Langue française

  • «Pourquoi les mains volubiles d'Alvaro «El Sopa» Aguirre étaient-elles plus expertes que les miennes? Pourquoi Gonzalo «Fon» Fonseca aimait-il l'effroyable laideur de Gabriela «Viejos Días» Arnesto? Pourquoi la langue de Sandra «Narigona» Cladera, langue soyeuse, tempérée, n'a-t-elle pas contaminé celle de la jeune carpe que j'étais? Pourquoi la mère de Margarita, gardienne et négociante de sa croupe avertie, connaissait-elle mon surnom?
    Mais pourquoi diable la pulpe de nos dires demeure-t-elle toujours étrangère aux fruits de notre désir?»

  • «Après le second exil, lorsque j'embrassais une fille, j'avais souvent l'impression que ma bouche abritait trois langues. Était-ce seulement parce que, égaré dans ce pays inhospitalier dont les habitants partout dans le monde sont célèbres pour leur hippophagie et pour leur mauvaise odeur, le français était pour moi un nouveau langage?
    Abasourdi par mille et un changements, je ne savais que faire de cet excès de paroles possibles qui ne franchissaient jamais l'enclos de mes dents. J'allais donc ainsi, enlaçant les mots, rendant purs les sons, et propageant mon silence.
    Car l'exil a ceci de remarquable qu'en nous rendant bilingues, il crée la possibilité de se taire dans une nouvelle langue.»

empty