République des Lettres

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Eugène Zamiatine. Roman d'anticipation politique, "Nous autres" est une anti-utopie. Un État totalitaire organise scientifiquement le "bonheur arithmétique" de ses citoyens. Ceux-ci, dont les noms sont remplacés par des numéros, vivent dans des maisons de verre où, en dehors des heures de travail, ils se livrent aux joies de la sexualité sur présentation d'un coupon rose. Cependant, la procréation a cessé d'être une affaire privée et est réservée à quelques-uns. Sur ce monde géométrique, rationnel et programmé règne le Maître, personnage terrifiant qui, les jours de fête, actionne la machine destinée à désintégrer les rebelles. Les numéros malades qui se sont vus pousser une âme sont normalisés par une petite opération chirurgicale du cerveau afin de les libérer de toute velléité d'autonomie. Le texte est parcouru par la dialectique du Grand Bienfaiteur: l'humanité ne préfère-t-elle pas se dessaisir de la responsabilité et de la liberté en échange d'un certain bonheur et du confort ? Ecrit dans le contexte du régime soviétique des années 1920, "Nous autres" s'insurge contre la dépersonnalisation de l'individu et fustige la mécanisation et l'uniformisation que l'on observe dans les sociétés techniciennes à partir du XXe siècle. En cela, le roman de Zamiatine préfigure "Le Meilleur des mondes" d'Aldous Huxley et "1984" de George Orwell.

  • Texte révisé suivi d'une biographie d'Edith Wharton. Inscrite dans le paysage hivernal d'un petit village rural du Massachusetts, la tragique histoire d'amour impossible entre Ethan Frome, homme taciturne brisé par la vie, et Mattie Silver, douce et délicate cousine de son acariâtre épouse, est âpre et poignante. Écrite en un temps où les moeurs et les conditions sociales de la très puritaine Nouvelle-Angleterre pesaient encore lourdement sur les relations amoureuses, c'est l'une des oeuvres romanesques les plus accomplies de l'auteur de "Chez les heureux du monde".

  • Texte révisé suivi d'une biographie de René Daumal. Le Mont Analogue, sous-titré "Roman d'aventures alpines, non euclidiennes et symboliquement authentiques", relate l'expédition d'un groupe de voyageurs vers une mystérieuse montagne rendue invisible par une courbure de l'espace. Cette montagne toute symbolique est la voie unissant la Terre au Ciel et les étapes de son ascension marquent les stations d'une élévation spirituelle: "La Montagne est le lien entre la Terre et le Ciel. Son sommet unique touche au monde de l'éternité, et sa base se ramifie en contreforts multiples dans le monde des mortels. Elle est la voie par laquelle l'homme peut s'élever à la divinité, et la divinité se révéler à l'homme." À la fois récit d'exploration d'un pays imaginaire et conte métaphysique, Le Mont Analogue -- non terminé en raison de la mort prématurée de l'auteur en 1944 -- est considéré comme l'aboutissement de la quête existentielle et littéraire de René Daumal. Il inspirera notamment le cinéaste Alejandro Jodorowsky pour son film La Montagne sacrée.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Paul Valéry. Volume de textes en prose comprenant "La soirée avec Monsieur Teste", "Lettre de Madame Émilie Teste", "Extraits du Log-Book de Monsieur Teste", "Lettre d'un ami", "La promenade avec Monsieur Teste", "Dialogue", "Pour un portrait de Monsieur Teste", "Quelques pensées de Monsieur Teste" et "Fin de Monsieur Teste". M. Teste, cette chimère intellectuelle, cet homme d'île, a séduit les personnalités les plus diverses, d'André Breton, qui savait la "Soirée" par coeur, à André Gide, qui y voyait un code moral, une éthique, en passant par Henri Bergson, Alain ou encore Jorge Luis Borges pour qui Valéry a proposé aux hommes la lucidité dans une ère bassement romantique. "La bêtise n'est pas mon fort. J'ai vu beaucoup d'individus, j'ai visité quelques nations, j'ai pris ma part d'entreprises diverses sans les aimer, j'ai mangé presque tous les jours, j'ai touché à des femmes. Je revois maintenant quelques centaines de visages, deux ou trois grands spectacles, et peut-être la substance de vingt livres. Je n'ai pas retenu le meilleur, ni le pire de ces choses: est resté ce qui l'a pu." - Paul Valéry.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Bruno Schulz. Souvent comparé à Franz Kafka, Schulz livre ici treize récits d'inspiration autobiographique qui constituent l'histoire d'une famille dans sa signification spirituelle, le secret d'un sang et d'un lignage sous une forme qui touche au mythe. Le père, la mère, les commis de la maison, les servantes, la gouvernante sont les personnages de l'enfance de l'auteur, et le narrateur pourrait bien être identifié à l'enfant qu'il fut, capable toutefois de faire basculer sans transition un récit d'apparence réaliste dans la fantaisie et le fantastique. Il répond en cela aux rêves du père, obsédé jusqu'à la folie par l'ennui moderne, de refaire une création inachevée en des actes esthétiques fugitifs et voués à l'échec, comme d'élever des oiseaux fabuleux ("Les Oiseaux"), ou de repeupler la ville avec des mannequins ("Traité des mannequins"). Au monde ancien, substantiel et secret, que représente, dans la géographie de la ville, la rue des "Boutiques de cannelle", s'oppose le commerce frelaté de la moderne "Rue des Crocodiles", mais l'une et l'autre sont le lieu d'une rêverie, d'un fantasme d'ordre érotique qui ne peut jamais se réaliser. Dans "La Nuit de la grande saison", il réalise son voeu de faire se rejoindre la réalité morne et son possible merveilleux dans l'écriture. Effaçant les clivages du désir, il peut devenir, selon le titre d'une gravure où il s'est représenté en position d'extase masochiste aux pieds d'une belle femme hautaine lisant, "L'Idolâtre du livre": le livre d'un réel hérétique et poétique où le désir et la loi semblent pouvoir se réconcilier.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Antonin Artaud. Entre mythe, histoire et littérature, Artaud s'empare ici de la vie d'Héliogabale d'Émèse, grand prêtre païen adorateur du Soleil et empereur anarchiste en son empire, qui vécut au IIIe siècle d'une Rome intensément déliquescente et fit de son pouvoir "de la poésie réalisée". Extrait: "S'il y a autour du cadavre d'Héliogabale, mort sans tombeau, et égorgé par sa police dans les latrines de son palais, une intense circulation de sang et d'excréments, il y a autour de son berceau une intense circulation de sperme. Héliogabale est né à une époque où tout le monde couchait avec tout le monde; et on ne saura jamais où ni par qui sa mère a été réellement fécondée. Pour un prince syrien comme lui, la filiation se fait par les mères; - et, en fait de mères, il y a autour de ce fils de cocher, nouveau-né, une pléiade de Julies; - et qu'elles exercent ou non sur le trône, toutes ces Julies sont de hautes grues." Pour J.M.G. Le Clézio, "Qui n'a pas lu 'Héliogabale' n'a pas touché le fond même de notre littérature sauvage."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Gertrude Stein. Gertrude Stein a été la première des grands écrivains de l'Amérique contemporaine. Elle fut la première à s'apercevoir qu'il y avait une Amérique contemporaine, que cette Amérique était différente de l'Europe et différente de l'Amérique d'hier. Elle fut la première à vouloir écrire ce que parlait l'Amérique d'aujourd'hui et à penser ce que penserait l'Amérique de demain. Elle est la première de ces novatrices et ces novateurs qui, à partir de 1900, ont entraîné l'Amérique littéraire et artistique en dehors des chemins frayés du XIXe siècle, de la tradition romantique et postromantique, des survivances puritaines et du ronronnement oratoire hérité du XVIIIe siècle. Elle fut la première à découvrir la phrase américaine et à inventer le paragraphe américain: elle fut la première à imaginer un roman-fleuve et des poèmes magiques dans une Amérique qui oubliait Poe et qui continuait Georges Ohnet. Alice Toklas était la secrétaire et confidente de Gertrude Stein et l'Autobiographie est l'histoire de sa vie. Cette vie s'est déroulée à côté de Gertrude Stein, dans la compagnie et la contemplation de Gertrude Stein. Seule Alice Toklas pouvait parler de Gertrude Stein, car Gertrude Stein elle-même, qui était poète et romancière, ne pouvait pas parler d'elle-même. Chacun son métier. Ce livre est donc l'Autobiographie d'Alice Toklas, et il émane bien de la sensibilité, de la pensée, de la sagesse d'Alice Toklas. Seulement, comme Alice Toklas était très occupée, qu'elle devait s'occuper des chiens, du jardin, des manuscrits, de la cuisine et des mille soins de la vie quotidienne, Gertrude Stein, qui était plus libre et mieux habituée à tenir la plume, a bien voulu rédiger cette Autobiographie de son amie, pour son amie. Voilà comment Gertrude Stein est l'auteur de l'Autobiographie d'Alice Toklas.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Guillaume Apollinaire. Publié en 1918, l'année de sa mort, "Le Flâneur des deux rives", promenades dans un Paris insolite et familier, réunit le meilleur des chroniques de Guillaume Apollinaire.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. "Haute solitude" est l'oeuvre la plus accomplie et la plus déchirante de Fargue. Reprenant les chemins de rêves et de cauchemars déjà parcourus dans "Vulturne", l'auteur poursuit cette fois son investigation jusqu'au point critique où le poète, se séparant de lui-même, s'installe dans la "Haute solitude", lieu étrange dont il nous dit les peurs et les prestiges. Par elle, il atteint la nuit des temps préhistoriques comme celle de la fin du monde dont il nous dit être l'un des six témoins. C'est entre ces deux nuits de la terre et du ciel, de la naissance et de la mort, que s'inscrit ce recueil de proses. Visionnaire stupéfait "d'avoir vu d'un coup Dieu dans le monde, comme on s'aperçoit dans une glace à l'autre bout de la chambre", Fargue possède cette puissance verbale propre à entraîner le lecteur dans la randonnée préhistorique qui ouvre le livre. Nous y assistons à la formation des mondes, à la succession des époques, à l'apparition d'un "monstre bizarre", l'Homme. Puis, délaissant ces mondes chaotiques, un autre univers non moins fantastique est exploré: ce Paris tant aimé, parcouru et arpenté par l'auteur du "Piéton de Paris". Le voici déambulant à travers les rues, accompagné par les fantômes et les visages de ceux qu'il a aimé. Il dit les gares, les banlieues, les cafés, les nuits blanches, les rumeurs de la ville et la vie dans son désordre cosmique. Mais aucune rue qui ne conduise inexorablement vers ce haut lieu où souffle l'esprit: la solitude. "Je travaille à ma solitude, cherchant à la diriger dans la mer d'insomnie où nous a jetés la longue file des morts..."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Joë Bousquet. Blessé de guerre en 1918, à l'âge de 21 ans, Joë Bousquet restera allongé jusqu'à la fin de ses jours avec un corps paralysé. Mort sans être mort, il n'a pas quitté sa chambre depuis une vingtaine d'années lorsqu'il commence à écrire "Traduit du silence". Journal intime ou, plus exactement, poème de sa vie intérieure, ce récit lui permet de "purger ses pensées" et de trouver un sentier dont il n'existait que l'idée. Le poète imagine de "contrécrire" pour mieux se connaître et parce qu'il a entrevu un monde "où on parlera sans avoir à rencontrer ces mots qui font saigner le temps". Écrire est pour lui "être déshabillé de sa propre présence" et "se rendre, au-dedans de soi, apte à créer l'ordre que l'on devra subir". En proie à une méditation incessante, sa pensée devient la chair d'un univers aux dimensions et profondeurs imprévues. Il crée une nouvelle géologie du corps qui ne progresse pas d'organe en organe mais de strate de pensée en strate de pensée. Rien n'arrête la pensée qui assimile même le silence: "Pour traduire le silence, il faut vivre au-delà de son propre silence, entendre et retenir toutes les voix qui se taisent en nous." [...] "Je ne suis ni dans la littérature ni dans l'art. Pas même dans l'amour. Mais je suis dans un conte que mes semblables prennent pour la vie".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. Jaime Torrijo, lieutenant dans un régiment de cavalerie bolivien, se passionne pour la politique de son pays et rêve d'y faire renaître le sentiment de magnanimité qui fit jadis la grandeur de Bolivar. Brillant, doté de force et d'audace, adoré de ses hommes, aimé par les femmes, tout lui est possible. Par un coup de force, il renverse don Benito, le chef suprême de l'Etat, et s'installe dans son fauteuil. Désormais, il est le maître de la Bolivie. Mais la situation s'envenime. Troubles, complots, scandales, assassinats et révoltes agitent le pays, empêchant Jaime de réaliser son idéal politique. Il réprime la rébellion avec une sauvage énergie. Redevenu maître de la situation, il découvre alors que sa victoire est un pur néant et renonce au pouvoir. Il part explorer seul des régions mal connues puis décide de sacrifier à la manière des anciens indiens son seul dieu, son cheval. L'homme à cheval est désormais à pied. "L'Homme à cheval" n'est pas un simple roman d'aventures. À travers le récit de la vie de cet homme d'action d'où est éludé tout pittoresque, Drieu la Rochelle investit ici avec bonheur le genre de l'épopée.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. "L'homme couvert de femmes" est la peinture réaliste, légère jusqu'à l'indécence, cynique et désespérée, de l'existence amoureuse d'un jeune homme après la Première Guerre mondiale. À la campagne, de rencontres en aventures, de conquêtes en divertissements faciles, Gille s'ennuie. À Paris, il fréquente ces maisons où "les femmes vivent nues comme des poissons dans l'eau". L'auteur décrit méthodiquement, précisément, toutes les scènes, y compris les plus crues. Il avoue que son plaisir sexuel est souvent gâché par la discorde entre l'âme et le corps, aussi aime-t-il les femmes qui souffrent comme lui de ce déchirement. Puis une femme, la seule qu'il croit aimer, arrive soudain. "L'homme couvert de femmes" n'est pas qu'un roman de moeurs décadent truffé de scènes érotiques. Certes les personnages se complaisent dans leurs petites aventures sentimentales et sexuelles mais ils ne sont ici qu'une toile de fond qui sert à mieux définir Gille et sans nul doute Drieu la Rochelle lui-même. Gille vit le temps du cynisme sans y adhérer totalement. Il est poursuivi par la nostalgie de l'amour.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de David Herbert Lawrence. Préface et traduction de Pierre Drieu La Rochelle. L'homme qui était mort, c'est le sauveur que l'on a déposé dans le sépulcre sans qu'il ait vraiment vécu. Sa mission l'a empêché d'être lui-même: en prêchant son évangile, il a proposé aux hommes l'amour, mais un amour condamné à mourir. Car, ignorant de la véritable vie, il ne tendait qu'à en arracher les hommes pour se les attacher par des liens purement spirituels. Par la suite, il ressuscite plein de déception, mais décide de créer sa propre existence, solitaire au sein du monde. Fatigué et le coeur rempli de crainte, l'homme qui était mort se met en route à travers le monde, en quête de la véritable vie. Dans une région lointaine, il rencontre une jeune femme, prêtresse de la déesse païenne Isis. Leur union sexuelle et mystique les révèle à la signification de la vie. La femme a conçu le fils d'Osiris et l'homme a vaincu la mort. La beauté et la sensualité de ce dernier roman de l'auteur de "L'amant de Lady Chatterley", inspiré par les écrits de Nietzsche, font oublier ce qu'il y a de sacrilège dans cette réinterprétation de la vie du Christ.


  • Récit autobiographique. Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. À partir de 1920, Drieu la Rochelle se mêle à tous les mouvements de son époque, tenté aussi bien par Charles Maurras que par Louis Aragon, par l'Action française que par le Communisme et le Surréalisme. Admirateur de Maurice Barrès, de Rudyard Kipling et de Friedrich Nietzsche, il affiche clairement ses contradictions et ses oeuvres se succèdent alors à un rythme soutenu. "État civil", aboutissement d'un ancien projet de livre intitulé "Histoire de mon corps", paraît à ce moment-là. "Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ?" se demande le futur auteur de "Rêveuse bourgeoisie", déjà obsédé par la décadence, qui dresse ici un tableau lucide de son enfance et de son adolescence.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Rabindranath Tagore. Inde, été 1940. Rabindranath Tagore passe ses dernières vacances dans la petite bourgade montagnarde de Kalimpong, près de Darjeeling. Entouré de sa famille et d'un groupe d'amis, l'auteur de "L'Offrande lyrique", alors âgé de 80 ans et sentant venir la mort, remonte le cours du temps pour partager ses souvenirs d'enfance. Ses assistants et amis l'écoutent en prenant des notes qui aboutiront à ce petit livre autobiographique, intimiste et nostalgique, l'une des dernières oeuvres importantes du Prix Nobel de littérature qui mourra un an plus tard, en août 1941. Il y évoque la société indienne d'avant l'indépendance, l'univers de la maison familiale, les représentations théâtrales à domicile, les premières publications en revue... Comme toujours avec Tagore, la narration simple et limpide révèle une poésie et une sensibilité d'une grande profondeur. Pour Romain Rolland, "Rabindranath Tagore est, pour nous tous, le symbole vivant de l'Esprit, de la Lumière et de l'Harmonie, le chant de l'Eternité s'élevant au-dessus de la mer des passions déchaînées".


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Charles-Ferdinand Ramuz. Sur les versants opposés d'une montagnes du Valais vivent deux groupes ethniques entre lesquels existent des divergences profondes de langue, de religion et de coutumes. La montagne qui pourrait rapprocher à son sommet ceux du versant nord, des Alémaniques grands et blonds, et ceux du versant sud, des Italophones très bruns, les sépare au contraire inexorablement en formant un rempart permanent de neige. Le rapt d'une jeune fille, accompli à la suite d'un pari par le berger Firmin séduit par sa beauté blonde, est le noeud du roman. La séparation des races est symbolisée par l'amour impossible entre les deux personnages car Frieda, la jeune femme, médite silencieusement sa vengeance d'où ne sortira que mort et dévastation. La naturalisme tragique de C.-F. Ramuz trouve ici une de ses plus fortes expressions.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. "Rêveuse bourgeoisie" est le roman de Drieu la Rochelle qui exprime sans doute le plus son pessimisme aigu. L'histoire de ces trois générations d'une famille bourgeoise française sur le déclin pendant l'entre-deux guerres, donne l'idée d'un cercle vicieux infernal où les enfants doivent inéluctablement retrouver les vices des parents. A travers les derniers soubresauts de cette famille on assiste en réalité à la déchéance et à la mort de la société bourgeoise de l'époque. "Rêveuse bourgeoisie" est moins autobiographique que la plupart des autres romans de Drieu la Rochelle. Pour la première fois, il parvient à créer ici un monde purement imaginaire, même si certains caractères ressemblent beaucoup à des frères de Gilles.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Henry David Thoreau. Écrivain et philosophe, Henry David Thoreau (1817-1862), longtemps considéré comme un apôtre de la désobéissance civile en raison de son célèbre essai politique intitulé La Désobéissance civile (1849), est aujourd'hui reconnu comme l'un des plus grands auteurs américains du XIXe siècle. Vivant à Concord (Massachussets), paisible bourgade dont Ralph Waldo Emerson allait faire un centre culturel important, il devient très vite l'ami et le disciple du philosophe qui encourage sa vocation littéraire. Comme lui, il s'inscrit dans le courant de pensée qui porte le nom de "transcendantalisme" et qui se caractérise par une fusion spéculative de l'éthique et de la religion. Toutefois peu enclin à s'engager dans une profession, il se contente d'être le factotum d'Emerson tout en passant des journées entières à observer la nature. Le 4 juillet 1845, il s'installe au bord du petit lac de Walden, non loin de Concord. Il y passe deux ans et deux mois, dans une cabane qu'il a construite lui-même, se consacrant aux promenades, à l'observation, à la lecture et à l'écriture. Un livre naît de cette retraite, Walden, où la vie dans les bois, son chef-d'oeuvre publié après de nombreuses révisions en 1854. Il y consigne ses réflexions et ses observations, en philosophe, en naturaliste, en essayiste politique, en poète, voire en mystique. Walden, où la vie dans les bois reste aujourd'hui l'un des ouvrages de référence de la contre-culture et de la pensée libertaire et écologiste. Lorsqu'il meurt à l'âge de quarante-quatre ans, en 1862, Henry David Thoreau laisse une oeuvre à son image, multiple et inclassable, qui influencera entre autres le Mahatma Gandhi et Martin Luther King. Sa modernité ne cesse de s'imposer à notre temps.

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