Éditions Nota bene

  • Peut-on encore parler du roman français au singulier aujourd'hui ? Une recherche attentive sur les esthétiques principales ou singulières du roman dit de l'extrême contemporain permet de constater qu'aucune école ou aucun groupe ne domine l'univers romanesque, et qu'aucun mouvement n'impose profondément sa marque sur la scène littéraire. Cela ne signifie pas pour autant qu'il ne reste que des oeuvres disparates et qu'il soit impossible d'organiser une cohérence en arrêtant des corpus.
    Dans de tels cas, c'est moins chercher du côté d'un projet romanesque bien circonscrit que du côté de certaines pratiques transversales. Dans cet ouvrage collectif, le point de départ ne consiste pas à se demander si le roman conserve une pertinence en tant que témoin privilégié
    de la littérature aujourd'hui - cela semble relever de l'évidence -, mais plutôt à identifier ce qui lui confère cette légitimité.

    Cet ouvrage vise aussi à appréhender la notion de contemporanéité à partir de la littérature, du roman. Plus globalement, sans tenter d'offrir un vaste panorama du roman français d'aujourd'hui, son objectif consiste à mieux saisir la pertinence du roman grâce à un ensemble d'études conçues à partir d'axes précis (les idées, le réel, le jeu, le soi) sur les possibles du roman, qu'il adopte une forme fragmentée ou théâtralisée, qu'il préconise un savant collage ou un métadiscours narrativisé, qu'il puise abondamment dans l'autobiographie ou l'essai. Le postulat au fondement de cet ouvrage défend l'idée qu'il existe des romans français importants ou singuliers à notre époque et que nous devons les découvrir et mieux les comprendre.

  • Écrire, publier, parler de son oeuvre, tout cela comporte parfois des risques qu'écrivains et intellectuels acceptent d'assumer. Ces risques sont-ils les mêmes pour les femmes et pour les hommes ? Et s'ils sont différents, en quoi le sont-ils ? Pour les femmes qui écrivent, quels thèmes, quelles figures donnent corps à l'idée du risque ?

  • Après avoir vécu son enfance à Québec où elle a amorcé son oeuvre, Marie-Claire Blais a habité quelques lieux qui ont eu une énorme importance dans son écriture. Après Québec, il y eut Montréal, Cape Cod, Paris puis, jusqu'à maintenant, Key West, en Floride.

  • L'objet de cet essai porte sur les témoignages de personnes qui ont vécu l'horreur des camps nazis et qui en sont revenues. Celles et ceux qui en reviennent peinent à se définir comme des survivants : ce sont des spectres, des revenants, hantés par le souvenir des morts qu'ils ont laissés derrière eux.

  • L'établissement de cet inventaire descriptif vise d'abord à mettre en valeur la bibliothèque de Réjean Ducharme. L'accès à cette extraordinaire collection (plus de 1 800 titres, dont 175 disques) devrait également infléchir les études consacrées à l'oeuvre. C'est du moins dans cet état d'esprit que nous avons élaboré cet outil de recherche qui propose une sorte de portrait de l'atelier de travail de Réjean Ducharme.

    La structure de l'inventaire rend compte de son « dispositif intellectuel ». Chaque livre s'est vu attribuer une cote alphanumérique, qui correspond à son emplacement précis dans le bureau de Ducharme, dans la bibliothèque de chevet ou encore dans diverses étagères de sa maison de la rue Quesnel, la dernière qu'il aura habitée. Le premier livre de la bibliothèque porte donc la cote A1.1.

  • La dépression postnatale est encore aujourd'hui peu avouable, tant la loi du bonheur obligatoire s'impose aux nouvelles mères. La naissance d'un enfant n'est pourtant pas toujours synonyme de joie et peut susciter de la détresse, un sentiment d'incapacité, voire de la honte.
    La dépression postnatale est-elle en soi une maladie ? Les trois auteures montrent que l'analyse des textes scientifiques sur la question révèle d'importants désaccords sur le caractère spécifique de cet état dépressif, qui en ferait un type de dépression distinct de tout autre.
    Elles montrent ensuite ce que contiennent les textes sur la dépression postnatale destinés à un grand public, tirés de livres ou de magazines féminins. Véhiculent-ils les désaccords du monde scientifique? Proposent-ils une vision qui rende légitime le caractère spécifique des dépressions effectuant les nouvelles mères ou sont-ils, au contraire, critiques face à ce diagnostic ? L'analyse de ces écrits, les seuls qui soient directement acces¬sibles à la population, fait apparaître l'image paradoxale des mères dépressives véhiculée au quotidien.

  • La position d'Adorno à l'égard du cinéma a souvent été assimilée à un rejet total, motivé par une conception élitiste, voire bourgeoise, qui refuse de considérer pertinente la participation du septième art à l'effort d'émancipation humaine. Premier livre en langue française portant spécifiquement sur le cinéma chez Adorno, le présent essai s'efforce plutôt de montrer que la pensée adornienne nous incite à trouver un intéressant juste milieu entre deux positions également excessives : le mépris catégorique de la culture populaire, qui ferme les yeux sur ses facettes les plus fécondes, et le regard ébahi et rampant porté sur cette culture, qui nourrissait les esprits à l'époque d'Adorno et alimente aujourd'hui les travaux d'un nombre croissant de philosophes, d'écrivains et de chercheurs.

  • Voix unique dans le paysage théâtral de notre époque, l'écriture de Carole Fréchette s'inscrit dans ce qu'il convient d'appeler un « théâtre de la comparution » par lequel les personnages ont la responsabilité de se mettre à nu devant nous, de nous prendre à témoin, de nous interpeller. À même une parole imprégnée de sensations à fleur de peau et d'incisifs questionnements, la dramaturge québécoise n'a eu de cesse d'explorer la difficulté d'être chez ses contemporains aux prises avec leurs désirs et leurs contradictions dans leur recherche d'une vie à la fois plus lucide et plus juste. Amorcée en 1989, cette oeuvre compte aujourd'hui une quinzaine de pièces, distinguées par des prix prestigieux et une réception critique élogieuse à la suite d'un grand nombre de productions tant au sein de la francophonie qu'ailleurs dans le monde en pas moins de dix-sept langues.
    Pourtant, la dramaturgie de Carole Fréchette n'avait encore jamais fait l'objet d'une analyse fouillée sous forme de livre. Le présent ouvrage comble cette lacune en rassemblant des textes de seize chercheurs provenant des deux côtés de l'Atlantique. Ces spécialistes ont répondu à l'invitation de réfléchir sur l'oeuvre qui constitue l'imaginaire original de la dramaturge en tant que « théâtre sur le qui-vive ». À ces études et ces essais s'ajoutent une préface de l'écrivaine Madeleine Monette, un texte introspectif de Carole Fréchette elle-même et une ample bibliothéâtrographie de son oeuvre. Une telle initiative éditoriale permet enfin de (re)découvrir dans toute leur amplitude les spécificités poétiques et civiques d'une dramaturgie au féminin à nulle autre pareille.
    Avec des textes de : Hélène Beauchamp, Marion Boudier, Karine Cellard, Denise Cliche, Gilbert David, Francis Ducharme, Louise H. Forsyth, Carole Fréchette, Hervé Guay, Marie-Aude Hemmerlé, Sylvain Lavoie, Barbara Métais-Chastanier, Madeleine Monette, Nicole Nolette, Stéphanie Nutting, Pascal Riendeau, Lucie Robert, Jean-Philippe Roy et Sara Thibault.

  • Désormais, les corridors moisis s'emplissent d'échos, les lumières vacillent le long des balustrades et les passions commencent à butiner dans les alvéoles ankylosés du temple. On entend des pleurs. Mais sous le plafond ombrageux, il y a aussi d'étranges rires. Et des rêves. Et de la barbarie. Quelque part, quelque chose vient de se briser. Quelque chose de lourd et de fragile, un globe de verre peut-être ; et une autre présence, libre, clandestine, remplit maintenant l'atmosphère. Le charme maléfique est rompu. C'est une insurrection. Une guerre des mondes. Sans le moindre bruit, une vague ultra-terrestre envahit la forteresse de pierre, monte à l'assaut des escaliers glacés et, chargée d'une intarissable moquerie, se précipite vers d'autres ouvertures béantes, vers d'autres déserts de solitude, tel un nuage inquiétant, magnifique, incontestable, uniquement soucieux de faire trembler la chair et de restituer au pouls les battements d'une vie nouvelle.



    Un excellent essai sur la pensée et sur la littérature.



    Filippo Palumbo est l'auteur de Saga gnostica : Hubert Aquin et le patriote errant (2012). Il enseigne la philosophie au Cégep Édouard-Montpetit à Longueuil.

  • Monsieur Rhésus réfléchit aux illusions des hommes, aux grands systèmes des idées monomanes ou collectives, aux religions, aux politiques sur l'épaissie brochette des calendriers. L'humanité préfère encore croire à des mondes réellement possibles sans accidents. Sans évènements donc. Mais, corps mous ou élastiques, les êtres humains sont foncièrement lourds et faillibles. Alors où mettre exactement sa bombe artisanale sans se faire fracasser la boîte crânienne ?

  • J'entends par consumation un acte excédant les exigences du bon sens, exigences auxquelles se plie l'individu qui voudrait seulement - quelle humilité ! - l'accroissement des richesses et du pouvoir. Dans le domaine de la connaissance, la consumation désigne une activité spirituelle irrécupérable en ce qu'elle ne se solde pas par une nouvelle ligne au CV ou une promotion pour penseur patenté. Elle se distingue de la consommation culturelle et protège de son infirmité érudite : le trouble anxieux de qui se goinfre de toutes les grosses Lettres de l'humanisme et peine à les métaboliser. La consumation est irréductible aux conditions du marketing intellectuel visant à la maximisation du rendement, principe dont découle le fameux et malheureux impératif publish or perish. On remarque ces dernières années une prolifération d'appellations conceptuelles branchées qui témoignent de cette marchandisation du savoir. Le consumérisme académique assigne la pensée littéraire à la résolution - supposée « effective » - de problèmes.

  • Ceci est mon corps relate l'éducation sentimentale d'un jeune garçon homosexuel issu d'un milieu socioéconomique défavorisé de l'Est ontarien. Le texte traverse les frontières de genre (littéraire et sexuel), d'orientation sexuelle, de langue, de race et de classe en proposant d'analyser la décomposition d'une famille et la recomposition d'une autre, la chosen family queer qui permettra au personnage de s'épanouir de manière saine et authentique. Maniant les théories queer et le genderfuck, abordant la honte, la dépression, la maladie, la solitude et le sexe compulsif, Michael V. Smith crée, avec Ceci est mon corps, une oeuvre complexe, écrite dans une langue accessible permettant à un vaste lectorat d'entrer en relation avec son histoire, racontée sans fard, afin d'y trouver quelque chose comme une forme queer d'humanité, construite à partir de la vulnérabilité la plus totale.

    « Je me suis souvent promis, au fil des ans, de tempérer mon ardeur pour le sexe en public, le sexe anonyme, les petites vites, le sexe ailleurs que dans un lit, mais à mesure que passaient les semaines solitaires, ma détermination finissait par chanceler. J'avais l'impression que tout le monde sauf moi avait percé le code secret gay puisque j'étais incapable de convaincre qui que ce soit de me fréquenter. Le sexe en public me permettait de trouver un réconfort physique et d'oublier les soirées en solitaire. »

  • Qu'est-ce qu'un scandale en art et que révèle-t-il ? Comment se déploie-t-il dans l'espace public et comment agit-il rétrospectivement sur ce qui fait mémoire ? Comment s'enracine-t-il aux contextes artistique et sociopolitique tout dévoilant certaines de leurs facettes ? Comment s'articule-t-il au pôle censure / liberté d'expression ? Comment l'analyse rétrospective de celui-ci est-elle elle-même ancrée dans des choix théoriques et des sensibilités éthiques et politiques qui peuvent en redéfinir les contours ?

  • Pour opérer son passage entre l'univers de la revue et celui du livre, Contre-jour propose ici non pas un bilan de son existence en tant que cahiers littéraires, mais plus intimement un album de famille. En feuilletant ce regroupement d'essais, le lecteur reconnaîtra (ou découvrira) l'esprit de Contre-jour. Même s'il a ruisselé sur des pentes et en des directions diverses, cet esprit possède une même source : la croyance qu'il se cristallise dans la littérature quelque chose de mystérieux et de puissant, quelque chose qu'on ne se lasse pas d'interroger puisqu'on sent qu'une part de nous, et du monde, nous y attend.
    Tous les collaborateurs de ce livre, qui ont fait partie du comité de rédaction des cahiers littéraires à un moment ou un autre, ont choisi eux-mêmes un texte que les années, la lassitude, la lente répudiation de ce qu'on a été n'ont pas encore réussi à épuiser.

  • La figure du marquis de Sade occupe une place privilégiée dans les lettres françaises. Écrivain controversé s'il en est, on a longtemps réservé ses livres à l'« enfer des bibliothèques », tout en les considérant à la fois comme produits d'un libertinage démentiel et symptômes d'une pathologie à laquelle Sade, bien malgré lui, a laissé son nom : le sadisme. La publication relativement récente de ses oeuvres - des éditions clandestines du XIXe siècle à son entrée dans la prestigieuse collection de la Bibliothèque de la Pléiade en 1990 - semble prendre à rebours une condamnation qui paraissait sans appel. Malgré cette rareté du texte, la quantité d'encre qu'a fait couler D.A.F. de Sade depuis deux siècles est vertigineuse ; sa figure est d'autant plus complexe que la fascination qu'il exerce est très grande, et qu'on a inextricablement mêlé anecdotes sur sa vie à ce que son oeuvre et sa pensée ont de proprement scandaleux, construisant ainsi une figure proche du mythe, où le territoire de la vérité s'avère difficile à circonscrire. C'est précisément l'analyse de ce mythe que Michaël Trahan propose ici à ses lecteurs. Fascinant !

  • Dans un monde où l'interdit mène à un questionnement moral, la raison est une maladie. La perception pure, l'obligation de la maintenir, enfièvre celui qui redoute la possibilité d'un autre monde et l'intrusion malicieuse de ses « créatures ». Chez Georges Bataille, les femmes incarnent cette dimension insidieuse, elles qui jouissent, prédatrices comme des louves, la fente velue comme des bêtes. Simone, Dirty et Hélène reprennent le langage corporel des désaxés pour mettre en péril la conscience et la vie. Si cette férocité se manifeste de manière moins draconienne chez Anne Hébert, les héroïnes y sont tout de même possédées par l'angoisse. L'outrance - sous les manifestations de la frustration et des pulsions sexuelles - fait de ces femmes des étrangères à qui l'on assigne les noms de diable, de folle, de sorcière. Ainsi ponctuent-elles le récit, orientant le scandale vers la lumière pour mieux révéler la désagrégation de leur existence. On les croirait alors venues d'un ailleurs où le corps malade - en voie de se débarrasser des idéologies - est par lui-même un « envers du monde » laissant soudainement transparaître sa phénoménalité.

  • « Deviens ce que tu es », se dit à lui-même l'enfant du millénaire, avant de comprendre qu'à l'époque virtuelle qui est la nôtre il ne sera pas simple de répondre à cette injonction. En ressassant ses souvenirs, ses lectures et en soupesant les paroles de ses proches, engagés dans la même incertitude, une voix cherche à se dire, un être cherche son chemin en empruntant les sentiers de l'essai lyrique pour recomposer les fragments de sa vie.

  • Le présent ouvrage propose de reconsidérer les schémas qui orientent souvent le discours récent sur la filiation et l'héritage à partir d'un cas de figure précis : celui de l'appropriation productive de textes qui appartiennent à une tradition éloignée. Le corpus à l'étude est constitué de romans, de nouvelles et de recueils de poèmes québécois parus entre 1989 et 2011, qui proposent un dialogue intertextuel et/ou hypertextuel avec les oeuvres de Thomas Bernhard et de Peter Handke. L'examen attentif d'un tel dialogue entrepris par sept écrivains québécois (Normand de Bellefeuille, Diane-Monique Daviau, Denise Desautels, Nicole Filion, Catherine Mavrikakis, Rober Racine et Yvon Rivard) dévoile que les revers dans la transmission ne consacrent nullement l'empêchement de l'auteur contemporain de se tourner - de manière parfois fulgurante - vers des modèles élus, inattendus. Ici, une telle association à des auteurs du canon littéraire germanophone est interprétée à la lumière du concept d'affiliation, qui évoque une adhésion choisie à des contenus d'héritage, mais par laquelle l'écrivain contemporain ne met pas en péril l'originalité profonde de sa propre démarche. Le concept permet ainsi de décrire le travail d'écrivains contemporains qui ne se contentent pas de développer de réelles formes d'appropriation et/ou de réception productives, mais dont l'entreprise tend à renforcer leur propre signature d'auteur dans le lien qu'elle développe avec un héritage littéraire. Les principes de l'affiliation sont exposés à partir d'une typologie quadripartite qui permet par surcroît de relever des modes d'appropriation du canon au sein de textes contemporains et d'éclairer les inflexions spécifiques qu'adoptent ces modes d'appropriation dès lors qu'il est question d'un héritage issu d'une tradition étrangère.

  • La nouvelle québécoise a connu un âge d'or à la fin du XXe siècle, le temps d'une décennie flamboyante qui l'a propulsée à l'avant-plan de la production littéraire. Quel héritage cette période a-t-elle laissé à cette pratique ? Quels déplacements, quelles transforma¬tions a-t-elle connus au tournant du XXIe siècle ? À travers l'étude d'une vingtaine de recueils de nouvelles parus entre 1995 et 2010, le présent ouvrage propose des lectures approfondies, de façon à sortir du cycle des réceptions immédiates et des rapides commentaires critiques qui restent en surface de ces propositions littéraires complexes.

    S'y retrouvent notamment côte à côte Les aurores montréales de Monique Proulx, Cet imperceptible mouvement d'Aude et Celle qui marche sur du verre de Christiane Frenette, oeuvres imposantes de la période, de même que des nouvellistes aussi différents et fascinants que Gaëtan Brulotte, Guillaume Corbeil, Louise Cotnoir, Michael Delisle, Suzanne Jacob et Sylvain Trudel. Un tout autre portrait de la littérature québécoise contemporaine en émerge, celui d'une pratique renouvelée et vive.

  • Le droit de propriété se trouve constamment au coeur des mutations historiques du capitalisme. Accompa¬gnant l'avènement de la modernité politique, il stimule et structure la révolution capitaliste, car il porte en lui une logique de libération : l'indifférenciation normative. Il forme ensuite la pierre angulaire de l'avènement du capitalisme avancé, lorsque son expansion devient l'affaire des personnes morales et de leur efficacité organisationnelle plutôt que des individus et de leur liberté. Aujourd'hui, il est lié aux nouvelles modalités d'accès caractérisant le capitalisme financier et il est partie prenante, par le biais des droits de propriété intellectuelle et des brevets, d'une mutation qui affecte notre conception du vivant et de la vie. Plus radicalement, il accomplit son processus d'abstraction dans la foulée de la spéculation autoréférentielle de la valeur. Nous permet-il donc de penser réellement, comme au temps de Marx et des « origines du capitalisme », les bouleversements majeurs touchant les rapports de disposition et d'appropriation, les dynamiques de valorisation et d'accumulation, et la domination qu'ils entraînent ? Mais surtout, ces rapports continuent-ils d'être aussi structurants sociétalement qu'ils l'étaient alors ?

  • Est contemporain ce qui n'appartient qu'à aujourd'hui. Si tenter de cerner ce qui fait la singularité de la production littéraire contemporaine peut sembler un exercice qui est vite suranné, s'engager dans une réflexion sur l'actualité de la littérature constitue pourtant un défi important : il appelle une cartographie, fondée sur une transformation d'un repère temporel en une compréhension de ses enjeux. Cette quête d'un sens pour la période contemporaine suscite une variété de propositions, un foisonnement qui génère une perspective diffractée : les oeuvres évitent ainsi d'être hâtivement associées à des catégories ou à des étiquettes qui limiteraient leur lecture.

    C'est à cette diffraction des lectures que se sont prêtés les collaborateurs de cet ouvrage collectif. Études d'oeuvres singulières (Michon, Jourde, Millet, Houellebecq), approches transversales
    du contemporain - ses genres (policier, roman, dramaturgie, poésie), ses pratiques (quelle autorité narrative dans la prose ? où sont les groupes d'écrivains ?) -, les chapitres de cet ouvrage examinent la prétendue case vide du discours critique sur la littérature actuelle et apportent,
    à leur façon, de nouveaux éclairages sur les oeuvres d'aujourd'hui.

  • CONTENU:

    Anne-Gaëlle Weber, « Lieux parcourus, lieux décrits. Sens propre et figuré du lieu commun dans le récit de voyage »

    Simona Gîrleanu, « La cité idéale dans les récits de voyage à Paris et à Londres (1750-1810) »

    Lucile Haguet, « Essor et déclin du lieu commun dans l'élaboration du discours géographique : l'exemple de la cartographie de l'Égypte aux VVIIIe et XIXe siècles »

    Nathalie Richard, « Grottes et voyages dans le temps. Un lieu commun renouvelé au XIXe siècle ? »

    Philippe Antoine, « À pied, à cheval ou en train. Écriture et déplacement »

    Sylvain Venayre, « Le lieu commun des impressions de voyage au XIXe siècle »

    Guillaume Pinson, « Christophe, Célestine, Claudine et les autres. Fiction du monde et fin de la mondanité vers 1900 »

    Karen Vandemeulebroucke, « Les Lettres parisiennes de Georges Rodenbach. Contestation ou confirmation du mythe nordique ? »

    Hugues Laroche, « Barbey d'Aurevilly. La fin du Verbe »

    LE XIXe SIÈCLE AU PRÉSENT

    Louis Bilodeau, « La damnation de Faust au Metropolitan Opéra. Robert Lepage et le piège de la technologie »

    Yves Thomas, « L'Empire d'une ville »


    DÉBAT:

    Louis Iandoli, « Le palais des Tuileries : le patrimoine sacrifié »

    Markus Dauss, « Un passé édifiant ou du non-historique des reconstructions historiques »

  • La distance critique, c'est bien sûr celle que doit se ménager tout chercheur par rapport à ses objets ; mais c'est aussi une volonté d'inscrire et de vaincre la distance entre le corpus étudié et le public visé, entre la littérature québécoise et les cultures étrangères ou encore entre l'auteur et certaines questions de recherche qui se sont imposées à lui.

    Réparties en cinq grandes sections - « Sur la littérature québécoise », « Sur le rapport entre le Québec et les cultures étrangères », « Sur la littérature contemporaine », « Sur la biographie » et « Sur Berlin » -, les études regroupées ici sont restées difficilement accessibles jusqu'à présent. En les retrouvant dans ce recueil, le lecteur pourra se rendre compte qu'elles prolongent et complètent les recherches passées de l'auteur, enracinées qu'elles sont dans les domaines de la poétique des genres, des transferts culturels et de l'herméneutique littéraire.

    Ces réflexions « à distance » ont bien sûr pour but, suivant une trajectoire bien connue, de ramener à ce qui est, à l'auteur comme au lecteur, le plus proche.

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