Gallimard

  • Les culs-reptiles

    Mahamat-Saleh Haroun

    • Gallimard
    • 13 January 2022

    "Même les culs-reptiles étaient de la rébellion, ces oisifs-nés qui ne voulaient rien foutre au pays, des fainéants qui passaient la journée à même le sol, sur des nattes, à jouer aux dames ou au rami. Immobiles tels des montagnes, ils ruminaient des noix de cola, sirotant à longueur de journée des litres de thé accompagnés de pain sec. Ils ne bougeaient leurs fesses qu'en fonction de la rotation du soleil, disputant l'ombre aux chiens et aux margouillats."
    Or, Moussa Kabo, las de faire partie de cette communauté nationale de la glandouille, accepte de relever un inimaginable défi : représenter son pays de sables, les autorités plus que corrompues le lui imposent, aux JO de Sydney, en 2000. Épreuve de natation, 100 mètres. Alors qu'il sait à peine flotter dans un fleuve boueux, il plonge corps et âme dans l'aventure. C'est ainsi que d'Afrique en Amérique commence l'extraordinaire odyssée d'un Ulysse candide des temps modernes, avec aussi les magiciennes Circé des médias, et sa tant convoitée Ziréga, Pénélope à demie. Ce roman, est un mystérieux divertissement. Il nous raconte que le "propre de l'homme est de ne pas servir le mensonge", en une impitoyable et malicieuse radiographie d'un pays sahélien et de tout un continent aux peuples bannis de culs-reptiles sous les mirages de l'Occident.

  • L'amour est plus dangereux que la mâchoire des crocodiles

    Gérard Prunier

    • Gallimard
    • 10 March 2022

    "Né à Neuilly-sur-Seine, Gérard Prunier ne sait pas encore où il mourra. Il a écrit une vingtaine de livres, pour la plupart en anglais, et tous "scientifiques", comme la centaine d'articles qu'il a commis. Transfuge de la francophonie, il a longtemps travaillé au CNRS. Ce que vous tenez entre les mains est son premier effort littéraire, un retour (temporaire) à sa langue maternelle, et il aimerait que la curiosité vous le fasse ouvrir.
    Ses autres livres étaient aussi sur l'Afrique de l'Est, sa deuxième patrie, et celui-là l'est encore. Il roule entre une trentaine d'années et six pays. Ce n'est pas une autobiographie. C'est au contraire plein de gens qui ne sont pas lui, dont il a croisé les chemins accidentés, qui l'ont parfois aimé et qu'il a parfois vus mourir. N'en sortira-t-il donc jamais ? Il n'en a pas vraiment envie mais il est capable d'essayer, par simple goût de la provocation et de l'aventure, mots qui ont entretissé son existence. Si l'Afrique vous ennuie, n'achetez pas ce livre.
    Mais si elle vous choque, si elle vous fascine, si elle vous fait peur, prenez le risque et vous verrez bien."
    G. P.

  • La malédiction de l'indien : mémoires d'une catastrophe

    Anne Terrier

    • Gallimard
    • 2 September 2021

    « Peu importe ce que j'ai dit. J'ai changé d'avis, lance l'homme en surveillant du coin de l' oeil la colonne de fumée blanche qui s'élève tel un panache au-dessus de la ville. Et ne parlez pas créole, vous savez que je vous l'interdis. »
    C'est ainsi que le docteur Dancenis avait sauvé sa fille Passion d'une mort certaine.
    Cent ans plus tard, la petite-fille de Passion s'interroge sur les coïncidences de dates entre l'éruption catastrophique de la montagne Pelée et plusieurs événements douloureux de sa propre histoire. Confrontés avec les archives, les récits familiaux mettent en lumière de multiples failles. Pourquoi a-t-on prétendu que la population aurait pu être évacuée avant l'éruption ? Qui était vraiment Passion ? Quel lourd secret l'oncle Victorin porte-t-il sur ses épaules ? ...
    L'histoire de la famille Dancenis, rongée par les événements du passé, révèle que l'étendue des dégâts, 28 000 morts sous les cendres ardentes et les fleuves de lave, dépasse de loin l'île de la Martinique, et nous plonge dans les pires aspects de l'histoire coloniale de la France.

  • Brulant était le regard de Picasso

    Eugène Ebode

    • Gallimard
    • 14 January 2021

    À quatre-vingts ans passés, Mado, née d'un père suédois et d'une mère camerounaise, vit à Perpignan et se souvient : de son enfance à Edéa, au Cameroun, sur les bords de Rivière blanche et rouge, avant que n'éclate la deuxième guerre mondiale, ses horreurs et ses bouleversements. Elle revoit son départ inattendu vers la France où l'entraîne une mère adoptive aux nerfs fragiles. Les voici en escale à Témara, au Maroc, ovationnant le général de Gaulle venu stimuler la 2ème DB du général Leclerc en route vers le débarquement en Normandie. Lui revient aussi son escale à Constantine, en Algérie, où la Victoire des Alliés s'achève dans des explosions de joie mais aussi de colère. Arrivée à Perpignan, Mado déplore et le froid et les regards de biais sur une Métisse chagrine qui, longtemps, a cru sa mère biologique morte.
    C'est à Céret que Mado deviendra l'amie et l'égérie secrète de plusieurs artistes de renom : Picasso, Matisse, Haviland, Soutine, Chagall, Masson, Dali...

  • Le temps liquide

    Nimrod

    • Gallimard
    • 4 March 2021

    Comment ne pas être ému par Le voyage de Clermont-Ferrand, en point d'orgue du recueil, rencontre dans un train où se joue ce vertige d'identités jusqu'au deuil du fils aimé ? Et au mot du jeune Oumar qui passe au "tu" comme un fils nouveau ou ressuscité ? Juste avant le cauchemar où l'auteur voit son squelette sortir de sa propre peau, comme dans une vanité quotidienne. La veine autobiographique palpite dans ces récits, et dans le dernier, avec le nom même de Nimrod... Le premier récit, à Venise où "Jamais bain d'iode n'abolira le hasard", annonce la navigation de nos destinées, avec ou sans dés, qui remuent et stagnent, courent entre l'extrême beauté et l'extrême laideur, même quand les anges donnent rendez-vous aux carrefours dans l'impudeur inqualifiable de l'harmonium et que l'horizon des Sahéliens "résonne avec la poussière"... Les tesselles de cette mosaïque des quatre éléments sont placées avec tellement d'humour, aussi, et de bonheur. La vraie profondeur, c'est ce que l'écrivain monte et montre à la surface. Au fil du temps, au fil de l'eau, au fil de l'écriture et de la vie.

  • L'enfant que tu as été marche à côté de toi

    Gaston-Paul Effa

    • Gallimard
    • 4 February 2021

    « Le temps semblait suspendu. Alors il ferma les yeux, pour les rouvrir presque aussitôt. Mieux valait les garder ouverts, les tireurs ne devaient pas être loin, il ne savait plus. Les ferma à nouveau, il ne pouvait s'en empêcher, les rouvrit, grands, comme le petit garçon dans les bras de sa mère. D'où venait soudain cette joie de vivre, cette déferlante qui les portait, lui et sa mère, incapable de se souvenir pourquoi ils étaient si heureux. Il sourit aux étoiles, ses paupières se refermèrent. » Le 11 décembre 2018, au marché de Noël, la ville de Strasbourg est frappée par un attentat terroriste. Témoin et victime de l'horreur, le narrateur croit sa dernière heure arrivée. Des bribes de son passé l'envahissent alors, chargées d'émotions singulières.
    Gaston-Paul Effa saisit avec acuité ces moments charnières au cours desquels se joue l'adulte futur. Il dit comment les retrouvailles avec l'enfant que l'on a été permettent de surmonter les blessures de l'existence.
    Nourri de réminiscences et de rêves d'exil, ce roman de la résilience nous permet de dépasser les frontières tantôt dramatiques, tantôt jubilatoires entre l'enfance et l'âge d'homme.

  • Un soleil en exil

    Jean-François Samlong

    • Gallimard
    • 29 August 2019

    «On ne nous aimait pas, enfermés dans un milieu clos, sans marques d'affection ni la possibilité de fixer des repères. Nous étions dans le même guêpier, égarés dans un tunnel ou une voie sans issue, et à mesure que nous avancions, la neige effaçait les empreintes de nos bottes pour prouver que nous n'existions pas.»
    Dans chacun de ses romans, Jean-François Samlong ne cesse d'interroger la violence qui secoue La Réunion. Cette fois-ci, dans un style percutant et concis, il nous convie à découvrir l'histoire des enfants de la Creuse. En fait, une véritable tragédie s'est déroulée entre 1962 et 1984, avec l'exil forcé en métropole de plus de deux mille mineurs réunionnais. Mensonges. Fausses promesses. Trahisons. Harcèlement sexuel. Viols. Tentatives de suicide, et suicides. Séjours en hôpital psychiatrique. Une catastrophe invisible. Enfin, le 18 février 2014, l'Assemblée nationale a reconnu la responsabilité morale de l'État français dans la terrifiante transplantation des enfants. Ici, deux jeunes garçons, Tony et Manuel, et leur soeur courage, Héva, qui témoigne des vies séparées, suspendues, piégées au coeur du froid et du racisme.

  • Perdre le corps

    Théo Ananissoh

    • Gallimard
    • 14 January 2021

    ' Il ne me quitte pas des yeux.
    Un instant, puis :
    "Je vous propose d'aimer Minna à ma place."
    Il enchaîne sans laisser cette phrase pénétrer mon esprit. "Vous lui faites la cour comme par hasard et ainsi de suite. Je ne vous demande pas de l'épouser. Ce n'est pas mon affaire. Cela dépend aussi d'elle, bien entendu. Je vous demande juste, si je puis dire", il me montre deux doigts écartés, "deux années de liaison assidue avec elle; et vous recevrez cette maison en échange." '

    Jean Adodo, togolais, homme mûr qui revient de Suisse où il a vécu une trentaine d'années, propose donc au jeune Maxwell Sitti de séduire une certaine Minna contre rétribution conséquente. Agent immobilier, Maxwell peine à gagner sa vie dans une Lomé de magouilles et de vices, et il est prêt à refuser ce contrat insensé. Mais quand il rencontre la belle Minna dans le pressing où elle travaille, il tombe amoureux - éperdument.
    Maxwell apprend peu à peu que Jean et Minna, en réalité, se connaissent à peine de vue... Mais alors, que signifie ce que Jean Adodo lui demande de faire, et si largement rémunéré ? Quelle intention se cache derrière cette mise en scène périlleuse ? Qui est Jean Adodo, au juste ?... Une bien étrange mission au fil de l'amour, de l'amitié, à corps perdu.

  • Les fables du moineau

    Sami Tchak

    • Gallimard
    • 3 January 2020

    'Le volcan un instant tranquillisé s'est de nouveau réveillé. Les oeufs, autour de nous, se sont craquelés. Il en sortait des moineaux et des poules, des vipères et des tortues, des chauves-souris et des agoutis, des solitaires et des anguilles. Ces dernières se sont faufilées vers nous, s'entortillant autour de nous comme si nous étions leurs parents. La vie comme un oeuf, as-tu dit...
    J'ai été écartelée. Au-dessus de moi, un bec attendait de percer mon coeur. Mais au moment où il s'abaissait, tu t'es jeté sur moi. Le bec du moineau a traversé ton coeur et le mien... Chien noir, ange noir, baobab ou moineau, bébé balafré à la mèche d'albinos, ou bien autre chose encore. Regard noir dans le ventre du monde.'
    Extraits de la postface d'Ananda Devi. Un lumineux détour d'admiration et d'amour baigné d'une extrême tendresse pour dire l'auteur et son moineau, au fil, au coeur cruels de cette fable africaine et universelle.

  • Noire précieuse

    Asya Djoulait

    • Gallimard
    • 12 March 2020

    « Tremblante, Céleste rassembla ce qui lui restait de courage pour observer les mains de sa mère qui remontaient la couverture, comme on ajuste un mensonge, comme on ferme un cercueil. Elles achevèrent de sortir Céleste de l'enfance. Elles étaient un feu de bois, labourées par la lave, tachée de flammes, de gris, de honte. »
    Noire précieuse est l'histoire d'une mère qui tente de sauver sa peau en écorchant sa chair. Noire précieuse est l'histoire d'une relation tendre entre une jeune fille et sa mère, l'histoire des modes de communication qui circulent dans les rues de Paris, entre Château d'Eau et le boulevard Saint-Germain. La langue nouchi rencontre le « français des Blancs », qui pénètre aussi l'argot ivoirien. Noire précieuse est l'histoire d'une relation tendre et sensuelle comme une caresse, violente comme une identité imposée du dehors et qui « excite le sang ». Qui présente, sous une forme nerveuse et épidermique, la dissimulation autant que l'affirmation d'une identité et d'un parler noirs dans les rues de Paris.

  • Le balcon de Dieu

    Eugène Ebode

    • Gallimard
    • 24 January 2019

    Un couple de Sud-Africains blancs, Donovan et Mélania Bertens en voyage de noces à l'île Maurice, sont contraints de séjourner à Mayotte. Choqué par la misère de l'île, Donovan convainc Mélania de s'y installer afin d'apporter leur aide à la population. La menace d'affrontements entre communautés, l'insécurité et les mouvements sociaux les obligent à vivre reclus.

  • La traversée de Montparnasse

    Nimrod

    • Gallimard
    • 6 February 2020

    "Tu vois, mon cher Kouassi, a repris Pierre, c'est un spectacle délicieux que nous offre Zouna livrée à ton corps. L'autre jour, je me demandais si ta connaissance des sciences européennes, de la littérature et de la philosophie ne t'avait pas aveuglé en fin de compte. Ce n'est pas parce que je t'aime, et Fanny aussi, ainsi que Jules et Laurent, que cela te rend pareil à nous. Dis-moi, crois-tu être devenu un Blanc ?"
    Un dandy ivoirien, orphelin adopté par un puissant personnage de son pays, déborde de finesse d'esprit, d'amitié, et d'élans poétiques entre la canopée africaine et la canopée parisienne. Autour du protagoniste narrateur qui avance masqué, une poignée de Français, amis trentenaires du monde de l'édition, de moeurs et de culture raffinées, d'extrême élégance existentielle. Tout est si harmonieux, sensuel, léger, rare, sentimental même...
    Comment prévoir le dérapage de l'un d'eux, laissant planer une menace bien réelle, en plein Quartier latin, au coeur de Paris ?

  • Western tchoukoutou

    Florent Couao-Zotti

    • Gallimard
    • 1 March 2018

    "Mais voilà qu'un jour, un après-midi de décembre, alors que l'harmattan vrillait la cité dans son rideau de poussière rouge, apparut, par l'entrée sud de la ville, une étrange créature... Le regard droit, le corps arqué, elle conduisait une moto, une grosse cylindrée aux flancs de laquelle avait été dessinée une tête de mort accompagnée d'un écriteau singulier : N.D. dite Kalamity Djane."
    À Natingou City, ville montagneuse dans le nord du Bénin, trois personnages singuliers, répliques parfaites des caractères du Far West, tiennent sous leur joug la population par leurs actes excentriques. Un vacher bagarreur, un inspecteur de police teigneux et un homme d'affaires, desperado amorphe et vif à la fois. Apparaît soudain une jeune femme vengeresse donnée pour morte dans des circonstances fort troubles, Nafissatou Diallo, sous le nom de Kalamity Djane, pistolet au poing, annonçant bien haut dans le mythique "Saloon du Desperado" son désir, sa décision irrévocable d'abattre les trois terreurs.
    Après le western américain, le western-spaghetti, voici donc la spécialité béninoise : le western qui joue d'une arme de destruction passive alcoolisée : le western tchoukoutou.

  • La verticale du cri

    Gaston-Paul Effa

    • Gallimard
    • 3 October 2019

    "À partir d'aujourd'hui, tu ne seras plus capable de détruire la nature sans te détruire toi-même. Le moindre insecte que tu écraseras sous tes pieds te rappellera que tu es peut-être en train d'écraser un ami, un père, une mère, une épouse, un enfant tôt parti et que tu étais encore en train de pleurer... Tu apprendras à écouter, à regarder. Et à force d'écouter et de regarder, tu finiras par voir et entendre. Tu auras changé ta vie. Tu auras gagné ta vie. Le reste importe peu."
    Ce récit est né d'une rencontre extraordinaire entre un écrivain et une féticheuse pygmée. Dans l'âme des ténèbres, au coeur de la forêt tropicale, va naître un dialogue où le corps et l'esprit quittent leurs domaines séparés pour se fondre ensemble. De rencontre en rencontre se fraye le chemin de l'initiation qui ouvre à chaque pas des relations d'abord invisibles entre les choses, les pensées et les instants de vie. Une invitation à écouter la nature, à s'unir au cosmos, à suspendre la raison pour réapprendre à vivre.

  • La bonne histoire de Madeleine Démétrius

    Gaël Octavia

    • Gallimard
    • 1 October 2020

    'Mon amie Madeleine m'a demandé d'écrire son histoire. Elle m'a téléphoné et m'a lancé, de but en blanc, qu'elle allait me raconter quelque chose et que j'allais en faire un livre.
    D'abord, j'ai pensé : mon amie me demande de raconter son histoire. J'ai souri : mon amie sollicite mes compétences d'écrivaine, mon amie reconnaît mon talent. Puis je me suis rappelé : Madeleine n'est pas mon amie. Pas à proprement parler. Elle l'a été, au lycée. Elle ne l'est plus. Aujourd'hui, ça fait à peu près vingt ans que je n'ai plus revu Madeleine volontairement. Au téléphone, elle a simplement précisé: "C'est quelque chose qui m'est arrivé pour de vrai. Ça fera une bonne histoire. Un livre qui te rapportera de l'argent, je pense."'
    Qu'était-il donc arrivé à Madeleine Démétrius, la Mulâtresse, 'fille de médecin, médecin elle-même, bien mariée, légitime', qui méritât que l'on en fasse un livre?
    Pour la narratrice, Martiniquaise à l'enfance- pauvre venue s'exiler à Paris, mère célibataire vivant de chick lit, ces retrouvailles sont surtout l'occasion de démêler les fils d'une amitié brisée et d'exhumer de douloureuses questions enfouies, non sans de grandes bouffées d'ironie et de bonheur.

  • Le miraculé de Saint-Pierre

    Gaston-Paul Effa

    • Gallimard
    • 2 February 2017

    "Quand les sauveteurs le découvrirent, il avait le visage scellé, d'où le cri ne pouvait jaillir. Il faisait très froid dans le cachot. La ville déserte et saccagée était recouverte de suie noire. Les buissons, les hautes herbes scintillaient. L'air avait une transparence vibrante, métallique. Il pénétrait dans les poumons comme la pointe d'une lame. Le colonel vit, dans son regard, l'enfant qu'il avait été et qui était demeuré et qui levait vers lui des yeux de la même couleur que les siens, de la même eau de terre trempée et effacée. Le prisonnier, hébété, répétait les mêmes phrases en créole comme une ritournelle."

    Seul survivant de l'éruption de la montagne Pelée du 8 mai 1902, Louis-Auguste Cyparis, appelé "le Miraculé de Saint-Pierre", est découvert gravement brûlé dans son cachot. Une destinée bien singulière attend alors ce Moïse des laves.
    L'écriture lumineuse de Gaston-Paul Effa, entre effroi et volupté, portant l'histoire du miraculé, jette un jour neuf sur l'histoire des Caraïbes, de l'Afrique et, au-delà, de tous les opprimés. Cantique d'espérance, ce roman est une invitation à éclairer la nuit humaine.

  • Je suis quelqu'un

    Aminata Aidara

    • Gallimard
    • 23 August 2018

    "Je suis quelqu'un qui a vu un enfant un jour, un nourrisson qui a disparu. Je suis quelqu'un qui connaît un secret. Probablement que je le sais depuis longtemps, parce que ça ne me détruit pas d'apprendre son existence. Je suis choquée, par contre, que mon père en dise le nom à haute voix : "le fils de l'Autre!" Personne ne l'a jamais fait, nommer l'innommable."
    Un secret hante les membres d'une famille éclatée entre la France et le Sénégal. Mais un jour de juin, le silence se rompt. Commence ainsi une quête de vérité où différentes voix se déploient. Celle de Penda, la mère, qui se livre dans un journal intime, et celle d'Estelle, sa fille, au travers de délires cathartiques. Face à elles, l'insaisissable Éric entretient le trouble avec ses promesses. À tour de rôle, les personnages démêlent les ficelles du temps et démasquent les injustices historiques qui façonnent nos vies intimes. Dans ce roman polyphonique on traverse alors les beaux quartiers dakarois, où des drames se consomment sans dépasser les haies des villas. On parcourt aussi les cités et les squats parisiens. Pour découvrir que ce qui semble à tous la ruine d'une famille est, en réalité, sa rédemption.

  • Sabena

    Emmanuel Genvrin

    • Gallimard
    • 7 March 2019

    « Ainsi, Radio Cocotier disait vrai : Faïza, la première épouse de cet alcoolique d'Aboucar, avait été la maîtresse de Bob Denard, et Bibi, la mère de Chati, le fruit diabolique de cette union ! »
    Bibi, qui a de qui tenir, est une célèbre « reine de l'arnaque » à La Réunion. Calculatrice, belle comme une sultane de mille et une nuits, elle est aussi une jeune femme fragile, mystérieuse et la proie de démons intérieurs. Ballottée entre Afrique et Occident, entre islam et christianisme, Bibi a eu une enfance peu chaleureuse aux Comores où elle est la fille cachée du fameux mercenaire et d'une « Sabena », lycéenne rescapée des massacres anti-comoriens de 1976 à Majunga (Madagascar). Abandonnée par sa propre mère, Bibi a laissé derrière elle, à Mayotte, une enfant, Chati, belle et délurée, qui rêve de lui ressembler... Et c'est dans un terrible et voluptueux suspense que nous suivons le destin croisé de ces trois femmes frôlant la folie.

  • Rock Sakay

    Emmanuel Genvrin

    • Gallimard
    • 1 September 2016

    "À La Réunion, il aurait déprimé dans son coin, entre l'ennui du lycée et la déchéance familiale. Il avait bien fait de partir. Demain, il serait en France et oublierait Janis. Il avait voyagé à l'oeil, surmonté les obstacles, agi par lui-même et survécu. Il avait rempli un cahier de nouvelles paroles et, demain, il les chanterait. Il avait vécu à cent à l'heure, il ne vieillirait pas, jamais, il était un rocker !"
    Rock Sakay est à la fois une sorte de road movie et un roman d'apprentissage. Confronté à de nombreuses épreuves, Jimi croise des jeunes de différents milieux, avec lesquels il fait un bout de chemin. De la vie amoureuse avec une Malgache des quartiers populeux d'Analavory à l'univers du showbiz parisien, en passant par les foyers Sonacotra et l'enfer de la drogue, de la passion de la musique à celle du théâtre, Jimi trouve toujours sa voie.

    Dans ce premier roman, l'auteur saisit avec acuité et humour les non-dits de la société créole et il nous livre ici une histoire plutôt méconnue, sinon taboue, de la colonisation française de Madagascar par des Réunionnais.

  • Une guillotine dans un train de nuit

    Jean-François Samlong

    • Gallimard
    • 9 October 2012

    'L'adjoint Choppy se souvint d'Ernestine Généreuse qui lui avait confié que Sitarane, disposant d'une force surnaturelle chez les morts, se métamorphoserait en rapace, vipère, limace, glouglou, et qu'il devindrait une mort-ombre pour punir ses ennemis. D'un côté, il y aurait ceux qui useraient de tabous pour être dans les bonnes grâces de l'Ombre ; de l'autre, ceux qui manipuleraient des talismans pour se protéger d'Elle, et les femmes vivraient dans la peur d'être fécondées par cet esprit maléfique qui frapperait comme il avait frappé de son vivant. On ne parlerait plus que du châtiment de l'Ombre car, quelque lien qui eût pu unir Sitarane à l'humain, il l'avait rompu pour toujours.'
    Dans ce roman plein de frissons et de fureur qui fait revivre, en un fort suspens historique, un personnage réel et diabolique, l'auteur interroge la violence qui n'a cessé de traverser l'histoire de son île, et nous raconte, avec son écriture riche, charnue, les crimes commis par Sitarane et sa bande de buveurs de sang dans le sud de La Réunion, durant les années 1909-1910. Vols, meurtres, nécrophilie conduiront les malfaiteurs devant les tribunaux. Certains sauveront leur tête et tomberont dans l'oubli. Attelé à la mort par la cour d'assises, ressuscité par la cour des Miracles, Sitarane sera élevé au rang des dieux immortels, et aujourd'hui encore ses adeptes se prosternent la nuit sur sa tombe.

  • La fin de Mame Baby

    Gaël Octavia

    • Gallimard
    • 31 August 2017

    Le Quartier est une petite ville de banlieue où se croisent les destins de quatre femmes. Mariette, recluse dans son appartement, qui ressasse sa vie gâchée en buvant du vin rouge. Aline, l'infirmière à domicile, qui la soigne et l'écoute. Suzanne, la petite Blanche, amante éplorée d'un caïd assassiné. Mame Baby, idole des femmes du Quartier, dont la mort est auréolée de mystère. À travers la voix d'Aline, de retour dans le Quartier qu'elle a fui sept ans auparavant, les liens secrets qui unissent les quatre héroïnes se dessinent...

    La fin de Mame Baby raconte avant tout, avec finesse, grâce et passion, l'art qu'ont les femmes de prendre soin les unes des autres, de se haïr et de s'aimer.

  • Le roi des cons

    Idi Nouhou

    • Gallimard
    • 7 March 2019

    'Voici un roman qui nous vient du Niger. Oubliez ce que vous savez du Niger. Oui c'est un pays pauvre, peut-être le plus pauvre. Non, y être une femme n'est pas facile. Oui, la faim n'y est jamais loin, et oui il y a des dunes magnifiques, où furent détenus des otages français, près d'Arlit. Idi Nouhou ne va pas radicalement bousculer ce que vous savez. Mais il va tout déplacer, comme les dunes sous le vent.
    Le roi des cons est le récit d'un homme partagé entre deux genres de femmes : leur complémentarité semble classique,
    mais s'avère un peu plus complexe que le schéma occidental de la maman et de la putain. Ne serait-ce que parce que la "putain", selon nos critères, y est voilée comme la maman, et que la maman y est d'une audace redoutable... C'est un Niamey sensuel, érotique et drôle que nous révèle Idi Nouhou ; mélancolique aussi. Et c'est dans la bouche d'une femme que revient la proustienne phrase: "Il n'est pas mon genre."'
    Marie Darrieussecq.

  • "Ces fruits si doux de l'arbre à pain recèle toutes les obsessions de l'écrivain : la tradition, la famille, l'inceste et la trahison. Ce qui lui confère une plénitude telle qu'à sa parution Michel Tournier le salue avec enthousiasme : "Ah! quel beau Goncourt ferait ce livre!"
    Tchicaya U Tam'si appartient à une génération qui a été à l'école de l'oralité, où l'on apprenait l'histoire via les gestes, les apologues et la littérature à travers les proverbes. À ce propos, il disait souvent à ses amis : "Je n'écris pas, je rends conte." Et des contes de la tradition, il fait un miel de la modernité.
    On retrouve cet imaginaire dans La main sèche, son recueil de nouvelles. Un livre capital, que l'auteur même considérait comme le sommet de son oeuvre, à cheval entre sa poésie et ses romans, alternant avec bonheur légèreté et pesanteur existentielles. La main sèche est, selon l'heureuse formule d'Hubert Juin, un "livre qui danse"."
    Boniface Mongo-Mboussa.

  • J'étais nu pour le premier baiser de ma mère

    Tchicaya U Tam'Si

    • Gallimard
    • 2 December 2013

    Admiré par toute une génération (celle de Sony Labou Tansi et Tierno Monénembo), Tchicaya U Tam'si domine la production poétique de la postnégritude, sans compter la force unique de ses romans et nouvelles. Marqué par la disparition tragique de Lumumba, viscéralement attaché au Congo, Tchicaya U Tam'si mêle sa souffrance et ses voluptés à celles de sa terre natale, dans une écriture travaillée par collages savoureux et ruptures baroques : 'Ma poésie, disait-il, est comme le fleuve Congo, qui charrie autant de cadavres que de jacinthes d'eau.'
    Léopold Sédar Senghor : 'Car l'image est le seul fil qui conduise le coeur au coeur, la seule flamme qui consume l'âme. De la tête de Tchikaya, de sa langue, de sa plume, de sa peau jaillissent donc les images comme d'un kaléidoscope, avec la force du geyser. Images touffues, changeantes, tournantes, tout en rythmes et en couleurs, tout en sucs et sèves : images vivantes. C'est un feu d'artifice, un volcan en éruption.' Et Senghor savait juger en la matière.

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