles durant vingt ans, Hugo Bousset s'est imposé depuis les années 1970 comme une figure majeure de la critique littéraire en Flandre et aux Pays-Bas, tant par son érudition ' dont témoigne son impressionnante production essayistique que par son engagement et regard singulier sur la littérature. Critique au grand flair, ayant le sens de l'air du temps, Hugo Bousset a aussi contribué, en tant que rédacteur en chef de l'une des plus anciennes revues littéraires Dietsche Warande & Belfort, à façonner le paysage littéraire néerlandophone de ces dernières décennies. Ce volume souhaite lui rendre hommage en investiguant certains enjeux majeurs de la critique littéraire d'aujourd'hui, sondant quelques jalons importants de l'histoire de la critique néerlandophone aux XXe et XXIe siècles, et plaçant en son coeur l'ambivalence du terme littéraire la critique fabrique la littérature, tout comme la littérature assume une forme de retour critique sur elle-même. Revisitant les écrits de Hugo Bousset, les contributions qui composent ce livre se présentent sous un angle résolument dialogique. Elles interrogent les frontières disciplinaires et empruntent, ne serait-ce que le temps d'un texte, la voix de l'autre, réservant au lecteur quelques réflexions inédites.

  • Ce liber amicorum est dédié au professeur Gilbert Hanard à l'occasion de son accession à l'éméritat. Son contenu illustre bien les options pédagogiques et scientifiques du titulaire du cours de droit romain qu'il dispensa pendant plus de trente années aux étudiants de la première année en droit. Cet ouvrage, bouquet offert par ses amis et collègues des universités belges et européennes, plonge en effet au coeur du dialogue continu qu'entretiennent le droit romain, l'histoire du droit et le droit civil contemporain. Un tel croisement disciplinaire ayant alimenté en permanence l'enseignement de Gilbert Hanard, le choix de recourir aux plumes de romanistes, d'historiens et de praticiens du droit pour composer cet hommage s'imposait. De l'Antiquité aux sources du droit romain dans la législation moderne ou les Principes européens du droit des contrats, en passant par le Moyen Âge et le début de l'indépendance de la Belgique, le spécialiste autant que l'amateur éclairé trouveront dans ces contributions les éléments d'une réflexion sur l'importance de la démarche historienne pour la compréhension des principes qui fondent le droit civil actuel.

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