Mazarine (réédition numérique FeniXX)

  • De Villon à Céline, la création littéraire s'est bien souvent nourrie de l'argot. C'est ce que nous montre l'auteur qui présente, commente et traduit la centaine de textes qui composent ce recueil.

  • Une promenade dans l'univers du maître de la littérature fantastique de la fin du XXe siècle.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Où étiez-vous le 15 septembre 1954 ? Voilà le genre de questions stupides qu'on pose à la radio. Comme si les gens pouvaient se rappeler... Évidemment, il y a des exceptions. Moi, par exemple. Il paraît que j'ai une mémoire d'éléphant. Le 15 septembre 1954, j'étais à Cabourg, je faisais des châteaux de sable avec ma soeur. Pendant que nous perdions l'Indochine, mes parents se disputaient. Ma mère voulait son indépendance. Mon père voulait la paix. Ce soir-là, ils se sont quittés pour toujours. À cause de Madeleine. Entre Madeleine et moi, ça a été le coup de foudre avait dit ma mère. Un peu plus qu'une amitié, un peu moins qu'une passion. Allez savoir. Un jour, je raconterai leur histoire. Une histoire pleine de bruit et de fureur, avec des uniformes bleu marine tachés de sang, quand des Français faisaient la chasse aux Juifs, pendant que d'autres les aidaient à passer les frontières. Avec des femmes habillées new-look, tailleur demi-saison et talons aiguilles, quand la France de l'après-guerre roulait en quatre chevaux, en écoutant Jean Nohain. Il y aura des mariages, des anniversaires, les rues de Lyon sous la neige, l'odeur de l'ambre solaire, et des enfants, beaucoup d'enfants, aux joues barbouillées de larmes et de rouge à lèvres. Je sais. Je sais que le passé ne reviendra plus, à quoi bon fouiller dans des souvenirs qui ne sont même pas les miens ? Vous me trouvez naïve, je ne suis que cruelle. Le temps est venu de dévoiler, un à un, tous ces secrets, comme des lettres d'amour au parfum indiscret. Il faudra bien que j'aie le dernier mot.

  • Je n'aime ni lire ni écrire, surtout les livres des autres. On n'y parle pas assez d'émoi. J'aime mieux les milliers de pages blanches de mon roman-rêve, Le retour de la princesse de Clèves, chef-d'oeuvre immature, qui dort dans le coffre-fort d'un château fort gardé par un dragon fort sélectif, au dernier étage de la voie lactée. Quand j'arrive à la porte du château, j'ai perdu la clé, et le dragon fait celui qui ne me connaît pas. Il allume une cigarette, crache la fumée par les narines, et me souffle, dans un rictus goguenard, un bon tuyau, une affaire juteuse, il s'est encore débrouillé pour me trouver un petit job, provisoire, un boulot peinard, une basse besogne, un contrat en béton, une nouvelle épreuve, une douzaine de travaux d'Hercule. Il me conseille de soigner mon style et d'acheter une syntaxe rigoureuse. Il me veut plus clean que clown ; il a fait des sondages dans les maisons de la presse. Et je me retrouve toujours dans les oubliettes du château, attelé à des rames de papier recyclé.

  • Édith est habilleuse dans un music-hall. En coulisse, des hommes et des femmes drapés dans des peignoirs usés, à demi nus, s'épient. L'odeur de la sueur se mêle aux effluves de poudre et de parfum bon marché. Dans un coin, un machiniste fume une cigarette en lisant le journal. Drôle de métier. Édith n'est pas une personne ordinaire. Elle consulte sa voyante, s'invente une passion impossible, et rêve sa vie en technicolor, pour se consoler du malheur d'être née. Quand le spleen est trop violent, certains soirs, elle devient cruelle, et congédie un amant sentimental. Puis, elle fond en larmes, en serrant contre son coeur son ours en peluche préféré. Petite fille perdue, Édith attend celui qui viendra la délivrer du songe où elle est retenue prisonnière. Dans les taxis, la nuit, ou pendant ces interminables dimanches après-midi, elle guette, attentive au moindre signe. Quelque chose finira bien par arriver, n'est-ce pas ?

  • Édouard est un franc-tireur. À l'écart de la comédie où se complaisent ses confrères de la télévision, il observe, avec ironie, le jeu des alliances, des manoeuvres et des compromis, auxquels chacun participe en coulisses. Mais la bienveillance d'un ami illustre, et les hasards d'une crise politique, l'obligent à prendre parti. Tandis que s'ourdissent les complots, Édouard s'évade et rêve à deux visages de femmes. L'une, qu'il aima jadis, et dont il cherche la trace avec une obstination enfantine. L'autre, une inconnue au charme violent et ambigu. Est-il possible d'effacer le passé de sa mémoire ? D'exercer le pouvoir sans subir sa corruption ? Édouard s'interroge. Les passions politiques et amoureuses balaient ses questions. À moins qu'elles ne lui apportent une réponse inattendue.

  • Depuis dix siècles, Lille a constamment joué un rôle militaire, administratif, religieux, économique, culturel, de premier plan au sein, d'abord, du riche comté de Flandre, puis du puissant duché de Bourgogne et des Pays-Bas espagnols, enfin - depuis trois siècles - au centre d'une zone frontière exposée aux invasions, mais propice à toutes sortes d'échanges, au coeur d'une puissante région industrielle qui, après avoir connu les exaltations et les misères de la première révolution technique, celle du charbon, connaît aujourd'hui les espoirs de l'an 2000 et les affres de la récession. L'histoire de Lille est l'histoire de quarante générations de Lillois, dont les travaux, les souffrances, les joies, les combats, constituent un riche humus qui permet aujourd'hui à Lille de reverdir.

  • La soixantaine venue, les enfants dispersés, Fannie et Pierre se retirent dans leur province natale, entre Poitou et Charente. Ce livre débordant d'odeurs, de bruits et de mots familiers, c'est d'abord l'histoire de leur retour au village. Pour combler le vide béant de la retraite, ils interrogent les photos sépias des albums de famille, et greffent des rosiers : mais il n'est pas facile de retrouver ses traces, dans un monde qui a plus changé en soixante ans - leurs soixante ans - que pendant les trois siècles précédents. C'est pourtant dans ce paysage, où dormait leur enfance que, par-delà l'usure des choses et des coeurs, ils se trouvent enfin en paix avec eux-mêmes. Nous n'irons plus au bois est la chanson pudique et tendre du temps qui passe, la chronique douce amère d'aujourd'hui et d'autrefois, traversée d'éclats de rire et de grands rêves pour rien. Assise sur son banc de pierre, Marguerite Gurgand accorde sa voix au frémissement des tilleuls en automne, et raconte la vie. Et cette voix-là, en dehors de toutes les modes, ne s'oublie pas.

  • À quoi bon le cacher ? - J'ai bien connu Charles Blizan. Vous-même, vous l'avez sûrement croisé dans une rue de Paris, masqué par ses lunettes noires sous un feutre à large bord. Signe particulier : il cite souvent les dernières paroles des mourants. Véritable anthologie dont il me donnait déjà des aperçus à la terrasse de l'Écritoire, place de la Sorbonne, où nous buvions dix cafés par jour. Puis je l'ai perdu de vue. Blizan, je l'appris par la suite, était passé brutalement de Kant à l'agroalimentaire. Pourquoi ? Le saura-t-on jamais ? Mais le tournant de son existence est ailleurs. Il remonte à la rencontre d'Innoma. Aventure qui l'aurait éloigné de moi pour toujours s'il n'y avait eu entre nous de l'amitié et du hasard. Je suis certain d'une chose - Blizan s'attacha à cette femme parce qu'il voulait brûler ses doutes. Jusqu'au point de non-retour. Car personne ne dit la vérité : il arrive un jour où la passion et la liberté sont face à face. Le reste - cabines téléphoniques, aboiements, laveries automatiques, boîtes de conserve explosives - je l'ai inventé. Voici les dernières paroles de Blizan. Il y a de quoi rire. Il y a de quoi pleurer. J'oubliais : Blizan n'est pas assuré contre la vie. C'est dire qu'il n'a pas fini de marcher. À grandes enjambées, car le temps presse. Ph. D.

  • En couronnant Les amours de l'oncle César, le jury du Premier Prix a rendu justice à une double tradition : celle de la chronique paysanne, avec son folklore, son patois, ses personnages typés comme ceux de la Commedia dell'arte. Et celle du conte gaillard, paillard, cher à Rabelais. Dans ce roman picaresque, baigné du parfum de la sauge, du romarin, et d'une omniprésente odor di femina, le plaisir de conter se déploie en toute liberté. Et si le lecteur s'étonne de ces garçons et de ces filles que ne semble effleurer aucun souci, sinon celui d'être heureux... c'est qu'il ne connaît pas les Gascons.

  • Documentée, avec juste ce qu'il faut d'ironie, cette enquête sur les rites et les mentalités d'une étrange et prestigieuse tribu relève presque de l'ethno-histoire. Elle nous initie au rôle et au fonctionnement exact de cette institution.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Léo Schneider a tout pour être heureux. Il est jeune, riche et amoureux. Amoureux de la vie, et de Sarah, dont il attend un enfant. Et puis, il y a Charlie, Michel et Marie. Les amis. Le clan. Pour eux, Léo a rêvé de construire un paradis à leur seul usage, d'où le malheur serait banni. Mais les rêveurs sont fragiles. Léo l'apprendra à ses dépens, et perdra tout. Dans Paris, dévasté par un été torride, de la nuit de Pigalle à la nuit de Montparnasse, Léo s'enfonce dans son enfer personnel, relié au monde des vivants par le fil du téléphone. Sarah disparue, ses amis enfuis, il lui reste la comédie du sexe, l'alcool, et la compagnie des âmes mortes - vagabonds, orphelins, femmes perdues. Pour retrouver Sarah, il lui faudra affronter cette part de lui-même qui leur ressemble. Et Léo saura-t-il s'accommoder d'un monde sans ivresses ? Du tragique au vaudeville, Les yeux doux est la chronique tendre et méchante d'un couple qui se déchire. Entre le blues et la romance, ce livre vibre d'une violence contenue : celle d'une génération déboussolée qui ne se résigne pas à vieillir.

  • André Stil est le chantre de la vie quotidienne des femmes et des hommes d'aujourd'hui, de ceux qui travaillent, souffrent, aiment et, parfois, se révoltent contre l'injustice. De ceux qui, des étoiles plein les yeux, croient au bonheur et façonnent notre monde. En seize nouvelles, dans le foisonnement de ses personnages pittoresques, de l'ouvrier à l'écrivain, du pêcheur au joueur de dames, André Stil utilise toute la palette des émotions, des sentiments, et prouve la richesse de son inspiration. C'est, incontestablement, l'un des meilleurs nouvellistes de sa génération. Sa langue est superbe et sert à merveille un univers dru, cocasse et émouvant à la fois, toujours chaleureux.

  • Benoîte est la soeur de Flora, Paul est le mari de Benoîte, Flora est la femme de Bernard, Blandine et Lison sont les filles de Benoîte. Six auteurs de la même famille, tous écrivains, rassemblés pour la première fois - et probablement la seule - en un livre, sorte de journal à douze mains, Des nouvelles de la famille. Ces nouvelles inédites toucheront des sensibilités aussi variées que sont divers les tempéraments romanesques de cette famille hors du commun. Chaque heure du jour, chaque âge de la vie, toute la gamme des sentiments trouveront des correspondances dans ce livre de lecture. Longue ou courte, gaie ou mélancolique, chaque nouvelle est une histoire, racontée par un écrivain. À travers les contrastes qui les séparent, nos six auteurs ont mis en commun leur aventure familiale : la passion de l'écriture.

  • Une seconde avant, on ne s'était jamais vus. Une seconde après, c'était l'idée fixe : ne plus jamais se perdre. À nous deux, on avait trente ans. L'été 1950. Des vols de martinets strient le ciel bleu lavande de la haute Provence. La fontaine chante doucement la fuite des heures. Celles de notre amour fou. Le problème, c'est que, chez moi, au château Imbert, les grands principes régnaient en maîtres. Travail, famille, patrie. Le sabre et le goupillon. Si vous voyez de quoi je parle. Ils n'ont pas voulu de Jeanne : elle n'était pas de notre race. Ils n'ont même pas attendu la fin de l'été pour me la tuer.

  • Je tire encore un peu, son sein gauche apparaît, parfait pour mouler la paume de ma main, mais jamais je n'oserai, avec, plein centre, le renflement brunâtre aux replis ourlés, tentation si forte d'y poser la joue et les lèvres, mais le plaisir de découvrir l'emporte, le drap d'un seul coup descend jusqu'au nombril, escargot délicat dans sa courbe, ponctuant le creux sous les côtes qui saillent, parallèles. Ultime froissement du drap, qui forme une vague au pied du lit, et c'est la vision déchirante de mon premier corps de femme, l'étranglement de la taille si mince, l'éclair aux confins des cuisses, de cette magie sombre, depuis si longtemps objet de mon tourment, mille fois imaginée. Le ventre plat se soulève par petits renflements, au gré de la respiration, la colline avec son bosquet noir m'éblouit, me tient sous son charme, je suis, oh oui, hypnotisé. C'est donc cela ! Envie de contempler à satiété. Cette beauté transporte, j'y sens le doigt de Dieu. Nul trouble secret en moi, tout mon corps est au repos, je ne le sens pas, ni mes muscles, ni mes os. Figé, l'esprit entièrement occupé, j'admire de longues minutes ma soeur, inoubliable.

  • Quand elle est arrivée dans la ville, elle était déjà une femme qui a tout perdu et jusqu'à la douleur d'avoir perdu. La ville ne l'a jamais vue autrement que dépenaillée. Les hommes, cependant, ne l'ont pas reconnue. Elle était encore belle, ils l'ont prise pour une avec qui ils pouvaient partager, et aussi la misère. Elle n'a jamais su donner, même quand elle avait de quoi, il fallait toujours lui prendre à son corps défendant. Non, non, disait-elle encore, que d'une toute petite voix, comme pour ne pas faire don même d'un cri. C'était comme si elle savait, d'avance, la vanité de tout échange avec elle, le peu de poids de ses mots. Elle s'est faite dévastée, comme les hommes d'ici se font marins. Elle peut laisser couler d'elle sa solitude de rien, c'est son unique manière de partager. Quand elle est venue, elle était encore belle, les hommes ne l'ont pas reconnue. Et, même, un homme s'est entiché d'elle. C'était un homme jeune plus jeune qu'elle, la bouche dure et têtue.

  • Peu après les événements de Bizerte, en 1961, un monde disparaît, comme par enchantement, dans les remous de l'Histoire. Avant d'avoir compris ce qui lui arrivait, Albert Moshé Touitou est aspiré par le tourbillon de l'exode. Bienvenue dans la mère patrie, lui lance un douanier corse. Flanqué d'une femme et de deux enfants, Albert débarque à Marseille. De Marseille à Paris, de Paris à Sarcelles, les exilés plantent leur tente. Les plus vulnérables portent en eux le souvenir de ce monde perdu, sa musique, ses parfums épicés, et s'éteignent doucement, comme Albert. D'autres, plus hardis, deviennent millionnaires, comme Maxo Zana. Mais tous - Zizo Cohen, Lalou Saada, Julot Haddad, Doody Scemama - partagent le goût de la comédie et le sens de la fête. Quant à Mouchi Rabbinou, le Juif errant, il continue de hanter les mariages, les funérailles et les bar-mitzva pour y déclamer ses prophéties, y égrener ses légendes. Avec tendresse, Annie Fitoussi recoud les fragments de cette mémoire folle - celle de son peuple.

  • Lorsque Marine Laers arrive à B., capitale d'un petit pays d'Afrique centrale, elle découvre une violence à laquelle rien ne l'avait préparée. Violence des paysages et des odeurs, qu'avive le soleil de la saison sèche. Violence d'une passion amoureuse, empreinte de cruauté. Violence, enfin, des tensions politiques, prélude à un inéluctable bain de sang. Les premiers orages éclatent et, avec eux, les forces trop longtemps contenues se libèrent, balayent tout sur leur passage. Que restera-t-il de ce monde perdu, sinon quelques images en désordre, figées par le souvenir ? Le visage d'une princesse prostituée, le sourire d'un trafiquant d'armes, l'embrasement de la grande plaine rouge sous le soleil du matin... Ou, peut-être, l'enseigne clignotante d'un de ces bars où les Européens trompent leur angoisse, en s'abandonnant à toutes les ivresses. Le pire, c'est encore le regard vide des hommes que l'on traîne vers la mort, avant de les jeter dans la fosse commune où s'achèvent les guerres civiles. Marine sait qu'elle n'oubliera jamais ces images. Il lui faut désormais vivre avec elles. Mais la vie a-t-elle encore un sens quand on a vu l'intolérable ?

  • La vandale, c'est moi. Je n'ai que des signes particuliers. Je hais l'école, les visites au Panthéon, les amis de ma mère et mon garde du corps. Je vole, je fugue pour rejoindre le seul homme de ma vie : mon père. Ses épaules nues, son short blanc ont bousillé ma vie. J'ai toujours préféré les films d'horreur aux films d'amour, et les jeux dangereux à ceux de mon âge. J'aime la plongée sous-marine, les palaces lézardés, les aventuriers aux yeux bleus. Si j'étais une héroïne, je serais celle des amours interdites, la soeur indigne de Lolita. Mais le drame, chez moi, c'est qu'il n'y a pas de si. Car tout ce qui aurait dû rester au conditionnel s'est réalisé pour devenir ma vie.

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