Zones

  • Une histoire de la France " d'en bas ", celles des classes populaires et des opprimés de tous ordres, pour un livre monumental : une histoire des résistances, des révoltes et des rébellions face à l'ordre établi et aux pouvoirs dominants, une histoire qui restitue le champ des possibles non aboutis dans leur contexte politique, économique et social, mais qui passe aussi par l'histoire du quotidien, de l'intime et du sensible, attentive aux émotions, aux bruits et aux sons. 1685, année terrible, est à la fois marquée par l'adoption du Code Noir, qui établit les fondements juridiques de l'esclavage " à la française ", et par la révocation de l'édit de Nantes, qui donne le signal d'une répression féroce contre les protestants. Prendre cette date pour point de départ d'une histoire de la France moderne et contemporaine, c'est vouloir décentrer le regard, choisir de s'intéresser aux vies de femmes et d'hommes " sans nom ", aux minorités et aux subalternes, et pas seulement aux puissants et aux vainqueurs. C'est cette histoire de la France " d'en bas ", celle des classes populaires et des opprimé.e.s de tous ordres, que retrace ce livre, l'histoire des multiples vécus d'hommes et de femmes, celle de leurs accommodements au quotidien et, parfois, ouvertes ou cachées, de leurs résistances à l'ordre établi et aux pouvoirs dominants, l'histoire de leurs luttes et de leurs rêves. Pas plus que l'histoire de France ne remonte à " nos ancêtres les Gaulois ", elle ne saurait se réduire à l'" Hexagone ". Les colonisés - des Antilles, de la Guyane et de La Réunion en passant par l'Afrique, la Nouvelle-Calédonie ou l'Indochine - prennent ici toute leur place dans le récit, de même que les migrant.e.s qui, accueilli.e.s " à bras fermés ", ont façonné ce pays.

  • Du bois du Tronçay à celui de Sivens, de Notre-Dame-des-Landes aux Cévennes, au Mexique ou au Canada, les expériences d'habitat en milieu forestier se multiplient. Les auteurs de ce livre sont allés à la rencontre de ces forêts et de celles et ceux qui les défendent. Ils y ont découvert des continents innombrables, des sentiers inédits, des êtres ingouvernables : toute une géographie depuis laquelle il était enfin possible de respirer.
    Depuis une dizaine d'années, que ce soit dans les bois de Sivens, à Notre-Dame-des-Landes, à Bure ou dans les Cévennes, il est évident qu'il se passe quelque chose du côté de la forêt. Certains ont commencé à habiter ces espaces, avec la détermination de sortir du monde mortifère de l'économie. Un tout autre rapport au monde s'y bâtit, à l'opposé de cette science militaire qu'est l'aménagement du territoire - ici contre un barrage, là contre un aéroport, ou une extraction de biomasse.
    Ce n'est pas qu'une affaire locale : les paysans du Guerrero au Mexique se battent depuis plus de dix ans pour libérer leurs forêts des exploitants, les trappeurs du peuple cri du Canada défendent la forêt boréale de Broadback contre la déforestation, les Penan de Bornéo s'arment de sarbacanes contre les compagnies de plantation de palmiers à huile... Partout des luttes résonnent de cette même idée : la forêt n'est pas une réserve de biosphère ou un puits de carbone.
    La forêt, c'est un peuple qui s'insurge. Nous sommes allés à la rencontre de ces forêts et de celles et ceux qui les défendent. Nous y avons découvert des continents innombrables, des sentiers inédits, des êtres ingouvernables. Toute une géographie depuis laquelle il était possible, enfin, de respirer.

  • Riot grrrls

    Manon Labry

    Sur un mode subjectif et partisan, dans la veine d'un Lester Bangs, le récit de l'aventure punk rock née il y a près de 25 ans du cri de colère et de ralliement lancé par une poignée de jeunes féministes nord-américaine underground : " Revolution, Grrrl Style, Now ! " Le mouvement des riot grrrls -les " émeutières " - était né. Des groupes de femmes, dont le légendaire Bikini Kill, partaient à l'assaut, bien décidées à rendre " le punk plus féministe, et le féminisme plus punk ". Au début des années 1990, de jeunes féministes nord-américaines lançaient du fond de leurs tripes un cri de colère et de ralliement dans le milieu punk underground : " Revolution, Grrrl Style, Now ! " La culture riot grrrl - littéralement, les " émeutières " - était en train de naître. Des groupes comme Bikini Kill ou Bratmobile partaient à l'assaut de la production musicale, décidés à rendre " le punk plus féministe et le féminisme plus punk ".
    Leur offensive fut une secousse incroyablement positive pour toute une génération assommée par la culture mainstream. Car les riot grrrls ont été bien davantage qu'un simple courant musical : appliquant les principes du Do-It-Yourself, elles ont construit une véritable culture alternative, dont la force de frappe tient en une " proposition " que suivront des milliers de jeunes femmes : celle d'oser devenir qui elles sont et de résister corps et âme à la mort psychique dans une société capitaliste et patriarcale.
    Manon Labry retrace l'histoire de cette révolution politique et culturelle. Elle déploie une écriture punk bien frappée qui entremêle paroles de chansons, témoignages, réflexions personnelles, extraits de fanzines et illustrations pour faire la chronique d'une génération.

  • Nous... la cité

    Collectif

    Quand quatre jeunes de banlieue se prennent d´écrire leur quotidien avec un de leurs éducateurs pendant plus d´un an, ça envoie du lourd.

    Entre provocations policières, soirées à tchatcher dans les halls d´immeuble, jugements et appels, embrouilles à la con, boulots foireux, visites en prison, heures d´ennui et éclats de rire, c´est le quotidien d´un quartier populaire comme tant d´autres qui est raconté.

    Le quotidien d´une France qui peut exploser à tout moment, qui ne veut pas être un exemple ni un modèle, qui témoigne de la vie, mais aussi de la mort.

    Un quotidien où l´on enrage plus souvent qu´à son tour, mais où l´on trouve encore la force d´en rire.

    /> Un quotidien où des professionnels se démènent pour sauver ce qui peut l´être encore. Où l´on se demande même, par moment, si l´on n´aurait pas plus intérêt à ce que tout pète.

    Un quotidien que les médias ignorent, que les jeunes taisent parce que trop criant d´être aussi banal que brutal.

    Un quotidien où la solidarité est à l´oeuvre, où les choses se vivent et s´éprouvent plus qu´elles ne se disent - sauf quand on se décide à prendre son stylo et àécrire, entre rires et larmes, la cité.

    Car c´est sans doute des mots que viendront les solutions. La découverte de l´écriture et du pouvoir de ces foutus mots. Face à des flics. Face à des juges. Face à soi-même.

  • Stat-activisme

    Emmanuel Didier

    Les statistiques nous gouvernent. Argument d'autorité au service des managers, elles mettent en nombres le réel et maquillent des choix qui sont, en fait, politiques. Le parti pris de ce livre, qui rassemble les contributions de sociologues, d'artistes et de militants, procède du judo : prolonger le mouvement de l'adversaire afin de détourner sa force et la lui renvoyer en pleine face, faire de la statistique une arme critique. L'histoire de cette forme de contestation dont Luc Boltanski indique qu'elle permet de formuler des " critiques réformistes " passe d'abord par un retour sur la longue controverse sur l'indice des prix en France, présentée par Alain Desrosières.
    La deuxième partie du livre s'intéresse à la façon dont on ruse, individuellement et souvent secrètement, avec les règles. L'association Pénombre, composée de statisticiens critiques, y présente une fausse interview du brigadier Yvon Dérouillé, qui explique, face caméra, comment tripatouiller les statistiques de la délinquance. Mais les statistiques peuvent aussi servir à faire exister politiquement, en les rendant visibles, des catégories sociales discriminées. Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires, montre comment Victor Schoelcher, au XIX e siècle, mobilisait déjà des arguments quantitatifs pour la défense des droits des Noirs.
    Une dernière stratégie statactiviste consiste à bâtir des indicateurs alternatifs, tels que le " BIP 40 ", qui met en rapport les bénéfices dégagés par l'envolée des cours boursiers et le creusement des inégalités sociales. Ces quatre démarches sont illustrées, avec humour ou sérieux, en texte ou en image, par les contributeurs de cet ouvrage, pour qui " un autre nombre est possible " : ce qu'une logique hégémonique de quantification a instauré, une pratique statactiviste avertie peut chercher à le défaire.

  • Fist

    Marco Vidal

    Le XX e siècle aurait inscrit une seule innovation au répertoire des pratiques sexuelles : le fist fucking. Fallait-il en rester à cette doxa popularisée par nombre d'intellectuels et de chercheurs ? Combinant érudition historique, réflexions théoriques, récits à la première personne, quasi-poèmes en prose, Fist peut se lire au choix comme une apostille à Histoire de la sexualité de Michel Foucault ou comme un roman queer.
    La singulière généalogie érotique qu'il nous propose s'ouvre sur des photographies de Robert Mapplethorpe et se clôt par une relecture du Cantique des cantiques. Entretemps, on aura visité Les Catacombes, mythique club privé du San Francisco des années 1970 ; relu Koltès, Sade, Homère, Ovide, Ronsard et Henry James ; croisé Amerifist, acteur star de ce sousgenre du cinéma porno ; compulsé des traités de médecine du XIX e siècle pour y découvrir d'étranges prescriptions ; passé des petites annonces sur des sites spécialisés ; fait quelques rencontres et pris rendez-vous chez un proctologue...
    Réduire le fist fucking à la violence du " poing " est un contresens. Le plaisir civilise la main pour mieux réinvestir les puissances imaginaires du corps, dans une union improbable qui pourrait bien aussi s'appeler " amour ".

  • Même un ministre du Budget peut frauder le fisc ! Comment est-ce possible ? Deux sociologues ont décidé d'aller voir par eux-mêmes comment l'on extrade aujourd'hui les petites, mais surtout les grandes fortunes. Suisse, Luxembourg, paradis fiscaux, sociétés écrans, montages financiers, cette enquête de terrain, ludique et argumentée permetde comprendre les rouages de l'évasion fiscale et ses enjeux politiques. En effet, la clé du coffre est sans doute cachée du côté de Bercy ...
    Comment planquer son magot ? Inspirés par les récents exemples de Jérôme Cahuzac et de Liliane Bettencourt, deux sociologies décident à leur tour d'extrader leur maigre fortune. Un jeu de rôle commence, qui va les mener au coeur du système de l'évasion fiscale.
    Cette tentative d'évasion les conduit d'abord en Suisse, où ils se livrent à une observation
    in vivo du petit monde doré des exilés fiscaux. De banques en trusts, ils expliquent au passage comment les milliards fugitifs s'abritent derrière un maquis touffu de montages financiers.
    Mais si la grande évasion fiscale finit sa course sous les palmiers ou au pied de grands sommets enneigés, elle s'organise en réalité beaucoup plus près de chez nous. Où l'on découvre, de retour en France, les petits arrangements entre amis qui se trament sous la houlette de Bercy...
    Au-delà des scandales qui font la une, voilà une enquête vivante et accessible permettant de comprendre les rouages de l'évasion fiscale et ses enjeux politiques. Une investigation éclairante dont l'objectif est de battre en brèche le pouvoir symbolique lié à l'opacité de la spéculation financière, à la cupidité et au cynisme des plus riches mobilisés pour accumuler toujours plus d'argent.

  • Anarchiste individualiste et défenseur acharné de la liberté sexuelle, E. Armand se livre, au beau milieu des années 1930, à un dynamitage systématique de la morale de son temps. Se prononçant avant l'heure en faveur de l'amour libre et de la camaraderie amoureuse, il fustige l'" exclusivisme en amour " ainsi que le poison de la jalousie dont les excès passionnels ne peuvent entraîner que frustration ou violence. Ami de tous les non-conformistes sexuels et lui-même pervers à ses heures, Armand refuse la pudibonderie des bien-pensants. À travers le couple monogame, c'est la structure même de la famille qui est visée, cet " État en petit " qui développe nécessairement une exclusivité affective. Théoricien doucement délirant d'un droit à la jouissance pour tous, Armand en tire toutes les conséquences : contre le propriétarisme en amour, reste à expérimenter l'amour plural dans le cadre d'une camaraderie amoureuse égalitaire. Contre les logiques de concurrence qui tendent à convertir en marché l'espace des rencontres amoureuses, il appelle les lecteurs à former des sortes de coopératives sexuelles où corps et caresses s'échangeraient sous forme de troc généralisé. Une utopie affective et sexuelle dont la charge subversive demeure intacte, à l'heure d'une sexualité coincée entre marchandisation du sexe et sacralisation du couple.

  • " J'ai fait un rêve ", slogan repris à Martin Luther King, fut l'un des moteurs de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Tout a été dit sur cette victoire sauf peut-être l'essentiel : et si elle correspondait au triomphe d'une nouvelle forme d'imaginaire politique ?
    Mona Chollet décortique les principaux éléments de l'univers sarkozyste : la " machine de guerre fictionnelle " que représente la success story, le mythe du self-made man, l'identification illusoire aux riches et aux puissants, le mépris des " perdants ", l'individualisme borné, le triomphe de l'anecdote et du people...
    Aux antipodes de la fascination béate et complaisante d'une Yasmina Reza, elle critique les impostures idéologiques du nouveau pouvoir : un démontage sans concession des valeurs de la droite bling bling, dans un style incisif, souvent drôle, toujours fin, mêlant l'enquête journalistique, l'écriture littéraire et la critique sociale.
    Lucide, elle pointe également la faiblesse alarmante de l'imaginaire de gauche, radicalement incapable de relever le défi. Contre le cynisme et les renoncements, il est urgent de réinventer un nouvel imaginaire émancipateur, en commençant par se réapproprier l'aspiration légitime à l'épanouissement personnel, aujourd'hui fourvoyée dans les mirages de la " société-casino ".

  • Les rémunérations - salaires, bonus,stock-options, retraites « chapeau »,Golden hello- flambent aux sommets de la pyramide sociale. Régulièrement, la presse se penche sur ces « très hauts revenus », offrant à l'homme ordinaire un aperçu du monde des « surhommes » du capitalisme moderne. Et, en janvier 2010, le président américain Barack Obama demandait - en vain - que Wall Street cesse de verser des « bonus obscènes » aux banquiers, alors que la crise de 2008 a plongé dans la misère des millions d'Américains.
    Dans cet essai vif et documenté, Philippe Steiner met à jour l'ampleur de ces rémunérations obscènes. Il montre comment les économistes prétendent en expliquer la formation, au prix de contorsions compliquées sur le thème de la concurrence. Et à partir de la vision alternative que propose la sociologie, il s'intéresse aux réactions de l'opinion publique face aux informations médiatiques. Les réactions morales ne seraient-elles que l'expression de la méconnaissance des « lois de l'économie mondialisée » ? La manifestation pathétique de l'impuissance ? Ou plutôt le ferment d'une force politique de contestation, tant les rémunérations ont partie liée à un mouvement profond du capitalisme financier contemporain, creusant toujours plus les inégalités économiques ?

  • À la fois récit et essai philosophique, ces Réflexions furent le premier texte abolitionniste à être écrit au XVIIIe siècle de la main d'un ancien esclave africain. Publié en Angleterre en 1787, l'ouvrage de ce Rousseau noir est considéré outre-Atlantique comme un classique des " récits d'esclaves ". Méconnue en France, cette pièce essentielle de l'histoire de la conscience noire est enfin rendue disponible, rééditée ici pour la première fois depuis plus de deux cents ans dans une belle traduction originale du XVIIIe siècle.
    Cugoano raconte comment, jeune garçon, il fut enlevé sur les côtes de l'Afrique et déporté dans la colonie britannique de la Grenade. Il témoigne directement de la violence des razzias, des conditions terribles de la traversée, des traitements inhumains à bord des bateaux négriers et de l'enfer de l'exploitation sur les plantations. Au-delà du récit, Cugoano rédige un véritable acte d'accusation contre les nations esclavagistes : faute de s'insurger contre la traite et l'esclavage, tous les Européens sont complices de l'oppression des Africains déportés. Il signe ainsi au nom de l'Afrique exploitée un réquisitoire sans appel contre les cruautés de l'Europe coloniale, dont les accents de colère résonnent encore aujourd'hui d'un écho particulier. Autodidacte et lecteur scrupuleux de la Bible, Cugoano se propose en outre de réfuter les justifications de l'esclavage. En philosophe et exégète du texte sacré, l'ancien esclave démonte systématiquement chacun des arguments allégués pour justifier la domination de ses frères. Au-delà de l'indignation morale et de la condamnation politique, il entend triompher de l'oppression par la critique intellectuelle : retournant la langue du maître contre elle-même, réfutant la pratique des Européens par les principes mêmes dont ils se réclament.

  • L'esprit du poker

    Lionel Esparza

    La pratique du poker a explosé dans les années 2000. En France, pour le seul poker en ligne, on estimait en 2011 à 1,5 million le nombre de joueurs réguliers ou occasionnels, misant un total de 8 milliards d'euros annuels. Pourquoi un tel engouement ? Un

  • Benchmarking

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    Que vous soyez fonctionnaires ou salariés, vous devez toujours être plus performants, plus proactifs, plus autonomes. Vous serez impitoyablement comparés, notés, évalués. L'activité professionnelle devient une course effrénée au chiffre et à la performance. Ce phénomène a un nom. Inventé au début des années 1980 dans la firme américaine Xerox, le benchmarking se définit comme une méthode de management par l'évaluation compétitive.
    En quelques décennies, ce petit instrument gestionnaire a conquis le monde, jusqu'à coloniser aujourd'hui la " gestion des ressources humaines " dans les services publics.
    De New York à Bruxelles, des archives de Xerox à la préfecture de police de Paris, ce livre montre comment le benchmarking est devenu l'instrument de nouveaux rapports de domination entre les mains des bureaucraties contemporaines.
    Comment le benchmarking se déploie-t-il aujourd'hui dans l'administration et les services publics français ? Dans la police, à l'hôpital et à l'université ? Quels sont les ressorts de la " discipline indéfinie " qu'il exerce sur les agents ? Mais ce livre ne s'en tient pas au constat. Les auteurs concluent en esquissant les contours d'un possible militantisme par les chiffres : le " statactivisme ".

  • Internement administratif pour une durée indéterminée, responsabilité collective appliquée à des tribus et des villages entiers, séquestre des propriétés " indigènes " et transfert de celles-ci aux colons, Code de l'indigénat enfin, adopté en 1875 puis régulièrement reconduit par les députés de la IIIe République : telles sont les principales dispositions répressives appliquées dans l'Algérie coloniale, jusqu'en 1945.
    Citant largement les textes ? dont le fameux " code de l'Indigénat " est enfin publié dans son intégralité ? et les commentaires dont ils firent l'objet, Olivier Le Cour Grandmaison les analyse de façon précise, et met ainsi en évidence l'existence d'un racisme d'État longtemps théorisé et pratiqué par la République. Qualifiées de " monstres " juridiques par plusieurs juristes de l'époque, ces différentes mesures furent exportées dans les autres territoires de l'Empire au fur et à mesure de l'extraordinaire expansion coloniale de la France entre 1871 et 1913.
    L'exception politique et juridique est ainsi devenue la règle pour les " indigènes ". À cela s'ajoutent le travail forcé et l'esclavage domestique, lequel a continué de prospérer au vu et au su des autorités françaises. Hier essentielle à la pérennité de la République impériale, cette législation coloniale est aujourd'hui trop souvent ignorée. Exhumer ses principes, étudier ses mécanismes et leurs conséquences pour les autochtones privés des droits et libertés démocratiques élémentaires, tels sont les objets de ce livre. Sommes-nous complètement affranchis de ce passé ? Hélas non. L'internement des étrangers sans-papiers et le " délit de solidarité " le prouvent. L'un et l'autre ont des origines coloniales.

  • Yorkshire, labrador, bichon à poil frisé, husky, pitbull ou rottweiler, la population canine française s'élevait à 7,42 millions d'individus en 2012. Pourquoi tant de chiens ? Quelles étranges relations entretient-on avec ces compagnons à poil ? Et, surtout, que révèlent-elles sur les humains qui les nouent ?
    " Tel maître, tel chien ", dit l'adage populaire. Christophe Blanchard reprend la maxime à son compte : à partir de différents binômes maîtres/chiens, de la mémère à caniche au punk à chien, il s'agit en réalité pour lui de croquer la société française contemporaine.
    Dans une vie de chien, tout commence avec l'enfance, celle des jeunes maîtres et de leurs fidèles toutous, dont la fiction a ossifié les archétypes, qu'ils s'appellent Lassie, Rintintin ou Milou. Certains finiront dans des cimetières canins, dont on peut étudier la symbolique et les épitaphes.
    Mais, au-delà de ce compagnonnage biographique et affectif, le quadrupède est aussi et surtout devenu un produit de consommation courante. Il existe tout un marché du chien dont on peut suivre les ramifications économiques.
    Si avoir un chien est facile, avoir du chien n'est pas à la portée du tout-venant : le sociologue se livre ainsi à une étude comparée des chiens de luxe - triomphe de l'inutilité canine - et des chiens de SDF - revanche des corniauds et des bâtards. Quand la question canine croise de manière inattendue celle de la classe et de la race...

  • Fantasmagories du capital

    Marc BERDET

    Quel rapport entre les spectres d´un couvent parisien, des héroïnes séquestrées dans des châteaux gothiques et les flâneurs des passages couverts de Paris ? Quel point commun entre les visiteurs des Expositions universelles, les joueurs captivés par les néons de Las Vegas et les badauds fascinés par les shopping malls ? Tous sont pris dans des lieux clos saturés d´imaginaire, des « rêvoirs » collectifs, des fantasmagories.

    Depuis trois siècles, le capital façonne des environnements oniriques qui, en refoulant leur origine économique, ordonnent les plaisirs individuels et collectifs sur fond de règne de la marchandise. L´histoire de l´espace urbain est en ce sens aussi celle d´une mobilisation toujours plus structurée de nos désirs intimes par l´architecture, jusqu´à l´architecture dite « postmoderne ».

    Dans le sillage des écrits de Walter Benjamin sur le Paris du XIXe siècle, cet essai arpente l´histoire d´espaces urbains envahis par l´imaginaire capitaliste. Dans ce récit, à la fois politique et esthétique de la production de l´espace, le lecteur explore tour à tour les passages parisiens, les premiers grands magasins, les Expositions universelles, le Paris d´Haussmann, les parcs à thème (Disneyland), les shopping mall (le Mall of America) et le strip de Las Vegas.

    Ces espaces emblématiques forment autant de strates fantasmagoriques caractéristiques de leur époque. On peut y voir des sortes de rébus qui amalgament des éléments de la réalité extérieure, l´intérêt d´une classe dominante et l´inconscient de toutes les classes, figurant ainsi une utopie sociale dont la réalisation demeure cependant perpétuellement ajournée par leur fonction marchande. En essayant de déchiffrer ces espaces comme on interprète un rêve, en superposant leur genèse réelle et leurs oppositions mythiques, ce livre tente dégager l´éclat de l´utopie de la gangue qui l´enferme. Car la fantasmagorie contient, en son sein, les éléments de sa propre négation. Le grand récit de la marchandisation de la ville a aussi ses anti-héros, qui se nomment Maximilien de Robespierre, Charles Fourier, Karl Marx, Auguste Blanqui, André Breton, Serguei Eisenstein, Walter Gropius ou Ken Kesey...

  • L'esprit d'entreprise, le goût de la concurrence et la soif de réussite ne sont plus tabou. Le temps est enfin venu de s'ouvrir aux nombreuses opportunités, aux défis et aux satisfactions que peut apporter un intense investissement dans la vie de l'entreprise.
    Mais comment réussir sa vie professionnelle ? Rompant avec la langue de bois des DRH, un manager expérimenté vend la mèche et nous livre, étape par étape, en véritable Machiavel du management, toutes les clés pour soigner notre carrière et bénéficier d'une promotion rapide. Vous apprendrez dans ce livre tout sur l'" art de la guerre " professionnelle et les secrets pour l'emporter dans l'univers impitoyable de l'entreprise : savoir vous vendre et vous construire en produit attractif et désirable, organiser une communication cohérente et consistante, courtiser habilement les chefs, maîtriser la langue managériale, son jargon, sa rhétorique et ses astuces pour avoir raison en toutes circonstances, s'exercer à l'art de la parole floue grâce aux techniques de base de l'hypnose, gagner en autorité en faisant preuve de perversité, utiliser le sentiment de culpabilité afin d'obtenir la soumission de vos subordonnés, recruter des collaborateurs peu compétents qui ne vous feront pas ombrage, placardiser discrètement un employé indésirable...
    Authentique petit manuel du courtisan moderne, ce guide exalte les vertus de la lutte pour la carrière. En invitant à suivre la voie du manager, Antoine Darima propose aussi un nouvel art de vivre et une conversion spirituelle : épousez votre entreprise, devenez cadre et élevez-vous à une dimension supérieure de votre être. Fermez les yeux et laissez vous envahir par l'esprit de la firme.

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