Presses universitaires de Lyon

  • Entre 1935 et 1955, Henri Calet compose une somme impressionnante de textes : chroniques, romans, nouvelles, critiques, pièces radiophoniques, scénarios, reportages... Il trace ainsi son sillon d'écrivain, faussement léger et légèrement désespéré. Dans les entretiens qu'il accorde à la presse et à la radio, c'est également de cette façon qu'il évoque son travail d'écriture et sa position dans le monde littéraire. Mais Henri Calet ne se raconte jamais si bien que dans ses silences ou ses à-côtés - à côté de la question, à côté du sujet, à côté de lui-même, parfois. Michel P. Schmitt réunit pour la première fois ces prises de parole, auxquelles il apporte un indispensable éclairage historique et biographique. Et il complète cet ensemble d'un inventaire exhaustif de l'oeuvre de l'auteur.

  • Que signifie « échouer » ou « réussir » à l'école primaire ? Comment comprendre les difficultés éprouvées par des élèves d'origine populaire en lecture-écriture, grammaire, conjugaison, orthographe, vocabulaire, expression orale et expression écrite ? Comment se construisent, jour après jour, les processus de production des inégalités scolaires dans les salles de classe ? Ce livre tente de répondre à ces questions, en procédant à l'étude détaillée des pratiques et des productions scolaires d'élèves du CP au CM2 en français. Soulignant le rôle central du rapport au langage dans la production des différences scolaires, l'auteur fonde son analyse sur une sociologie de l'éducation informée des travaux anthropologiques et historiques concernant la spécificité des cultures écrites. Il entend ainsi rendre raison de l'« échec scolaire » du double point de vue d'une anthropologie de la connaissance et d'une anthropologie du pouvoir. Cet ouvrage est issu de l'enquête menée par Bernard Lahire pour sa thèse de doctorat, soutenue en 1990. Trente ans plus tard, les réflexions et analyses qu'il propose n'ont rien perdu de leur actualité. Dans une préface écrite à l'occasion de cette réédition, il souligne le poids de sa propre trajectoire sociale - son statut de transfuge de classe issu d'un milieu populaire - sur le choix de son objet d'étude.

  • En 2008, une enquête sociologique révélait qu'en France, un tiers des hommes et un quart des femmes avaient déjà trompé leur conjoint.e. Encore largement taboues, les amours clandestines constituent pourtant le quotidien de millions de personnes. Marie-Carmen Garcia est allée à la rencontre de ces hommes et de ces femmes adultères, recueillant leur parole pour construire son analyse de l'extraconjugalité durable. Dans une enquête initiale qui a convaincu un large lectorat (Amours clandestines, 2016), la chercheuse s'est employée à poser l'infidélité conjugale comme objet sociologique et à en étudier les ressorts biographiques et culturels. Dans cette nouvelle enquête, elle poursuit ses travaux, se penchant cette fois sur des thèmes du quotidien : grossesse, famille, argent... comment ces questions sont-elles vécues par les couples clandestins ? Chaussant les « lunettes du genre », Marie-Carmen Garcia adopte une approche délibérément féministe pour comprendre les formes de domination et les déterminismes sociaux en action dans les couples illégitimes.

  • Provocatrice, irrévérencieuse, Christine Angot est devenue, notamment depuis la publication de L'Inceste en 1999, une écrivaine incontournable. Retraçant livre après livre les expériences souvent douloureuses de son double de papier, elle place son écriture sous le signe de la transgression, irritant du même fait une bonne partie de la ­critique française. Francesca Forcolin nous donne à lire dans cet ouvrage la première monographie d'envergure consacrée à celle que l'on a souvent nommée « la reine de l'autofiction ». Très novatrice dans son approche, son analyse s'appuie sur l'exploration de différents mythes : OEdipe, Ulysse ou Antigone sont convoqués pour éclairer le parcours de l'écrivaine. L'étude est complétée par un entretien avec Christine Angot, qui permet d'approfondir le rapport de l'auteure à son oeuvre.

  • Recrutés massivement depuis les années 1960 dans les usines Citroën et Talbot, les travailleurs immigrés, ces « OS à vie », y sont fortement encadrés par des syndicats à la solde des directions et par des organismes émanant de leurs pays d'origine. Or, au printemps 1982, alors que la gauche est au pouvoir depuis peu, ces ouvriers jusqu'alors discrets se mobilisent et s'emparent des répertoires d'action et des mots d'ordre des luttes ouvrières. Face aux conditions de travail déplorables, aux bas salaires, aux menaces de licenciements collectifs, au racisme latent, aux transformations du travail et aux politiques d'immigration, ils réclament ce qui leur est dû : le respect, la liberté, la dignité. Au croisement de l'histoire et de la sociologie, Vincent Gay analyse minutieusement les relations sociales à l'intérieur et à l'extérieur des usines, la place de la politique dans les débats, les pratiques des ouvriers immigrés, leur appropriation du syndicalisme et de la grève. Dans un contexte de crise et de restructurations industrielles, c'est un moment charnière de la contestation sociale, ouvrière et immigrée qui resurgit.

  • Invisibles, niées ou condamnées, les amours clandestines durables n'en sont pas moins bien présentes dans la vie sociale. Elles sont le quotidien de nombreux hommes et femmes en couple hétérosexuel ; elles occupent des esprits, des coeurs, des agendas et des hôtels. Ce livre invite à explorer ces « jardins secrets » à partir de l'analyse d'une trentaine de récits de vie et d'un corpus de témoignages recueillis sur Internet, traités sous l'angle de la sociologie du genre et des socialisations. L'auteure montre notamment que l'extraconjugalité durable se caractérise par la transgression de deux normes fondamentales du couple contemporain : la norme de véracité et l'égalité des sexes. Mais au-delà de la démarche scientifique, elle propose des clefs pour la compréhension de ces liaisons, à la fois fascinantes et repoussantes, et plus largement de l'amour et de la sexualité des couples hétérosexuels.

  • L'autobiographie religieuse a été pratiquée partout et dans toutes les confessions. Mais c'est en Occident qu'elle a pris un essor fulgurant à partir de 1600. Églises, sectes, congrégations ont massivement publié des récits de conversion ou de persécution, des témoignages d'ascèse, d'extase, d'apparitions... Si le genre n'a cessé de décliner depuis le xviiie siècle, son ambition réflexive s'est diffusée dans le roman, la poésie et les écritures du moi. Adoptant une démarche géographique résolument originale, Philippe Gasparini se penche dans cet ouvrage sur une zone méconnue de l'espace autobiographique et passe en revue plus de deux cents auteurs, des plus célèbres (John Bunyan, Hakuin, Jean-Jacques Rousseau, Thérèse de Lisieux) aux plus oubliés. À travers ce tour d'horizon, des itinéraires et des tempéraments se dessinent. Des hommes s'interrogent, des femmes s'affirment. Et un nouveau champ des écritures du moi, jusqu'ici négligé par les universitaires, prend forme.

  • Omniprésent dans les médias, mais aussi dans le champ politique et dans le langage ordinaire, le terme « bobo » n'est pas neutre. Son usage et ses variantes (« boboïsation », « boboïsé ») tendent à simplifier, et donc aussi à masquer, l'hétérogénéité des populations et la complexité des processus affectant les espaces urbains qu'ils prétendent décrire. En réduisant les « bobos » à des caricatures, on juge des caractères, des intentions et des volontés, en oubliant que les représentations et les pratiques des individus et des groupes sociaux prennent place dans des trajectoires singulières et un monde hiérarchisé. Ainsi, scientifiquement parlant, les bobos n'existent pas, et des expressions telles que « boboïsation » ou « boboïsé » ne conviennent pas pour saisir et caractériser la diversité des logiques et des mécanismes, voire, parfois, les contradictions à l'oeuvre dans les phénomènes de « gentrification ». C'est ce que montre cet ouvrage, qui propose un regard historique et sociologique sur le mot « bobo » et ses usages dans les univers médiatiques, politiques et culturels, comme dans les discours des populations impliquées.

  • Que faire des enfants de l'immigration coloniale et postcoloniale ? L'école doit-elle adapter ses programmes à leur présence ? La question de l'articulation entre l'universalisme républicain et la pluralité culturelle a toujours travaillé l'institution scolaire, mais elle s'est reconfigurée ces quarante dernières années pour répondre aux débats sur l'immigration et la mémoire coloniale. Que faire des héritages d'une histoire douloureuse pour les uns, glorieuse pour les autres, méconnue de beaucoup ? À partir des archives de l'Éducation nationale, mais aussi des textes officiels et des manuels scolaires, Laurence De Cock retrace les débats qui ont agité l'enseignement de l'histoire de la colonisation depuis les années 1980. En analysant la confection des programmes d'histoire, elle interroge l'influence des débats publics sur leur écriture et montre combien le passé colonial, progressivement saisi par le politique, bouscule en profondeur la fabrique scolaire de l'histoire. Pour un enseignement qui a toujours eu comme finalité de contribuer à l'intégration sociale, les nouvelles demandes de reconnaissance des enfants et petits-enfants d'immigrés sont un facteur de reconfiguration de la discipline historique et des finalités de l'école républicaine.

  • À l'hiver 1947-1948, Henri Calet, au même titre que d'autres intellectuels métropolitains comme Michel Leiris ou Francis Ponge, est invité à Sidi Madani, au sud d'Alger, afin de débattre de questions politiques et culturelles propres à l'Algérie. Cette invitation est aussi pour chacun l'occasion de jouir d'excellentes conditions matérielles pour mener à bien ses propres travaux. L'escapade algérienne de Calet se prolonge par un voyage au Maroc, à caractère plus privé. Au cours de ce séjour, Calet prend des notes, écrit ses impressions, rend compte de ce qu'il voit. Réunis ici, les textes nord-africains de Calet, même sous leur aspect inachevé, sont représentatifs au premier chef de son style, de son humour, de sa faculté aiguë d'observation et, plus encore peut-être, de son inclination, qui sera de plus en plus forte au fil des années, à la notation brève et à l'écriture impressionniste.

  • Dès les années 1960, les mobilisations homosexuelles ont acquis une visibilité considérable, au point que l'une de leurs principales revendications, l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, a enfin été satisfaite dans plusieurs pays. Ce qui ne signifie pas pour autant la pleine reconnaissance des droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transgenres. Mais qu'en est-il aujourd'hui du coeur des revendications initiales - la sexualité - dans le mouvement LGBT ? Aux États-Unis, depuis les années 1990, la reconnaissance politique des questions portées par les militant.e.s s'est traduite par une professionnalisation du mouvement et non par une mobilisation plus forte de la base. Et l'institutionnalisation de la militance LGBT a coïncidé avec la disparition de la revendication sexuelle. L'étude des dynamiques de mobilisation et de démobilisation proposée ici montre que la place plus ou moins importante de la sexualité dans les objectifs et les formes d'action joue un rôle déterminant dans l'implication des acteurs sociaux.

  • Yves Grafmeyer est une figure marquante de la sociologie urbaine française. Présentateur et traducteur à la fin des années 1970, avec Isaac Joseph, de plusieurs textes majeurs de l'école de Chicago, auteur au début des années 1990 d'un manuel de sociologie urbaine qui aujourd'hui encore constitue une référence, mais également chercheur ayant produit de très nombreux travaux et écrits de premier plan sur les processus de ségrégation, les logiques de peuplement, les manières d'habiter ou encore les sociabilités urbaines, il a joué un rôle important dans la promotion de cette discipline en France. Sociologue de la vie urbaine plus que de la ville, il est aussi plus largement un grand sociologue qui a activement contribué à la structuration et à l'animation de la recherche en sciences sociales, à Lyon et à l'échelle nationale, et qui a formé plusieurs générations d'étudiants. Ce livre qui lui est consacré présente, sous la forme d'entretiens, son itinéraire professionnel, la genèse, les objets, les enjeux et les résultats de ses travaux de recherche, ainsi que les notions sociologiques majeures qu'il a mobilisées. Il permet ensuite de découvrir ou de redécouvrir une sélection de textes particulièrement significatifs de sa production, et se termine par les témoignages de quelques-uns de ses collègues.

  • C'est à une passionnante enquête au coeur des archives que nous convie Olivier Faure, entre impasses et découvertes, suspense et rebondissements. Il suit le parcours d'un obscur épicier ambulant de la région de Tarare (près de Lyon) qui, au xixe siècle, réussit en leurrant les autorités à obtenir le titre d'officier de santé. Au fil du récit, la personnalité complexe de Jean-Pierre Françon se dessine, imprégnée par la société de l'Ancien Régime (en matière de commerce, d'économie, de rapports sociaux...) et poussée par un caractère fort et une intelligence sociale qui vont lui permettre d'échapper au déterminisme et de s'élever au-dessus de sa condition. C'est également le portrait d'une profession qui se révèle : celle des officiers de santé, qui n'ont pas suivi les études nécessaires pour devenir médecins et parcouraient les campagnes pour apporter les soins qui faisaient défaut à la population, parfois de façon peu orthodoxe ou aux dépens des malades eux-mêmes. Tout comme celui du Pinagot d'Alain Corbin en son temps, le cheminement du Françon d'Olivier Faure vient éclairer l'histoire de France et de son peuple d'une nouvelle lumière, certes ténue mais désormais essentielle.

  • Comment l'homosexualité a-t-elle été pensée par les militant.e.s et comment ce savoir a-t-il participé à la construction des mouvements, des identités et des communautés en tant que discours d'une minorité politique ? Depuis l'invention de l'homosexualité par la médecine au XIXe siècle, et tout au long du XXe siècle, le militantisme homosexuel s'est employé à travailler, construire et déconstruire, par moments et par mouvements distincts et singuliers, un savoir et un pouvoir d'action. Arcadie ou les premières expériences collectives des années 1950 et 1960, l'effervescence révolutionnaire de 1970 soulevée par le FHAR et soutenue par Le Gai Pied, l'arrivée du VIH/sida dans les années 1980 et la lutte imaginée par Act Up, la naissance du militantisme version LGBT à l'aube des années 2000 : autant de moments de l'analyse politique présentée dans ce livre, qui tente de déconstruire quelques fausses évidences et de présenter les étapes cruciales des stratégies collectives discutées et mises en pratique.

  • Si elle a longtemps été l'apanage des géographes et des historiens, la notion de frontière cristallise depuis plusieurs années un ­intérêt croissant au sein des sciences sociales, au point d'avoir désormais conquis le statut de concept sociologique. Qu'est-ce qui se joue à la frontière entre espaces sociaux, mondes professionnels et jeux institutionnels ? Comment les spécialistes d'un espace d'activité traversent-ils les frontières sociales pour intervenir dans un autre espace, à quelles conditions, à quel prix, avec quels bénéfices ? Comment s'articulent la matérialité des lignes de démarcation et leur réalité symbolique dans les perceptions et les représentations des intéressés ? Sur la base d'enquêtes empiriques menées sur une diversité de terrains, ce livre s'empare de la question classique des divisions des sociétés différenciées pour l'éclairer sous un jour nouveau. Les rapports entre logiques professionnelles, tout particulièrement au sein des mondes de l'art et de la culture, et les formes d'engagement civique ou politique sont au coeur de cette exploration.

  • Où décide-t-on d'habiter ? Comment s'opère le choix du logement, du quartier, du statut d'occupation ? À ces questions de base répondent ici des chercheurs de différentes disciplines (sociologie, géographie, économie, démographie...), travaillant dans des contextes nationaux divers. Les réponses apportées, tout en soulignant le poids fort des contraintes (économiques, sociales, contextuelles...), montrent l'existence d'options mouvantes, incertaines, justifiant une analyse approfondie.

  • Souvent évoqués dans les médias, la vie des gays et les enjeux de la visibilité comme de la réalité au quotidien des couples de même sexe méritaient une étude scientifique sérieuse. C'est chose faite avec le travail de Courduriès qui ouvre une voie prometteuse. Si l'auteur n'enquête que sur les couples masculins et s'en tient à un échantillonnage limité (il s'agit d'un éventail des possibles, à travers la diversité des situations et des personnes), la méthode qu'il a su mettre en place pour atteindre l'intime, si délicat à dévoiler, le recours aux réseaux de chat sur Internet et l'usage du courriel qui renouvelle le rapport enquêteur/enquêté en usage en ethnographie, font de cette recherche un moment fort pour l'étude des conjugalités quelle que soit la composition sexuée des couples.

  • La vaste production intellectuelle du cadi de Cordoue Abû l-Walîd Ibn Rushd, l'Averroès des Latins, touche à la plupart des sciences religieuses et profanes (droit, médecine, philosophie...) connues à l'époque almohade, dans laquelle s'insère totalement sa carrière professionnelle et intellectuelle (vers 1150-1198). L'amitié des califes, qui apprécient la puissance de sa pensée, ne lui évite pas la brève disgrâce qui, à la fin de sa vie, sanctionne son intérêt pour les « sciences des anciens », non plus que l'oubli relatif de son oeuvre, dans un monde musulman qui s'oriente alors vers d'autres perspectives. Ses écrits auront au contraire chez les Latins, chez lesquels il commence à être connu un quart de siècle après sa mort, un immense retentissement, à tel point que certains veulent voir en lui le « père » de la pensée laïque occidentale.

  • Il y a 10 ans, le 23 janvier 2002, Pierre Bourdieu disparaissait. Intellectuel engagé, il portait une attention passionnée au monde, non seulement comme objet d'étude mais aussi comme champ d'intervention citoyenne. Fondateur d'une théorie sociologique, adossée à des enquêtes de terrain qui ont fait date (sur l'Algérie, sur l'école, sur la précarité, etc.) et fait de lui le sociologue le plus cité et discuté au monde, il fut aussi un acteur infatigable des luttes contre le néolibéralisme et contre les formes les plus brutales de la mondialisation. De ces combats, dans lesquels il investissait l'exigence critique du sociologue, il a tiré des livres décisifs comme La Misère du monde, des textes d'intervention incisifs (Sur la télévision, Contre-feux, etc.) et une collection d'ouvrages militants (Raisons d'agir) créée au lendemain du mouvement social de décembre 1995.

  • Depuis son invention par Serge Doubrovsky en 1977, le concept d'autofiction n'a cessé d'évoluer et de stimuler la réflexion sur la production romanesque. Depuis quelques années, le phénomène littéraire semble gagner le monde arabe. Certains écrivains s'en réclament, d'autres s'en accommodent et d'autres encore préfèrent employer divers concepts pour définir leur pratique romanesque. Cette nouvelle terminologie peut-elle attester l'émergence d'un « nouveau genre » dans la littérature arabe ? Dans cette première étude consacrée à l'autofiction dans la littérature de langue arabe, Darouèche Hilali Bacar se propose de reconstruire une histoire du roman et de l'autobiographie qui montre la pertinence et la fécondité de l'hybridation générique. Du récit de voyage (rihla) aux autobiographies romancées, en passant par la néo-maqâma, le roman de formation et l'autobiographie altérisée ou déguisée, on suit, pas à pas, la genèse de l'écriture autofictionnelle en langue arabe. L'analyse des textes de Mohamed Choukri, Sonallah Ibrahim et Rachid El-Daïf permet au lecteur d'observer au plus près la pratique autofictionnelle, d'en comprendre les mécanismes et les motivations. À partir de ces trois exemples, Darouèche Hilali Bacar propose d'établir un modèle d'autofiction arabe et de définir les thèmes qui pourraient s'appliquer à de nombreux textes modernes et contemporains.

  • Écrire une histoire de l'identité nécessite de mobiliser une documentation très variée comme une historiographie ouverte. Car l'identité emprunte des voies multiples et les marques de reconnaissance vont du plus fruste au plus élaboré. Comment s'impose la mise en registre des sujets, comment naît l'état civil en 1792, comment la biométrie complète aujourd'hui une identité déclarative et administrative par une identité scientifiquement établie... Autant de moments essentiels d'une histoire souterraine dont le fil rouge est clair cependant : le recul de l'oralité, la multiplication des déplacements imposent peu à peu d'avoir des « papiers » et c'est en somme un chapitre particulier de l'histoire de la croissance de l'État qu'il s'agit d'écrire là.

  • Le présent ouvrage propose la première esquisse biographique réalisée en France de Piero Sraffa, économiste italien émigré à Cambridge. Il retrace l'étude de ses relations d'amitié italiennes et britanniques, donnant parfois lieu à de fructueux échanges de vues. Un chapitre traite spécifiquement de ses rapports avec le théoricien du communisme italien, Antonio Gramsci. Le lecteur découvre tour à tour le fils d'un prestigieux juriste, le révolutionnaire de Turin, l'anti-fasciste convaincu, l'ami de John Maynard Keynes, sans oublier le responsable de la publication des oeuvres complètes de David Ricardo. Cette biographie permet de mieux comprendre le caractère non conformiste d'une oeuvre telle que "Production de marchandises par des marchandises".

  • Les recherches sur les inégalités de sexe à l'école, que ce soit en Psychologie, en Sociologie ou en Sciences de l'éducation, sont maintenant bien connues. Mais il importe de continuer la réflexion, en particulier en intégrant la variable de la mixité sociale et culturelle, peu prise en compte jusqu'à présent et qui change considérablement les données de la mixité sexuelle, et de se demander quelles stratégies mettre en oeuvre au niveau de la formation tant initiale que continue des enseignants. Ce numéro a été élaboré en collaboration avec l'IUFM de Lyon.

  • Cluny, l'abbaye bénédictine la plus puissante du Moyen Âge est au coeur d'un paradoxe. Retirés du monde pour se consacrer à la prière, les moines ne cessent d'agir sur le monde. Accumulant les donations des aristocrates soucieux de leur salut, ils deviennent de puissants seigneurs. Versés dans la méditation et la copie des textes anciens, ils pensent le monde et tentent de l'ordonner selon leur schéma idéal. Cela ne va pas toujours sans heurt. La Paix clunisienne doit se confronter au pouvoir des évêques, des seigneurs laïques et des communautés d'habitants. C'est le cas dans le bourg de Cluny. Défini comme un lieu d'asile, inviolable et soumis à la seule domination de l'abbé, il se développe aux portes du monastère à partir de l'an mil. Là les moines rêvent d'établir une communauté préfigurant la cité céleste, annulant toute attache charnelle au profit d'associations spirituelles dont ils sont les pivots. Le développement du commerce, la concurrence très forte des agents du roi dans le domaine de la justice et l'organisation des communautés paroissiales introduisent la discorde dans cette sphère voulue parfaite.

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