• L'Occident s'est construit sur le rêve, devenu cauchemar, d'une rationalité capable de congédier définitivement les pulsions, de contrôler les affects et de domestiquer les corps. De ce geste est née la modernité, à partir de laquelle l'homme s'est séparé de l'ensemble auquel il appartient. Bref, le rationalisme nous a conduits à une vision virile et conquérante de ce continent noir que nous avons nommé « nature ». L'époque qui s'ouvre marque le retour de l'exil. Après avoir écrasé et ignoré la fragilité du vivant, nous la voyons faire irruption dans notre quotidien sous les traits d'une pandémie et d'un écocide. Nous sommes liés et ne pouvons plus prétendre, en toute impunité, exister depuis un point de vue abstrait, de nulle part. La fragilité est expérience, non savoir hors-sol. À nous d'en tirer les leçons, d'inaugurer une pensée et un agir qui intègrent cet autre de la rationalité, qui est non pas l'irrationnel des relativismes identitaires ni l'hyper-rationalité de la machine algorithmique, mais un savoir qui se tisse au plus proche de nos sensations, de nos émotions et du vécu du corps : le sens commun.     

  • Les Nietzschéens et leurs ennemis : pour, avec et contre Nietzsche Nouv.

    La pensée du philosophe, le style du pamphlétaire : c'est à la manière de Nietzsche que Taguieff dénonce ses héritiers de droite et de gauche, modernes et postmodernes, totalitaires ou libertaires. Un festival de lucidité, une relecture de 150 ans de fictions qui se sont voulues des rêves et qui ont tourné au cauchemar.
    Nietzsche aura été le philosophe du siècle. Parfois pour le meilleur, souvent pour le pire. Retournant contre le prophète de Dionysos le marteau philosophique que lui-même employait pour ébranler les idoles, Pierre-André Taguieff livre avec acuité, verve et élégance une relecture inédite, iconoclaste et critique de l'histoire de la pensée contemporaine, de ses incohérences et de ses abîmes. Il explore le vaste continent des écrits nietzschéens et antinietzschéens qui continuent d'inspirer et de diviser les philosophes, les écrivains et les artistes, notamment face à la question de la décadence et à celle du nihilisme.
    Comment comprendre la fascination récurrente exercée par Nietzsche et sa pensée ? Qu'ont en commun les nietzschéens de droite et les nietzschéens de gauche ? Pourquoi puisent-ils au même fond de métaphores, de paraboles, d'images survoltées pour les surinterpréter ? Comment comprendre cette bataille d'appropriations qui semblent contradictoires mais qui se rejoignent souvent dans le même culte de la force et de la destruction ?
    Cet essai est déterminant pour lever nos cécités sur le plus enthousiasmant et le plus aveuglant des philosophes. Un exercice de lucidité qui marque un tournant dans la pensée française et européenne.

  • Aussi importante et symbolique aux États-Unis que les notions de liberté et d'égalité en France, la self-reliance renvoie non seulement à la confiance en soi mais aussi à l'autonomie de l'individu. L'âme est active : elle recourt à son propre jugement et dévoile un non-conformisme, aussi farouche que vital. Emerson invite à se fier au présent, "de toujours vivre dans un jour neuf". Cette confiance active en soi opère aussi bien sur le plan affectif que sur le plan pratique. Pétri de formules vivifiantes, cet ouvrage inclassable est une invitation salutaire à compter sur soi. Non par pur individualisme, bien au contraire. Et c'est là que la philosophie peut encore agir.

    Ralph Waldo Emerson (1803-1882) a été l'une des premières grandes figures intellectuelles des États-Unis et a exercé une influence profonde sur la littérature et la philosophie américaines. Son oeuvre offre une synthèse parfaite des besoins, espérances, aspirations et idéaux de l'Amérique du XIXe siècle. Ses conférences et ses essais ont aussi bien marqué ses compatriotes, de Thoreau à Obama, que des esprits aussi différents que Nietzsche, Bergson ou Proust, qui le lisait "avec ivresse".

  • La force majeure

    Clément Rosset

    La joie est, par définition, illogique et irrationnelle. La langue courante en dit là-dessus plus long qu'on ne pense lorsqu'elle parle de « joie folle » ou déclare de quelqu'un qu'il est « fou de joie ». Il n'est effectivement de joie que folle ; tout homme joyeux est à sa manière un déraisonnant.
    Mais c'est justement en cela que la joie constitue la force majeure, la seule disposition d'esprit capable de concilier l'exercice de la vie avec la connaissance de la vérité. Car la vérité penche du côté de l'insignifiance et de la mort, comme l'enseignait Nietzsche et l'enseigne aujourd'hui Cioran. En l'absence de toute raison crédible de vivre, il n'y a que la joie qui tienne, précisément parce que celle-ci se passe de toute raison.

    La Force majeure est paru en 1983.

  • On affirme parfois que les crises génèrent des forces créatrices. Idée à méditer, au-delà des banales affirmations publicitaires ou entrepreneuriales sur le caractère fécond des crises (politiques, sociales, économiques ou personnelles). C'est le versant psychique, littéraire et philosophique de la notion de crise qui est ici exploré dans son rapport à la création. Crise de la créativité : silence, retirement, stérilité. Tout un chacun connaît ces périodes de vide, de blocage dépressif. La créativité de la crise en est-elle le simple renversement ?
    Comme le surent Deleuze ou Beckett, Nietzsche ou Foucault, mais aussi nombre d'artistes et créateurs modernes, il n'est pas facile d'endurer l'instabilité qu'exige toute création, les forces d'égarement qu'elle déchaîne, tout comme son indéniable jouissance. La création est sans doute un apprentissage de l'insécurité.

  • «Tant qu'il ne fut pas possible aux chercheurs d'accéder à l'ensemble des manuscrits de Nietzsche, on savait seulement de façon vague que La Volonté de puissance n'existait pas comme telle », écrivaient G. Deleuze et M. Foucault dans l'«Introduction» aux OEuvres complètes de Nietzsche, établies par Giorgio Colli et Mazzino Montinari publiées en France par Gallimard.
    Sous le titre La Volonté de puissance n'existe pas, nous avons rassemblé quatre essais de Montinari, portant sur la question de ce faux-livre. Alors qu'en reparaissent régulièrement d'anciennes éditions, ces essais viennent rappeler aux "oublieux" qu'un travail de vingt années a permis de lire enfin le contenu des manuscrits de Nietzsche et de prendre connaissance, entre autres choses, de ce qu'il n'a pas écrit.

    Mazzino Montinari (1928-1986) fut, avec Giorgio Colli, l'éditeur des oeuvres complètes de Nietzsche dans leur version allemande, qui servit ensuite aux différentes traductions françaises, anglaises, italiennes...
    Paolo D'Iorio (ENS) est responsable éditorial de Nietzsche Source, qui publie l'édition critique des oeuvres de Nietzsche ainsi que l'édition en fac-similé de ses manuscrits. Il co-dirige l'édition des OEuvres philologiques aux Belles-Lettres et a participé au volume I de la Pléiade.

  • En suivant pas à pas la biographie de Friedrich Nietzsche, Jean-Luc Bourgeois illustre le quotidien d'un homme hors du commun, avec des citations de l'oeuvre elle-même, tirées de la correspondance, des écrits posthumes et des livres publiés. C'est un Nietzsche par lui-même qui est donné à lire, enrichi par des commentaires de l'auteur, et par une description du contexte de ces événements biographiques, comme de celui dans lesquelles ils se déploient, documentés par les correspondances de tous ceux qui, de près ou de loin, ont côtoyé l'homme. On suit ainsi Nietzsche pas à pas, de la prime enfance à l'homme posthume, se laissant guider par l'extraordinaire vigueur de ses écrits (intimes ou publics) et redécouvrant un homme et une oeuvre dont les commentaires n'épuisent jamais la grandeur.

    Musicien, philosophe, écrivain, musicologue, et scénariste, Jean-Luc Bourgeois (1947) s'est intéressé à Nietzsche il y a plus de quarante ans et a réalisé - outre des travaux universitaires sur l'homme et l'oeuvre, un documentaire sur les écrits musicaux de Nietzsche. Il a publié récemment un livre aux éditions Van Dieren, La mesure des vents, sorte de voyage initiatique autour du chef d'orchestre Ernst Ansermet et de l'archipel des Acores, battu par les vents. Il vit et travaille à Lausanne.

  • "Volonté de puissance" : voici l'un des plus célèbres concepts de l'histoire des idées, l'emblème par excellence de la philosophie de Nietzsche. Pourtant, cette notion reste problématique, ambiguë et objet d'interprétations contradictoires. Le présent ouvrage permet d'approcher au plus près cette clé de voûte d'une pensée majeure. L'auteur retrace d'abord l'histoire de ce concept au fil de l'oeuvre de Nietzsche. Analyse savante et parcours érudit à travers une oeuvre foisonnante, c'est aussi une véritable leçon de pédagogie philosophique. Il se penche aussi avec une grande originalité sur l'influence des sciences naturelles sur la pensée de Nietzsche. On y découvre comment celui-ci, perçu comme un nihiliste, était avant tout avide de confronter sa pensée aux réalités concrètes du vivant.

    Wolfgang Müller-Lauter (1924-2001) est l'un des plus grands spécialistes de la pensée de Nietzsche. Il a participé à l'élaboration de l'édition Colli Montinari, édition de référence des textes de Nietzsche, et a cofondé la plus importante revue internationale centralisant la recherche nietzschéenne : les Nietzsche-Studien.Il est également l'auteur d'ouvrages consacrés à Heidegger, à Dostoïevski ainsi que d'articles portant sur Kant, Fichte, Schopenhauer ou encore le nihilisme et l'athéisme.

  • Non pas lire, mais dévorer les livres, en faire son souffle et son sang. Aimer, être à la hauteur de l'amour. Être grisé par la musique de Bach qui a « un goût d'éternité ». Contempler la beauté d'un tilleul, d'un ciel bleu, d'un paysage de Caspar David Friedrich. Avoir vécu avec Breton, Aragon, Bataille, Barthes, Bernard Noël, mais aussi avec tant d'écrivains et philosophes morts et pourtant si vivants. Avoir connu, grâce à eux et à sa compagne, Lola, sa « part d'infini ».

    Jérôme Peignot a 94 ans. Ma part d'infini est le roman de sa vraie vie. Car il s'agit, dans ce dernier livre, de l'espérance d'une mort heureuse.

    Né en 1926, Jérôme Peignot a publié en 1976 les Écrits de sa tante Colette, la « Laure » de George Bataille. Il est surtout connu pour être un grand spécialiste de la typographie - il est d'ailleurs le premier « typoète » - et pour avoir fondé la notion de musique acousmatique. Il est également romancier, poète, auteur de romans pour la jeunesse et pamphlétaire. Il a été un pilier du « Masque et la Plume », avant de produire « Les Chemins de la connaissance » et « Les nuits magnétiques ».

  • Aurore

    Friedrich Nietzsche

    Dans Aurore (1881), Nietzsche poursuit l'entreprise de critique radicale de la morale commencée dans Humain, trop humain, et pose ainsi les jalons d'un projet philosophique dont ses dernières oeuvres, de Par-delà bien et mal à Ecce homo, seront le couronnement.
    Le philosophe s'impose ici comme un travailleur des ténèbres, forant le fond de la civilisation pour mettre au jour les origines plus ou moins nobles des idéaux, des croyances et des moeurs, saper les fondements de la morale et faire vaciller nos certitudes. Prônant la libération de la pensée, il en appelle à l'affirmation de nouvelles valeurs. Et il nous montre, à travers cette série de fragments placés sous le signe de la belle humeur, que l'étonnement et le scepticisme sont au principe de toute philosophie : « Un livre comme celui-ci n'est pas fait pour être lu d'un seul tenant ou à voix haute, mais pour être consulté, notamment en promenade ou en voyage. On doit pouvoir sans cesse y mettre le nez, puis le relever, et ne plus rien trouver d'habituel autour de soi. » © Flammarion, Paris, 2012 Couverture : Virginie Berthemet © VO : Morgenröte - Gedanken über die moralischen VorurteileFlammarion

  • La rhétorique des Anciens avait tout pour intéresser Nietzsche : elle fut décisive pour l'élaboration d'une prose ouvragée, donc de la littérature ; elle touchait aux relations de puissance entre les hommes et aux conditions historiques, sociales et politiques d'une culture ; elle s'incarnait dans une éloquence magnifiée par des personnalités singulières, rivalisant dans des joutes mordantes ; enfin, elle fut prise rapidement dans un conflit avec la philosophie, conflit dont Platon traça les lignes de front pour la suite des temps. Les cours sur la rhétorique que Nietzsche donna à l'Université de Bâle nourrissent sa réflexion sur la culture, la puissance, les types psychologiques, la littérature et le langage, tout autant qu'ils l'ont aidé à modeler son propre style d'écrivain. Le présent volume offre pour la première fois en France la traduction de la totalité de ces cours dans leur version intégrale, élaborée de manière critique à partir des manuscrits, et accompagnée de présentations et d'explications facilitant leur compréhension par le lectorat non spécialiste de l'Antiquité gréco-romaine.

  • Schopenhauer

    Ugo Batini

    Une nouvelle collection sur les grandes figures de l'humanité où la vie éclaire la pensée. " Qui es-tu ? " propose une double biographie accessible, existentielle et intellectuelle, de grands penseurs. Ce livre-compagnon accessible fait ainsi entrer en dialogue avec Schopenhauer.
    Philosophe le plus lu de la seconde moitié du xixe siècle, Schopenhauer est-il toujours bien compris ?
    On le caricature souvent en vieillard acariâtre, chantre du pessimisme, aimant les bêtes bien plus que les hommes...
    Ce livre entend dépoussiérer cette image d'Épinal afin de mettre au jour, à travers le récit de sa vie et le développement de sa pensée, les raisons profondes que l'on peut avoir de lire et d'aimer encore une telle philosophie.
    À la croisée de la biographie et de la philosophie, voici réunies dans un même ouvrage introductif toutes les clés pour devenir un intime de Schopenhauer et de son oeuvre.

  • Les textes autobiographiques que Nietzsche écrivit entre douze et vingt-quatre ans (1856-1869) rassemblés ici constituent un témoignage unique sur la forge d'une pensée, d'un style, d'une sensibilité. D'un caractère. Après des premières pages toutes prisonnières des poncifs de l'époque se dessine une progressive et implacable émancipation appuyée sur un minutieux travail de réécriture infini des événements marquants de la vie en lesquels la mort du père et le deuil qui la continua ainsi que les années d'apprentissage dans le rude collège de Pforta occupent une place singulière. S'y dessine également la naissance d'impérieuses passions - musique, lecture, écriture, amitiés - dont on sait l'importance décisive qu'elles prendront dans la vie philosophique de Nietzsche. Bien avant Ecce Homo, Nietzsche se réapproprie sa vie, lui donne sens et façonne la statue qui vient. Ces Écrits autobiographiques sont le véritable laboratoire de l'écriture philosophique de celui qui proclamera une quinzaine d'années plus tard la mort de Dieu, que l'homme est le seul créateur de sens et de valeurs et que «toute grande philosophie [...] est la confession de son auteur», confession qui n'est point une confidence ou un aveu mais l'inévitable et nécessaire point de rencontre entre la Vie et la Pensée.

  • Plato amicus sed - (« Platon est un ami, mais - ») : le frontispice calligraphié du grand cours que Nietzsche donna sur Platon à l'Université de Bâle, dès l'hiver 1871-1872 et jusqu'à la fin de son activité de professeur de philologie, dit déjà l'essentiel. Platon a toujours obsédé Nietzsche, lequel fit de lui son plus grand adversaire. Les oeuvres publiées ou destinées à la publication par Nietzsche portent régulièrement la trace de cette joute philosophique. Mais celle-ci s'est nourrie d'un cours de philologie, dont on donne ici pour la première fois une traduction française intégrale, élaborée de manière critique à partir des manuscrits. Platon, de la « génération de la peste », comme le souligne à maintes reprises le cours, y est sourdement mis en opposition à Thucydide, comme le fera explicitement par la suite le Crépuscule des idoles. Mais le philosophe athénien est surtout réintégré dans le complexe littéraire spécifique de l'Antiquité, qui ne produisait pas de « littérature » à proprement parler, ce qui permet de dégager la figure d'un Platon comme « révolutionnaire de la plus radicale espèce ». À côté de ce cours se trouve en outre une courte et dense introduction de Nietzsche pour l'étude de l'Apologie de Socrate, trop méconnue à ce jour. Appuyée sur ses connaissances en rhétorique (domaine auquel il consacra plusieurs cours), cette brève ouverture magnifie comme jamais sous la plume de Nietzsche le talent de Platon.

  • Friedrich Nietzsche

    Collectif

    La philosophie de Nietzsche, à travers une morale cynique, dresse une affi rmation de l'être et organise une violente critique du christianisme, allant jusqu'à affirmer que « Dieu est mort ». L'effondrement des valeurs prédit par Nietzsche permettra de libérer l'être humain de ses afflictions tout en dénonçant le risque totalitaire.
    Cet ouvrage reprend le meilleur du Cahier de l'Herne paru en 2006, sous la direction de Marc Crépon. Les textes sélectionnés par Yves-Jean Harder analysent la pensée de Nietzsche à partir de ses rapports avec la langue, les Grecs et la musique, pour se pencher sur sa critique de la métaphysique et l'histoire, la critique de la civilisation et de la morale, la conversion des valeurs.
    Comme Nietzsche le dit : la lecture de son oeuvre n'est pas de celles dont on sort sans que rien n'ait changé.

  • Pourquoi le mal, la misère et la mort ? Faut-il accuser Dieu de tous nos maux ? Quand un pasteur et exégète renommé actualise le plus grand des cris bibliques.
    L'épisode de Job se lamentant sur son tas de fumier est célèbre. Mais si de nombreux théologiens ont lu ce texte, rares sont ceux qui ont osé affronter les questions qu'il pose.
    Alain Houziaux met les pieds dans le plat : pourquoi Job voit-il Dieu comme l'auteur du mal ? Quel sens donner au très énigmatique discours par lequel Dieu lui répond ? Et pourquoi Dieu fait-il l'éloge de créatures monstrueuses qui incarnent le tohu-bohu à l'oeuvre dans le monde ?
    C'est à une lecture neuve et originale du célèbre texte biblique que nous sommes invités. On découvre ainsi que le Dieu du livre de Job n'est en rien celui du judaïsme classique ; plutôt un Dieu incompréhensible et déroutant qui ignore le bien et le mal. Un Dieu que Spinoza, Nietzsche et Simone Weil pourraient reconnaître.
    Un Dieu finalement réjouissant, fortifiant et convaincant. Un Dieu pour aujourd'hui.

  • « Notre Trinité » : tel est le nom que Friedrich Nietzsche, Paul Rée et Lou von Salomé voulurent donner à la communauté de vie et de recherche qui devait consacrer leur rencontre. Une communauté vouée à la liberté de pensée, à l'analyse morale, au dédain des conventions. Les textes rassemblés ici - lettres, notes de journal, aphorismes, brouillons - retracent, sur une période de dix ans (1875-1885), les prémisses, les bonheurs et les déceptions de cette rencontre ; chacun des protagonistes de cette aventure intellectuelle et sentimentale y apparaît dans sa vérité. Autour de cette constellation incertaine, une soeur jalouse (Elisabeth Nietzsche), des amis dévoués (Franz Overbeck, Peter Gast), des gens du monde (Malvida von Meysenbug) font naître, du nord de l'Allemagne au sud de l'Italie, la rumeur d'un « événement européen », tandis qu'à Bayreuth Wagner organise son apothéose. Mais à mesure que les rancoeurs succèdent aux espoirs, la solitude aux échanges, Nietzsche, vivant ses désillusions comme les symptômes d'une métamorphose, accède aux visions régénératrices de Zarathoustra.

  • Irrévérentes, provocatrices, les idées libertaires suscitent une fascination et ne laissent pas d'interroger les sociétés occidentales. Trop vite réduites à des enfantillages ou réprimées par les pouvoirs en place, elles offrent pourtant l'image, aujourd'hui plus cruciale que jamais, d'un ordre social débarrassé des systèmes de pouvoir et d'oppression.Bakounine, Lafargue, Rousseau, Zola, Nietzsche : cette anthologie réunit tenants de l'anarchisme, penseurs de l'égalitarisme et contradicteurs des totalitaristes. Écrits par des romanciers, des philosophes, des personnalités politiques : vingt-deux textes fondamentaux de la pensée anarchiste, à découvrir ou à redécouvrir.

  • Livre rédigé en prison par celui qu'on surnommait « l'éternel conspirateur », L'Éternité par les astres est une étonnante réflexion cosmologique qui a inspiré Nietzsche pour sa théorie de l'éternel retour.
    Cette « spéculation cosmologique » est bien plus qu'une curiosité. Ce texte à la fois scientifique, poétique et philosophique mérite d'être redécouvert. La riche préface de Jacques Rancière l'éclaire d'un jour nouveau.

    Auguste Blanqui (1805-1881) était un révolutionnaire républicain socialiste français. Prônant la révolution par la violence, il fut emprisonné une grande partie de son existence.Jacques Rancière est aujourd'hui un des intellectuels français les plus connus et les plus influents. Il publie non seulement sur des sujets philosophiques, mais aussi sur la pédagogie, le cinéma et l'histoire sociale.

  • Recueil réunissant les pamphlets philosophiques de G. Politzer consacrés à H. Bergson, mais aussi à E. Husserl et M. Heidegger ainsi que ses écrits sur la psychologie et la psychanalyse. G. Politzer fut en effet le premier philosophe lecteur de S. Freud. Dans ces textes, il soulève un certain nombre de questions qui conservent encore aujourd'hui leur actualité.

  • Au-delà de l'analyse du récit appelée naguère narratologie, cet essai vise à mettre en lumière l'historicité des pratiques narratives en regard des modes de transmission de la mémoire culturelle. Pour cela, il propose d'interroger la résurgence des représentations cycliques du devenir depuis le XIXe siècle, dont on trouve des occurrences chez Hugo et Michelet, Baudelaire et Blanqui, Marx et Nietzsche, ou encore, au siècle dernier, chez Pierre Klossowski et Claude Simon. Pourquoi la modernité, qu'une vulgate historienne dit structurée par le temps cumulatif et linéaire du progrès, redécouvre-t-elle l'éternel retour des êtres et des événements ?
    Cet art du récit fondé sur la répétition est une réplique à la mutation des formes de l'expérience du temps amorcée au déclin des Lumières. En réponse au régime moderne d'historicité que Walter Benjamin et Hannah Arendt évoquaient dans les termes d'une crise de l'expérience et d'une rupture de la tradition, les poétiques de la répétition élaborent une singulière politique du deuil selon laquelle le passé qui revient ne réconcilie pas le présent avec l'autrefois, mais fait différer le présent d'avec lui-même. Or cette résistance mélancolique, qui multiplie fantômes, spectres et revenants, témoigne exemplairement de l'impact du régime moderne d'historicité sur les arts du récit depuis deux siècles.

    Revenances de l'histoire est paru en 2006.

  • Les histoires de patients d'un psy vu par un trou de souris

    " Comme presque tous les patients, il commence sa première séance par "Je ne sais pas par où commencer." "

    Qui n'a jamais rêvé de lorgner par le trou de la serrure à la porte d'un psy ? Ecouter la vie des uns, les histoires parfois cocasses des autres, les échanges et les réponses s'il y en a.

    Le narrateur, " le psy ", partage son temps entre l'hôpital, son cabinet et le reste de sa vie. Comme un journal intime, il nous raconte par épisodes, ses patients, son quotidien, ses doutes et ses propres fêlures.

    On y croise ce père devenu alcoolique au départ de son fils en Syrie ou cette mère qui n'arrive pas à couper le cordon avec son fils de 30 ans ; des amis qui l'invitent " un peu aussi parce qu'il est l'ami qui est psy " ; son propre psy qui le recadre sans ménagement ; ses collègues potaches qui rebaptisent la moitié des troubles mentaux.

    On y croise CD, la cardiologue, avec qui il passe ses dimanches de garde et qui se bat, elle-aussi, contre ses propres démons.

    Et puis il y a cette vielle dame, au demeurant charmante, qui menace de se jeter du rez-de-chaussée...

  • Jean-Yves Leloup nous propose ici deux lectures magistrales de deux géants de la culture occidentale : Nietzsche, l´athée et Maître Eckhart, le théologien-mystique. Il tente de remettre « à l´endroit » un texte de Nietzsche, Ecce Homo, souvent cité pour justifier tous les athéismes. Leloup montre que le Dieu en lequel Nietzsche voyait une « antithèse de la vie » n´a rien à voir avec le Dieu des Évangiles qui est au contraire une puissance de vie et de libération, une claire lumière par laquelle le monde est vu. L´auteur, avec Maître Eckhart, nous entraîne ensuite au-delà des contraires, au-delà même de Dieu et de tous les Absolus que nous imaginons, vers notre essentielle et silencieuse liberté... Ce livre délicieux et audacieux nous montre, comme le disait Pascal, que « l´athéisme est une marque de force d'esprit, mais jusqu'à un certain degré seulement ».

  • « À seize ans, j'ai découvert les livres de Nietzsche. J'ai lu La Généalogie de la morale au moment de mon anniversaire. Ces lectures m'ont plongé dans une douce, amère et terrible folie. Leur effet a duré un peu plus d'un an. Pendant quatorze mois, j'ai vu le monde, j'ai parlé, j'ai agi, j'ai respiré même à travers Nietzsche. Rien d'autre n'existait, j'étais habité par sa pensée, possédé par elle. Le livre que vous tenez entre les mains est une reconstitution, aussi fidèle que la mémoire le permet, de cette possession. »

empty