• "Maintenant, il savait tout le prix de Dorothy. Au fond de lui-même, il croyait qu'il avait gardé un pouvoir sur elle et qu'il pouvait la reprendre, si enfin il s'en donnait la peine. Et il ne pouvait pas croire que l'émoi qu'il ressentait ne fût pas communicatif. Elle avait l'air si bon, sur cette photo. Sa bouche répétait ce que disaient les yeux : une tendresse timide. Ses seins frêles disaient encore la même chose, et sa peau qui fuyait sous ses doigts, ses mains friables."

  • Récit autobiographique. Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. À partir de 1920, Drieu la Rochelle se mêle à tous les mouvements de son époque, tenté aussi bien par Charles Maurras que par Louis Aragon, par l'Action française que par le Communisme et le Surréalisme. Admirateur de Maurice Barrès, de Rudyard Kipling et de Friedrich Nietzsche, il affiche clairement ses contradictions et ses oeuvres se succèdent alors à un rythme soutenu. "État civil", aboutissement d'un ancien projet de livre intitulé "Histoire de mon corps", paraît à ce moment-là. "Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ?" se demande le futur auteur de "Rêveuse bourgeoisie", déjà obsédé par la décadence, qui dresse ici un tableau lucide de son enfance et de son adolescence.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. Alain, trentenaire désabusé, achève une cure de désintoxication dans une maison de santé pour neurasthéniques. Il déambule dans Paris, retrouve d'anciens amis, hante des soirées demi-mondaines, tente de renouer avec sa femme partie aux Etats-Unis, succombe de nouveau à la drogue, s'enferme dans sa chambre et se suicide. Avec "Le feu follet", publié en 1931, c'est-à-dire entre la rupture avec André Breton et l'égarement dans le fascisme et l'antisémitisme, Drieu la Rochelle tente d'analyser la "décadence" de son époque à travers l'autopsie d'une conscience. Le roman perpétue la mémoire de l'écrivain Jacques Rigaut et continue cette littérature des petits matins tristes qui va d'Ernest Hemingway à Françoise Sagan. Il résume assez bien les thèmes et les obsessions de l'auteur: la méfiance envers les femmes, l'ubiquité des homosexuels et l'hostilité envers les juifs. L'"Adieu à Gonzague", qui sert de conclusion au volume, s'achève comme s'est achevé la vie de son auteur. "Le suicide, c'est la ressource des hommes dont le ressort a été rongé par la rouille, la rouille du quotidien. Ils sont nés pour l'action, mais ils ont retardé l'action; alors l'action revient sur eux en retour de bâton. Le suicide, c'est un acte, l'acte de ceux qui n'ont pu en accomplir d'autres." -- Pierre Drieu la Rochelle.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. En grande partie autobiographique, "Gilles" relate quelque vingt années de la vie d'un Français entre les deux guerres mondiales. Gilles Gambier, jeune bourgeois parisien, appartient à la génération qui, à peine sortie du lycée, se voit jeter dans la Guerre de 14-18. La guerre terminée, il est bien décidé à profiter du "pays des femmes". Il entre au ministère des Affaires étrangères mais, peu capable de se discipliner, il passe continuellement du courage à la veulerie, de l'intrigue au détachement, de l'érotisme débridé à l'abstinence sexuelle. Femmes et mondanités, scandales et intrigues. Il passe pour un dilettante jusqu'à ce qu'il adhère au groupe avant-gardiste "Révolte surréaliste" dont l'activité oscille entre littérature, politique et onirocritie. Après l'échec d'un projet d'attentat du groupe contre le président de la République et un procès retentissant, Gilles fonde le journal "L'Apocalypse" où il se déclare ouvertement fasciste et au service du "catholicisme mâle, celui du Moyen Age". Pendant la Guerre civile espagnole, il prend position pour Franco et repart faire le coup de feu. À la veille de la seconde guerre mondiale, il retrouve ainsi ce goût de la mort qui le hantait dans ses jeunes années. Livre d'adieu de Pierre Drieu la Rochelle à sa jeunesse, "Gilles" est le roman d'une époque trouble où certains Français rêvaient d'une nouvelle Europe aristocratique avant de s'engager bientôt dans la politique de collaboration avec l'Allemagne nationale-socialiste.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. Sur ce champ de bataille de Charleroi où Drieu la Rochelle a vécu sa première rencontre avec la mort en 1914, et où il retourne cinq ans plus tard, tous les détails de sa journée du 24 août revivent dans son esprit. La peur, la souffrance, le néant, y sont admirablement saisis sur le vif. Mais les pensées et les sentiments qui l'agitaient alors sont amplifiés par d'autres qui ont mûri ensuite pendant les quatre années d'enfer de la Première Guerre mondiale, puis dans les décevantes années qui ont suivi (le livre a été écrit en 1934). À la fois récit de bataille, bilan, examen de conscience, aveu d'héroïsme et de lâcheté, de révolte et de désespoir, "La Comédie de Charleroi" est aussi une comédie de la futilité et des conventions morales. Cinq autres nouvelles d'une même plume âpre et brutale complètent ce volume de l'auteur de "Gilles" sur la question de la guerre: "Le chien de l'écriture", "Le voyage des Dardanelles", "Le lieutenant de tirailleurs", "Le déserteur" et "La fin d'une guerre".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. L'action se déroule en Grèce au milieu des années '30. Le climat politique est trouble, la mise en place d'un régime autoritaire se prépare, préfigurant celui bien réel du général Metaxas. Margot Santorini, épouse trompée d'un diplomate italien, est une belle et riche aristocrate menant une vie oisive. Courtisée par l'oppressant Raoul Malfosse, un industriel français, elle refuse de céder à ses avances. Une nuit, elle aperçoit par la fenêtre de sa chambre un homme poursuivi par la police. C'est un jeune militant délégué de l'Internationale Communiste, Michel Boutros, qu'elle décide de cacher. Attirée vers lui par l'idéal révolutionnaire qu'il représente et surtout par sa puissance d'homme d'action prêt à se sacrifier pour une cause, elle parvient à le soustraire à la police et le fait embaucher comme chauffeur chez Malfosse. Boutros est aussi attiré par cette femme en manque d'amour qui lui rappelle son origine de classe bourgeoise. La passion amoureuse les unit bientôt dans le cadre de la nature grecque alors qu'ils vont consulter l'antique Pythie de Delphes. Comme souvent dans les romans de Drieu la Rochelle, "Une femme à sa fenêtre" est le tableau lucide d'une bourgeoisie quelque peu veule et désespérée en manque d'idéal mais, selon lui, la principale question posée par le roman est celle-ci: Est-ce que la femme, toujours imprégnée d'un puissant réalisme, ne peut aimer un homme que pour sa force et son prestige ? "Une femme à sa fenêtre" a été adapté au cinéma par Pierre Granier-Deferre en 1976, sur un scénario de Jorge Semprun, avec Romy Schneider dans le rôle de Margot Santorini.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. Jaime Torrijo, lieutenant dans un régiment de cavalerie bolivien, se passionne pour la politique de son pays et rêve d'y faire renaître le sentiment de magnanimité qui fit jadis la grandeur de Bolivar. Brillant, doté de force et d'audace, adoré de ses hommes, aimé par les femmes, tout lui est possible. Par un coup de force, il renverse don Benito, le chef suprême de l'Etat, et s'installe dans son fauteuil. Désormais, il est le maître de la Bolivie. Mais la situation s'envenime. Troubles, complots, scandales, assassinats et révoltes agitent le pays, empêchant Jaime de réaliser son idéal politique. Il réprime la rébellion avec une sauvage énergie. Redevenu maître de la situation, il découvre alors que sa victoire est un pur néant et renonce au pouvoir. Il part explorer seul des régions mal connues puis décide de sacrifier à la manière des anciens indiens son seul dieu, son cheval. L'homme à cheval est désormais à pied. "L'Homme à cheval" n'est pas un simple roman d'aventures. À travers le récit de la vie de cet homme d'action d'où est éludé tout pittoresque, Drieu la Rochelle investit ici avec bonheur le genre de l'épopée.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. "Rêveuse bourgeoisie" est le roman de Drieu la Rochelle qui exprime sans doute le plus son pessimisme aigu. L'histoire de ces trois générations d'une famille bourgeoise française sur le déclin pendant l'entre-deux guerres, donne l'idée d'un cercle vicieux infernal où les enfants doivent inéluctablement retrouver les vices des parents. A travers les derniers soubresauts de cette famille on assiste en réalité à la déchéance et à la mort de la société bourgeoise de l'époque. "Rêveuse bourgeoisie" est moins autobiographique que la plupart des autres romans de Drieu la Rochelle. Pour la première fois, il parvient à créer ici un monde purement imaginaire, même si certains caractères ressemblent beaucoup à des frères de Gilles.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. "L'homme couvert de femmes" est la peinture réaliste, légère jusqu'à l'indécence, cynique et désespérée, de l'existence amoureuse d'un jeune homme après la Première Guerre mondiale. À la campagne, de rencontres en aventures, de conquêtes en divertissements faciles, Gille s'ennuie. À Paris, il fréquente ces maisons où "les femmes vivent nues comme des poissons dans l'eau". L'auteur décrit méthodiquement, précisément, toutes les scènes, y compris les plus crues. Il avoue que son plaisir sexuel est souvent gâché par la discorde entre l'âme et le corps, aussi aime-t-il les femmes qui souffrent comme lui de ce déchirement. Puis une femme, la seule qu'il croit aimer, arrive soudain. "L'homme couvert de femmes" n'est pas qu'un roman de moeurs décadent truffé de scènes érotiques. Certes les personnages se complaisent dans leurs petites aventures sentimentales et sexuelles mais ils ne sont ici qu'une toile de fond qui sert à mieux définir Gille et sans nul doute Drieu la Rochelle lui-même. Gille vit le temps du cynisme sans y adhérer totalement. Il est poursuivi par la nostalgie de l'amour.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. "Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ?" écrira Drieu la Rochelle dans "Etat civil". Comme la plupart de ses romans, "Drôle de voyage" relève de l'autobiographie romancée. Sans toutefois identifier l'auteur à Gille, son héros, nul doute que le personnage est bien créé à partir de lui-même et que l'intrigue est brodée sur une trame personnelle. "Drôle de voyage", roman complexe, subtil, délicat et cruel, relate l'histoire d'un mariage manqué. Beatrix, fille d'un vieux lord, belle, riche et "monstre de faiblesse", vit à Grenade. Toute la famille songe à la possibilité d'un mariage avec Gille. Il est invité à Grenade mais l'affaire est un fiasco, Gille préférant finalement se dérober devant l'obstacle du mariage. "Décidément, j'aime plus l'amour que les amoureuses. Je suis plutôt fait pour Dieu que pour Beatrix. [...] Beatrix, adieu, tant pis; l'entreprise de te changer serait trop longue, trop périlleuse, je glisserais dans ton argent." Au vieux lord, il déclare qu'il se retire car "il ne ferait pas le bonheur de sa fille." Tout Drieu la Rochelle se retrouve bien entendu dans cette fuite. "Eut-il autant de défauts que de qualités, une dernière vertu le sauverait: la clairvoyance", notera Marcel Arland.

  • Par sa longévité et par la qualité exceptionnelle de ses sommaires, la Nouvelle Revue française, occupe une place privilégiée dans le champ des revues littéraires françaises du vingtième siècle. Jean Paulhan en a été le maître pendant trente ans, de 1925

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