• « Un matin, j'eus une curieuse révélation sur moi-même : Moktir, le seul des protégés de ma femme qui ne m'irritât point, était seul avec moi dans ma chambre. Je me tenais debout auprès du feu, les deux coudes sur la cheminée, devant un livre, et je paraissais absorbé, mais pouvais voir se refléter dans la glace les mouvements de l'enfant à qui je tournais le dos. Une curiosité que je ne m'expliquais pas bien me faisait surveiller ses gestes. Moktir ne se savait pas observé et me croyait plongé dans la lecture. Je le vis s'approcher sans bruit d'une table où Marceline avait posé, près d'un ouvrage, une paire de petits ciseaux, s'en emparer furtivement, et d'un coup les engouffrer dans son burnous. » André Gide (1869-1951), Prix Nobel, est notamment l'auteur de : Les Nourritures terrestres, La Symphonie pastorale, Les Caves du Vatican, Les Faux-Monnayeurs, Si le grain ne meurt, La Porte étroite, Feuillets d'automne, d'essais critiques sous le titre de Prétextes et Nouveaux prétextes et du célèbre Journal.

  • "« La porte était close. Le verrou n'opposait toutefois qu'une résistance assez faible et que d'un coup d'épaule j'allais briser... À cet instant j'entendis un bruit de pas ; je me dissimulai dans le retrait du mur.
    Je ne pus voir qui sortait du jardin ; mais j'entendis, je sentis que c'était Alissa. Elle fit trois pas en avant, appela faiblement :
    - Est-ce toi Jérôme ?...
    Mon coeur, qui battait violemment, s'arrêta, et, comme de ma gorge serrée ne pouvait sortir une parole, elle répéta plus fort :
    - Jérôme ! Est-ce toi?
    À l'entendre ainsi m'appeler, l'émotion qui m'étreignit fut si vive qu'elle me fit tomber à genoux. »

    André Gide (1869-1951), Prix Nobel, est notamment l'auteur de : Les Nourritures terrestres, La Symphonie pastorale, Les Caves du Vatican, Les Faux-Monnayeurs, Si le grain ne meurt, L'Immoraliste, Feuillets d'automne, d'essais critiques sous le titre de Prétextes et Nouveaux prétextes et du célèbre Journal.
    "

  • Voyage et enquête en Afrique noire du temps de la colonisation française. De beaux portraits qui démontrent tous les "bienfaits" de la colonisation. L'abus des punitions sur la population locale, la mise en place d'un système corrompu; poignant et troublant.


  • « C'est Durrell à Sommières, flânant sur le marché inondé de soleil avant de retourner écrire, à son maset. C'est Chabrol sur le mont Lozère, arpentant "sa" Cévenne à pas de géant. Et Daudet le Nîmois, jouant enfant sous la porte d'Auguste à la marelle. Le Gard, depuis toujours, aime les gens de lettres. Et ils le lui rendent bien, comme le rappelle ce savoureux ouvrage.
    Il y a ceux qui y sont nés, comme Marc Bernard et Jean Carrière, et ceux qui l'ont adopté : François Nourissier, ouvrant les portes de son château bohème d'Arpaillargues, ou Pierre Combescot devenu camarguais par l'entremise de Jean Lafont.
    Ainsi nourris de leur terre natale ou d'élection, les auteurs deviennent de formidables guides. On songe évidemment au plus célèbre d'entre eux, Robert Louis Stevenson, et à son Voyage avec un âne dans les Cévennes. Son récit, écrit en 1878, prouve encore aujourd'hui que les trésors ne sont pas seulement dissimulés dans les îles. »
    Hervé Denyons, Le Point.

  • Remy de Gourmont publie les deux séries du Livre des Masques aux éditions du Mercure de France, dans les dernières années du XIXe siècle. Il y fédère des oeuvres fort diverses qui ont été fondatrices du Symbolisme littéraire et qui ont fourni leurs références à plusieurs générations d'écrivains, modernistes (Apollinaire, Cendrars) ou surréalistes (Breton).
    Cinquante-trois monographies présentent à un public aussi large que possible des auteurs alors inconnus ou mésestimés comme Lautréamont, Rimbaud, Verlaine, Villiers de l'Isle-Adam, Mallarmé, Corbière, Laforgue.
    Et d'autres qui ont été appelés à la notoriété, ou que la postérité a consacrés: Gide, Louÿs, Lorrain, Maeterlinck, Verhaeren, Huysmans, Renard, Bloy, Schwob, Claudel, Barrès, les frères Goncourt.
    Ces études offrent l'intérêt d'un jugement daté. Elles permettent également de découvrir un grand nombre d'écrivains qu'on est désormais en droit de juger injustement ou justement oubliés.

    La Présentation de l'ouvrage rappelle la tradition du "portrait littéraire" dans laquelle s'inscrit Remy de Gourmont. Elle montre comment il a constitué un groupe symboliste en lui assurant une suprématie philosophique, esthétique et artistique mais aussi - et surtout - éditoriale.
    Cette édition donne à lire les remaniements qu'a effectués l'auteur lorsqu'il a assemblé ses monographies en volumes. Elle les accompagne de Notices qui situent chaque écrivain au moment où il est présenté. Enfin elle reproduit à l'identique les "masques" remarquables gravés par Félix Vallotton.

  • « Le voyage de Barrès, après ceux de Chateaubriand, de Lamartine, de Gautier, de Gérard de Nerval, aura été le dernier des voyages romantiques d'Orient, des voyages vers l'Orient romantique. Là encore 1914 marque la grande coupure. Cet Orient n'existe plus », écrivait Albert Thibaudet, pour qui la Grande Guerre mettait fin à une lignée de voyageurs.Cet ouvrage interroge l'influence de la guerre sur la vision et l'écriture de l'Orient chez des savants et des écrivains, notamment André Gide et Pierre Loti.À partir d'Une enquête aux pays du Levant, livre de Barrès publié en 1923, mais issu d'un voyage de 1914, il identifie plus largement les mutations du genre du récit de voyage entre le long XIXe siècle, marqué par le romantisme, motivé par la quête spirituelle, et les années d'entre-deux-guerres où se développe le genre du grand reportage, marqué par un intérêt plus politique lié à la présence coloniale française en Syrie et au Liban.

  • L'histoire de cette amitié ne dure que sept ans (1888-1895). Mais ces années déterminantes auront des effets durables pour les deux protagonistes. Après leur rupture, ils ne cesseront de se souvenir des turbulences de leurs rapports durant la période de leur formation littéraire. Gide surtout est conscient que, sans sa rencontre avec Pierre Louÿs, sa carrière, sa vie même, auraient été très différentes.Beaucoup de choses pourtant les séparaient. Pierre est enthousiaste, organisé, batailleur, érudit, précoce, brillant, extraverti, dépensier, collectionneur de rencontres féminines et il a un culte décidé pour l'Antiquité. André est lent, prudent, sensible, réservé, nuancé, un peu avare, chaste jusqu'au moment où il découvre son homosexualité, et soucieux, dès ses premiers livres, d'imposer sa figure. Il est calviniste jusqu'au bout des ongles.Ce livre est le récit de l'évolution des rapports entre les deux jeunes écrivains, depuis la fin de leur adolescence. Leurs voyages, leurs projets, les revues auxquelles ils collaborent, les personnages qu'ils fréquentent, tels Mallarmé, Oscar Wilde et Paul Valéry, rythment ces années décisives. Leur rupture a lieu en mars 1895. Ils passent de l'amitié fusionnelle à l'incompréhension la plus totale. La suite de leurs relations, une forme certaine de mépris et de détestation, révèlent la profondeur de leur brouille, et surtout, son « mystère », qu'on s'efforce ici d'expliquer.

  • Roman carrefour, roman indémodable, à la transition du symbolisme vers le moderne, expérimentation essentielle à l'aube du XXe siècle, on n'en pas fini avec Les Faux-Monnayeurs. Récit proliférant, greffe de personnages, fiction par ellipse, mises en abîme, tout ce qu'on décrypte ici vaut pour l'expérience d'écrire aujourd'hui. Sous la direction d'Hélène Baty-Delalande (Paris VII/Cerilac), huit chercheurs en explorent la poétique et les signes, enfin la figure même d'André Gide parmi nous.

  • Le romancier portatif

    Nicolas Dickner

    • Alto
    • 1 November 2011

    « Le marteau sert à construire des maisons.
    Le télescope, à observer des objets très éloignés.
    La cuillère, à manger de la soupe.
    Le livre sert à créer des cyborgs. »
    Nicolas Dickner

    Depuis 2006, Nicolas Dickner signe dans les pages de l'hebdomadaire Voir la chronique «Hors champ». Il y traite avec humour et (im)pertinence de l'univers sauvage du livre et disserte sur les moeurs des lecteurs et des auteurs. En tout, un peu plus de 200 chroniques ont été publiées. 52 chroniques «à emporter» ont été sélectionnées pour ce recueil dont les bénéfices sont remis à la Fondation pour l'alphabétisation. Le romancier portatif est le cinquantième titre à paraître aux Éditions Alto qui, rappelons-le, ont vu le jour avec la parution de Nikolski... de Nicolas Dickner.

    Cette initiative a vu le jour grâce à la généreuse contribution des imprimeries Transcontinental, du journal Voir et des collaborateurs d'Alto. Pour chaque livre vendu, 7$ sont remis à la Fondation pour l'alphabétisation. À l'achat de la version électronique (PDF et ePub), réalisée avec le partenariat de De Marque, 5$ sont versés à la Fondation.

  • Christian Beck, auteur de nouvelles et de pièces de théâtre, rédacteur de revues littéraires autour de 1900, était plus jeune que Gide. C'était un original, anti-conformiste au-delà de toute imagination. Ses lettres sont souvent traversées d'éclats de colère, de pointes critiques, d'amertume et aussi d'amusement; on sait qu'il peinait à obtenir quelques lignes de réponse de Gide, dont il voulait avoir l'avis sur tout ce qu'il faisait. Mais Gide, de son côté, était curieux de voir quels développements toujours imprévus prenait la vie de son ami, et bien souvent, en plus des réponses brèves qu'on lui arrache, il s'étend en longs commentaires sur Christian Beck, ou sur lui-même et le sens de certaines de ses oeuvres. Auprès de Beck, un Gide parfois imprévu se dévoile. L'édition très soigneuse de M. Masson, directeur du Bulletin des Amis d'André Gide, explique toutes les allusions et circonstances qui rattachent cette amitié à vingt années d'histoire littéraire.

  • "Publié pour la première fois en 1911 dans la continuité de Prétextes, ce volume contient :
    DEUX CONFÉRENCES : L'Évolution du théâtre ; De l'importance du public - CHRONIQUES DE L'ERMITAGE : I. Lettre à M. Édouard Ducoté ; II. Seconde visite de l'interviewer ; III. - PRÉTEXTES : Nationalisme et littérature. (À propos d'une enquête de la Phalange) ; Nationalisme et littérature (second article) ; La licence, la dépravation et les déclarations de M. le sénateur Bérenger ; Moeurs littéraires (Autour du tombeau de Catulle Mendès) ; L'Amateur de M. Remy de Gourmont ; En marge du Fénelon de Jules Lemaître ; Baudelaire et M. Faguet - JOURNAL SANS DATE : I. ; II. ; III. ; IV. La mort de Charles-Louis Philippe ; V. La Jeanne d'Arc de Charles Péguy ; VI. En Espagne ; VII. ; VIII. ; IX. Voyage au Val d'Andorre ; X. - NOTICES : Jules Romains : La Vie Unanime ; Poèmes par un riche amateur ; André Rouveyre : Le Gynécée ; Francis de Miomandre : Écrit sur de l'eau ; Francis Jammes : Rayons de Miel ; Henri de Régnier : Couleur du Temps ; Jean Giraudoux : Provinciales ; Léon Blum : Nouvelles Conversations de Goethe avec Eckermann ; Georges Grappe : Dans le jardin de Sainte-Beuve ; Louis Dumur : Les Trois Demoiselles du Père Maire ; Les représentations russes au Châtelet - APPENDICE : I. Lettre de Jules Renard ; II. Réponse à la lettre de Jules Renard.
    "

  • En décembre 1900, alors qu'il séjournait dans le sud algérien, à Biskra, André Gide apprit par les journaux la mort d'Oscar Wilde. L'éloignement ne lui permettant pas de se joindre au cortège qui suivit la dépouille du poète, il décida d'écrire aussitôt « ces pages d'affection, d'admiration et de respectueuse pitié ». Réunis pour la première fois en 1946, ces deux courts textes d'André Gide sur Oscar Wilde (In Memoriam et Le « De Profundis ») furent publiés respectivement en 1903 (in Prétextes) et en 1905.

  • "Publié pour la première fois en 1903, ce volume contient :
    DEUX CONFÉRENCES : De l'influence en littérature ; Les Limites de l'Art - AUTOUR DE M. BARRÈS : À propos des Déracinés ; La querelle du peuplier (Réponse à M. Maurras) ; La Normandie et le Bas-Languedoc - LETTRES À ANGÈLE : I. Mirbeau, Curel, Hauptmann ; II. Signoret, Jammes ; III. Les naturistes ; IV. Barrès, Maeterlinck ; V. Verhaeren, Pierre Louys ; VI. Stevenson et du nationalisme en littérature ; VII. De quelques récentes idolâtries ; VIII. Sada Yacco ; IX. De quelques jeunes gens du Midi ; X. Les Mille Nuits et une Nuit du Dr Mardrus ; XI. Max Stirner et l'individualisme ; XII. Nietzsche - QUELQUES LIVRES : Villiers de l'Isle-Adam ; Maurice Léon ; Camille Mauclair ; Henri de Régnier ; Dr J.-C. Mardrus (Les Mille Nuits et une Nuit) ; Saint-Georges de Bouhélier ; Lettre à M. Saint-Georges de Bouhélier - SUPPLÉMENT : Francis Jammes ; Saint-Georges de Bouhélier ; Henri de Régnier ; Octave Mirbeau - IN MEMORIAM : Stéphane Mallarmé ; Emmanuel Signoret ; Oscar Wilde.
    "

  • Ces Feuillets d'automne datent de 1949 et Gide y revient sur le problème de Dieu : « Je saurai dire "Ainsi soit-il" à quoi que ce soit qui m'advienne, fût-ce à ne plus être, à disparaître après avoir été. » Ils sont complétés par six récits autobiographiques, et aussi des études sur Joseph Conrad, Francis Jammes, Paul Valéry, Eugène Dabit, Antonin Artaud, Goethe, Lautréamont, Poussin, Rimbaud, Verlaine et quelques autres. Cet ensemble de textes est à placer à côté du Journal.

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