• Les désorientés

    Amin Maalouf

    • Grasset
    • 5 September 2012

    « Dans Les désorientés, je m'inspire très largement de ma propre jeunesse. Je l'ai passée avec des amis qui croyaient en un monde meilleur. Et même si aucun des personnages de ce livre ne correspond à une personne réelle, aucun n'est entièrement imaginaire. J'ai puisé dans mes rêves, dans mes fantasmes, dans mes remords, autant que dans mes souvenirs.
    Les protagonistes du roman avaient été inséparables dans leur jeunesse, puis ils s'étaient dispersés, brouillés, perdus de vue. Ils se retrouvent à l'occasion de la mort de l'un deux. Les uns n'ont jamais voulu quitter leur pays natal, d'autres ont émigré vers les Etats-Unis, le Brésil ou la France. Et les voies qu'ils ont suivies les ont menés dans les directions les plus diverses. Qu'ont encore en commun l'hôtelière libertine, l'entrepreneur qui a fait fortune, ou le moine qui s'est retiré du monde pour se consacrer à la méditation ? Quelques réminiscences partagées, et une nostalgie incurable pour le monde d'avant. »A. M.

  • Jeune chercheur de la « bande à Pasteur », Alexandre Yersin rêve de nouveaux horizons. À l'image de Livingstone, il veut être savant et explorateur. De la rue d'Ulm à l'Indochine, il découvre le monde en même temps que le bacille de la peste, loin du brouhaha des guerres. Marin, médecin, baroudeur, cet oublié de l'histoire aura fait de sa vie une folle aventure scientifique et humaine.

    1 autre édition :

  • Franck retourne dans la ferme de ses parents, qu'il n'a pas vus depuis dix ans.
    Louise est là, avec son petit garçon. Entre elle et Franck, le souvenir d'Alexandre, mari de Louise et frère cadet de Franck, mort accidentellement quelques années plus tôt.
    Dans le silence de cet été chaud et ensoleillé, autour d'un enfant de cinq ans, la vie pourrait bien se réinventer pour ces deux êtres abîmés par la vie.

  • Barbe Bleue

    Amélie Nothomb

    « La colocataire est la femme idéale. » Amélie Nothomb est née à Kobé en 1967. Dès son premier roman Hygiène de l´assassin paru en 1992, elle s´est imposée comme un écrivain singulier. En 1999, elle obtient avec Stupeur et tremblements le Grand Prix de l´Académie française. Barbe bleue est son 21e roman.

    1 autre édition :

  • 14

    Jean Echenoz

    Cinq hommes sont partis à la guerre, une femme attend le retour de deux d'entre eux. Reste à savoir s'ils vont revenir. Quand. Et dans quel état.Comme il l'avait fait pour Courir et Des éclairs, c'est Jean Echenoz lui-même qui lit 14, donnant ainsi à son roman cette dimension d'intimité et d'humanité que ne peut écraser le terrifiant chaos qui va broyer des millions d'hommes.

    1 autre édition :

  • Entre son ex-femme dont il est toujours amoureux, ses enfants qui lui manquent et son frère qui le somme de s'occuper davantage de ses parents, tout semble pousser Paul Steiner aux lisières de sa propre existence. De retour dans la banlieue de son enfance, il va se livrer à un véritable état des lieux, porté par l'espoir de trouver, enfin, sa place.

  • Ici ça va

    Thomas Vinau

    Un jeune couple s'installe dans une maison apparemment abandonnée. L'idée ? Se reconstruire en la rénovant. Tandis qu'elle chantonne et jardine, lui - à pas prudents - essaie de retrouver ses souvenirs dans ce lieu qu'il habita enfant. Ses parents y vécurent heureux, avant que la mort soudaine du père coupe le temps en deux. Dans ce paysage d'herbes folles et d'eau qui ruisselle, ce sont les gestes les plus simples, les évènements les plus ordinaires qui vont réenchanter la vie : la canne à pêche, la petite voisine, les ragondins, la tarte aux fruits, l'harmonica. Petit à petit, il reprend des forces et se souvient tandis qu'elle lui fait le plus beau des cadeaux en ne lui demandant rien : " Elle n'a pas besoin d'être confortée sur ma virilité. Ma capacité à être un bonhomme. À construire. À la protéger. Elle n'aime pas ma perfection. Ça tombe bien. J'apprends à ne plus écouter la chanson lancinante de mes plaintes. J'apprends à rire plus fort. J'apprends à recommencer. "

  • Un homme sur une moto à laquelle est accrochée une remorque bringuebalante traverse la campagne ukrainienne. Il veut se rendre dans la zone interdite autour de Tchernobyl. Il a une mission.
    Le voyage de Gouri dans ce noman's land est l'occasion pour lui de retrouver ses anciens amis et d'évoquer un monde à jamais disparu où seule la chaleur humaine a survécu au désastre.

  • De 1910 à 2010 et de Prague à Alger en passant par Paris. La traversée du siècle de Joseph Kaplan, médecin juif pragois. De la Bohème et ses guinguettes où l'on croisait des filles qui dansaient divinement le tango en fumant des Bastos, à l'exil dans le djebel, de la peste d'Alger aux désillusions du communisme, voici la vie d'un héros malgré lui, pris dans les tourmentes de l'Histoire. Une vie d'amours et de grandes amitiés, une vie d'espoirs et de rencontres, jusqu'à celle, un jour de 1966, d'un certain Ernesto G., guerrier magnifique et terrassé, échoué au fin fond de la campagne tchèque après sa déroute africaine. On retrouve ici toute la puissance romanesque de Jean-Michel Guenassia qui, après Le Club des incorrigibles optimistes, nous entraine dans la délicate nostalgie des hommes ballottés par l'Histoire, les hommes qui tombent et qui font de cette chute même et de leur désenchantement une oeuvre d'art.

    1 autre édition :

  • L'enfant grec

    Vassilis Alexakis

    L'Enfant GrecC´est l´histoire d´un va-et-vient incessant entre deux jardins, celui de l´enfance, situé dans le quartier de Callithéa à Athènes, et le jardin du Luxembourg, où le narrateur erre péniblement, soutenu par ses béquilles. Il vient de subir une grosse opération, mais qui n´intéresse plus personne, sauf la dame qui tient les toilettes du jardin, un clochard nommé Ricardo, la directrice du théâtre de marionnettes et un vieil homme à cheveux blancs qui ressemble à Jean Valjean. La solitude fait peu à peu surgir autour de lui tous les héros de son enfance, ceux qui ont réellement fréquenté le Luxembourg, comme Jean Valjean et les trois mousquetaires, mais aussi Tarzan qui ne comprend pas pourquoi on construit des maisons autour des jardins alors qu´il y a tant de places dans les arbres, des orphelins, des pirates, des Indiens et Richelieu qui surveille tout ce petit monde à travers les fenêtres du Sénat. Il y a aussi la mort, représentée par une marionnette géante vêtue de blanc qui a des pattes de poulet à la place des mains, et une belle Italienne coulée dans du bronze.
    Le bruit du monde parvient assourdi jusqu´au jardin : on entend les cris des jeunes gens qui manifestent place de la Constitution à Athènes, on apprend que Zorba a dansé dans le Bundestag devant les députés allemands. Comme les romanciers aiment bien envoyer leurs personnages sous terre, dans les égouts ou dans les terriers, l´histoire finira dans les catacombes. Jean Valjean aura la bonté de porter le narrateur sur son dos. Comme on le devine, le personnage central du roman est la littérature.



    Vassilis Alexakis a publié entre autres Paris-Athènes, La langue maternelle (prix Médicis 1995), Les mots étrangers, Ap. J.-C. (Grand Prix du roman de l´Académie Française 2007) et Le premier mot. L´enfant grec est son quatorzième roman.

  • Christine Angot a écrit ce court roman comme on prend une photo, sans respirer, sans prendre le temps de souffler. En cherchant la précision, en captant l'instant et le mouvement.
    Ce n'est pas à nous lecteurs de vouloir en connaître l'élément déclencheur, peu importe de le savoir.
    On s'aperçoit vite en le lisant que le texte possède en lui-même le pouvoir d'agir avec violence. Il suscite des sentiments dont l'angoisse ne peut être évacuée. Il provoque le saisissement par lequel on reconnaît un des pouvoirs de la littérature : donner aux mots toute leur puissance explicative et figurative, plutôt que de s'en servir pour recouvrir et voiler.
    C'est comme si l'écrivain levait ce voile, non pas pour nous faire peur, mais pour que l'on voie et comprenne.

    Christine Angot © Léa Crespi

  • La guerre, Monsieur, a si bien mis tout sens dessus dessous qu'un tirailleur nègre agonisait à nos portes ! Être Noir et soldat, croyez-moi, c'est être mal vu des Français et chassé par l'occupant. Mais Addi Bâ, si fier, si poli, a fait sensation au village ? surtout auprès des femmes. Les ennuis sont venus quand il a pris le maquis. Les Boches ont alors traqué sans relâche le fameux « terroriste noir ».

  • La vie sans fards

    Maryse Condé

    « La Vie sans fards répond à une double ambition. D´abord je me suis toujours demandé pourquoi toute tentative de se raconter aboutissait à un fatras de demi-vérités. Trop souvent les autobiographies et les mémoires deviennent des constructions de fantaisie. Il semble que l´être humain soit tellement désireux de se peindre une existence différente de celle qu´il a vécue, qu´il l´embellit, souvent malgré lui. Il faut donc considérer La Vie sans fards comme une tentative de parler vrai, de rejeter les mythes et les idéalisations flatteuses et faciles.  C´est aussi une tentative de décrire la naissance d´une vocation mystérieuse qui est celle de l´écrivain. Est-ce vraiment un métier ? Y gagne-t-on sa vie ? Pourquoi inventer des existences, pourquoi inventer des personnages sans rapport direct avec la réalité ? Une existence ne pèse-t-elle pas d´un poids déjà trop lourd sur les épaules de celui ou celle qui la subit ?  La Vie sans fards est peut-être le plus universel de mes livres. J´emploie ce mot universel à dessein bien qu´il déplaise fortement à certains. En dépit du contexte très précis et des références locales, il ne s´agit pas seulement d´une Guadeloupéenne tentant de découvrir son identité en Afrique ou de la naissance longue et douloureuse d´une vocation d´écrivain chez un être apparemment peu disposé à le devenir. Il s´agit d´abord et avant tout d´une femme cherchant le bonheur, cherchant le compagnon idéal et aux prises avec les difficultés de la vie. Elle est confrontée à ce choix capital et toujours actuel : être mère ou exister pour soi seule.  Je pense que La Vie sans fards est surtout la réflexion d´un être humain cherchant à se réaliser pleinement. Mon premier roman s´intitulait En attendant le bonheur : Heremakhonon, ce livre affirme : il finira par arriver. »

  • Donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, loger les pèlerins, visiter les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts : tels sont les impératifs édictés par l'Église sous le nom d'oeuvres de miséricorde que le Caravage a peint dans un tableau qui porte ce titre, et dont ceux qui, nés en culture chrétienne, qu'il le sachent ou non, sont censés être imprégnés. Cette injonction morale, l'écrivain l'a mise à l'épreuve de son expérience ? réelle ou imaginaire.
    « Je suis resté longtemps prisonnier du sentiment flottant, informulé selon lequel l'Allemagne était infréquentable. Je n'étais pas guidé par une idée, un ressentiment moins encore, mais, de fait, chez moi on n'allait pas en Allemagne...
    Maintenant, je veux serrer dans mes bras le corps d'un de ces hommes que l'Histoire longuement m'opposa, le corps d'un homme allemand. Je vais donc à Cologne par un beau jour de mai, et je fais cela qui, pour un Français, a son pesant de sens :
    Coucher avec un Allemand...
    J'ai cherché par là à comprendre comment le Corps Allemand, majuscules à l'appui, après être entré à trois reprises dans la vie française sans demander d'autorisation (1870, 1914, 1939), continue à façonner certains aspects de notre existence d'héritiers de cette histoire. Chemin faisant, j'ai également rassemblé divers éléments de fiction individuelle et de réalité collective, pour la plupart « impensables », afin de tenter d'y voir un peu plus clair dans les violences que les hommes s'infligent ? individuelles, sociales, sexuelles, historiques, guerrières, massivement subies mais de temps à autre, aussi, consenties ?, dont l'art et la sexualité sont le reflet et parfois l'expression, et de les lier du fil de cet impératif de miséricorde qui fonde notre culpabilité puisqu'il est, de tout temps et en tous lieux, battu en brèche.

  • Parfums

    Philippe Claudel

    • Stock
    • 12 September 2012

    En 63 textes, d´« Acacia » à « Voyage », Philippe Claudel évoque autant de parfums de l´enfance et de l´adolescence. Chaque évocation fait resurgir un monde oublié, dont certaines traces demeurent : l´après-rasage du père, la crème solaire de la mère, les cheveux soyeux des premières amoureuses, les Gauloises et les Gitanes, la cannelle des gâteaux et du vin chaud, le charbon qui réchauffe, l´encre de l´écolier, le foin des champs, le pull-over de l´oncle... Des senteurs douces ou âcres, simples ou raffinées.
    Au fil du récit, se dessine un paysage de sapins, de champs à la terre noire et de rivières, et revit un monde de gens simples et vrais, pour lesquels leur lit de naissance est celui de leur mort. En leur rendant hommage, pour la première fois, et « malgré lui », Philippe Claudel se raconte. Il raconte ses origines, sa Nancy natale, Dombasle, la ville où il est né et habite toujours, ses parents, ses soeurs, comme il ne l´a jamais fait.

  • Grèce, île de Patmos. Un homme regarde la nuit.
    Pourquoi ce chirurgien au faîte de la gloire a-t-il brusquement choisi l'exil ? Que cache le silence farouche qu'il maintient sur son passé ? Est-ce le hasard qui l'amène à croiser la route de la jeune Antonia et de sa mère, la fantasque Béba ? Son fils peut-il l'aider à panser ses plaies ?
    Envoûtant, le nouveau roman de Gilbert Sinoué est une aventure intime où chacun apprend à faire face à ses blessures les plus profondes.

  • L'hiver des hommes

    Lionel Duroy

    Pourquoi la fille du général Mladic, commandant en chef des forces serbes durant le siège de Sarajevo, accusé de génocide, s´est-elle tirée une balle dans la tête avec le revolver préféré de son père ? C´est pour tenter de répondre à cette question que Marc, écrivain, passionné depuis toujours par le destin des enfants de criminels de guerre, s´envole pour Belgrade en novembre 2010 alors que rien ne va plus dans sa propre vie. À Belgrade, il est amené par d´étonnants hasards, ou malentendus, à rencontrer quelques-uns des plus proches lieutenants du général Mladic, des hommes pour la plupart recherchés pour crimes de guerre. Ce sont eux qui l´encouragent à partir pour la petite République serbe de Bosnie où, disent-ils, il rencontrera le véritable peuple serbe, celui qui a gagné la guerre et continue de se battre aujourd´hui contre les Musulmans.



    Arrivéà Pale, la capitale historique des Serbes de Bosnie, un ancien village de montagne devenu une ville de trente mille habitants prise sous un mètre de neige, Marc découvre une population emmurée dans le désespoir, abandonnée de tous, mais cependant persuadée d´avoir mené une guerre juste. Les ex-officiers ne nient pas avoir commis les crimes les plus épouvantables contre leurs anciens voisins musulmans et croates, mais ils estiment avoir agi en état de légitime défense et avoir été trahis par leurs anciens alliés français. Pour se justifier, ils font à Marc le récit de leur guerre, ne cachant rien des atrocités qu´ils ont commises, ou qu´ils ont subies. Marc ne les juge pas - des jours et des nuits durant il les écoute. Ce sont pour la plupart des hommes attachants, exceptionnels parfois, qui luttent aujourd´hui contre leur propre conscience, contre leurs cauchemars aussi, enfermés dans une prison dont ils sont les geôliers. L´écrivain éprouve à leur endroit une curieuse empathie, comme si cet enfer dans lequel ils se sont enfermés faisait écho à son propre désarroi.
    « Nous croyons qu´à rompre avec la source du mal nous allons pouvoir inventer notre propre vie et apporter le bonheur à nos enfants », écrit-il, « alors que nous sommes faits de ce mal et qu´ainsi il continue de nous habiter et de nous ronger quoi que nous décidions, et quel que soit l´endroit du monde où nous allions nous réfugier. » Ce que vivent ces hommes est finalement pour Marc l´écho le plus exacerbé, le plus terrifiant, de ce que nous sommes nombreux à vivre chacun silencieusement au fil de notre propre destin.

  • La survivance

    Claudie Hunzinger

    • Grasset
    • 29 August 2012

    Jenny et Sils sont contraints par la dureté des temps de rendre les clefs de leur librairie et de leur domicile. Ils vont chercher refuge dans une maison perdue, en ruines, perchée dans la montagne. Avec leurs cartons de livres, une ânesse et une chienne, il leur faut s'acclimater à cette nouvelle existence : survivre aux intempéries, tels des Robinson Crusoé du XXIème siècle exclus de la société matérialiste. Dans cet âpre combat, la redécouverte des corps, l'apprentissage de l'isolement et la puissance de la littérature leur feront-ils découvrir une nouvelle manière d'être au monde ?

  • « C'est étrange comme il suffit d'un rien pour qu'une vie se désaccorde, que notre existence, tellement unique, si précieuse, perde son harmonie et sa valeur. » Quand Suzanne vient dans la maison de Serge à Montmartre, il ne la remarque pas. Elle accorde le piano de son fils. Elle est mariée, lui aussi, et à 60 ans il a ce dont rêvent les hommes : un métier rentable, une jeune femme parfaite, deux beaux enfants. Pourquoi soudain recherche-t-il Suzanne qui n'est ni jeune, ni belle, et apparemment ordinaire ? Pourquoi va-t-il lui confier un secret d'enfance dont il n'a jamais parlé et qui a changé le cours de sa vie ? Pour évoquer la passion naissante, les vérités enfouies et coupables, l'auteur de Bord de mer, Le Premier amour et Cet été-là, décline avec subtilité, en musique douce, juste et fatale, ces moments clefs où les vies basculent et cherchent désespérément la note juste.

  • « Champion du double jeu, je ne sais plus ni qui je suis, ni quelle vie est véritablement la mienne. » Anglais et Français, résistant et collaborateur, lâche et héros, Guillaume Berkeley oscille, dans le Paris de l'Occupation, entre mensonge et vérité. Amoureux, tout comme Victor, son frère aîné, de Pauline, leur demi-s'ur, il vit au rythme de ses « fidélités successives ». Servie par une écriture limpide, cette fresque romanesque explore, avec sensibilité et lucidité, les ambiguïtés amoureuses et les engagements politiques d'un personnage complexe, tantôt ombre tantôt lumière, victime de ses démons intérieurs et confronté à des circonstances qui le dépassent. Nicolas d'Estienne d'Orves, prix Roger Nimier pour Othon ou l'aurore immobile, nous donne ici un roman ambitieux où réalité et illusion apparaissent comme les deux figures d'une même monnaie.

  • Tuer des animaux, ce n'est pas vraiment sa tasse de thé. Mais Tristan, poussé par sa femme, essaie de s'intégrer. Alors, il accepte de participer à une partie de chasse et blesse un lapin d'un mauvais coup de fusil. Un homme tombe dans une galerie souterraine. Pendant que les secours arrivent, Tristan dialogue avec le lapin : il se remémore son enfance entre une mère droguée et un père absent, et les événements qui ont fait de lui un homme au naturel sensible et réservé.

  • Dans une série de scènes érotiques où la joie le dispute à l'énormité des situations et des propos tenus, Anne Serre se livre à un jeu de débordements qui, loin de déconcerter le lecteur, lui offrent un véritable enchantement.
    Dans une scène originelle, « la table au disque luisant » fonctionne comme objet érotique mais aussi comme objet de divination, objet fascinant chargé de messages que la narratrice sera plus tard amenée à décrypter lorsqu'elle aura quitté l'enfance.
    Elle rencontre aussi sur son chemin nombre de personnages qui seront pour elle autant de signes qui participeront secrètement à la construction de soi.
    Au terme d'une errance à la fois dramatique et confiante, elle pourra enfin énoncer la formule magique du conte de Grimm : Petite table, sois mise !
    Jane Austen disait que « les narrateurs doivent raconter un mystère ». C'est bien un parcours énigmatique que trace ce récit qui a le charme et la raisonance profonde d'un conte.
    Anne Serre est l'auteur d'une dizaine de livres, son dernier roman, Les Débutants, a paru en 2011.

  • Ethno-roman

    Tobie Nathan

    • Grasset
    • 12 September 2012

    « Né en Egypte, je suis égyptien, comme le furent mes ancêtres, enterrés dans le cimetière du Caire, à Bassatine, depuis des temps immémoriaux. Héritier de générations de rabbins, portant le nom du plus célèbre, je suis juif "au naturel", pas dans l'excès de ceux qui, s'étant trop éloigné de Dieu, se collent à lui pour être certains de ne pas le perdre une nouvelle fois. Ayant vécu enfant à Rome, je suis italien, comme il était inscrit sur nos passeports. Grandi à Gennevilliers, je suis communiste, comme l'était cette ville, héritière des années de guerre. Ayant eu vingt ans en 68, j'ai à la fois vécu passionnément la révolution culturelle française et traversé les événements comme Fabrice à Waterloo. Formé à l'institut de psychanalyse de la rue Saint-Jacques, j'ai essayé d'épouser au moins l'identité de psychanalyste, mais je n'y suis pas parvenu. Je suis comme la goutte qui file entre les doigts pour s'en aller rejoindre la source...»T.N.

  • On était ceux de La Borde. Dans le village de Cour-Cheverny du début des années soixante, la Clinique constituait encore une présence fantastique. La peur des Fous était tangible. Elle nous a sensiblement mis dans le même sac, une bande de drôles de loustics qui laissaient des Fous circuler dans un parc sans barrières et vivaient avec eux. Nous savions que les Pensionnaires étaient des Fous, évidemment ; mais La Borde, avant toute chose, c'était chez nous. Les Pensionnaires, on disait aussi les Malades, n'étaient ni en plus ni en moins dans notre sentiment. Ils étaient là et nous aussi.

    Fondé en 1953, l'établissement de La Borde est célèbre dans le monde de la psychiatrie. Cette clinique hors normes entendait rompre avec l'enfermement traditionnel qu'on destinait aux malades mentaux et les faire particpier à l'organisation matérielle de la vie collective. Ce lieu doit beaucoup à Félix Guattari, psychanalyste et philosophe qui codirigea la clinique jusqu'en 1992.
    Quand on habite enfant à La Borde parce que ses parents y travaillent, l'endroit est surtout perçu un incroyable lieu de liberté : un château, un parc immense, des forêts et des étangs.À travers une série de vignettes et par touches impressionnistes, Emmanuelle Guattari évoque avec tendresse son enfance passée dans ce lieu extraordinaire où les journées se déroulent sous le signe d'une certaine fantaisie.

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