• 'En février 1905, à Moscou, un groupe de terroristes, appartenant au parti socialiste révolutionnaire, organisait un attentat à la bombe contre le grand-duc Serge, oncle du tsar. Cet attentat et les circonstances singulières qui l'ont précédé et suivi font le sujet des Justes. Si extraordinaires que puissent paraître, en effet, certaines des situations de cette pièce, elles sont pourtant historiques. Ceci ne veut pas dire, on le verra d'ailleurs, que Les Justes soient une pièce historique. Mais tous les personnages ont réellement existé et se sont conduits comme je le dis. J'ai seulement tâché à rendre vraisemblable ce qui était déjà vrai...
    La haine qui pesait sur ces âmes exceptionnelles comme une intolérable souffrance est devenue un système confortable. Raison de plus pour évoquer ces grandes ombres, leur juste révolte, leur fraternité difficile, les efforts démesurés qu'elles firent pour se mettre en accord avec le meurtre - et pour dire ainsi où est notre fidélité.' Albert Camus.

  • Rachel Cohen s'appelle désormais Catherine Colin. Elle doit oublier son ancien nom et celui de ses parents. Mais aussi sa vie d'avant, quand il n'y avait pas la guerre et que les Juifs ne devaient pas se cacher. Et puis il faut partir. Dans sa fuite, Catherine emporte son Rolleiflex et des films. Pour tenir, pour résister, elle fait des photos.
    « Je sors mon appareil et prends une photo d'Hélène, au moment où elle me fait un signe de main. Je devine que j'ai saisi chez ma compagne de route un mouvement infime, entre tristesse pesante et force que donne la nécessité d'agir. Ce simple geste de femme qui soulève sa valise est la première image qui me restera de mon long périple dans la guerre. »

    Julia Billet à propos de son livre : « Cette histoire s'inspire donc de faits du réel, de personnages ayant existé et à qui je souhaite rendre hommage. [...] mais La Guerre de Catherine reste avant tout un roman, un roman qui s'inscrit dans une période de l'histoire et vient rappeler que, même quand les loups hurlent à la mort, des femmes et des hommes savent rester fidèles à leur humanité. »

    La Guerre de Catherine a été adapté en BD chez Rue de Sèvres.

  • Dans les années 1970, Hanna Krall raconte une histoire vraie au cinéaste Krzysztof Kie´slowski. Il s'en inspire pour réaliser Le Décalogue 8. Quarante ans plus tard, Krall nous révèle les changements apportés dans la fiction et s'attache à rétablir la vérité.
    L'histoire est simple : pendant la guerre, une Polonaise accepte de devenir la marraine d'une fillette juive, afin de lui fournir un certificat de baptême qui la sauvera peut-être de la mort. Au dernier moment, la femme se désiste car, en bonne catholique, elle ne peut pas proférer de faux témoignage. Désemparées, la petite fille et sa mère sortent dans la rue, seules, en pleine Occupation allemande...
    Hanna Krall construit sa narration en spirale : les personnes qui ont côtoyé la fillette et sa mère reviennent tour à tour, à des époques et en des lieux différents, celles qui les ont abandonnées, voire dénoncées ou, au contraire, celles qui les ont aidées. Victimes, bourreaux, simples témoins, il n'en reste que des traces, dans la mémoire ou dans la terre.
    Magistralement construit, le récit de Krall nous happe, nous enveloppe, on reste longtemps sous son emprise. Telle une pierre jetée dans l'eau, il forme des cercles qui se propagent à l'infini. Hanna Krall (née en 1935) occupe une place éminente dans le paysage littéraire polonais, avec une oeuvre qui donne à voir l'inscription de l'Histoire dans les vies de gens ordinaires, en particulier celles de Juifs de Pologne, de leurs voisins, de leurs bourreaux et du petit nombre de ceux qui leur ont porté secours. Reporter et écrivain, elle a créé la section reportage dans le quotidien Gazeta Wyborcza. Ses livres, maintes fois primés, sont traduits en une quinzaine de langues, tels Les Retours de la mémoire, chez Albin Michel (1993), et chez Gallimard : Là-bas, il n'y a plus de rivière (2000), Prendre le bon Dieu de vitesse, son grand entretien avec Marek Edelman (2005) ; Le Roi de coeur (2008). Un choix de ses premiers reportages, croisés avec ceux de son ami Ryszard Kapu´sci´nski, a paru chez Noir sur Blanc en 2016 : La Mer dans une goutte d'eau.

  • Jacques Roisin s'est rendu au Rwanda plusieurs années de suite afin de recueillir les témoignages de vingt Hutus qui ont sauvé des Tutsis lors du génocide de 1994.

    À partir de nombreux extraits de témoignages, il interroge les motivations et les valeurs des sauveteurs. Enfin, sur base de son expérience rwandaise mise en relation avec ses consultations cliniques dans le domaine de la violence, il aborde une réflexion approfondie sur la question de la sollicitude humaine, autrement dit : comment le bien et le mal, comment l'humanité viennent-ils à l'être humain ?

  • En 2015, près de 200 Auvergnats ont reçu le titre de Juste parmi les nations. Décerné par l'État d'Israël à l'issue d'une enquête menée par le Comité français pour Yad Vashem, ce titre tend à honorer l'action individuelle et périlleuse de sauveteurs d'un ou de plusieurs juifs, sans demande de contrepartie. Cet ouvrage a pour ambition d'écrire l'histoire des Justes d'Auvergne. Qui sont-ils? Quelles sont les formes de sauvetage qu'ils ont mises en oeuvre? L'objectif est aussi de revenir sur le parcours de vie de plusieurs acteurs en résistance à la Shoah, spécialement l'évêque de Clermont Gabriel Piguet, déporté en 1944. Une première partie est donc consacrée à la présentation des Justes d'Auvergne. L'objectif est de caractériser cet ensemble, d'évaluer son degré d'hétérogénéité et de le comparer avec d'autres séries pour montrer s'il existe une spécificité régionale qui autoriserait à faire de l'expression « Justes d'Auvergne » une notion. En prolongement, une deuxième partie porte sur les modes de sauvetages mis en oeuvre, et leur degré de complémentarité. L'enjeu principal est d'aller plus avant dans la réponse à la question: « Que signifie être Juste en Auvergne? » La troisième et dernière partie met en avant trois figures de Justes: le responsable d'Église (Gabriel Piguet, évêque de Clermont), la jeune femme de condition modeste et d'origine étrangère (Maria Thomas, dernier témoin porteur du titre dans la région), et ce que nous nommons le « Juste inconnu ».

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