Presses universitaires du Midi

  • Si l'étude des ordres religieux-militaires a, ces dernières décennies, bénéficié d'un dynamisme fécond, cet ouvrage explore des voies nouvelles et se distingue à plusieurs titres. Il est original par la réunion, pas si fréquente, d'une quinzaine de spécialistes d'histoire et d'histoire de l'art, comme par son ouverture à des sources jusqu'ici peu considérées : peintures murales, sculptures, objets liturgiques ou encore sceaux. Le croisement des regards dans une véritable interdisciplinarité, la reprise à frais nouveaux de dossiers a priori connus tout comme l'analyse de nouveaux matériaux conduisent à nuancer des certitudes et à remettre en cause quelques lieux communs. Le volume permet de saisir les dévotions et la liturgie des frères du Temple et de l'Hôpital, d'accéder à leur culture visuelle et de mesurer l'ambition de certains ensembles peints ou sculptés. Tout en ouvrant la comparaison à d'autres ordres religieux ou aux élites laïques, l'entreprise espère encourager de nouveaux questionnements sur la place et la singularité du monachisme militaire au sein de la spiritualité et de la culture du Moyen Âge.

  • La historiografía tradicional, española y europea, ha considerado la Guerra de Granada (1482-1492) como un hecho de naturaleza y alcance exclusivamente hispánicos. Se trataba del último episodio de un proceso ibérico, la « Reconquista », el enfrentamiento secular entre el Islam y la Cristiandad, consustancial al Medievo peninsular. El nacionalismo romántico del siglo XIX y la dictadura de Franco (1939-1975) lo marcaron a fuego en la identidad nacional española. Sin embargo, en las últimas décadas se han revisado estos postulados, hasta culminar en una revisión radical. Librado el conflicto de la carga ideológica que lastraba su estudio, se ha podido abordar bajo una luz nueva, que tiene un doble marco infinitamente más amplio y complejo. De una parte, las Guerras de Granada - en plural - como manifestación ibérica de lo que en Europa se ha denominado « cruzadas tardías ». De otra, el reordenamiento geopolítico del Mediterráneo, como un tablero de ajedrez, en el que el Islam avanzaba en Levante y retrocedía en Occidente. El presente volumen reúne textos de especialistas europeos que abordan tanto las cruzadas contra el Reino de Granada en el siglo XIV - con participación de borgoñones, escoceses, franceses e ingleses - como la guerra final de conquista en el siglo XV. Se identifican los canales de difusión de noticias, la implicación y diferente repercusión en las cortes renacentistas de la Península Italiana, o el eco atenuado de las hostilidades en el Sacro Imperio Romano-Germánico. Emerge así una imagen insólita, novedosa, de un conflicto de dimensión y alcance internacionales.

  • L'Italie entretient avec l'Antiquité un lien tout particulier. Les civilisations étrusque, grecque, romaine ont marqué la Péninsule. De nombreux artistes, écrivains, historiens, promeneurs ont été fascinés, influencés, plus rarement rebutés par le prestigieux héritage. Les contributions réunies dans ce volume présentent des aperçus de la manière d'appréhender l'Antiquité en Italie. De Montesquieu à Mussolini, en passant par Vico, Leopardi, Verdi, Carducci, D'Annunzio, des archéologues tel Albert Grenier mais aussi des sites comme Pompéi, comment la culture antique a-t-elle influencé l'histoire politique, littéraire, artistique de l'Italie depuis le Siècle des lumières jusqu'à l'époque fasciste ? Les auteurs souhaitent apporter des réponses à cette interrogation et ouvrir des pistes afin de favoriser la compréhension de cette donnée majeure de l'histoire culturelle de l'Italie et de l'Europe.

  • Ce volume rassemble la plupart des contributions présentées lors des colloques tenus dans le cadre des 9es et 10es Journées Manuel Azaña, à Montauban, en 2014 et 2015. Les thématiques de ces rencontres étaient ambitieuses : La Seconde République espagnole, 1931-1936, entre réforme et révolution, la première année, puis, la seconde année, Guerre d'Espagne, 1936- 1939, entre guerre et révolution. Cette problématique, centrée sur l'action et les représentations des forces sociales et politiques qui l'ont soutenue jusqu'au bout, ne prétendait donc pas brosser une histoire totale de la Seconde République. Les textes questionnent deux idées maîtresses de la période : la réforme décisive d'un pays resté archaïque et la révolution qui - aux yeux de beaucoup, mais pas forcément de la même manière - aurait permis de remédier de façon décisive aux maux dont souffrait le pays, notamment les inégalités sociales. L'affrontement de ces deux projets marque la première période de la République, au cours du « bienio azañiste », les deux années de gouvernement de Manuel Azaña (1931-1933). Il rebondit en 1936, après la victoire électorale du Front populaire, quand le soulèvement militaire de Franco, soutenu par Hitler et Mussolini, prend les armes contre la République. Cette fois, chez ceux qui luttent pour la défendre, c'est la question de la priorité à donner à la conduite de la guerre ou à la révolution qui fait débat et approfondit les divisions. L'ouvrage aborde successivement ces périodes dans ses deux parties : l'une consacrée aux réformes menées par la jeune République espagnole et l'autre tournée vers les gouvernements en guerre et les forces sociales et politiques à l'oeuvre face à l'assaut des forces réactionnaires et fascistes espagnoles et internationales. Les diverses contributions émanent de spécialistes confirmés - espagnols ou français - et dressent un état de la recherche historique actuelle. Apportant ainsi une vision plurielle sur les huit petites années qui ont changé l'Espagne et sur une République trahie, à qui le temps n'a pas été donné de réaliser ses espoirs.

  • La mise en marché de produits moralement sensibles, comme ceux touchant à l'intimité des personnes, à leur intégrité, à la santé ou au maintien de l'ordre public, est l'objet de cette réflexion collective qui met en regard neuf cas de « marchés contestés ». Certains de ces marchés contestés sont effectifs, comme dans le cas du tabac, de la pornographie, des jeux d'argent ou des défunts. Certains sont potentiels dans le sens où les poissons génétiquement modifiés, les données personnelles ou le cannabis sont à la recherche des moyens de rendre acceptables les transactions marchandes. D'autres, enfin, sont bannis car la marchandisation des enfants adoptés ou des organes humains reste moralement inacceptable. La tension entre les principes marchands et moraux au coeur des marchés contestés est dans chaque contribution éclairée par l'identification des formes de la contestation morale et des dispositifs juridiques, fiscaux, sanitaires, éthiques, rendant possible ou au contraire irréalisable l'édification d'un marché. La prise en compte de « populations fragiles », qu'il s'agit de protéger du marché, mais aussi de protéger par le marché, émerge dans tous les chapitres comme un élément explicatif essentiel des avancées et des reculs des marchés contestés.

  • Après plusieurs siècles d'oubli consécutifs à l'expulsion des juifs d'Espagne, ce pays a redécouvert, voici quelque cent cinquante ans, la diaspora judéo-espagnole et le lien historique avec les descendants des exilés de 1492. Rencontres et évitements ; nostalgie envers une culture survivant hors des frontières et visées néo-coloniales en Méditerranée ; solidarité affichée à l'égard des "Espagnols sans patrie", mais refus de rapatriements aux heures sombres des pogroms et de la Shoah : d'innombrables ambiguïtés ponctuent les étapes du rapprochement hispano-juif, jusqu'au sauvetage des juifs par Franco durant la Seconde Guerre mondiale. La « question juive » s'est nourrie en Espagne d'affrontements parlementaires à propos de la liberté religieuse, des échos de l'affaire Dreyfus ou encore de l'édition des Protocoles des sages de Sion. Paradoxe : la marginalisation des Chuetas de Majorque, la persistance d'un antijudaïsme populaire, la création, en 1941, d'un Fichier juif se sont conjuguées avec l'exaltation de Sefarad. Aujourd'hui se dessinent de nouveaux enjeux politiques et mémoriels : statut de la judaïcité espagnole issue d'immigrations récentes, réappropriations du legs médiéval, dialogue avec les différentes instances du judaïsme mondial. En focalisant l'éclairage à la fois sur la longue durée et ses principaux temps forts, cet ouvrage entend restituer dans toute sa complexité la lente normalisation des relations hispano-juives contemporaines.

  • Cet ouvrage se propose de mettre en relief les procédés utilisés par les souverains almohades en al-Andalus comme en Afrique du Nord pour asseoir leur pouvoir et imposer leur ordre politique. L'époque almoravide, période qui a précédé l'arrivée des Almohades, est également évoquée afin de permettre une comparaison entre les deux systèmes politiques et cerner ainsi le chemin suivi par les Almohades, voie médiane oscillant entre continuité et volonté de rupture avec un passé jugé inadéquat. Une attention particulière est réservée aux différents témoignages décrivant le calife, son entourage, sa vision et son rôle dans les conflits armés où il est à la fois chef politique et militaire. Tous les aspects de sa vie sont étudiés : son rapport à l'exercice du pouvoir, à la nourriture, aux codes vestimentaires... Pour la première fois, au Maghreb occidental et central, on sort du paradigme du chef de guerre pour s'enraciner dans la tradition orientale du souverain hiératique le plus souvent inaccessible et invisible. Cet épisode marque une étape fondamentale du processus d'arabisation et d'islamisation des sociétés du Maghreb, et l'ouvrage, soigneusement documenté, constitue une heureuse contribution aux modes de gouvernement en terre d'Islam.

  • Les migrations internes constituent un des phénomènes les plus importants en République populaire de Chine depuis la réforme économique. C'est au début des années 1980 que de nombreux paysans quittent la terre pour travailler en usine ou se ruer vers les villes et provinces développées. Ce mouvement ne cesse de s'intensifier. Les migrations produisent des parcours différents et non linéaires. Si certains migrants sont peu qualifiés et exclus de la société, d'autres connaissent des trajectoires de mobilité sociale ascendante ou descendante. D'autres encore créent de nouvelles activités économiques, et certains migrants entrepreneurs appartiennent même aux élites de la société. À partir des parcours biographiques de paysans migrants, le présent ouvrage vise à explorer et à rendre sensibles la pluralité des processus de migration et la forte mobilité sociale rendue possible par les mutations économiques rapides. En livrant les témoignages de ces hommes et femmes sur leurs histoires individuelles et sur leurs itinéraires professionnels, cette étude entend faire parler les migrants dont les voix sont si peu entendues aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de la Chine. Elle apporte ainsi un autre regard sur les transformations économiques et sociales que la Chine a connues au cours des trente dernières années.

  • Il y a cinquante ans, deux universitaires, normaliens agrégés de philosophie, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, publiaient Les Héritiers. Vendu à plus de 100 000 exemplaires, ce livre est même devenu un long-seller selon le mot de Passeron. Six ans après, cette critique de l'école républicaine se radicalisait dans La Reproduction. Loin d'être émancipatrice, cette école contribuerait, en reproduisant les inégalités entre les classes sociales, à la conservation de l'ordre établi. Ainsi se trouvait récusé l'héritage républicain et tout particulièrement celui de l'instruction publique, dont la Révolution française, sous l'impulsion de Condorcet, avait jeté les fondations, et que la « grande République scolaire » de Jules Ferry, Ferdinand Buisson, Paul Bert et René Goblet a édifiée entre 1879 et 1886. Ce livre vise à montrer que cette sociologie de l'école, tout en proclamant l'intention de contribuer à la démocratisation de l'enseignement, en préconisant par exemple l'instauration d'une pédagogie inégale pour des élèves inégaux qui annonçait la discrimination positive des ZEP, a en fait apporté une légitimation intellectuelle à la déréglementation scolaire entreprise par les gouvernements de la Ve république depuis 1959, aboutissant à un démantèlement de l'instruction publique laïque qui s'accentue aujourd'hui.

  • Gendre de Mussolini, ministre des Affaires étrangères depuis juin 1936, Ciano est un observateur de premier plan tant des relations internationales que du fonctionnement du régime fasciste dont il est un acteur majeur. L'époque concernée par ce premier volume aborde la fin de la guerre d'Espagne, l'Anschluss envers l'Autriche, la conférence de Munich et ses conséquences, l'annexion de l'Albanie, le rapprochement avec l'Allemagne, les relations avec les démocraties occidentales, la crise germano-polonaise de l'été 1939, le choix de la non-belligérance, et enfin la décision de déclarer la guerre à la Grande-Bretagne et à la France le 10 juin 1940. Le document éclaire également le fonctionnement de l'Italie fasciste : relation avec la monarchie, l'Église, les hiérarques, la législation antisémite. La présente édition offre une nouvelle traduction du Journal ainsi qu'un important appareil critique qui permet d'éclairer le texte et le confronter à diverses sources diplomatiques et aux Mémoires d'autres acteurs italiens et étrangers de la période.

  • Le 10 juin 1940, Mussolini déclare la guerre à la Grande-Bretagne et à la France. Malgré des réticences que tempèrent les victoires allemandes, Ciano reste ministre des Affaires étrangères. Le second volume de son Journal couvre la période de l'Italie fasciste en guerre jusqu'à son renvoi par le Duce le 5 février 1943. Précieux document, cette partie du Journal présente sans fard les déboires militaires italiens, les relations souvent complexes et ambiguës avec l'allié allemand, la progressive dégradation du fonctionnement de l'appareil du pouvoir fasciste et du consensus autour de celui-ci. Le Journal du comte Ciano est un document capital pour la compréhension du second conflit mondial et de la crise du régime fasciste. La présente édition offre une nouvelle traduction mais également un important appareil critique qui souhaite éclairer le texte et le confronter à diverses sources diplomatiques et aux Mémoires d'autres acteurs italiens et étrangers de la période.

  • Nourri par une enquête de terrain, rare dans ce domaine, cet ouvrage questionne et analyse les stratégies des ménages ruraux les plus démunis des provinces centrales du Vietnam et celles de leurs enfants, tentés par la demande croissante de main d'oeuvre jeune et peu ou non formée que génère l'économie informelle à Hô-Chi-Minh-Ville. Pour les parents, il s'agit de réduire les dépenses du foyer et de créer une source de revenu régulière ; pour les enfants, souvent dès l'âge de 14 ans, l'enjeu est d'accéder aussi rapidement que possible à l'autonomie et à un statut d'adulte. Dans la société d'arrivée, les réseaux familiaux tentent de les protéger, souvent en vain, contre les dangers liés à leurs conditions de précarité, d'insécurité sociale et sanitaire. Au Vietnam et dans nombre de pays en développement, la migration des enfants pose non seulement la question de la mise en oeuvre de dispositifs de protection publique face à l'exploitation des jeunes, mais aussi celle de la relation entre développement économique et développement social et humain. L'enquête de Lê ng Bo Châu démontre combien il est urgent de s'interroger sur les possibilités de protection sociale de ces jeunes ruraux migrants, exploités dans des ateliers qui les emploient en dehors de toute légalité.

  • Les 37es Journées de Flaran consacrées aux cultures villageoises ont permis de faire le bilan des avancées de l'historiographie. Ce colloque s'est employé à dépasser ce à quoi on ramène toujours la culture des paysans des époques médiévale et moderne, sous la vieille appellation de « culture populaire », et derrière laquelle on place surtout la culture religieuse et la pratique de rites plus ou moins bien christianisés. Il a élargi vers d'autres domaines de représentations la culture des paysans, comme la culture politique ou la culture littéraire. Il a aussi attiré l'attention sur ces oubliés de l'histoire culturelle que sont les paysans, trop fréquemment encore étudiés comme des producteurs ou des contribuables. Il s'est intéressé au processus de différenciation sociale au sein des paysanneries en mettant l'accent sur un point généralement passé sous silence dans les études, à savoir la maîtrise d'un « capital culturel » (pour paraphraser les travaux de Pierre Bourdieu). C'est donc un positionnement doublement original, à la fois dans le domaine de l'histoire culturelle (trop focalisée sur la culture des élites nobiliaires) et dans celui des sociétés rurales. Les exemples traités balaient un large panel de cas de figures, de l'Islande et l'Angleterre à la France et l'Italie.

  • Adivinos, médicos y profesores de secretos se inserta en el campo de estudios sobre las mentalidades y los saberes, en particular los ilícitos, como por ejemplo las ciencias ocultas (magia, demonología, pronosticación, alquimia...), los saberes populares (brujería, medicina extra académica, oficios relacionados con curanderos y ensalmadores). Los autores reunidos en esta obra tratan con esmero este tema no solo a partir de los textos, sino a partir de un estudio de las personas que practicaban estos saberes malditos, proscritos y castigados por las autoridades civiles y eclesiásticas. Se encuentran aquí capítulos sobre la astrología, sobre la fisionomía, y las señales del cuerpo como medios para determinar el carácter moral de la gente, sobre brujos y médicos que se encontraban con su ciencia en la frontera entre el saber académico y libresco y las prácticas empíricas prohibidas. Este libro apasionante cubre un amplio espectro de temas en ese mundo renacentista ávido de descubrimientos en una Europa profundamente marcada por las tensiones sociales y religiosas en la que la ciencia de todo orden encontraba un público cada vez más extenso gracias a la revolución de la imprenta que con su poderosa producción fomentó una nueva forma de divulgar los saberes, buenos o malos.

  • Aux XIe-XIIe siècles, des populations venues du nord des Pyrénées s'installent en péninsule Ibérique. La vallée de l'Èbre devient une terre d'accueil privilégiée pour ces femmes et ces hommes désignés sous le nom de francos par l'historiographie et dans les sources. Au regard de ces dernières, le terme définit aussi bien la personne libre que celle issue d'au-delà de la chaîne pyrénéenne. Dans ce second sens, il désigne des guerriers venus combattre contre les musulmans dans le cadre de la Reconquista, comme des artisans et des marchands qui participent au dynamisme des villes du royaume d'Aragon et de Pampelune. Il se rapporte enfin à des clercs qui participent à l'implantation de la Réforme grégorienne dans des Églises jusqu'alors restées fidèles aux usages locaux. Alexandre Giunta révise dans cet ouvrage la totalité du dossier documentaire, mettant en lumière plusieurs textes encore négligés et surtout apportant à sa relecture le produit des travaux les plus récents de sociologues et d'anthropologues intéressés par les questions migratoires. Il s'agit d'une contribution de premier plan, non seulement à l'histoire médiévale de la péninsule Ibérique mais plus largement aux études sur les mouvements de populations au Moyen Âge.

  • Organisées par l'Association Française pour l'Étude du Textiles (AFET) et l'axe Religion - Culture - Pouvoir du Laboratoire de recherche FRAMESPA (Université Toulouse 2), ces journées d'étude (Toulouse, 1999) ont été consacrées à l'ob­servation et l'analyse des pratiques du réemploi et du ravaudage, aussi fréquentes que reconnues dans l'histoire des textiles du Moyen Âge à nos jours. Le contexte dévotionnel et liturgique dans lequel renaissent certains textiles à une seconde vie pose des problèmes importants : le passage du profane au sacré et vice versa, la pérennité de leurs usages primitifs, dont les traces sont plus ou moins visibles ou identi­fiables, leur sacralisation et, inévitablement leur profanation. Les auteurs, anthropologues, archéologues, conservateurs de musées, his­toriens, historiens de l'art ou restaurateurs se sont interrogés sur les rai­sons de ces procédés, sur leurs enjeux, et le simple fait que l'Église catholique ait eu à statuer régulièrement sur ces réemplois en signale l'importance et prouve que la question dépasse très largement des pro­blèmes de nature couturière voire d'économie domestique.

  • L'humaniste Paolo Giovio incarne la pensée du milieu intellectuel moderne sur les Turcs et l'Europe sans jamais entrer dans des controverses religieuses. Il remplit son rôle de conseiller en conduisant son public à se forger sa propre opinion. Sa vaste culture humaniste allie une connaissance parfaite de l'histoire, des sciences et des arts à une remarquable maîtrise de l'art rhétorique. L'oeuvre de Giovio traduit le sentiment de son milieu vis-à-vis de la question turque dans un contexte rendu difficile par les offensives de l'Empire ottoman et les guerres fratricides entre chrétiens. Son oeuvre abondante et amplement documentée offre une information très précise sur les Turcs. La présentation par Giovio d'événements notables visant à alerter ses contemporains et les renseigner sur leurs adversaires permet non seulement de mieux connaître les Ottomans mais également de pénétrer dans la mentalité de son temps et d'apprécier comment l'idée d'une Europe contrainte de se défendre contre ses ennemis a pu se constituer alors, jetant les bases de celle d'aujourd'hui, héritière des conceptions humanistes.

  • L'analyse de la production des imprimeurs toulousains de 1739 à 1788 s'est faite à partir du recensement des unités conservées (livres, plaquettes, placards, factums et périodiques). Une première partie décrit le monde du livre toulousain, ses rapports avec la législation, l'organisation de la corporation des imprimeurs et libraires, et étudie le « groupe social ». La deuxième partie analyse la production par catégorie. Quel que soit le type d'imprimés, le rythme de la croissance en titres et en pages s'accélère à partir des années 1770. Toulouse apparaît alors comme un centre d'impression important où les livres sont minoritaires.

  • Que sait-on de l'expérience des jurés populaires amenés à siéger en cour d'assises et à juger des personnes accusées d'avoir commis un crime ? Pour le citoyen ordinaire, devenu « juge d'un jour », cette expérience lui révèle le monde social sous diverses facettes et l'interpelle sur sa capacité et sa légitimité de juger. Les interactions entre les jurés et les juges professionnels, en l'occurrence les présidents de cour d'assises, mettent en relief des rapports de pouvoir et de domination, sur fond de rituel judiciaire. Lors du délibéré, le fait que les jurés soient censés juger des faits et de la peine selon leur « bon sens » et leur « intime conviction » tandis que les magistrats jugeraient selon le « droit » et la « raison » révèle une hiérarchie subtile au sein de cette association échevine. Cet ouvrage, issu d'une enquête sociologique de terrain, met en évidence des rapports sociaux différenciés à la justice pénale, mêlant enchantement et désillusion quant au caractère démocratique de la cour d'assises. Il interroge les effets de cette socialisation qui génère des tourments moraux, tout en contribuant au sentiment d'avoir été reconnu comme citoyen-juge.

  • Durant l'entre-deux-guerres, le Sud-Ouest de la France connaît une vague migratoire d'un nouveau genre. Des familles transalpines viennent du nord de la Péninsule pour s'employer dans l'agriculture de ses campagnes dépeuplées. Près de 80 000 Italiens s'établissent ainsi dans la région où ils deviennent une composante essentielle de la société locale. Originale par son mode d'implantation et ses caractéristiques sociologiques, cette population rencontre un Midi encore très rural, tandis que le contexte politique est marqué par les clivages nés du fascisme et l'aggravation des tensions internationales. Retracer l'histoire de cette immigration, c'est dire aussi la façon dont celle-ci est reçue et perçue, depuis les premières arrivées au début des années vingt jusqu'au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Acceptation et crispations, visions stéréotypées et nouveaux liens de voisinage, sentiment de proximité et perception de l'altérité : autant de figures contrastées au travers desquelles on voit se transformer l'histoire des relations entre ces Français et ces Italiens désormais amenés à vivre ensemble. Évolution complexe, dont le présent ouvrage s'efforce de mettre à jour les mécanismes, tout en offrant, par-delà l'examen d'un cas particulier, un modèle général pour l'étude des vicissitudes de l'opinion publique et de ses représentations croisées face à un phénomène migratoire.

  • Ce livre est une des rares études conduites en France sur la pauvreté en milieu rural car si la pauvreté a suscité de nombreux travaux, la plupart d'entre eux portent sur des manifestations urbaines. Présenté comme un recueil de témoignages et de biographies, cet ouvrage révèle des situations d'extrême dénuement souvent méconnues ou cachées, et dévoile la terrible dureté des rapports humains dans ce milieu. Il envisage les conséquences de la crise économique sur les destins collectifs et montre qu'à défaut d'autres solutions, les plus pauvres se replient sur leur univers domestique et apprennent les règles implicites de l'assistance. En abordant la question de la pauvreté en milieu rural, ce livre est une contribution à l'analyse des politiques sociales et des modes d'adaptation des individus.

  • Hérésies et dissidences religieuses se sont propagées jusque dans les villages les plus reculés de l'Europe médiévale et moderne, et s'y sont même parfois implantées durablement. Cet aspect de la vie rurale a pourtant longtemps été négligé par les historiens parce que les villes semblaient concernées en priorité, mais surtout parce qu'il demeure inhabituel de considérer la société villageoise sous l'angle de la diversité, de l'hétérogénéité, du conflit ou de la coexistence malaisée. À rebours des idées reçues, ce livre propose donc de redécouvrir les réseaux et les clivages qui favorisèrent dans les campagnes la diffusion et le maintien de groupes dissidents parfois majoritaires : cathares et vaudois, lollards et protestants, anabaptistes ou même morisques... Au coeur des villages, le développement et la survie des minorités confessionnelles ont dépendu des équilibres démographiques, des réseaux économiques et sociaux, des structures politiques tout autant que des représentations de soi et de l'autre. Et dans ce contexte de profonde interconnaissance, l'engagement religieux a pris assurément un relief particulier.

  • Des comptoirs officieux où se négocient les précieux cailloux, des activités de façade destinées à masquer des transactions illégales, des villes surgies de nulle part, des communautés humaines qui se recomposent en fonction de cette économie très spéciale : c'est une étrange histoire que celle des diamantaires de la vallée du Sénégal qui nous est donnée à lire ici. Sylvie Bredeloup analyse la façon dont le trafic des diamants a fait naître dans cette région du monde de nouveaux espaces d'échanges et de circulation. Ces formes de mobilité inédites permettent de réinterroger l'articulation entre dynamiques urbaines et entreprenariat économique, entre solidarités migratoires et relations productives. Une recherche qui renouvelle la question migratoire en Afrique subsaharienne.

  • En avril 1799, trois ans avant la proclamation de l'indépendance d'Haïti, un vieux noble ruiné écrit à Toussaint Louverture, figure montante de Saint- Domingue. Surprenant renversement des rôles : le comte Louis-Pantaléon de Noé appelle à l'aide un ancien esclave. Maître de la plantation Bréda où naquit Toussaint, grand propriétaire sucrier dont le domaine inspira Victor Hugo pour Bug Jargal, l'aristocrate gascon est représentatif de ces riches planteurs blancs alors malmenés par la tourmente révolutionnaire. À un moment où beaucoup s'interrogent sur le passé colonial de la France, cette biographie invite à plonger au coeur du système esclavagiste et de la « plantocratie » d'Ancien Régime, tout en rappelant les liens solides tissés entre les provinces françaises et les lointaines îles à sucre. Sur les pas du comte de Noé, le lecteur croisera des personnages célèbres (Toussaint Louverture, les frères de Louis XVI) ou moins connus (négociants, notaires et gérants de sucreries). Il découvrira, surtout, les principaux acteurs de la société antillaise : les esclaves noirs, bien évidemment, mais aussi ces « Libres de couleur » qui constituent un groupe social en plein essor à la fin du xviiie siècle.

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