Éditions de l'Observatoire

  • « J'allais conjurer le sort, le mauvais oeil qui me collait le train depuis près de trente ans. Le Voyant d'Étampes serait ma renaissance et le premier jour de ma nouvelle vie. J'allais recaver une dernière fois, me refaire sur un registre plus confidentiel, mais moins dangereux. » Universitaire alcoolique et fraîchement retraité, Jean Roscoff se lance dans l'écriture d'un livre pour se remettre en selle : Le voyant d'Étampes, essai sur un poète américain méconnu qui se tua au volant dans l'Essonne, au début des années 60. A priori, pas de quoi déchaîner la critique. Mais si son sujet était piégé ?   Abel Quentin raconte la chute d'un anti-héros romantique et cynique, à l'ère des réseaux sociaux et des dérives identitaires. Et dresse, avec un humour délicieusement acide, le portrait d'une génération.

  • Krasnaïa Nouv.

    Bienvenue à Krasnaia, un monde parfait... fait par les animaux. Ici, pas de guerre. Mais pas de paix non plus. Mieux : ce qu'on appelle la Concorde. Plus de délit, plus de crime : si le renard a mangé la poule, c'est qu'il avait faim. C'est qu'il est un renard... Dans cette société qui ressemble beaucoup à une jungle, un cheval féru de politique, Vladimir, tente constamment d'apaiser les esprits, et de se faire réélire... Mais un incendie, ravageant ce faux pays de cocagne, embrasse soudain les coeurs des lièvres, des tortues, des hirondelles, et des tigres. Qui a voulu détruire Krasnaia ? Qui a osé s'en prendre à ce monde parfait ? Parce qu'il s'inspire autant de George Orwell que de Jean de la Fontaine, le nouveau livre de Raphaël Enthoven déjoue toutes les interprétations, oscillant entre l'essai philosophique et le roman policier, entre l'exercice d'admiration et la dénonciation de notre propre société, qui rêve d'une universalité impossible, et qui se complait dans mille excuses sociologiques.

  • Au café de la ville perdue Nouv.

    Ariana a grandi à l'ombre du 14, rue Ilios. Sa famille a perdu cette maison pendant l'invasion de Chypre en 1974, lorsque l'armée turque a entouré de barbelés la ville de Varosha. Tandis qu'elle débarrasse les tables du café de son père, elle remarque une jeune femme en train d'écrire. L'étrangère enquête sur cette ville fantôme, mais bute contre les mots : la ville, impénétrable, ne se laisse pas approcher. Au même moment, Ariana apprend que son père a décidé de vendre la maison familiale. Sa stupeur est grande, d'autant plus que c'est dans cette demeure qu'ont vécu Ioannis et Aridné, ses grands-parents. Se défaire de cet héritage, n'est-ce pas un peu renier leur histoire ? Car Ioannis était chypriote grec, Aridné chypriote turque, et pendant que leur amour grandissait, l'île, déjà, se déchirait. Ariana propose dès lors un marché à la jeune écrivaine : si elle consigne la mémoire du 14, rue Ilios avant que les bulldozers ne le rasent, elle l'aidera à s'approcher au plus près des secrets du lieu. Page après page, Varosha se laisse enfin déchiffrer et, avec elle, la tragédie d'une île oubliée.

  • Après le succès de De l'autre côté de la Machine, Aurélie Jean nous entraîne dans un nouveau voyage : au coeur de nos institutions juridiques et des algorithmes qui s'y exercent. Comment la loi est-elle pensée et appliquée au temps des algorithmes ? Comment les algorithmes sont-ils utilisés au sein du système judiciaire ? Et est-il vraiment possible de les réguler ? C'est un fait : les algorithmes rythment nos vies. Ils nous aident à nous déplacer, à travailler, à nous soigner, et même à légiférer. Certains, alarmistes, diraient qu'ils sont de partout... Or, peu d'entre nous les comprennent, sans parler d'en maîtriser les subtilités. Nos dirigeants, parlementaires et nos juristes n'y font pas exception, et participent pour certains à augmenter la confusion autour de leur utilisation et de leur supposé danger... Pourtant, il est aujourd'hui nécessaire, voire capital, de comprendre le fonctionnement des algorithmes développés, mais aussi d'anticiper leur développement, de l'encadrer et de l'accompagner aussi judicieusement que justement. Une chose demeure cependant certaine : les algorithmes ne disposent d'aucune personnalité juridique face à un tribunal. En revanche, s'ils ne peuvent réellement faire la loi, ils l'influencent et en orientent désormais la pratique. Mal employés, ils deviennent une menace pour ses principes de transparence et d'équité. Bien maîtrisés, ils peuvent, au contraire, guider ceux qui la font et l'exercent afin de garantir le traitement égalitaire de chacun face à la justice. Consciente du défi qui nous attend, Aurélie Jean nous appelle à agir et propose de dompter (plutôt que de réguler) les algorithmes à travers des lois souples et anticipatrices, afin de ne rien sacrifier au progrès tout en les pensant dans la plus grande objectivité scientifique, sociale et économique. Car c'est cette même transparence intrinsèque à l'exercice de la justice qui doit s'appliquer dans le champ des algorithmes afin de permettre à chacun - du citoyen au législateur - de garantir l'harmonie, la justice et l'essor intellectuel au sein de nos sociétés.

  • Le 5 juin 1578, Francesco Ier de Médicis, grand-duc de Toscane, épouse son amour de jeunesse et sa maîtresse de toujours, l'audacieuse Bianca Capello, aussi admirée que détestée. Volontaire, indépendante et opiniâtre, Bianca défie les époques par son courage, sa combativité et son ambition. La noble et toute-puissante famille Médicis, elle, outragée par cette union avec celle que l'on dépeint alors comme une favorite sans scrupules et une intrigante volage, use de mille stratagèmes pour séparer les deux amants, faisant courir les pires médisances à son égard. Contre vents et marées, Francesco, et l'amour qu'il porte à Bianca, la protègent. Dix ans plus tard, alors que rien ne semble pouvoir troubler leur bonheur, Francesco et Bianca s'éteignent à deux jours d'intervalle entre les murs de leur villa toscane. Très vite, la rumeur d'un empoisonnement à l'arsenic enflamme les cours italiennes, et bientôt le bruit se répand que le corps de Bianca aurait été vulgairement jeté dans la fosse commune par le cardinal Ferdinand, le frère de Francesco... Pourquoi Bianca suscite-elle cette rage chez le clan Médicis qui la surnommait alors Pessima Bianca - « l'exécrable Bianca » ?   Carol Ann et Patrick de Carolis remontent des siècles d'histoire et réécrivent le destin incroyablement romanesque de celle qui fut vilipendée et sacrifiée par cette fratrie médicéenne avide de puissance et d'argent. À travers leur plume, Bianca de Médicis revient à la vie et se révèle une héroïne à la modernité frappante et fascinante : une jeune femme libre et affranchie de la morale étouffante de l'époque, mais aussi une amoureuse passionnée et une figure aussi ensorcelante qu'inspirante.

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    « Gagne du temps. Sois péremptoire, snob ou dogmatique... Mais gagne du temps. Trompe-toi tant qu'il faut. L'instinct est à ce prix. Tu trouveras la faille et planteras l'étendard au coeur battant de la vie. Sois con souvent, génial parfois. C'est la rançon de l'emporte-pièce, le salaire du mépris. Cent sottises pour un aphorisme, comme un diamant scintille au milieu du charbon. Gagne du temps, disait mon père, laisse-moi te faire gagner du temps... »
    Dans cette confession d'un enfant du XXe siècle, entre l'épreuve de la violence et la découverte du courage, Raphaël Enthoven raconte la jeunesse, les amours, les combats, la liberté conquise. Et ressuscite un monde perdu.

  • « Fille d'ouvrier espagnol, arrivée à Lyon à l'âge de 3 ans, je suis devenue une femme politique française. Ce parcours est le fruit d'engagements, d'un attachement : engagement pour les valeurs universelles qui fondent notre République, pour la laïcité, pour l'égalité des droits, pour le féminisme ; engagement pour l'écologie dont personne ne peut plus nier l'urgence ; et un attachement profond à la France, à son histoire, à tous ces territoires où foisonne l'intelligence des citoyens et de leurs élus. Comment tenir aujourd'hui la promesse républicaine d'égalité alors que les inégalités sociales et territoriales s'amplifient, menacent au point de déstabiliser notre démocratie et font douter les classes moyennes et les catégories populaires ? Comment redonner à chacune et à chacun sa capacité à espérer dans la France ? Comment réussir la transition écologique concrètement dans les cinq années qui viennent et qui sont décisives ? Il faut faire de l'urgence écologique une opportunité pour réindustrialiser tous les territoires, redonner son rôle au travail qui permet de vivre dignement mais aussi redonner sa force dans la promesse d'égalité à l'école de la République. Décentraliser l'État qui s'est tant éloigné des citoyens. Tirer les leçons de cette pandémie qui bouleverse nos vies, agir pour la santé et sur ce bien commun qu'est notre hôpital public. Inscrire notre destin commun en Europe en ayant conscience de la voix singulière de la France. Et considérer pleinement chacune et chacun de nos concitoyens pour trouver ce chemin que nous devons aux jeunes générations. C'est à elles et à eux que je dédie ce livre. »

  • La soeur que j'ai toujours voulue Nouv.

    Dans un hameau perdu des îles Canaries, vivent deux jeunes filles : la narratrice, gamine livrée à elle-même alors que ses parents travaillent jour et nuit au service des touristes, et sa meilleure amie, Isora. Entre les héroïnes, perdure depuis l'enfance une amitié fusionnelle et dévorante. Alors qu'arrive le temps des premiers émois, le duo entre en adolescence comme on entre en rébellion. Ce sera elles deux contre le reste du monde. C'est ainsi, elles partagent tout, pour le meilleur et pour le pire... mais le pire n'est jamais loin pour cette jeunesse démunie et oisive. L'île, terre riche de contrastes, devient le théâtre d'une tragédie cruelle, alors que les plages ensoleillées déversent toujours plus de touristes et que le poids des nuages sur les versants volcaniques menace les petits villages décatis abritant la population - le luxe le plus indécent côtoie la misère nue ; la terre de légendes hantée par les sorcières rencontre la décadence de la modernité. Andrea Abreu brosse le portrait impitoyable d'une génération et d'un pays privés d'horizon, portée par une plume âpre, cruelle, virtuose.

  • « Je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche », expliquait Montaigne à propos de la longue chevauchée qu'il fit à travers l'Europe en 1580. Gaspard Koenig aussi sait ce qu'il fuit : les injonctions permanentes des gouvernements et des algorithmes. Il s'est donc lancé sur les traces de Montaigne, en suivant le même itinéraire, avec le même moyen de transport : un cheval, ou plutôt une jument, Destinada. Pour rejoindre Rome, le cavalier et sa monture ont parcouru 2 500 kilomètres pendant cinq mois, passant par le Périgord, la Champagne, les Vosges, la Bavière, la Toscane... Toquant aux portes pour trouver gîte et couvert, parcourant les campagnes mais aussi les zones commerciales et les centres-villes, l'écrivain a eu tout le loisir de « frotter et limer sa cervelle contre celle d'autrui », comme le recommandait Montaigne. Dans cette plongée au coeur des territoires, la générosité et l'hospitalité sont presque toujours au rendez-vous. Au rythme du pas, notre modernité révèle ses vertus et ses travers. L'occasion pour l'auteur de renouer avec certains thèmes chers à Montaigne : la relation entre l'homme et l'animal, l'art du dépouillement, les conflits religieux, la diversité des cultures ou les leçons de la nature...   Au fond, que Gaspard Koenig pouvait-il bien chercher dans un tel vagabondage, sinon la liberté ? La sienne, celle que l'on cultive dans cette « arrière-boutique » où se réfugiait Montaigne. Mais aussi la nôtre, exigence politique plus contemporaine que jamais.

  • Les nuits bleues Nouv.

    Dans les rues d'un Paris déserté, la narratrice avance la peur au ventre et la joie au coeur : c'est chez Sara qu'elle se rend, pour la toute première fois. Les premières fois, les deux amantes les comptent et les chérissent, depuis leur rencontre, les messages échangés comme autant de promesses poétiques, le désir contenu, jusqu'à l'apothéose du premier baiser, des premières caresses, de la première étreinte. Leur histoire est une évidence. Débute une romance ardente et délicate, dont les héroïnes sont également les témoins subjuguées. La découverte de l'autre, de son corps, de ses affects, l'éblouissement sensuel et la douce ivresse des moments partagés seront l'occasion d'apprendre à se connaître un peu mieux soi-même. Anne-Fleur Multon redonne ses lettres de noblesse et d'humanité au roman d'amour et nous entraîne dans les dédales d'une passion résolument joyeuse, souvent charnelle et parfois mélancolique, mais toujours étourdissante.

  • L'incommensurable Nouv.

    A-t-on encore besoin de l'idée de Dieu pour vivre pleinement ? Absolument pas, répond François Jullien. Car nous possédons un nouveau concept : l'incommensurable. Avec L'Incommensurable, François Jullien clôt son cycle d'essais à l'Observatoire, commencé par De la vraie vie, puis poursuivi par Ce point obscur et Moïse ou la Chine. Le grand philosophe tâche ici de définir une alternative moderne à l'idée de Dieu, grâce à un nouveau concept qu'il nomme l'incommensurable. Car si en Occident c'est Dieu qui a longtemps contenu cet incommensurable, il est sans doute temps de ne plus se le dissimuler. Il se pourrait bien que, dans le vertige qu'il provoque en nous, apparaissent de nouvelles traces de la vérité. Il se pourrait bien que ce nouveau concept - l'incommensurable - puisse changer la vie.

  • Un été à Long Island ; quand Saint-Exupéry écrivait Le Petit Prince Nouv.

      Été 1942. Antoine de Saint Exupéry a trouvé refuge avec son épouse, Consuelo, à Long Island pour écrire ce qui deviendra son oeuvre la plus connue et renommée, Le Petit Prince. Dépressif, méprisé  par les exilés français de New York (André Breton et tous les surréalistes), tourmenté par l'avenir du monde, incapable de pouvoir poursuivre son oeuvre, tiraillé entre l'amour pour sa femme et ses nombreuses infidélités, il accepte de réfléchir à l'idée soumise par ses éditeurs américains : écrire un conte pour enfants. Consuelo et lui s'installent alors dans une villa au bord de la baie de Long Island : Bevin House, qu'il surnomme aussitôt « la maison du Petit Prince ». Là-bas, loin du bruit entêtant de New York et des rumeurs, c'est l'été de la renaissance : retrouvailles passionnées avec sa femme (« Le Petit Prince est né, dit-il, de votre grand feu »), promenades le long de la plage, rares mais joyeuses visites de ses amis (André Maurois, Denis de Rougemont, etc.), journées studieuses à dessiner et écrire, mais aussi escapades à Manhattan pour rejoindre sa maîtresse, la belle journaliste Silvia Hamilton... Mais la tempête le guette : il est tourmenté par le sort de la France et ne tardera pas à tout quitter pour rejoindre la France et s'engager dans la guerre. Avant ça, il lui faut écrire l'histoire du personnage qui deviendra bientôt son double, Le Petit Prince... Heureusement, Consuelo est à ses côtés pour le guider et l'inspirer, comme toujours... Alain Vircondelet nous plonge dans cette parenthèse enchantée, cet été 42 où Saint Exupéry écrivit son dernier chef-d'oeuvre auprès de celle qui restera pour l'éternité sa muse et son seul véritable amour.

  • Lorsque Sarah rencontre Théo, c'est un choc amoureux. Elle, l'écorchée vive, la punkette qui ne s'autorisait ni le romantisme ni la légèreté, se plaisant à prédire que la Faucheuse la rappellerait avant ses 40 ans, va se laisser convaincre de son droit au bonheur par ce fou de Capra et de Fellini.
    Dans le tintamarre joyeux de leur jeunesse, de leurs amis et de leurs passions naît Simon. Puis, Sarah tombe enceinte d'une petite fille. Mais très vite, comme si leur bonheur avait provoqué la colère de l'univers, à l'euphorie de cette grossesse se substituent la peur et l'incertitude tandis que les médecins détectent à Sarah un cancer qui progresse à une vitesse alarmante. Chaque minute compte pour la sauver.
    Le couple se lance alors à corps perdu dans un long combat, refusant de sombrer dans le désespoir.
    Un récit d'une légèreté et d'une grâce bouleversantes, entre rire et larmes, dont on ressort empreint de gratitude devant la puissance redoutable du bonheur.

  • Adolescente revêche et introvertie, Jenny Marchand traîne son ennui entre les allées blafardes de l'hypermarché de Sucy-en-Loire, sur les trottoirs fleuris des lotissements proprets, jusqu'aux couloirs du lycée Henri-Matisse. Dans le huis-clos du pavillon familial, entre les quatre murs de sa chambre saturés de posters d'Harry Potter, la vie se consume en silence et l'horizon ressemble à une impasse.
    La fielleuse Chafia, elle, se rêve martyre et s'apprête à semer le chaos dans les rues de la capitale, tandis qu'à l'Élysée, le président Saint-Maxens vit ses dernières semaines au pouvoir, figure honnie d'un système politique épuisé.
    Lorsque la haine de soi nourrit la haine des autres, les plus chétives existences peuvent déchaîner une violence insoupçonnée.

  • "Elles étaient journalistes, médecins, avocates, magistrats, artistes, traductrices, diplomates. Il y a quelques mois encore, elles étaient femmes, filles, soeurs, épouses, camarades, amies, collègues. Depuis le retour des talibans et l'instauration de la charia, elles sont devenues des biens meubles, des ventres, des fantômes sans paroles et sans droits. Leur vie ne leur appartient plus, et c'est l'humanité tout entière qui saigne. Jamais ces silhouettes indéfinies ne nous laisseront indifférentes.
    Les femmes afghanes supplient le monde de ne pas les oublier. Nous ne sommes pas le monde, mais nous ne les oublions pas."
    De grands noms de la littérature, du journalisme, de la diplomatie rendent hommage aux femmes afghanes dans ce recueil de textes dont les droits sont reversés à l'association Afghanistan Libre.

  • Marylin Maeso revisite La Peste de Camus pour saisir, à la racine, les rouages de la déshumanisation. « Inhumain » ne se prononce pas à la légère. Dans l'imaginaire collectif, ce mot convoque les images sidérantes que charrient la guerre, la torture, le terrorisme et toutes les horreurs qui sèment ruines et charniers dans le sillage de l'Histoire. On le réserve ainsi à des phénomènes suffisamment anormaux pour revêtir à nos yeux l'apparence d'un scandale absolu. Et d'une anomalie provisoire. Est-il pour autant l'exception ? À la fin de La Peste, Camus nous mettait en garde contre le fléau éponyme qui « ne meurt ni ne disparaît jamais ». En proposant une autre lecture de ce roman et une galerie de portraits des petits pestiférés de notre époque - l'« identitaire », le « corporatiste », le « confusionniste » -, Marylin Maeso nous invite à repenser l'inhumanité non comme une calamité tombée du ciel à la manière d'une malédiction, mais comme une partie de nous-mêmes. Pour elle, l'inhumain est ce poison que nous distillons quotidiennement sans le moindre soupçon, jusque dans nos discours et nos modes de pensée. Et la vraie maladie, notre incapacité à le percevoir en-deçà de ses manifestations spectaculaires.

  • Moise ou la chine - quand ne se deploie pas l'idee de dieu Nouv.

    À l'heure des nouvelles revendications identitaires et du sursaut de l'intégrisme religieux, François Jullien propose autre façon de vivre ensemble : l'inter-culturalité, et s'intéresse à la question de Dieu, fondatrice en Occident, inexistante en Chine. N'est-il pas temps d'enquêter sur « Dieu » au-delà de la croyance ou de l'athéisme - du pour ou contre Dieu - et d'abord sur la grande affaire que Dieu a provoquée culturellement en Occident ? Par l'exploration de la langue et de la pensée chinoises, tenants d'une civilisation où la figure de Dieu ne s'est pas déployée, et par la confrontation d'avec notre Occident que l'idée de Dieu a pour ainsi dire « fait », François Jullien réinterroge tout le chemin de la philosophie occidentale pour la faire « sortir d'Europe ». Sans Dieu à l'origine, son avènement serait bien différent ! Un incroyable exercice d'ouverture d'esprit qui, en plus d'introduire le lecteur à la pensée chinoise, pense les conditions d'un véritable dialogue interculturel.

  • « Je suis une femme, je ne suis pas une victime, je l'ai été, ces choses-là passent. Quand le statut de victime tend à devenir une valeur ajoutée, un anoblissement que certaines veulent acquérir à tout prix comme on cherche à atteindre un statut social, je pense, au contraire, qu'héroïser la victime plutôt que de vouloir la respecter, c'est tuer la guerrière, assassiner la créatrice, valoriser la soumise, poser un interdit sur le fait que la femme soit l'égale de l'homme. Je ne dis pas que les femmes ne rencontrent pas, encore aujourd'hui, bien des maux qu'il faut vouloir guérir, je dis que les inscrire dans une guerre des sexes perpétuelle, en appelant à la rescousse le passé d'une société au sexisme systémique clairement établi, ne convient pas. La guerre des genres est un tango funeste qui conduira à sa perte notre égalité lumineuse. Apprendre à s'unir plutôt qu'à se désunir, avancer dans le même sens, ne fût-ce que par instinct de survie, est notre seule issue face aux combats qu'il nous reste à mener. Désormais que les lois de l'égalité existent, c'est à nous tous de réfléchir aux moyens de les faire appliquer, c'est à nous tous de nous éduquer. Et d'éduquer les autres. Bien des batailles féministes restent à mener, s'aliéner la moitié de l'humanité pour y parvenir est une hérésie. »

  • Buenos Aires, juillet 1952. Ricardo Klement accueille sa femme et ses trois enfants, tout juste débarqués d'Europe. De loin, la scène de retrouvailles est touchante. Mais elle se déroule en Argentine, sept ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et Ricardo Klement n'est qu'un nom d'emprunt... Derrière ce patronyme se cache Adolf Eichmann, logisticien de la Solution finale qui a trouvé refuge à Buenos Aires deux ans auparavant et adopté l'identité d'un « simple » éleveur de lapins et un membre discret de la communauté. Au coeur de cette capitale argentine où se croisent en silence anciens SS et Juifs ayant fui l'Allemagne nazie pour échapper à l'horreur, il mène une existence paisible... Pourtant, personne n'ignore son identité, son passé, ses idées et la violence qu'il porte en lui. Comment est-ce possible ? Ariel Magnus nous transporte dans cette réalité argentine cauchemardesque qu'il connaît si bien et livre un roman aussi fascinant que dérangeant. Traduit de l'espagnol (Argentine) par Margot Nguyen Béraud.  

  • La grande expérience ; les démocraties à l'épreuve de la diversité Nouv.

    Les démocraties monoculturelles et monoethniques disparaissent petit à petit au profit de sociétés plus « diverses ». Pour beaucoup, à droite mais aussi à gauche, les risques sont là : échec de l'intégration, baisse de la croissance économique, montée des populismes, de la discrimi-nation... Comment préserver dans ce cas la stabilité de nos démo-craties ? Laisser les minorités à la marge, comme le prônent les uns ? Patienter et attendre une homogénéisation culturelle - qui n'adviendra jamais -, comme le fantasment les autres ? Pour Yascha Mounk, une seule solution est envisageable : réussir l'intégration des diversités dans nos démocraties, selon lui la « grande expérience », le grand défi politique de notre époque. S'appuyant sur des exemples concrets issus de ses recherches sur le terrain, des États-Unis au Brésil, en passant par le Japon et la Hongrie, le politologue montre que l'optimisme peut être de mise : implication citoyenne et politique, empathie, solidarité, patriotisme... permettent, partout dans le monde, des avancées démocratiques salutaires. Dans la ligne de son best-seller Le Peuple contre la démocratie, Yascha Mounk, alliant rigueur universitaire et talent narratif, pose ici les jalons de ce qu'il considère comme l'enjeu du XXIe siècle à ne pas manquer.

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    2 mai 1923. Comme chaque jour, Clemenceau s'installe à sa table de travail. Malgré ses 82 ans, il n'a rien perdu de sa flamboyance ni de son orgueil. À l'aube du XXe siècle, alors que la République l'a remercié, le « Père la Victoire » ignore ce matin-là qu'il se prépare à vivre ses années les plus passionnées. Marguerite Baldensperger, éditrice de quarante ans sa cadette, s'apprête à passer sa porte pour lui proposer d'écrire un livre. Dès lors, leurs destins seront liés. Pourtant, tout les oppose. Elle aussi réservée et discrète que le « Tigre » est colérique et tempétueux. Mais dès leur rencontre, un pacte les unit : « Je vous aiderai à vivre , vous m'aiderez à mourir. » Marguerite surmontera ainsi le grand chagrin de sa vie et reprendra goût à l'existence. Clemenceau puisera dans sa présence une vigueur nouvelle pour le combat politique et retrouvera la fougue de ses anciennes batailles. Malgré les années qui les séparent, ils vont s'aimer, chacun à leur façon. 
    Par sa plume enlevée, réjouissante et ironique, Nathalie Saint-Cricq fait revivre la grande figure de Georges Clemenceau, son terrible caractère, ses mots d'esprit dévastateurs, et, avant tout, son coeur ardent.  

  • « Je ne pardonnerai jamais à ma famille, la gauche, d'avoir abandonné la nation aux nationalistes, l'intégration aux xénophobes et la laïcité aux communautaristes. » Déplorant qu'un débat mal mené sur l'identité nationale ne cesse de déchirer la France, Jean Daniel partage dans ce livre posthume sa conviction que la nation française ne survivra qu'en retrouvant le sens de son histoire : la démocratie s'enracine dans un territoire, la France fabrique des Français avec les étrangers et la laïcité est le combat même de la République. Mais face à cette ambition retrouvée se dresse un triple défi : l'immigration, l'Union européenne et la mondialisation. Conviant au fil des pages Renan, Michelet ou Braudel, Tocqueville, Lévi-Strauss ou Sartre, Barrès, Camus et Malraux, Jaurès, Blum, souvent Mitterrand, mais, avant tous, de Gaulle, Jean Daniel revient dans le style d'un mémorialiste sur les grands événements de l'histoire de France. Quand, apaisée avec ses racines chrétiennes, elle était fidèle à sa Révolution qui l'arrimait à l'Europe et à l'Universel. Quand, aussi, elle était meurtrie par la collaboration de Vichy, le drame de l'Algérie et l'offensive de l'islamisme.   Aujourd'hui, pour réconcilier la France, rien ne lui paraît plus urgent que maîtriser l'immigration pour rétablir l'intégration et combattre les racismes tout en réaffirmant la laïcité. 

  • Après un long périple à travers l'Europe, laissant derrière eux les manuscrits de l'écrivain et toute une vie, Céline et son épouse Lucette parviennent à gagner Copenhague en 1945, après avoir traversé un IIIe Reich agonisant. Loin de la France qui réclame la tête du Dr Destouches, le couple pense avoir trouvé un havre de paix, et un peu de répit. Mais leur sursis ne sera que de courte durée... Rattrapé par le gouvernement français qui réclame son extradition et son jugement immédiat, Céline est incarcéré pendant plus d'un an à la prison de Vestre Faengsel, à Copenhague, avant d'être assigné à résidence à Korsor, sur les bords de la Baltique. Désormais, c'est une véritable vie d'exilé qui commence pour l'écrivain apatride. Un exil de cinq longues années de labeur, dans le froid polaire danois, une épée de Damoclès au-dessus de sa tête, dans la joie parfois, dans la peur souvent.   Porté par les illustrations à l'aquarelle de José Corréa, Christophe Malavoy raconte ces années noires, trop souvent ignorées, au plus près de la psyché de l'auteur du Voyage au bout de la nuit, et parvient à transformer la grande Histoire en un roman d'aventure aussi fascinant que poétique. 

  • Comment se « développer » quand on est sans cesse « enveloppé » par des coachs ? Comment le développement serait-il « personnel » quand guides et manuels s'adressent à chacun comme à tout autre ? La philosophe Julia de Funès fustige avec délectation les impostures d'une certaine psychologie positive.

    « L'authenticité en 5 leçons », « La confiance en soi : mode d'emploi », « Les 10 recettes du bonheur »... Les librairies sont envahies d'ouvrages qui n'en finissent pas d'exalter l'empire de l'épanouissement personnel. Les coachs, nouveaux vigiles du bien-être, promettent eux aussi sérénité, réussite et joie. À les écouter, il n'y aurait plus de « malaise dans la civilisation », mais une osmose radieuse. Nous voici propulsés dans la « pensée positive » qui positive plus qu'elle ne pense ! C'est le non-esprit du temps.
    Pourquoi le développement personnel, nouvel opium du peuple, rencontre-t-il un tel engouement ? Sur quels ressorts psychologiques et philosophiques prend-il appui ? L'accomplissement de soi ne serait-il pas à rechercher ailleurs que dans ces (im)postures intellectuelles et comportementales ?
    Pour lutter contre la niaiserie facile et démagogique des charlatans du « moi », Julia de Funès propose quelques pépites de grands penseurs. Si la philosophie, âgée de 3 000 ans, est toujours là, c'est qu'en cultivant le point d'interrogation, elle développe l'intelligence de l'homme, fait voler en éclats les clichés et les lourdeurs du balisé, et permet à chacun de mieux affirmer sa pensée et vivre sa liberté. L'esprit n'est jamais mort, la réflexion ne rend pas les armes, une libération est toujours possible !

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