• Divers est un choix de textes, d'entretiens et d'interventions parus dans la presse imprimée de 1984 à 2019. On peut le lire comme la suite et le complément de Littérature interdite (1972), de Vivre (1984), d'Explications (2000), et d'Humains par hasard (2016). Né en 1940 à Bourg-Argental (Loire), Pierre Guyotat est l'auteur de l'une des oeuvres majeures de la langue française : la puissance de son verbe et l'audace de ses fictions, depuis Tombeau pour cinq cent mille soldats en 1967 et Éden, Éden, Éden censuré en 1970, jusqu'à Joyeux Animaux de la misère 1 et 2 en 2014 et 2016, exercent fascination et influence en France et à l'étranger. Ses dessins sont exposés à Paris, Berlin, Londres, Rome, New York et Los Angeles. En 2010, il reçoit le Prix de la Bibliothèque nationale de France ; en 2018, le Prix Médicis, le Prix de la langue française ainsi que le Prix spécial du Jury Femina pour Idiotie.

  • Tombeau pour cinq cent mille soldats (1967), Éden, Éden, Éden (1970), Prostitution (1975), Le Livre (1984), Bivouac (Festival d'Automne 1987), Progénitures (2000), qui, au moment où Pierre Guyotat composait ce livre, venait de paraître : un monde sans équivalent, et une langue à chaque fois plus profondément reconstruite, plus rythmée. Comment un tel monde est-il né ? Comment ses représentations se sont-elles imposées ? Quelles significations faut-il leur donner ? Et comment la langue la mieux faite pour dire ce monde et le chanter, celle de Progénitures, s'est-elle, livre après livre, composée ? Enfance, formation, références, Histoire, engagements, création, l'écriture revendiquée comme art et comme métaphysique... À l'occasion d'entretiens avec Marianne Alphant, dont il a tiré ces Explications, Pierre Guyotat revenait, de façon approfondie et toujours familière, sur ce qui a constitué son être, dans un livre qui, avant Coma et Formation, ouvrait une dimension autobiographique au coeur même de son oeuvre. Ce livre, publié pour la première fois en mars 2000, était le premier des Éditions Léo Scheer, alors tout juste créées.

  • Le point de départ d´un texte philosophique sur l´écriture de Guyotat pourrait être la question de l´illisibilité de cette oeuvre, avec tout ce que cela implique comme attention à porter notamment sur le « dehors » du texte. L´illisibilité des textes de Guyotat fait se porter l´attention en creux sur tout le dispositif d´écriture-lecture qui borde cette écriture : en effet, étant donné que les « trames narratives » sont sapées, tout autant que la « psychologie des personnages » et que la plupart des autres caractéristiques qui font d´un roman un texte analysable, il n´y a pas d´autre choix que de s´interroger sur la façon dont ces textes en sont venus à exister. S´interroger sur l´existence de ces textes revient en quelque sorte à s´interroger sur leur matérialité, leur « vie », leur corps, leur manière de « faire corps » avec le corps de leur auteur au moment de l´écriture puis la façon dont s´opère la rupture d´avec ce corps lors de l´édition, pour enfin en arriver à une attention portée à l´acte de leur lecture, à la passivité réceptive que celui-ci implique tout autant qu´un engagement « corporel » du lecteur dans cette matière verbale rendue illisible notamment par l´excès d´affects qui la travaille.
    L´hypothèse de travail de l´approche philosophique de l´illisibilité à l´oeuvre dans l´écriture de Guyotat qui sera tentée ici est que cette illisibilité entretiendrait des liens étroits avec diverses problématiques que l´on pourrait regrouper sous la question du toucher. En effet si un texte est délibérément fait pour que son « contenu » ne soit pas maîtrisable, si ce qu´il inscrit ne fait pas sens, ne fournit pas de signification clairement identifiable, clairement « visible », en somme, pourrait se poser la question de savoir à quoi ce texte « touche ».
    Prendre la question du toucher comme fil conducteur de cette approche de l´écriture de Pierre Guyotat devrait permettre de penser la langue du point de vue de ce qui en trace les limites : il s´agira de voir en quoi l´écriture de Guyotat « touche » aux limites de la langue, et en quoi ce « toucher » est un acte, une action. Approcher l´écriture de Guyotat en tant qu´action (action de toucher), en tant que performativité (performativité de l´illisible, donc), devrait alors permettre de dégager des enjeux éthiques qui seraient communs tant à cette pratique de l´écriture qu´à ce que l´on appelle le toucher.
    Dans un premier temps il s´agira donc, après avoir introduit à l´oeuvre de Pierre Guyotat, de s´intéresser à diverses problématiques liées à la question du toucher, puisque c´est cette question du toucher qui servira de fil conducteur tout au long de l´approche de cette oeuvre. Pour ce faire, une lecture des parties du Péri Psychès d´Aristote traitant de la question du toucher servira de point de départ pour s´intéresser à certaines problématiques ouvertes par Jean-Luc Nancy et par Jacques Derrida, toujours à propos de cette problématique du toucher.
    Dégager ces problématiques générales concernant le toucher permettra alors de s´interroger plus spécifiquement sur certains aspects de la pratique d´écriture de Pierre Guyotat, tels que son rapport à l´abjection et son rapport à soi. Il s´agira alors de relier ces deux problématiques par le biais d´une approche du rire souverain tel qu´il est thématisé par Bataille, puis de voir comment il est possible d´articuler ce rire avec une approche de la caresse telle que proposée par Levinas dans Totalité et Infini.
    Cette approche du rire souverain et de la caresse devraient permettre à la fois d´approfondir les enjeux du toucher à l´oeuvre dans l´écriture de Pierre Guyotat, et d´ouvrir la problématique vers ses enjeux plus spécifiquement éthiques.
    Antoine Boute Antoine Boute vit à Bruxelles, est bilingue et propose ses lectures performances dans les deux langues française et flamande. Il a publié : aux éditions Mix (Paris) :
    « Cavales » (2005), « Blanche » (2004) et « Terrasses » (2004) ; aux éditions de l´Ane qui butine (Lille-Mouscron) : « retirer la sonde » (2007) ; aux éditions du Quartanier (Montréal) : une co-écriture avec

  • L´ensemble peut paraître impressionnant : mais est-ce que ce n´est pas une des pistes de l´édition numérique, de permettre l´accès direct au contenu précis qu´on cherche, qu´il s´agisse de Nathalie Sarraute, Bernard Lamarche-Vadel, Claude Lucas ou Michel Houellebecq ?
    Mais Bertrand Leclair nous propose autre chose. Pendant onze ans, il exerce l´écriture critique et devient pour nous tous, auteurs, un repère essentiel : non pas rendre compte d´un livre, mais orienter, dégager les enjeux dans le contemporain, proposer des passerelles qui reformulent les concepts même de ce qu´on pratique : forme, voix, rapport de l´écriture à celui qui s´y engouffre.
    Alors cette construction en tant que telle est décisive :
    Partir de lignes de fractures majeures - Guyotat, Cixous - revenir en amont s´il le faut - Sarraute, Beckett - et de là s´engager vers des oeuvres au présent le plus direct, Xavier Bazot, Claude Lucas, Marie NDiaye...
    Autre question : celle de la trace, de l´expérience.
    S´impliquer dans la critique, c´est expérimenter en quoi et comment les textes agissent, et qui les reçoit. Bertrand Leclair publie dans Politis, Les Inrockuptibles, il a plusieurs années un rôle important dans la Quinzaine littéraire auprès de Maurice Nadeau.
    Mais il donne des conférences, participe à des hommages (ainsi, cete étude de fond juste dans la secousse de la mort de Bernard Lamarche-Vadel).
    En proposant une édition numérique de ces textes, nous reconduisons qu´ils soient ainsi partage et action : ils seront accessibles désormais, en lecture intégrale, dans quelques dizaines de bibliothèques, nos abonnées, et les pistes de recherche indexées dans leur catalogue. C´est l´intensité de cette expérience neuve qui nous est proposée, et merci à Bertrand Leclair de s´y associer.
    Le volume 2 à suivre : interventions journalistiques.

    FB Correction, préparation et révision : merci à Cécile Carret.

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